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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 07:19
Jean-Pierre Versini-Campinchi

Jean-Pierre Versini-Campinchi

L’identité antillaise de l’avocat Versini-Campinchi

Jean-Pierre Versini Campinchi, le célèbre avocat parisien (affaires Urba, Angolagate, Buffalo grill) sort le 24 septembre aux éditions du Cerf une autobiographie intitulée Papiers d’identités dans laquelle il revient sur ses doubles racines insulaires, la Corse et les Antilles. Focus sur ses racines antillaises.

C’est de sa mère, Marcelle Attuly, que Jean-Pierre Versini-Campinchi tient son antillanité. L’histoire démarre au XIXe siècle avec Pierre Jean Baptiste Agricole, né libre en 1804, en Guadeloupe. Son fils, Eugène Agricole, natif de Morne-à-Vache au Sud de la Basse-Terre en Guadeloupe en 1834, s’éteint en 1901 après avoir été président du Conseil général de la Martinique et maire de Sainte-Marie. Eugène a eu un fils, Pierre qui épouse Eléonore Hayot. « Il a la peau de Louis Armstrong ou de Morgan Freeman, écrit l’avocat, sa femme, celle de Joséphine Baker. » Pierre Agricole arrive à Toulouse en bachelier et s’inscrit en fac de médecine. A défaut de pouvoir s’installer en Martinique, l’administration l’envoie à Ambleny, canton de Vic-sur- Aisne, arrondissement de Soissons, à cent kilomètres de Paris. C’est dans ce petit village, chez le docteur Agricole que débarquent de jeunes étudiants antillais, tel Robert Attuly, le grand-père maternel de l’auteur. Juge suppléant à Saint-Louis du Sénégal, il vient de faire deux filles à une jeune avocate, Gabrielle Crofils, qu’il a rencontrée à Paris et qui est martiniquaise. Les filles, Rolande et Marcelle, sont nées dans la maison du Dr Agricole à Ambleny. « Marcelle a eu une très grande importance pour moi : c’est ma mère. » En 1917, alors que Robert est mobilisé en Afrique occidentale française, son épouse meurt de la tuberculose. « Rolande et Marcelle, orphelines de six et cinq ans, vont rester les enfants de Tonton et Éléonore Agricole. » A la fin de la guerre, Robert emmène ses filles à la Martinique. Il en ramène sa seconde épouse, Victoire Yang-Ting, la « maman Vivi » de l’auteur. Robert Attuly a été « nommé président de la cour d’appel de Dakar par le Front populaire, procureur général par Pétain, conseiller à la Cour de cassation par De Gaulle. »

Les Yang Ting, l'abolition et les békés

Jean-Pierre Versini-Campinchi naît le 11 novembre 1939 dans la maison de tonton Agricole. A 15 mois, on l’envoie rejoindre son grand-père à Dakar où maman Vivi lui sert de mère. Son père, Louis Yang-Ting, était un commerçant Chinois arrivé avec son père, médecin de Canton. Jean-Pierre Versini-Campinchi revient sur cette immigration : « Les békés, propriétaires des champs de canne à sucre et des plantations de bananiers, ont bien été obligés d’importer une main-d’œuvre rémunérée, faiblement, mais rémunérée tout de même, le jour où leurs anciens esclaves noirs ont déposé coupe-coupe et bêche et se sont mis à ne travailler que quand ils le voulaient bien. Tout cela à cause de l’abolition de l’esclavage en avril 1848, qui a fait entrer Victor Schœlcher au Panthéon à côté de son contemporain et ami Victor Hugo. C’est pourquoi le gouvernement a fait venir des travailleurs émigrés, beaucoup du sud de l’Inde, un peu de Chine. »

Louis Yang-Ting est arrivé à la Martinique à l’âge de quatre ans et a reconnu « pas loin de trente enfants » dont six sont morts à Saint-Pierre le jour de l’éruption de la montagne Pelée en 1902. « Deux de ses enfants, dès avant 1914, avaient réussi à poursuivre des études supérieures en France, l’un était docteur en pharmacie, l’autre agrégé d’anglais. »

Finotte, la pianiste de Stellio

Dans la vie du petit Jean-Pierre, il y a encore la sœur de son grand-père Robert, Agnès, dite Finotte. Elle a été la pianiste de l’orchestre d’Alexandre Stellio. « Après une courte recherche sur le web, en tapant « Attuly », j’ai trouvé un morceau de biguine joué par Finotte vers 1932 et qui s’intitule Finotte ! » Cette femme a vécu une déchirure quand sa mère Marcelline, l’arrière-grand-mère de l’auteur, a empêché sa fille d’épouser « un des plus brillants descendants de la traite négrière aux Antilles françaises, (…) centralien ou polytechnicien devenu ingénieur du génie civil (…),  l’un des concepteurs de l’aérodrome du Bourget. Mais il était noir. (…) Il allait la faire retomber dans la noirceur... Le poids de l’aliénation de l’esclavage ! »

L’auteur n’est allé à la Martinique qu’une fois, en 1946 dans la « magnifique maison style colonial des Yang-Ting au pont de Chaînes dans les faubourgs de Fort-de-France ». Il pose alors ce qu’il appelle sa « question noire », et y répond très vite : « Je ne peux pas me rappeler une humiliation raciste subie par ma famille. Jamais victime de discrimination raciale, ce grand- père maternel « assimilé gaulois », n’a pourtant jamais renié ni même oublié ses origines. » C’est en effet le premier président du Comité d’action sociale en faveur des originaires des départements d’outre-mer, le CASODOM. « Il est en partie à l’origine de l’arrivée en France de beaucoup d’agents de police, d’infirmiers, d’infirmières, de postiers et de quantité de petits fonctionnaires qui ont curieusement succédé aux Corses de l’avant-guerre. »

Des Gaulois comme les autres

L’avocat prend le temps dans cette autobiographie de dénoncer l’absence de Noirs dans les pays arables malgré la réalité de la traite négrière arabo-musulmane : « Je fais cette digression, écrit-il, parce que je ne supporte pas cette exigence de repentance que tentent d’imposer en France certains de mes compatriotes intellectuels antillais, qui voudraient jusqu’à déboulonner la statue de ce brave Colbert et débaptiser certaines de nos rues sans jamais même se poser la question de ce qui s’est produit pendant beaucoup plus longtemps, juste à côté, à l’est de l’Afrique. » Il ajoute, précisant que c’est une « boutade de dernier degré » : « Bienheureux je suis qu’un de mes aïeux ait été déporté à la Martinique, faute de quoi, peut-être, mes petits enfants seraient en train d’essayer d’éviter, présentement, de se noyer dans la mer Méditerranée. » Jean-Pierre Versini-Campinchi signale que ses ancêtres n’étaient pas seulement intégrés, mais complètement assimilés. Selon lui, « l’humiliation non exprimée des Antillais ne procède pas d’une discrimination des Gaulois à leur égard, mais d’une confusion que font ces derniers entre les noirs d’Afrique et les Antillais. » Il ajoute : « En France, la discrimination par la seule couleur de peau s’est faite lentement et a fini par rejeter une partie de notre population des Amériques et de l’océan Indien vers la négritude chère à Aimé Césaire. C’est un drame sourd et aveugle qui ramène les Antillais à leur seule couleur de peau et les en rend captifs, engloutis qu’ils sont dans la blackitude. Alors, soit ils parviennent à être des Gaulois comme les autres, soit ils sont engloutis, certainement malgré eux, par la communauté africaine. » Et il conclut : « Les Antillais sont des Gaulois de la couleur café à la couleur vanille en passant par l’ébène, l’acajou, le miel, le caramel et bien d’autres nuances. » Et pourtant, il admet que « les Antillais sont devenus invisibles, comme en marge de la communauté nationale ».

FXG

Papiers d’identités, éditions du Cerf, 312 pages, 22 euros

« Certains de mes compatriotes intellectuels antillais voudraient déboulonner la statue de ce brave Colbert. »

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 09:03
Un CHU pour la Guyane

Un CHU en 2024 ?

Pour résoudre la question de l’offre de soin en Guyane, nos élus ont obtenu la création d’une mission d’inspection qui doit aboutir à la création d’un CHU d’ici 2024.

« On a posé les bases d’un CHU en Guyane », a déclaré le professeur Olivier Hermine, hématologue à l’hôpital Necker à Paris et conseiller de la CTG. Il faisait partie de la délégation d’élus reçue jeudi à Paris au ministère des Outre-mer. En juillet dernier, ils avaient déjà obtenu la création d’une mission pluridisciplinaire composée des inspections générales des affaires sociales, de l’administration et de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette fois, ils sont venus établir son cahier des charges et son calendrier. Dès la semaine prochaine, les premières auditions à distance vont démarrer en Guyane, mais également dans l’Hexagone avec les CHU et universités liées par convention à l’université de la Guyane. Fin septembre, début octobre au plus tard, la mission sera sur place et son rapport devra être livré à la mi-décembre. A travers la création relativement rapide du CHU, l’enjeu est d’améliorer l’offre de soin en faisant évoluer la qualité de l’enseignement et de la recherche pour rendre la Guyane attractive pour que des médecins viennent y former les étudiants. Le professeur Hermine estime que quelques axes forts de recherche comme la diabétologie, la drépanocytose ou les maladies tropicales infectieuses, devraient permettre de démarrer assez vite le CHU. Car il ne s’agit pas de calquer son modèle sur l’existant, mais de tenir compte des spécificités du pays, même si toutes spécialités ne sont pas encore réunies. Si la semaine dernière au campus de Troubiran, un bâtiment de recherche a été inauguré, un autre dédié à la recherche clinique devrait être achevé dans l’enceinte du CHAR fin 2021. La présence du CHU sur l'ensemble du territoire a également été abordée. Des postes de médecins du CHU pourraient ainsi être répartis dans les différents centres de soin. Pour autant, il ne serait pas question d'intégrer l'hôpital de l'Ouest guyanais dans la future structure.

A partir de là, Rodolphe Alexandre évoque un délai de trois ans. « C’est brique par brique que nous allons créer ce CHU », a-t-il déclaré à la sortie du ministère. Quant au ministre des Outre-mer, il a confirmé que la mission pluridisciplinaire était une mission « opérationnelle » même si « ce « projet est redoutablement complexe ». Rodolphe Alexandre, les sénateurs Patient et Karam et le député Lénaïck Adam (Gabriel Serville et David Riché se sont fait excuser) veulent en tout cas y croire : « La parole a été donnée, a résumé le président Alexandre, la confiance a été rétablie. Maintenant, il faut laisser un peu de temps à la mission. »

FXG

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 18:18
200 euros pour les étudiants d'Outre-mer

Derniers jours pour obtenir l’aide étudiante exceptionnelle de 200 euros

Il ne reste plus que quelques jours aux étudiants pour bénéficier de l’aide exceptionnelle de 200 euros mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur et la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances et la visibilité des Outre-mer. Jusqu’au 31 août inclus, les étudiants inscrits dans une formation initiale d'enseignement supérieur (hors apprentissage), boursier ou non-boursier, et qui n’ont pas rejoint leur famille au 1er mai 2020 peuvent encore s’inscrire sur la plateforme wwww.etudiant.gouv.fr pour la recevoir. Cette aide leur sera versée en une fois et n’est ni renouvelable ni cumulable avec le chômage partiel (qui concerne les apprentis/alternants) ou l'aide aux autoentrepreneurs. La décision d'attribution leur sera notifiée par le CROUS qui instruit la demande. Les étudiants peuvent contacter la plateforme Délégation interministérielle www.outremersolidaires.gouv.fr ou le CROUS via l'assistance sur « Mes Services Étudiant » pour savoir comment formuler leur demande.

La plateforme créée Maël Disa, le délégué interministériel pour l’égalité de chances et la visibilité des outre-mer, a été consultée par plus de 100 000 visiteurs en quête de conseils et de services offerts par des particuliers et des associations du réseau #OutremerSolidaires.

FXG

 

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 07:20
France Ô : manif et veillée funèbre

France Ô, le rideau tombe

Un mégaphone, un micro pour Guillaume de Lenclos dit Kant Lebeau, des intermèdes avec les percussions de Roger Raspail, et des prises de paroles de personnalités comme Priscilla Ludowsky, la députée MODEM du Val de Marne, Maud Petit, Emmanuel Gordien, le président du CM98, Samuel Féréol, le porte-parole du Mouvman kilitirel Choukaj, Florence Naprix ou encore Max Zita ont rythmé l’après-midi de mobilisation du comité Sauvons France Ô, dimanche devant le palais Royal, à deux pas du ministère de la Culture.

Le décret officiel de fermeture de la chaîne des Outre-mer dans l’Hexagone est attendu pour le 1er septembre, mais c’est hier que France Ô a offert son bouquet final pour s’éteindre à minuit.

Plusieurs membres du personnel de France Ô sont venus témoigner devant un public d’environ 200 personnes. Didier Givaudan (SNJ) et Jean-Michel Mazerolle (CGC), délégués syndicaux, ont relaté la tenue vendredi dernier du Comité social économique extraordinaire. « Nous n’avons rien appris de concret de la direction de France TV sur la manière dont nous allons poursuivre notre travail au service de la visibilité, ici ! » Maud Petit, la petite fille de l’ancien député Martiniquais Camille Petit, a défendu France Ô contre la majorité présidentielle à laquelle elle appartient. Aujourd’hui, elle reconnaît que le pacte de visibilité, qualifié de « ridicule » par les représentants du personnel est « insuffisant ». Elle assure qu’en tant que membre de la délégation aux Outre-mer et de la commission culture de l’Assemblée, elle contrôlera son application. « Aller nous envoyer France Ô sur internet, c’est du mépris, a déclaré au micro Flora Gaydu, employée de Radio Ô. Nous avons un compatriote qui s’appelle France Ô ! » Dans son intervention, Samuel Féréol a rappelé qu’il était né à Paris, de père Guadeloupéen, de mère Réunionnaise, avec de la famille en Martinique et une compagne guyanaise : « France Ô, c’est le lien ! » L’artiste Mégane a rendu hommage à Louis-Gérard Salcède, ancien journaliste devenu cadre de France Ô : « Il résiste, il se bat ! » Dans son allocution, Louis-Gérard a clamé : « C’est une honte pour la République, un mépris pour les Outre-mer ! »

La manifestation devait se prolonger par une veillée funèbre pour accompagner les dernières heures de France Ô.

FXG

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 05:45
Franck Danican, la nouvelle égérie de Mister London et Rufskin underwear

Franck Danican, nouvelle égérie de la mode

Le styliste new yorkais Franck Danican, originaire de Morne-à-l’Eau, a été sélectionné parmi 3000 candidats pour être l’égérie de la nouvelle campagne publicitaire de la marque anglaise d’accessoires (chaussettes, cravates) « Mister London ». C’est un photographe du New Yorker Magazine, Victor Giganti qui a réalisé les clichés le 8 août dernier à New York. Il a flashé sur le look dancer de Franck Danican et son énergie qu’il a su allier avec le design de de la collection (fleurs et motifs panthère). « Il fallait trouver le moyen de présenter les chaussettes ! », raconte celui qui est épaté d’avoir, à 50 ans, décroché cette campagne. « Il fallait garder les poses pour bien montrer le logo sous les chaussettes et ma pratique du yoga m’y a bien aidé ! » Depuis lundi, ces photos sont affichées à New York, Londres et Los Angeles. Mais ce n’est pas tout, le Guadeloupéen a également été choisi pour la campagne de maillot de bain pour hommes de la marque Rufskin underwear. Cette fois, Victor Giganti veut le photographier dans le métro.

Mais Danican n’est pas que mannequin, c’est un artiste complet, un créateur et un styliste déjà reconnu par ses pairs. La nouvelle collection qu’il préparait avant le confinement mondial devait être un hommage à Yves Saint-Laurent et à son père Serge Danican, décédé en mai dernier. La crise sanitaire ne lui a encore pas permis de la présenter mais, dit-il, « c’est promis, ce sera bientôt et surtout à Morne-à-l’Eau ! »

FXG

https://www.instagram.com/franckdanican5613/?hl=fr

 

 

 

 

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 04:13
Le siège de France Ô à Malakof

Le siège de France Ô à Malakof

France Ô, écran noir

Le 23 août est la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. C'est cette date, ce jour, que le ministère de la Culture a choisi pour fermer France Ô. Et c’est ce même jour que ses défenseurs organisent un baroud d’honneur, une ultime manifestation de protestation. La dernière en date, le 2 août dernier n’avait guère mobilisé de foule, ce qui n’a bien sûr pas servi la cause. La pétition lancée par le collectif « Sauvons France Ô » a rassemblé environ 100 000 signatures. La députée LREM Aurore Berger qui visait un secrétariat d’Etat à l’audiovisuel au sein du ministère de la Culture a bien tenté de la défendre en interrogeant la ministre de la Culture Roselyne Bachelot sur la fermeture de France Ô et France 4. La ministre ne lui a pas répondu sur France Ô et c’est le 4 août qu’elle a, via un communiqué de presse, « confirmé, au terme du plein déploiement du pacte de visibilité pour les Outre-Mer, l’arrêt de la chaîne France Ô à compter du 23 août ». Il faut dire que Babette de Rozières qui jusqu’alors était montée au créneau pour défendre la chaîne des Outre-mer a publié sur son compte facebook une tribune où elle moque France Ô, « enjeu de petits pouvoirs et de règlements de compte médiocres », « la rédaction des copains », mais également le fait qu’elle et son émission culinaire en soient parties.

Décloisonnement ou invisibilisation des Outre-mer

Blanquer a sauvé France 4, Girardin n’a pas sauvé France Ô… Pourtant avant le changement de gouvernement, la délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’Outre-mer a défendu à Matignon sa vision pour une chaîne des Outre-mer : une chaine d’information qui répondrait aux demandes sociales de la communauté ultramarine de l’Hexagone qui n’a pas de flux ni accès aux chaînes La 1ère, et non une chaîne de divertissement et concurrente des autres. Mais également une qui puisse favoriser la visibilité des territoires, qui soit un levier pour les productions locales notamment pour les projets cinématographiques, audiovisuels et publicitaires. Edouard Philippe s’y était montré sensible, mais le remaniement est arrivé. Le nouveau ministre des Outre-mer a laissé la responsabilité du destin de France Ô à Roselyne Bachelot. « Notre objectif, a-t-il twitté, est de décloisonner les Outre-mer et leur donner plus de visibilité sur l'ensemble de l'audiovisuel public. Je serai vigilant quant à l’application du pacte de visibilité et aux moyens de le renforcer. »

Ce pacte de visibilité, signé l’été 2019 par France TV et les ministères de la Culture et des Outre-mer, présente cette étrangeté que l’on a demandé à la principale intéressée, France TV, d’en être juge… Un pacte qui n’est d’ailleurs pas finalisé et qui se résume à une offre de programmes documentaires et d’informations sur France 3 et France 5, et quelques sujets d’informations dans les JT de France 2. La prochaine réunion du comité de suivi de ce pacte est attendue en septembre. Selon le nouveau locataire de la rue Oudinot, « ce pacte a permis de tripler l’audience des programmes ultramarins par rapport à la couverture offerte par France Ô ». Maël Disa, le délégué interministériel que le président de la République a chargé de la visibilité des outre-mer, a aussi plaidé pour un pacte de visibilité non seulement renforcé au sein de France TV, mais étendu à tout l’audiovisuel public et privé.

Les opposants à la fermeture de la chaîne craignent une invisibilisation des Outre-mer. Quant à la plateforme numérique outre-mer de France TV, personne n’a encore vanté ses audiences.

FXG

Le canal de France Ô convoité

Sur la TNT, le canal 19 — celui de France Ô — suscite des convoitises. Sa position proche des chaînes d’info continue était avidement reluquée par la chaîne publique d’information France TV Info, mais pas seulement… Des députés, pour l’essentiel du groupe LR, mais également la martiniquaise Manuela Kéclard-Mondésir, ont déposé le 17 février 2020 une proposition de résolution visant à mettre en œuvre une nouvelle « chaîne des territoires » rassemblant les 50 chaînes de télévisions locales et les presses quotidiennes régionales, et diffusée sur un canal TNT. Par ailleurs, dans une tribune récente intitulée « Nous pouvons éradiquer le racisme en France », le Martiniquais Olivier Laouchez, président de Trace, plaide pour que dans la future loi sur l’audiovisuel, il y ait une « vraie obligation d’intégrer dans les programmes la diversité française ». Il propose d’ailleurs, « plutôt que de fermer France Ô, de la transformer en France D, la chaîne de la diversité, de l’inclusion et du vivre ensemble ».

Une telle chaîne a presque existé par le passé avec la chaîne numéro 23 attribuée en 2012 à la société Diversité TV France. Mais la chaîne ne respecte pas ses engagements. « La diversité n’a été qu’un prétexte pour obtenir la fréquence, dénonce l’ex-membre du CSA, Rachid Arhab en avril 2015. L’unique objectif des porteurs de ce projet était de planifier une belle opération financière. » La fréquence est revendue au groupe NextRadio TV (BFM et RMC) pour un peu moins de 90 millions d’euros et devient RMC Story. La chaîne de la diversité n’a pas fait long feu…

 

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 05:29
Sébastien Lecornu

Sébastien Lecornu

Sébastien Lecornu,ministre des Outre-mer

« Je suis un ministre enraciné »

Que représentent les Outre-mer pour vous ?

Dans la vie, il y a parfois des hasards. En ce qui concerne ma nomination, je crois qu’il n’y en a pas : j’ai toujours eu une passion pour les territoires d’Outre-mer ! Lors de la passation de pouvoir, j’ai donné une explication de cœur. Quand on est amoureux, il n’y a pas forcément d’explication rationnelle. Je me sens bien en Outre-mer et j’y ai toujours eu beaucoup d’amis proches, et ce depuis le collège et le lycée chez moi à Vernon dans l’Eure. Et puis, quand j’ai commencé à faire de la politique, j’ai vu le caractère enthousiasmant - mais aussi complexe ! - des Outre-mer. Enthousiasmant parce que ça ouvre à tous les horizons du monde, à une histoire passionnante, mais aussi parfois douloureuse. Et puis, complexe, car il y a la réalité de la vie quotidienne en outre-mer : les questions de transport, de vie chère, d’emplois et de préservation de la nature face au dérèglement climatique… Quand on aime la République et la politique, au sens noble du terme, on aime l’Outre-mer. J’ai profondément envie de me battre pour améliorer les choses : soit pour mieux les protéger - la culture de chaque territoire, ou  la nature par exemple - soit pour les faire évoluer. Selon les cas, cela peut passer par des questions institutionnelles mais surtout par les questions économiques et d’emploi. Pour toutes ces raisons de sensibilité personnelle, j’ai la fibre outre-mer. Après, je ne suis pas un ultramarin, donc je n’ai pas la prétention de connaître ce qu’un Ultramarin peut connaître. Je formule donc avec humilité une requête en adoption auprès de nos concitoyens en Outre-mer !

Que vous ont demandé le président de la République et le Premier ministre quand ils vous ont proposé ce portefeuille ministériel ?

La demande claire, c’est de tenir la maison Oudinot et de donner le meilleur de moi-même pour l’ensemble des territoires ultramarins. Le président de la République m’a nommé là avec beaucoup de liberté. J’ai été secrétaire d’Etat à l’Ecologie, ministre délégué en charge des Collectivités territoriales et je vois bien que dans la manière dont il m’a nommé ici, puisque c’est vraiment lui qui l’a souhaité, il y a une dimension “domaine réservé” qui ne dit pas son nom. Emmanuel Macron a la fibre outre-mer, on l’a vu dans ses déplacements. Cela peut nous rappeler les déplacements du Président Chirac, mais ce n’est pas à moi de le dire… Je me suis rendu avec lui en Guyane, en Nouvelle-Calédonie où tous se souviennent de son discours au théâtre de Nouméa, aux Antilles… Il y a un attachement très fort d’Emmanuel Macron aux Outre-mer, et d’ailleurs aussi pour les Français d’Outre-mer qui sont sur le territoire hexagonal. Il n’y a pas un jour qui passe sans que nous n’ayons un échange direct avec le président de la République sur une question ultramarine. J’ajoute que le nouveau Premier ministre, élu local comme moi, aborde les différents dossiers avec un pragmatisme précieux. Tout cela montre l’implication très forte de l'exécutif.

On dit qu’un bon ministre des Outre-mer est celui qui gagne ses arbitrages à Bercy. Qu’en pensez-vous ?

C’est une vision des choses qui suggère que le ministre des Outre-mer serait un avocat qui viendrait défendre son dossier, parce qu’attaqué par les autres ministères... Je ne ferai pas partie des ministres qui tapent sur Bercy, c’est trop facile. L’Etat, c’est l’Etat et il n’y a qu’un seul gouvernement. Il y a des arbitrages qui sont obtenus, d’autres, parfois, qui ne le sont pas, et ce n’est pour autant que la question ultramarine sera minorée. Et puis si on ne regarde que les questions budgétaires, je commence déjà en mettant les pieds dans le plat : de l’argent oui, il en faut évidemment et ce gouvernement a déployé des moyens inédits pour faire face à l’urgence du sauvetage de notre économie et nous allons continuer dans le cadre du plan de relance. Mais, est-ce qu’aujourd’hui dans la France des Outre-mer, l’argent est la seule et unique chose dont nous avons besoin ? On s’en serait rendu compte ces vingt ou trente dernières années...Ce ministère est l’un de ceux où l’on rencontre le plus « les économies de constatation ». En clair, c’est de l’argent qui a bien été voté par le Parlement au budget, mais que le ministère ou ses antennes, préfectures, opérateurs de l’Etat, et bien souvent les collectivités territoriales, n’ont pas réussi à dépenser. C’est un ministère dans lequel, il y a beaucoup d’argent qu’on n’arrive pas à dépenser ! Cela devrait faire réfléchir collectivement chaque acteur.

Votre feuille de route ?

Il y a ce qui s’impose à nous et ce que l’on peut peut-être un peu forcer pour l’avenir. Ce qui s’impose à nous très clairement, c’est la question de la relance économique. La crise économique est là en France, elle est lourde pour la plupart des pays occidentaux. Elle est donc lourde avec des particularités et des spécificités pour chaque territoire d’Outre-mer. C’est un sujet qui va être très central dans mes premiers mois dans cette maison. A la fin du mois d’août, un plan de relance sera présenté au conseil des ministres…

Un plan spécifique outre-mer ?

Un plan de relance globale dans lequel je veux, non pas un plan de relance spécifique outre-mer, mais un plan de relance spécifique par territoires. Un territoire dont l’économie repose sur la pêche et l’agriculture n'obéit ni aux mêmes enjeux, ni aux mêmes instruments et outils de relance qu’un territoire qui est porté d’ordinaire par le secteur tertiaire et notamment le tourisme. Sans compter les cas de la Guyane ou de Mayotte où l'épidémie perdure plus longtemps qu’ailleurs.  Mais il y a plusieurs enjeux sur la manière de faire ce plan de relance. D’abord, il faut un chapiteau global, des mesures transversales, même s’il y a des spécificités. Le chômage partiel par exemple, on l’a fait partout ! Il faut ensuite avoir des plans taillés sur mesure qui correspondent à chaque territoire ; mais ça ne fonctionnera pas si les Collectivités territoriales ne sont pas avec nous, d’où la main que j’ai tendue aux élus locaux dès la passation de pouvoirs. J’ai été maire, président de Département, je suis toujours élu local, je me suis beaucoup investi sur les finances locales en outre-mer… Je vois bien que sans les Collectivités, ce sera voué à l’échec. Cela veut dire qu’il y a une responsabilité des élus, en confiance avec l’Etat dans les moyens qui vont être apportés, et cela dans un calendrier électoral que nous connaissons. Je suis là pour bâtir un plan de relance efficace et je souhaite que les campagnes électorales à venir pour les élections départementales et régionales ne viennent pas remettre en question la cohésion indispensable entre tous les acteurs. Le plan de relance passera par des mesures financières de différentes natures, tournées notamment vers la commande publique ce qui est indispensable pour certains secteurs comme le BTP. Il faudra donc hiérarchiser nos priorités sans oublier les engagements passés comme pour la construction d’équipements scolaires. Il faudra aussi stimuler des projets existants comme ceux qui sont dans les accords de Guyane par exemple.

Ceux du plan séisme Antilles aussi ?

Oui ! J’y ai mis beaucoup d'énergie quand j’étais secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Ce sont aussi les investissements pour l’eau en Guadeloupe. Ensuite, il y a les mesures d’accompagnement pour le secteur privé Il y aura aussi un enjeu sur le volet normatif pour assouplir des règles qui peuvent être des freins à la relance. C’est le sujet le plus délicat : si ces normes existent, notamment environnementales, c’est parce qu’elles correspondent à un besoin. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi non plus au nom de la relance. Là, j’ai besoin de l'ensemble des parties prenantes : des élus locaux, du monde consulaire, des ONG, des filières professionnelles, des syndicats agricoles, en clair de toute la société civile de chaque territoire ultramarin. J’ai demandé aux préfets d’être dans une très large animation dans leur territoire. Ils doivent travailler avec les élus, avec tous les acteurs y compris le monde associatif. Sans oublier les agents de la fonction publique qui doivent être complètement investis des enjeux de cette relance…

La situation est souvent tendue dans nos territoires, vie chère, poids de l’histoire, défaut d’emploi… Comment rendre la confiance ?

Je ne suis pas ultramarin, mais quand on aime les territoires d’Outre-mer, on aime leurs histoires et on cherche donc à les comprendre, dans leurs identités et spécificités. On respecte ce qui s’y passe, on doit être humble face à ce qui a pu s’y passer. Une fois que j’ai dit ça, la crise économique qui nous guette suite à la pandémie est inédite et, peut-être à bien des égards, violente. Elle n’est du fait et donc de la faute de personne : ce virus nous renvoie à plus de modestie devant la nature et notre condition d’être humain. Il y a deux manières d’aborder cette épreuve : soit en se divisant et en considérant que c’est toujours la faute de l’autre, soit au contraire, en se rassemblant et en faisant de cette crise une opportunité de transformation, en faisant en quelque sorte “du judo” avec celle-ci. Je n’y arriverai pas seul. Je serai ministre des Outre-Mer comme j’ai été maire ou président de Département. Ce pragmatisme, cet état d’esprit, doit permettre de créer cette confiance. 

Pourquoi vous présentez-vous aux sénatoriales alors que vous venez d’être nommé à Oudinot ?

Les Ultramarins qui nous lisent doivent savoir que je suis un enraciné, que moi aussi j’ai mon territoire, que je ne suis pas “hors sol” et que j’ai une légitimité parce que je suis un élu Je viens d’un milieu populaire. Ma mère était secrétaire médicale, mon père a passé son diplôme de technicien en cours du soir au CNAM. J’ai décidé de m’investir à un moment donné pour devenir maire de la commune où j’ai été scolarisé. Ce n’est pas parce que je passe un peu de temps dans l’Eure que je me désintéresse de l’Outre-mer. Je suis un ministre enraciné. Si le Président de la République et le Premier ministre le souhaitent, je poursuivrai ma tâche au gouvernement. Dans ce cas, le suivant de la liste que je mène siégera en remplacement temporaire au Sénat comme le prévoit la loi.

Quel sera votre prochain déplacement en Outre-mer ?

Sûrement la Réunion, puis les Antilles sans doute en septembre. Je vais, dès l’automne, instituer des déplacements assez longs, un format atypique qui va me permettre de poser mes valises une semaine sur un territoire. Je veux prendre du temps. Typiquement sur la relance, il faut prendre ce temps avec la société civile, le monde économique ; faute de passer à côté de quelque chose.

Vous avez fait allusion aux élections territoriales de 2021. Que dites-vous de la proximité des présidentielles ?

Je représente l’Etat et le gouvernement. Je serai toujours vigilant à ne pas être dans un rôle qui n’est pas le mien. Quand j’étais ministre délégué, je parlais aux maires de Marseille, de Paris, de Pointe-à-Pitre ou de Basse-Terre sans me préoccuper de leur carte politique. Quand j’ai dû traiter la question de l’eau aux Antilles, je n’ai pas regardé les sensibilités politiques des élus autour de la table. La République, ce n’est pas ça. Quel que soit l’acteur et ses opinions politiques, s’il a besoin de l’Etat et du ministère que je dirige, il me trouvera dans cette bienveillance. Mais je suis aussi là pour porter notre bilan, la parole gouvernementale de ce qu’Emmanuel Macron a accompli depuis trois ans pour le pays et de ce qui a été fait pour les Outre-mer.

Etes-vous plutôt Belle-Câpresse, Neisson ou Bologne ?

Je suis les trois ! La vraie question, c’est en fonction des moments. Ti punch et rhum blanc et à d’autres moments, c’est plutôt ambré. J’ai une belle collection de rhums à Vernon !

Soufrière ou Pelé ?

Je connais mieux la Soufrière.

Césaire ou Condé ?

Lycéen, ça a été Césaire et son Cahier d’un retour au pays natal que j’ai lu plusieurs fois. Cette oeuvre, que je n’ai pas pu comprendre dans sa globalité tout de suite, m’a profondément touchée.  J’avais 16 ou 17 ans et j’avais cette édition ocre que j’avais fini par complètement écorner tellement je l’avais relu dans tous les sens !

Gontran-Damas ou Monnerville ?

Je suis candidat aux sénatoriales dans l’Eure, à la fin du mois de septembre, donc Monnerville ! Mais parce que je viens de Guyane et que vous ne l’avez pas posé la question, j’ai une tendresse infinie pour Félix Eboué.

Kourou ou Toulouse ?

J’ai failli vivre à Kourou. Quand j’étais gosse, mon père qui travaillait à la SEP devenue SNECMA, puis Safran et Arianespace depuis, m’amenait voir les tirs retransmis en direct de Kourou à Vernon. La question s’était posée alors d’aller vivre à Kourou ce qui ne s’est pas fait…

propos recueillis par FXG

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 05:56
Prudence Ecoué (Martinique), Bernard Fontaine (Réunion), David Moueza (Guadeloupe) et Pierre Sebastien, le patron de Primevew

Prudence Ecoué (Martinique), Bernard Fontaine (Réunion), David Moueza (Guadeloupe) et Pierre Sebastien, le patron de Primevew

Ce que révèlent les rapports d’activité des commissaires aux comptes sur nos économies

Une étude du cabinet indépendant Primevew sur les entreprises dans les Outre-mer a été présentée le 8 juillet dernier aux députés de la délégation Outre-mer de l’Assemblée nationale.

Cette étude réalisée à la demande de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes a porté sur un million de rapports d’activité des commissaires aux comptes et experts-comptables dans tous les Outre-mer depuis 2016. Pour pouvoir comparer ce qui l’est, Pierre Sabatier, responsable du cabinet Primevew a établi préalablement cinq groupes de territoires. Le premier c’est Paris et sa région, le deuxième, ce sont les grandes régions, le troisième, dit intermédiaire, regroupe 43 départements dont la Réunion, le quatrième dit groupe des déclinants (au point de vue démographique) regroupe trente départements dont la Guadeloupe et la Martinique, et enfin, le cinquième groupe, dit émergent, n’est composé que de la Guyane et de Mayotte.La Guadeloupe et la Martinique se caractérisent, outre leur éloignement et leur démographie par un grand retard de formation et d’éducation qui les distingue de leur groupe de référence. Globalement, les dirigeants d’entreprises manquent de qualification. Si le niveau de rétention des diplômés (la fuite des cerveaux) aux Antilles est moins fort que dans leur groupe de référence, le taux de diplômés dans la population est insuffisant pour assurer le développement économique et améliorer le taux d’emploi. Ce dernier est inférieur de 14 % par rapport au groupe de référence. Avec un tissu entrepreneurial dispersé, les économies antillaises s’appuient, comme dans leur groupe de référence, sur le BTP, le commerce et les services publics. Quant à l’agriculture, contre toute attente, et à l’industrie, ce sont des secteurs atrophiés, notamment en termes d’emploi.

Si dans l’Hexagone, on compte 70 à 76 % d’entreprises sans salarié, ce taux est de 84 % en Guadeloupe, 81 % en Martinique et 79 % en Guyane. Cela entraîne une grande fragilité du tissu entrepreneurial, y compris pour les entreprises déjà structurées. Ainsi, les commissaires aux comptes ont relevé des inexactitudes ou des irrégularités, les contraignant à certifier les comptes avec réserves, voir à l’impossibilité de les certifier, pour 6 % des entreprises en Guadeloupe, 8, 1 % en Martinique, contre 5 % dans leur groupe de référence.

20 à 25 % de l’emploi est dans le secteur informel

Cette étude a aussi permis d’y voir plus clair sur le secteur informel. Grâce aux données collectées, Primevew est parvenu à l’estimer pour mesurer le manque à gagner en termes de business et de recettes fiscales. Ainsi, en Guadeloupe, le secteur informel représente 23 à 25 % de l’emploi, en Martinique, c’est 19 à 20 %. En revanche, l’étude n’a pu l’estimer pour la Guyane.

Le rapport observe encore que les conditions de financement des entreprises sont dégradées dans tous les Outre-mer. La rémunération réclamée par les banques est supérieure à celle de leur groupe de référence, soit une prime de risque plus élevée. Le manque de crédibilité financière de nos entreprises est aussi une spécificité ultramarine.

Prudence Ecoué, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Fort-de-France, et David Moueza, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Basse-Terre qui ont contribué à ce rapport, sont intervenus lors de cette présentation pour rappeler la nécessité d’un suivi et d’un contrôle des entreprises alors que dès 2021, les seuils en termes de chiffre d’affaires, de bilan et d’effectifs, rendant obligatoire la certification comptable, ont été relevés. Cela devrait contribuer à renforcer ce que Pierre Sabatier a appelé une « discrimination de traitement en termes de données sur les territoires ».

FXG

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 09:49
Le palais d'Iena, siège du CESE (photo : CESE)

Le palais d'Iena, siège du CESE (photo : CESE)

Le CESE se penche sur le chômage outre-mer

Le CESE propose de renforcer les statistiques de l’emploi outre-mer, de renforcer le nombre des apprentis en CFA comme celui des volontaires du SMA et d’évaluer les dispositifs d’exonération de charges sociales.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté, le 24 juin dernier, un avis sur « la prévention et la réduction du chômage de longue durée dans une perspective d’action territoriale ». Cet avis met l'accent sur la dimension territoriale du chômage de longue durée et concerne, à ce titre, tout particulièrement les territoires ultra-marins où un ménage sur trois est touché, entraînant des conséquences massives en termes d’inégalités sociales, de pauvreté et d’exclusion. La durée du chômage y est aussi trois fois plus longue en moyenne que dans l’Hexagone et la part des demandeurs d’emploi de longue durée dépasse de plus de dix points la moyenne nationale, ce qui traduit une difficulté structurelle liée à l’employabilité d’une partie importante de la population active. Pour tenter de remédier à cet état de fait, la délégation à l’Outre-mer du CESE, présidée par Jean-Etienne Antoinette, a porté sa contribution incluant plusieurs recommandations au sein de cet avis.

Evaluer les dispositifs d'exonération des charges

Michèle Chay, Conseillère confédérale de la CGT, vice-présidente de la section du travail et de l'emploi et rapporteure sur ce volet du texte pour la délégation outre-mer propose la réalisation d’enquêtes statistiques détaillées régulières et l’intégration systématique des données ultramarines aux niveaux national et européen, afin d’accroître la visibilité de ces territoires, actuellement laissés pour compte au sein des données de Pôle emploi et l’INSEE, d’augmenter du nombre de centres de formation des apprentis et leur mutualisation en construisant des filières par territoire pour accueillir les apprentis et demandeurs d’emploi à proximité, d’analyser les besoins de recrutement locaux sur la base d'une gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences, d’intégrer au moins un territoire ultramarin parmi le groupe de régions qui sera sélectionné par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) pour l'évaluation du plan d’investissement dans les compétences (PIC), de faire encore monter en puissance le service militaire adapté dans les territoires où la demande est émergente, en particulier en Guyane, à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie, et enfin de faire évaluer par une instance indépendante l'efficience des dispositifs d'exonération de cotisations sur les emplois francs, et le cas-échéant, de mieux définir le ciblage de ces aides au regard de secteurs stratégiques pour chaque territoire. Cet avis a été demandé par le Sénat.

FXG

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 05:23
Michel Magras dont c'est le dernier mandat de sénateur préside la délégation Outre-mer du Sénat

Michel Magras dont c'est le dernier mandat de sénateur préside la délégation Outre-mer du Sénat

Les sénateurs veulent parer à l’urgence économique en Outre-mer

La crise économique attendue après la crise sanitaire s’annonce « dévastatrice » en Outre-mer, les sénateurs déclinent 60 propositions pour y parer.

« Crise dévastatrice », c’est avec cette formule que débute le rapport que la délégation outre-mer du Sénat a adopté vendredi 9 juillet. Face à l’« urgence économique outrre-mer », les sénateurs estiment qu’il faut cibler le plan de relance sur les six secteurs leviers que sont le transport aérien, le BTP et le logement social, l’agriculture et la pêche, le numérique et le tourisme. Pour le secteur aérien, ils plaident pour la mise en place d’« un fonds de soutien d’urgence » et, pour préserver la trésorerie des compagnies aériennes, la création d’un « fonds de garantie de l’État » pour assurer la solvabilité des bons à valoir en cas d’annulation des billets. Seule la relance de l’aérien permettra le redémarrage du tourisme. « À partir du 10 juillet, indique le rapport, le test PCR avant départ deviendra obligatoire pour l’entrée dans les territoires ultramarins. Alors que les tests sont encore très difficiles à obtenir… » Si les sénateurs reconnaissent que la saison des grandes vacances est foutue pour ce qui concerne les touristes internationaux et métropolitains, ils comptent sur le tourisme local, régional et affinitaire. Ils recommandent donc qu’un dispositif de chèques vacances soit mis en place pour renforcer les échanges touristiques au sein d’un même bassin régional. Mais surtout, et notamment aux Antilles, « la sortie de crise doit être une opportunité pour accompagner le tourisme ultramarin vers un modèle de tourisme durable ». Ca veut dire développer un écotourisme responsable, avec des hébergements diversifiés, des séjours plus longs et plus qualitatifs.

Sortie de crise entre 2021 et 2030

En ce qui concerne le BTP, la reprise d’activité s’accompagne d’importants surcoûts que ni les entreprises ni les maîtres d’ouvrage (collectivités et bailleurs sociaux) ne peuvent assumer. Le rapport propose que les crédits non consommés de la ligne budgétaire unique (LBU) soient consacrés à la prise en charge de ces surcoûts. Il s’agirait encore de faciliter les formalités de passation de marchés, d’alléger les obligations de publicité et celles de régularité sociale et fiscale. Mais d’abord, le plan logement outre-mer établi en 2019, tout comme le plan séisme Antilles, doit voir son déploiement accélérer : « Sa phase opérationnelle doit être lancée dès septembre 2020 afin d’en ressentir les premiers effets d’ici septembre 2021. »

En dernière partie le rapport propose de construire « un modèle  de développement plus résilient ». Ca veut dire soutenir les agriculteurs et les pêcheurs à atteindre l’objectif d’autonomie alimentaire des territoires, utiliser le numérique comme un outil de résilience. Il faut donc faire les investissements nécessaires pour la couverture des zones isolées et, au-delà faciliter l’accès à la formation aux usages du numérique tant l’illectronisme - c’est à dire la difficulté ou l’incapacité à utiliser les outils numériques - touche probablement plus encore les outre-mer que l’Hexagone. Pour développer les emplois d’avenir, le rapport recommande de faire des outre-mer des zones franches numériques.

Enfin, la crise a rappelé les défaillances en termes de gestion de l’eau et d’assainissement. Le plan Eau Dom lancé en 2016 qui prévoit des investissements sur le long terme pour remédier à ces carences, doit être mis en œuvre dans les meilleurs délais.

Les sénateurs, évoquant la sortie de crise, ont cité une fourchette de temps allant de la fin du deuxième semestre 2020 à 2030.

FXG

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