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Publié par fxg

Interview Yves Calvi

Il présente Nonobstant tous les jours sur France Inter, C dans l’air tous les jours sur France 5 et Mots croisés deux fois par mois sur France 2… Des émissions phares du service public.

« Face au président de la République, le truc c’est de rester à sa place »

Comment faîtes vous pour préparer ces trois émissions avec un tel niveau d’excellence ?

C’est d’abord une question d’organisation et je ne fais que ça. Je ne fais pas emblant de ne pas me rendre compte que c’est une énorme charge de travail, elle est importante, mais dans les trois cas, j’ai des équipes que j’ai choisie et avec lesquelles je travaille parfois depuis vingt ans… Ce sont des personnes en qui j’ai confiance donc ça veut dire qu’il y a beaucoup de choses qui sont déléguées…

Combien de collaborateurs avez-vous ?

Nous préparons Nonobstant sur France Inter à quatre : une réalisatrice, deux collaboratrices d’émission et moi-même ; nous préparons Mots croisés à cinq (hors technique), c’est-à-dire un rédacteur en chef, une assistante de production et deux journalistes qui préparent l’émission ; et C dans l’air est un dispositif qui tourne complètement sans moi. C’est amusant parce que l’émission que j’incarne le plus, parce que c’est celle que je fais depuis le plus longtemps, à qui je dois une partie de la reconnaissance professionnelle que j’ai, et que j’adore, faut que j’ai la simplicité de dire que c’est une conception, une mise en place et une équipe qui tourne sans moi !

Comment la préparez-vous ?

Je viens tous les jours vers 14 ou 14 h 30 prendre mon dossier, je découvre ce que je vais faire le soir. Le producteur, Jérôme Belley, m’a embauché à France Info quand j’étais jeune journaliste en 1987 ; le rédacteur en chef s’appelle Manuel Saint-Paul, nous étions journalistes ensemble à LCI et dans des tas d’endroits ; et les filles avec qui je prépare les plateaux sont des gens avec qui je travaille depuis dix ans. Ce qui pour le grand public est le gros de mon travail est en fait une émission où je viens juste faire mon métier de journaliste. Je prends un dossier, je le lis, j’essaie de comprendre et de le faire vivre à l’antenne. Nonobstant et Mots croisés sont un peu plus compliqués parce que pour, le coup, là je suis réellement producteur ou producteur délégué…

C’est surprenant ce que vous dîtes de C dans l’air car vous arrivez à garder la même fraîcheur sur tous les sujets. Vous êtes sans doute curieux, mais n’est-ce pas aussi l’effet du direct ?

Par définition, un présentateur est un journaliste généraliste. Un journaliste qui a choisi le métier que moi je fais, c’est-à-dire qui est un intermédiaire vis-à-vis de ceux qui sont de l’autre côté du poste, le jour où son dossier ne le passionne pas, s’il n’a pas des questions qui lui viennent, qu’il ne se laisse pas happer par le truc, c’est que le métier est mal choisi. Moi, je n’ai honte de rien et je suis plutôt fier de tout et je n’ai pas de mal à m’intéresser à mes invités. Quand je suis avec quelqu’un, j’écoute ce qu’on me dit…

Vous n’avez pas d’absences parfois ?

Bien sûr que j’ai des absences… J’ai des coups de fatigue, je peux avoir une douleur, avoir mal dormi, avoir le nez qui coule, m’être engueulé avec ma femme… Je suis comme tout le monde, sauf qu’il y a un truc important qui s’appelle le direct et le direct vous donne une dynamique et, en gros, relève de la drogue. C’est un coup d’adrénaline formidable !

Dans votre métier d’interviewer, qu’est-ce qui est difficile et comment, par exemple, surmontez-vous un interlocuteur comme Nicolas Sarkozy ?

Ce qui est sans doute le plus difficile dans l’exercice de l’interview, c’est de rester calme… Je n’ai aucun cynisme et je continue de penser que les journalistes ont un travail sérieux à faire le mieux possible. Il faut donc aller poser des questions et ce qu’il y a de difficile, c’est de rester calme… On me prête de la sincérité, de ne pas y aller à reculons, mais quand on est face aux politiques ou au président de la République, le truc c’est de rester calme, à sa place en étant soi-même, sans rater sa prestation… Ne pas se prendre pour ce qu’on n’est pas. Je ne suis pas inféodé, je suis un journaliste qui vient poser des questions et ce n’est pas un président qui parle à un président ! C’est à ça que j’ai pensé quand j’ai fait mon interview avec le président de la République où en même temps, il y a un moment où il faut accepter de se détacher. Et une fois que j’étais en face de lui, je n’étais plus qu’en face de lui. Quelque part, nous étions en partie seuls même s’il y avait à côté de moi David Pujadas et Patrick Poivre d’Arvor qui me faisaient des signes : coupe, plus vite, machin… Des petits gestes tout à fait normaux pour passer à autre chose, ou que lui pouvait me perturbait parce que le président, il passe son temps à vous retourner vos questions ou à vous dire : « M. Calvi… » Et c’est un truc que je n’aime pas du tout. Lui, il défend sa boutique, il est là pour parler de sa politique. A la limite, la personne qu’il a en face de lui n’est pas son problème. Chacun à sa place ! Le journaliste fait le journaliste et le président fait le président. Alors, oui ce qu’il y a de plus difficile, c’est de rester calme et d’avoir une bonne évaluation de la situation, ne pas se laisser emporter par ses sentiments, sa sensibilité, son avis, sa culture personnelle. Tout ça, il faut le contenir en restant naturel, moi-même, en ayant encore une capacité de réactivité qui fait que je peux être un intermédiaire pour ceux qui regardent l’interview. Le journaliste doit trouver un équilibre où il ne bascule ni d’un côté, ni de l’autre. Il est le représentant des téléspectateurs et ce n’est pas pour ça qui doit être dans la démagogie, et il est la personne qui questionne un responsable politique et il ne doit tomber ni dans la complicité, ni la connivence, ni dans une anormale agressivité que je trouve toute aussi lamentable. La façon dont on a interviewé Jean-Marie Le Pen dans ce pays, il y a une vingtaine d’années, quel que soit ce qu’on pense sur lui, ne me semblait pas appropriée. Et moi, avec le président de la République, j’avais un problème de positionnement.

Parce qu’il est un interlocuteur retors ?

Oui.

C’est lors de votre émission Mots croisés qu’a commencée la polémique autour de Frédéric Mitterrand. Il y avait Marine Le Pen, Benoît Hamon, Frédéric Lefèbvre, comment les avez-vous gérés et avez-vous vu venir le scandale ?

Je n’ai pas eu du tout conscience de ce qui se passait… J’ai lu La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand lors de sa sortie et j’ai même interviewé son auteur. Ce qu’il dit dans le livre, je ne l’ai pas perçu comme ce qui fait la matière du débat en ce moment. C’est d’ailleurs la question qui nous est posée à nous journalistes en ce moment : sommes-nous trop dans la complicité ou la connivence vis-à-vis d’un ministre  de la Culture qui est un des nôtres. Frédéric Mitterrand a été mon voisin de bureau à Europe 1 pendant dix ans. Je n’ai jamais dîné avec lui, mais c’est quelqu’un que je respecte, dont la nomination au gouvernement a pu me faire plaisir. Il est dans le paysage mental, psychologique et culturel des Français depuis 25 ans. Au sens large du terme, c’est quelqu’un de la famille et c’est exactement ce qu’on lui reproche en ce moment ! Or moi, je ne suis pas un journaliste de connivence. Ma première réaction est que je n’ai pas compris du tout ce que Marine Le Pen était en train de faire et en train de dire et je n’ai sans doute pas perçu ou voulu voir les implications que ça avait. Je l’ai vécu en direct ! J’avais un heure cinquante d’émission dans les reins à ce moment-là et je voyais qu’elle tripotait un papier depuis le début de l’émission. Je ne comprenais pas ce que c’était, une espèce de photocopie minable mais j’ai bien compris qu’elle n’était pas venue avec par hasard mais je ne savais pas du tout ce qui allait se passer. J’ai été stupéfait de l’attaque car je n’en ai pas compris le tenants et les aboutissants et ayant lu le livre, je n’ai pas été choqué en le lisant parce que Frédéric Mitterrand dit simplement des vérités sur lui-même qu’il assume, ça s’appelle La mauvaise vie ! C’est ce que j’ai essaye de manière assez malhabile quand Marine Le Pen est intervenue. Et puis deuxième chose qui m’a frappé sur lce plateau, personne n’est venu au secours de Frédéric Mitterrand, mais ce n’étais pas leur rôle. J’ai été surpris par le calme plat qui a succédé à l’intervention de Marine Le Pen, je n’ai pas pris du tout la dimension de ce qui se passait, et ayant lu livre, ne l’ayant pas ressenti et perçu comme il est exploité depuis une quinzaine de jours. Et le lendemain matin, je ne m’attendais pas du tout au… Bordel que ça a foutu. Après, je ne fais semblant de ne pas comprendre qu’une grande majorité de Français puisse être choqués parce qu’ils imaginent être. Il y a des tas de trucs glauques dans le livre, je n’ai pas peur de le dire, mais il les dit tel quel, il ne se cache pas. Moi, j’ai vu le fils de Frédéric Mitterrand venir chercher son père à Europe 1, j’en garde l’image d’un homme, d’un père de famille qui prend soin de son gosse. J’ai réagi avec tout ça et je l’assume sans savoir ce que seront les rebondissements de cette affaire demain et après-demain. Ca ne m’a pas empêché de faire une C dans l’air cinq jours plus tard où le ministre était mis en question.

C’est une émission que vous auriez aimé ne pas avoir faite ?

Je fais une émission de débat et il est normal que ce genre de chose arrive, c’est à moi de tenir la boutique. Je ne peux pas dire que c’est un mauvais souvenir. Ce qui m’énerve plus c’est la polémique qu’a ensuite essayé d’exploiter Marine Le Pen sur la rediffusion sur TV 5… Elle a dit qu’on l’avait censurée ! J’espère que les Français ne sont pas sensibles à ce genre d’imbécilité. Marine Le Pen ne manque pas de toupet.

Quels sont votre meilleur et votre pire souvenirs sur un plateau ?

On a fait un truc idiot lors lu premier tour de l’élection présidentielle, on a invité toutes les listes. Tout le monde nous disait de ne pas le faire, que ce serait nul. On l’a menée à son terme ; elle avait beaucoup de défaut cette émission, mais je peux dire que ce jour là, on a servi la démocratie en faisant une émission de bric et de broc mais qu’il fallait faire. A contrario, en pleine affaire Outreau, on a fait un grand plateau où en gros tout le monde était là. Ca avait de la tenue et on a eu une demi-page dans Le Monde, le lendemain mais qui nous questionnait : Peut-on faire le procès d’Outreau à la télévision ? Je serai tenté de vous dire que quand c’est fait par des journalistes comme moi, plutôt oui, même si j’ai honte de vous dire ça ! Et puis quand, sur France Inter, je passe plus d’une heure avec Maxime Leforestier, René Girard de l’Académie française ou Sandrine Kiberlain, c’est qu’ils ont envie de me parler… Alors de temps à autre, on se réveille le lendemain en ayant un bon score d’audience. Je travaille pour que le plus grand nombre regarde. L’avantage que vous donne le service public, c’est qu’il vous donne un peu de durée pour le faire et qu’il ne vous oblige pas à être vulgaire.

Le privé vous a-t-il démarché ?

J’ai été contacté par des radios privées ces trois dernières années, avec qui j’ai parfois discuté. Je n’ai pas eu de propositions de télévisions autres que France Télévisions. Je n’ai pas eu TF1,Canal + ou M6 depuis deux ans. Ca ne leur fait pas plus envie que ça !

Regardez-vous la télé ? Vous intéressez-vous aux nouvelles chaînes de la TNT ?

Je suis par essence un gros consommateur de télévision, c’est mon métier. A côté de ça, pour des raisons d’ordre professionnel, je vais beaucoup au cinéma, au théâtre, dans les musées et je lis. Il est inconcevable toutefois que je passe plus de deux jours sans avoir fait un tour de l’offre de télévision que j’ai chez moi. En ce moment elle est lamentable, je n’ai que vingt chaînes. Avant j’avais Canal Satellite, mais depuis six mois, j’en suis coupé. Je me suis offert un bel écran mais je ne peux pas l’installer… Bon ! Je suis un gros consommateur de télé, c’est très important pour moi d’avoir une offre riche, j’en profite pleinement quand je l’ai car je veux savoir à quoi ressemble la planète télé qui m’entoure. Mais je suis d’abord consommateur de France 5, France 2, France 3, de la Une et de la 6, c’est vrai un petit peu moins, mais je les regarde

Et France Ô ?

Oui, je m’arrête sur France Ô quand il y a un débat ou quand je tombe sur des images qui m’intriguent. Mais dès qu’il y a un débat, je ne peux m’empêcher de me mettre à la place du présentateur. C dans l’air est maintenant diffusé sur les Télés pays et ça me fait plaisir car je sais qu’on une partie de nous qui est là-bas.

Quelle image avez-vous des outre-mers ?

L’Outre-mer, ça vous oblige à l’interrogation sur ce qui est ou non de l’universel. Il y a des morceaux de France qui existent, des régions du monde qui n’ont pas toujours été françaises, qui le sont devenues et dont on pourrait très bien imaginer -­ je ne veux pas foutre le feu partout – qu’elles ne le fussent plus ou pas de la même façon demain. Sauf qu’on a un patrimoine commun qui est la langue. Des personnes qui géographiquement n’ont rien en commun, ont pourtant un mode de communication en commun qui s’appelle une langue maternelle, même s’il y a des parlers différents et avec qui on vit une espèce de truc totalement délirant qui s’appelle un projet d’égalité républicaine avec des postes, des services publics, des télévisions, des radios… Et quand vous réfléchissez deux secondes, c’est complètement dingo ! C’est une espèce d’ambition française à la quelle je me suis accoutumé ayant grandi là dedans. Quand j’étais gamin, je voyais des petits enfants martiniquais et je voyais bien que la société française avait plusieurs couleurs. Je me rends compte que j’ai toujours été parfaitement accoutumé à quelque chose de naturel alors que ça ne l’est pas.

Vous n’avez pas vécu d’expérience là-bas ?

J’ai failli travailler pour RFO. J’avais été approché par Wallès Kotra qui m’avait proposé de présenter un journal télévisé que j’aurais fait dans le 16e arrondissement de Paris pour la zone Pacifique je crois… C’est hallucinant ! Ca pose quand même des problèmes sur la centralisation française. Un journaliste né à Boulogne-Billancourt devait se retrouver à faire un journal pour les ultramarins avec des morceaux des autres journaux du service public. Je trouvais ça surréaliste.

Calvi est un pseudonyme, faut-il y voir un lien avec la Corse ?

C’est un pseudonyme familial. Mon vrai nom de famille est Krettly, sans doute d’origine hongroise passé par la Suisse ; mon grand-père avait un quatuor de musique classique assez célèbre dans l’entre deux guerres, le quatuor Krettly. Mon père, de formation classique est devenu un compositeur de tous univers, il a fait des chansons pour Edith Piaf, des génériques de télévision,  des musiques de films, des chansons pour Francis Blanche et quand il est allé déclaré ses premières chanson à la SACEM, il a pris un pseudonyme. A l’époque, les artistes aimaient les noms de cinq lettres de villes qui portaient chance et il a choisi Calvi un peu par hasard, mais aussi parce que Tino Rossi était à la mode… J’ai travaillé comme journaliste sous le nom de Krettly pendant deux ans à RFI et les gens ne le retenaient pas ! Et puis à France Info, la jeune femme qui enregistrait les jingles des présentateurs, trouvait que j’avais un mauvais nom, pas facile à dire. Elle m’a suggéré de reprendre le pseudo de mon père. Du jour au lendemain, j’ai deux fois plus de propositions de travail. Donc aucun lien avec la Corse sauf d’y avoir passé des vacances !

Avec C dans l’air, vous êtes presque devenu le nouveau gendre idéal !

Ca me surprendrait !

C’est trop connoté gentil ?

Je fais ces émissions pour les téléspectateurs, je peux mal aborder un sujet, me tromper, mais c’est préparé dans des conditions saines. Je sais comment je prépare Mots croisés, ce n’est pas tordu, je n’ai pas d’a priori. J’ai un avis sur le monde, je ne suis pas là pour le montrer, je suis là pour essayer de rester moi-même en n’imposant pas ma vision du monde à ceux qui sont là. Je pense que je pratique mon métier de façon non tordue !

Vous êtes devenu journaliste par vocation ou par accident ?

J’étais tenté par un autre métier qui est la mise en scène de cinéma et sans doute par une autre envie que je n’ai pas assumée qui était la comédie. Mes parents étaient dans le milieu artistique et, enfant à table, les gens que je voyais étaient Francis Blanche, Michel Serrault, Jean Poiré… De Funès a beaucoup travaillé avec mon père qui a fait toute la musique des Branquinols. Il y avait Jacqueline Maillan aussi, Pierre Tchernia… Ma mère a tourné dans des tas de caméra invisible avec Jacques Rouland, tout cet univers là, je l’ai vu tourner autour de moi… J’allais à la plage avec le fils de Jean Richard et les filles de Michel Serrault. Cet univers m’a tenté et peut-être que je n’ai pas tout à fait assumé et qu’à un moment, j’ai eu envie de mettre un peu de sérieux dans un métier qui en même temps est public. Je fais de la télé, j’ai choisi de m’exposer mais dans le journalisme à la télévision, on doit être à la fois soi-même et pas dupe de ce qu’on fait. Je fais un métier qui me convient tout à fait et qui correspondait à ce que j’étais enfant. Et comme je suis un peu timide, mon métier me permet de transcender ça.

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V


 


Charogne à bosse diplomatique


 


(« merde au symbole! », in the radical loser)


 


Le médium qui en bat de toutes les couleurs


sue! Travaillant l'olivier et n'y voyant goutte.


Un Bienfaiteur a ses compagnons d'autoroute,


ils portent le joli nom d'accompagnateurs.


 


(lire la suite sur instants-fugaces.net)



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