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Publié par fxg

 

Antony-durain.jpgAntony Durain est un Guadeloupéen rencontré à Shanghaï pendant l’Exposition universelle. Il y vit et y travaille comme agent immobilier. Témoignage.

« Je n’ai jamais eu de problème de racisme à Shanghaï ; j’en ai eu en France »

Comment, parti de Pointe-à-Pitre pour Paris, vous êtes-vous retrouvé à Shanghaï ?

J’ai d’abord suivi mes parents pour la métropole en 1989 – j ‘avais 8 ans et demi -, après le passage du cyclone Hugo, ensuite j’ai fait mes études à Paris, un bac littéraire, puis de l’économie et du droit. Après j’ai fait une école immobilière et une fois diplômé, fin 2004, je suis venu travailler à Shanghaï.

Pourquoi Shanghaï ?

Je suis arrivé avec une idée précise dans l’immobilier mais je ne savais pas encore quel type de secteur, sachant que je ne savais ni lire, ni écrire le chinois… Il fallait que je sois malin, que je m’entoure des bonnes personnes pour trouver un boulot où mes qualités de commercial et de relations publiques pouvaient marcher. Et aujourd’hui, ça fait six ans que je vis en Chine…

Que faîtes-vous à l’heure actuelle ?

Je suis broker et pas négociateur immobilier comme je faisais à Paris. Je dis broker car il y a tellement d’immeubles, tellement de produits sur le marché qu’en fait, il y a beaucoup d’options pour les clients. Aujourd’hui ça marche très bien car je parle de mieux en mieux le chinois et si j’en crois le meilleur broker de Shanghaï, je devrais être la star de Shanghaï dans les trois ans qui viennent… (rires) Nous verrons si son pronostic est vrai. Ceci étant il faut travailler et on n’a rien sans rien.

S’il le dit c’est qu’il a senti quelque chose en vous…

Il a senti quelque chose, oui… Aujourd’hui, j’essaie d’être vraiment actif sur le marché, que ce soit sur la zone Puxi (le vieux Shanghaï des concessions anglaise et française) ou Pudong (le nouveau Shanghaï des tours et des affaires), je trouve des bureaux à la location, je négocie les contrats du bail et d’ici la fin de l’année, je vais m’orienter vers l’investissement, c’est-à-dire la vente d’étages ou d’immeubles en bloc.

Comment avez-vous ressenti la différence en Chine ?

La Chine est en avance de douze heures sur les Antilles et ce décalage horaire révèle peut-être l’avance de la Chine. Son marché immobilier est très immature aujourd’hui : il y a environ 5 000 buildings pour une ville de plus d’un million d’habitants. La Chine, c’est 17 fois la France. Shanghaï, Pékin et Canton sont les villes qui connaissent le plus fort développement aujourd’hui… Donc le choc culturel n’a pas été vraiment fort parce que je suis arrivé sans a priori et je trouve que c’est la meilleure approche, le meilleur état d’esprit qu’il faut avoir quand on va au contact d’une culture différente. Mais ici, si un Chinois vous dit « nihao » (bonjour, NDLR), vous lui répondez ou vous allez vers lui et vous cassez la glace.


« Les barrières sont dans la tête. Il suffit de prendre un billet d’avion. »


Il n’y a pas vraiment de choc culturel. Je suis arrivé ici pour travailler, très motivé car quand je suis venu la première fois en 2002, j’avais trouvé que le pays avait beaucoup d’énergie. J’étais encore étudiant et je me suis dit que c’était un pays comme ça qu’il me fallait : un pays émergent, un marché où les décisions se prennent vite. Je me suis dit : « C’est parfait. »

Quand on est Antillais, est-ce plus facile de travailler à Shanghaï qu’à Paris ?

En France, il y a une immigration, il y a différentes communautés noires, mais que vous soyez Africain ou antillais, vous êtes noirs. Après, ça dépend de comment vous vous en sortez et c’est vrai que malgré les diplômes que vous avez, ça n’est pas facile de s’insérer dans le monde professionnel. En Asie, Shanghaï comme à Singapour, Taïwan ou  Hong Kong sont des villes où il a beaucoup d’entrepreneurs, beaucoup de produits fabriqués et vendus à l’export. Donc si vous venez faire du business, acheter de la valeur dans ce grand marché international, il n’y a pas de problème. Je n’ai jamais eu de problème de racisme à Shanghaï ; j’en ai eu en France. Mais c’est un autre passé, donc c’est différent. Ne comparons pas l’incomparable.

Feriez-vous toute votre vie ici ?

Je suis très jeune, je n’ai que 28 ans… Pourquoi pas après me positionner comme expert en implantation de sociétés étrangères en Chine, d’implantation d’usines, de développement de marques étrangères sur la Chine. Certains le font déjà mais il y aura aussi une part du gâteau pour moi plus tard. Je voudrais vraiment avoir mon nom entre ces immeubles ! (Il regarde les tours illuminées de Pudong, sur l’autre rive du fleuve Huangpu). En lettres rouges si possibles ! (Rires) Je reste très lucide mais en tous les cas, la Chine n’est pas un colosse aux pieds d’argile. Il y a beaucoup de choses à y faire.

Et les Antilles ?

J’y retourne au mois d’août cette année. Je vais d’abord faire une expérience mais elle est difficile. Je vais me reconnecter du côté de la famille de ma mère à Morne-l’Eau, les Chapiteau, et du côté de celle de mon père aux Abymes, et voir effectivement si  je peux accéder, anticiper ce marché qui arrive. Shanghaï, Pointe-à-Pitre, ça ne va pas être la même chose… Le marché est réduit !

Les Chinois que vous rencontrez savent-ils l’existence de la Martinique, la Guadeloupe ou la Guyane ?

Depuis les JO de Pékin, grâce aux médailles d’or de Husain Bolt, ils situent la Jamaïque ; donc je leur dis que les Antilles françaises, c’est un peu plus bas et ils arrivent à les situer sur la carte du monde. Après, il y a le foot et avec, Thierry Henri. Je leur dis : Thierry Henri c’est comme moi. Il est Français et il est noir, je leur explique… Mais les Chinois sont très curieux. Depuis leur entrée dans l’OMC il y a plus de cinq ans, ils ont commencé à s’ouvrir sur le monde, à s’intéresser aux autres.

Qu’auriez-vous envie de dire à vos jeunes compatriotes des Caraïbes françaises ?

Il n’y a pas que la France. Il y a le Canada qui peut être une première expérience, mais il y a aussi les pays asiatiques. Les barrières sont dans la tête. Il suffit de prendre un billet d’avion. C’est le premier pas à faire pour être sur le marché.

Propos receuillis à Shanghaï par FXG (agence de presse GHM)

 

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thierry 09/09/2010 15:31



La politesse surfaite se remarque, celle des chinois est un plus, où qu'ils soient, elle est naturelle, débridée, si je puis m'exprimer ainsi. Les domiens n'ont pas à se plaindre de trop, il
y a du Rhum, une chaleur humaine incontournable. En fait, même incités peu d'antillais se palignent, ou avec le sourire 



Ephestion rené 09/09/2010 11:26



Bonjour,


je compte m'installer a shanghai avec toute ma petite famille,


je souhaiterais avoir le mail de Anthony Durain pour partager son expérience


 


merci