Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : le blog fxgpariscaraibe
  • : Caraibes, Antilles, Réunion, Outre-mer, Paris... Le blog des infos du 6e DOM, des gens originaires d'outre-mer à Paris politique economie culture justice société
  • Contact

Recherche

11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 10:52
Daniel Démocrite, mars 2019

Daniel Démocrite, mars 2019

Me Daniel Démocrite, dit « Démo »

« Démo » est mort des suites d’un cancer du pancréas à 75 ans. Avec lui s’éteint une grande voix du barreau de la Guadeloupe. Aux côtés du Bâtonnier Felix Rodes dont il se disait "le complice et le fils spirituel", Daniel Démocrite a plaidé quelques fameuses grandes affaires : les patriotes guadeloupéens, Timalon, Chammougon, Bichara/Chalian, la Sodeg, Gamiette le prophète et encore très récemment il était encore l’un des avocats de Lucette Michaux-Chevry et d’Alfred Marie-Jeanne...

FXG, Démo et LMC

"Nous nous battions pour que le Guadeloupéen soit debout, qu'on le considère à hauteur d'homme", confiait récemment Me Daniel Démocrite à France-Antilles. Un de ses derniers grands procès a été le double acquittement de Ruddy Alexis dans l'affaire Bino.

Pourtant, à l’aube de sa carrière, le grand ténor se destinait à devenir préfet…

Démo a grandi à Pointe-à-Pitre. Son père Paul-Edouard, comptable à l'usine Darboussier, a créé la section Antilles-Guyane de la CFTC (future CFDT). "C'est lui qui a cassé la gueule à Nicolas Ludger avec la cloche du président de séance lors d'une réunion du CA de la caisse de la Sécurité sociale où le PCG était majoritaire", nous a-t-il confié. Un père coureur… Sa mère, comptable aussi, quitte la Guadeloupe en 1949. Elle n'emmène avec elle à Paris que le frère et la sœur de Daniel qui n’a alors que 4 ans. Le petit Daniel vit entre son père rue Vatable à Lapwent, et la case de sa grand-mère dans le faubourg, après Mortenol, non loin de Boissard, près des actuelles pompes funèbres Birras. Daniel est scolarisé à Massabielle. "J'ai alors connu Tony Sarkis, Daniel Lautric, Max Lancrerot et Georges Gamiette, le frère du prophète..."

 A l'âge de 9 ans, il ne va plus en classe. "Tous les dimanches, racontait-il, mon père me donnait une raclée, mais heureusement, il y avait d'autres jours dans la semaine !"

Bizuth à Paris

Apprenant la déscolarisation de son fils, sa mère le fait venir à Paris. "Je ne parlais que le créole pour emmerder mon frère et ma sœur, d’autant que mon oncle avec qui nous vivions nous interdisait de le parler..." Daniel a ramené de sa petite enfance pointoise ses mauvaises manières. « Dans le petit deux-pièces, on mettait l'argent pour le pain sur le manteau de la cheminée, je piquais l'argent ! » Au moment de faire sa première communion, il fait la retraite buissonnière...C'était l'époque de la guerre d'Algérie. « Les petits Algériens voulaient me casser la gueule, mais j'étais habitué aux combats de rue et je me suis vite imposé. » Sa mère le met en pension à Fénelon, dans l'annexe du lycée Rodin dans le XIIe. A la fin du CE1, il est le dernier de la classe... Au CM2, il est premier ex-aequo du début à la fin de l'année. Sa mère lui met tout de même une raclée. "Elle me reprochait de trop ressembler à mon père."

En 6e, il est très bon en latin, en français et en histoire-géo, mais il est nul en maths. On l'envoie au lycée international de Fontainebleau (où se trouvait une base de l'OTAN) avec des fils de bonne famille. Il est bizuthé, mais stratège, il se fait des amis.

Finalement Démo aura son bac avec panache et prépare le concours de sciences po Paris à Nancy, préalable au concours de l’ENA et à la préfectorale.

Tabassé par la police

En mai 1966, le jeune étudiant en droit est condamné par le tribunal, de Nancy à 250 francs d’amende pour une double prévention d'outrages envers officier de police et agent de la force publique. Lors d'un voyage à Strasbourg, Démo a été témoin dans le train d'un contrôle de police sur un Algérien. Démocrite s'interpose et accuse le policier de se conduire comme un malhonnête homme, concluant : " La France est un pays de racistes. " Quelques jours avant, Démo participe à un anniversaire chez un Algérien. Un voisin mécontent alerte la police et les convives sont emmenés au poste. Démo, là encore, conteste les agents qui ont approuvé le dénonciateur alors qu'il tenait des propos racistes. Démo est tabassé. Mes Manville et Pau-Langevin le défendent...

Dans le sillage de Pierre Goldmann

Oruno Lara apprend le procès de Démocrite alors qu’il est insoumis à Bruxelles où il se cache avec Pierre Goldmann chez la fille d'un député qui possède une galerie d'art. Démo les y retrouvera et ils assisteront à une répétition d'Une saison au Congo… Il continue de s'exercer à la boxe anglaise et commence à s'entourer d'une bande d'amis qui traînent autour de Pierre Goldmann. Démo rencontre Louis Dessout, Joël Lautric, l'alibi de Pierre Goldmann, et le futur commissaire Rollin Vindex-Compère... Il participe à des réunions politiques. « On prévoyait de faire des coups à Paris pour avoir du fric... J'étais en contact avec des gars du milieu qui sont devenus des amis. » Parmi eux Jean Agasso dit Ti Jan qui sera ensuite jugé lors du procès des proxénètes antillais, mais également l'anthropologue et ami de Jean Rouch, Jean-Pierre Olivier de Sardan… C’est lui qui a conduit Manville au tribunal de Nancy dans sa 2CV.

En 1967, à l'annonce du massacre de La Pointe, leur groupe décide de rentrer en Guadeloupe. « Une partie de mes amis est vite repartie en France, mais moi, je suis resté comme Méphon qui travaillait aux douanes. On voulait entrer en clandestinité. »

Viré pour activisme

Il fréquente alors Eschyle, Glaude et Baden du GONG qui sont en lien avec Louis Théodore, le kanmrad Jan à l'origine de la création du syndicat UTA, future UGTG... « C'est Roland Girard, le neveu de Rozan, qui m'a fait découvrir mon pays car j'avais grandi en France. » Finalement, Démo sera quelques temps pion à Baimbridge et syndicaliste étudiant avec Dominique Trésor (« Celui qui s'est remarié avec la femme de Reinette quand il était en prison - les RG s'étaient fait un devoir de le raconter à Reinette... »). On lui demande de prendre la direction du mouvement étudiant car il est inscrit à Vizioz depuis 1968. Jean-Claude Courbain est son rival... « Il était le dirigeant et moi, j'étais celui qui le contrait, mais j’étais reconnu puisqu'en même temps j'étais très actif. » Ils se réunissent souvent chez Jean-Pierre Deshayes à Massabielle. Démo organise manifestation et grève de soutien pour Jean Laguerre, alors instituteur... « Le Député Hélène s'est fait tabasser par Jean Laguerre alors qu'il défilait avec son écharpe de maire avec Amélius Hernandez qui l'accompagnait... » Démocrite sera viré de son poste de pion à Baimbridge en 1969 pour activisme.

La Martinique l'accepte et il rencontre Camille Chauvet avec qui il monte un syndicat étudiant. « On avait comme prof Burguburu à Vizioz. Moi j'étais avec Michèle Léro, la soeur de l'actrice Cathy Rosier, et Burguburu voulait me la piquer... » Démo est alors très lié à Raymond Bourgade un militant indépendantiste. « On habitait ensemble à Ravine Vilaine à Fort-de-France. »

1971, Démocrite est poursuivi pour coups et blessures sur le directeur de La Poste... Pour avoir foutu des gendarmes hors de la préfecture lors d'une réunion... « Les gendarmes m'avaient demandé ma carte d'étudiant... Mais c'était un truc entre nous... A nos réunions, c'était comme en mai 68, tous les soirs, il y avait une prise de parole par Michel Rovélas, un syndicaliste ou un dirigeant de Fraternité ouvrière… » Guy Conquet et Roland Girard sont jugés avec lui... Me Henri Leclerc assure leur défense.

Roland Girard et Louis Dessout ont monté une boîte de nuit, le Shaka club que fréquente Démo, mais également l'universitaire Henri Descamps de Bragelogne dont le fils spirituel n'est autre qu'Eric Rotin. Quant à sa soeur, elle est mariée à un Delaprade, syndicaliste dans le bâtiment. Descamps sera plus tard le directeur de cabinet de Bokassa. Il y a encore Daniel Maragnès, le prof de philo qui a aussi connu Goldmann, qui l'a inspiré politiquement... Bref autour de Roland Girard et de Daniel Démocrite, c'est toute une génération qui rêve de révolution.

Zavoka la

undefined
Alex Ursulet, Lucette Michaux-Chevry et Daniel Démocrite en mars 2019

« Simone et André Schwarz-Bart ont changé ma vie », confiait Démo. Cela se traduit par le serment d'avocat qu'il prête en 1974, puis par sa première candidature aux cantonales à Pointe-à-Pitre en 1977.

17 septembre 1980, à 4 h 05, devant le hangar de fret à l'aéroport du Raizet, une bombe explose sous l'aile droite d'un boeing 727 d'Air France. Une autre bombe sous l'aile gauche, près du fuselage, est retrouvée par les gendarmes. A 6 h 55, l'artificier, un sous-officier du SMB, Bruno Soisse, est tué en tentant de la désamorcer. Le GLA revendique l'attentat, probablement accompli par Alain Gambi, un agent d'Air France. L'avocat Daniel Démocrite est placé en garde à vue par le colonel Ferrara. Il a été aperçu à l'aéroport la veille vers 18 heures. L'avocat Félix Rodes le fera sortir rapidement. Le procureur Lasserre s'excusera pour cette interpellation...

Au début des années 1980 marquées par l'activisme du GLA, mais également de l'UPLG, puis de l'ARC, l'avocat Démocrite est confronté au juge d'instruction Chalian. « Il était vice-président du syndicat de la magistrature et jouait au justicier, racontait Démocrite. Il avait des histoires avec tous ceux qui avaient du pognon. » Lorsqu'il fait mettre Raymond Viviès en garde à vue, Chalian n'hésite pas à lui faire traverser la place de la Victoire menotté. C'est encore lui qui a convoqué Raphaël Koury...

Démocrite défend Franklin Bicharra dont le père a des dépôts à Vieux-Bourg Abymes. « Le père était toujours en combine et son fils, Franklin, dirigeait la prison (pas comme directeur !) où il avait été condamné pour sept ans ! » Démocrite a bien failli se battre avec le juge Chalian sous les yeux de ses confrères Mathieu et Frédéric. « Je défendais Socrate Sonis, un voyou... » Le juge lance à l'avocat : « Quand vous êtes aussi en forme comme ça, c'est que vous avez déjà touché beaucoup d'argent. » « Moi, lui répond l'avocat, on peut savoir ce que je fais, mais vous, on ne sait pas ce que vous faîtes ! Donc taisez-vous ! » « Sortez ! », relance le juge. « Venez me sortir ! »

A partir de 1988, Démocrite tourné le dos aux socialistes. Il est dans une optique indépendantiste bourgeoise et regarde la droite de façon plus ouverte. « Mon métier d'avocat va s'inscrire dans le combat pour la Guadeloupe. » Il est dans l'ombre de Félix Rodes. « C'est un des derniers grands acteurs et témoins de cette fin du XXe siècle. Darsière et Manville plaidaient seuls... Plaider à plusieurs, c'est l'école Rodes, la belle époque ! » Démocrite a plaidé les affaires Timalon, Chammougon et plus tard l'affaire du syndicaliste Guillon poursuivi pour avoir attenté à la vie de Lita Dahomey. Au mitan des années 1990, Il s’est rendu une vingtaine de fois à la Réunion pour défendre avec Me Jacques Verges, le bâtonnier Ursulet et son fils Alex, et quatre avocat réunionnais, Paul Vergès. C'était la première équipe de défense représentant tous les DOM.

A Versailles, avec le Martiniquais Ursulet, il avait arraché l’acquittement du comédien Jean-Pierre Saintons auquel personne ne croyait tant et si bien que France-Antilles avait titré en une sa condamnation. « Ils ont dû refaire la bonne une le lundi ! », disait en se marrant Me Démocrite.

FXG

L’interview posthume

Peu avant son décès, à l’occasion de ses séjours à Paris, Daniel Démocrite a accordé une série d’entretiens à France-Antilles. Nous offrons à nos lecteurs en exclusivité sa dernière interview.

« J’avais une vision ! »

Pourquoi vouliez-vous être préfet ?

En fait, s'il y a un poste politique qui m'aurait plu, c'est celui de maire... J'avais un parent éloigné qui était administrateur des colonies. Nous n'étions pas très proches, mais sa mère me racontait ce qu'il faisait... Ce qui m'intéresse dans la politique, ce n’est pas la parole… Moi j'aurai préféré créer un quartier. Par exemple, j'aurais eu Pointe-à-Pitre, j'aurais refait Pointe-à-Pitre. Je me serais adressé à l'architecte qui a refait Montpellier, Ricardo Bofill ou celui qui a fait Brasilia, Oscar Niemeyer ! Je n'aurais fait qu'un mandat parce qu'il y aurait eu des expropriations... Mais j'avais une vision !

Aujourd'hui, vous êtes plutôt méfiant envers les préfets...

Ce qui m'inquiète, c'est ce déséquilibre qui s'instaure sans respecter la séparation des pouvoirs. J'ai parlé au procureur comme si je parlais au préfet : vous arrivez et vous mettez Daniel Gibbs en garde à vue. Je ne sais pas ce qu'il a fait, ça ne me regarde pas, mais je pense que ce n'est pas la meilleure façon de nouer des relations d'équilibre et de respect avec un responsable. Vous commencez par mettre en garde à vue alors que vous allez vous adresser à lui pour lui demander des locaux, pour définir votre politique pénale... Finalement ça me regarde parce que je suis Guadeloupéen. Je trouve ça inadmissible et grave d’entendre le procureur dire : "je travaille en étroite collaboration avec le préfet..." C'est comme si le ministre de la Justice disait qu'il travaille avec le ministre de l'Intérieur qui lui dirait qui arrêter... Ce n'est pas son boulot !

Vous avez récemment participé à une réunion d'anciens de l'institut Vizioz, dont Daniel Marsin. Qu’a représenté Vizioz ?

Nous avons joué un rôle capital dans l'articulation entre le GONG finissant, décapité, et l'UPLG et la nouvelle génération. Les uns étaient en France et nous, nous étions sur place. C'est nous qui avons fait la grève avec l'UTA et ça s'est fait en 1971. Notre grève a duré deux mois... C'était au moment du procès de Guy Conquet. C'est à cette époque qu'a commencé kanmarad Jan. Avec Louis Théodore, on a presque créé le personnage au départ. Je l'ai aidé à ce qu'il devienne propriétaire de ses terres. Il a gagné la première affaire qui concernait 18 hectares à La Boucan. C'est un fin négociateur... C'est un grand Théodore ! C'est le président de la plus grosse coopérative agricole. Ils font 6 millions de chiffre d'affaires !

Etes-vous Français ?

Je ne suis pas gaulois ! Nous sommes un peuple différent et les rapports entre les peuples se modifient mais tout passe par l'indépendance.

Propos recueillis par FXG

Souvenirs d’audience- Affaire Timalon 1988

Douze policiers venus de Nouvelle-Calédonie sont là pour dire qu'ils ont été témoins de l’assassinat du gendarme Guy Haussy, le 13 novembre 1985, par Patrick Timalon. Rodes, Ursulet et Démocrite plaident ensemble contre un bâtonnier de province. « On a gagné à l'arrachée, raconte Démo, au dernier round... » Ils ont fait venir pendant un long week-end un témoin qui s'appelait Carbone, un Dominicains qui partageait la même cellule que Timalon. Il est venu dire que Timalon lui avait avoué que c'était lui qui avait tué le CRS à Boissard.

« Dans un précédent procès, racontait Démocrite, Madice, la femme de Jean-Claude Malo, a voulu sortir de la salle des délibérés parce que le président Beck faisait pression sur les jurés. Il disait en évoquant une autre affaire avec un gendarme que c'est avec l'arme volée de ce dernier que Timalon avait tué Guy Haussy. Le procureur Beck m’a dit : « Je sais que vous avez constitué une équipe avec Manville et Rodes, mais je ne pense pas que ce soit une bonne chose... On va trouver une solution. Il faut qu'on aille plus vite. Moi, ce qui m'intéresse, c'est le procès de Thimalon à Paris, la peine qu'il va prendre là-bas parce qu'il prendra perpétuité... C'est votre client qui a volé l'arme qui a servi à Thnielimalon. On se met d'accord : 5 à 7 ans ? » « Plutôt 5 », tope Démo. « Avec Me Nollard, on plaide ça rapidement en deux jours. On est d'accord sur la peine. » L'affaire arrive mais Beck attaque, instaure un climat de pression, critique Démo qui fait un désordre du diable. A cette époque, il est un champion du désordre ! Suspension d'audience. Beck fait venir le bâtonnier Frédéric devant lequel il dit : « Démocrite, quand même, on avait discuté avant l'audience, comment se fait-il ? » « Mais je vois où vous voulez aller ! Vous allez à perpét là ! Je ne vous laisserai pas faire ça. » Beck répond : « Je vous rassure, je ne suis pas dans cet état d'esprit... » « Ce n'est pas ce qui était convenu... » Le bâtonnier Frédéric dit : « Je ne veux pas connaître vos conventions... Ne parlez pas de ça devant moi. » Les avocats adverses, dont Valérius étaient là aussi. Finalement, Beck a obtenu 18 ans… « Beck nous a eus, mais on l'a eu après. J'ai fait organiser une émission sur RCI et les gens donnaient leur point de vue sur la manière dont s'était déroulé le procès. » Démocrite a fait intervenir Mme Malo qui a dit juste ce qu'il fallait dire... Le lendemain, Roland Ezelin, Evita Chevry, Claude Christon et Démocrite ont fait un communiqué de presse. Aussitôt la police a placé Christon en garde à vue. « Ca a créé une commotion au barreau et à partir de là, on a mené une campagne contre Beck. Deux mois après, il est parti. »

Partager cet article

Repost0
10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 17:03
L'affaire Kéziah déborde au conseil de l'ordre des Avocats de Paris

L’affaire Keziah fait des remous jusqu’à Paris

Un rapport concernant Me Alex Ursulet lors de la défense de Kéziah Nuissier, transmis par la procureure générale Paris et signé de la substitute du procureur de Fort-de-France, Sabrina Bouix, a atterri sur le bureau du conseil de l’Ordre des avocats de Paris.

Ce rapport concerne l’audience de comparution immédiate du tribunal judiciaire de Fort-de-France du 13 août 2020. Lors de cette audience, Mes Monotuka, Lodéon et Ursulet ont demandé la modification du contrôle judiciaire de Kéziah Nuissier, prévenu des chefs de rébellion et violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique. « La note d’audience dont vous avez eu connaissance, écrit la subsitute, retranscrit la teneur des débats, mais elle ne relate pas le comportement et l’attitude de Me Alex Ursulet à mon égard. » Pour commencer la magistrate du parquet dit avoir été « choquée de certains termes employés » par l’avocat pénaliste : « réquisitions scélérates » et « système putride ». Elle estime ensuite que Me Ursulet « s’en est pris directement à (elle) et (sa) personne, bien au-delà du représentant du ministère public… » Elle se plaint de « son positionnement physique, inapproprié, dans la salle d’audience, à proximité immédiate, voire face à (elle) ». Elle reproche à l’avocat de s’être « considérablement éloigné du pupitre qui lui est réservé », « d’avoir systématiquement cherché (son) regard pendant ses plaidoiries » et de ne s’être « quasiment exclusivement adressé qu’à (elle) » plutôt qu’au tribunal. « Son ton, ajoute-t-elle, était agressif et virulent (…) Ses paroles insultantes et menaçantes, et ce même à mots voilés. » La représentante du ministère public explique alors qu’elle n’a « à aucun moment soutenu son regard (…) sachant qu’à (son) sens, il cherchait à avoir une prise directe et personnelle sur (elle) ». Enfin, elle lui reproche encore de s’en être pris « directement et personnellement » à elle en faisant état de son départ de la juridiction et son affectation imminente à Pointe-à-Pitre.

Deux gendarmes poursuivis depuis

Le secrétaire général de l’ordre des avocats de Paris a demandé à Me Ursulet s’il avait des observations à formuler. Dans un premier temps, l’avocat martiniquais a rappelé le contexte de l’affaire Kéziah, rappelant que ce dernier avait porté plainte contre les forces de l’ordre suite à la manifestation du 16 juillet dernier lors de laquelle il a été interpellé. Marcelin Nadeau et Philippe Nilor ont demandé au préfet Cazelles les raisons de ces arrestations « excessivement musclées » tout comme la destruction du « tambour martiniquais, symbole de la résistance et de l’unité de notre peuple ». Les organisations Combat Ouvrier, Groupe Révolutionnaire Socialiste et même le PPM avaient aussi réagi à ces événements liés à l’instruction de l’affaire du chlordécone attendue depuis 18 ans alors même que le président Macron a promis des réparations.

Sur le rapport en lui-même, Me Ursulet affirme que les réquisitions du parquet, « administratives et pointilleuses », ignoraient les faits « à l’origine de l’état de santé de M. Nuissier ». « Les réquisitions de rejet de main levée du contrôle judiciaire ne pouvait que conduire la défense (…) à rappeler les questions posées par une justice à géométrie variable, les gendarmes comme les utilisateurs du chlordécone ne faisant pas l’objet de poursuites ». On sait depuis, qu’à la suite de la plainte déposée par la défense de Kéziah Nuissier, des poursuites pour violence, contre l’avis du parquet, ont été diligentées contre deux des cinq gendarmes qui l’avaient arrêté. C’est faute, au moment de l’audience, de connaître cette décision postérieure de l’IGPN et du parquet, que l’avocat justifie ses termes de « réquisitions scélérates » et de « système putride ». « Leur utilisation, fait-il observer, n’excède pas la liberté d’expression dont bénéficie l’avocat à l’audience conformément à une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l’Homme. »

« Défense et parquet sont des parties à l’audience »

Pour le reste, Me Ursulet dénie d’avoir eu des paroles « insultantes et menaçantes et ce même à mots voilés » : « Mme Bouix ne justifie pas son propos que les notes d’audience démentent. » Enfin, sur la question du regard que l’avocat aurait porté à la substitute, Me Ursulet rappelle qu’aucune disposition n’entrave la liberté de mouvement de l’avocat dans l’exercice des droits de la défense, même s’il admet que la magistrate eut préféré qu’il plaide « les yeux baissés et attaché à son pupitre ». Il rappelle encore que c’est le président du tribunal qui est en charge de la police de l’audience et qu’il n’a fait aucune observation dans ce sens à l’avocat. Enfin, Me Ursulet rappelle que la défense comme le parquet sont des parties à l’audience, qu’il n’y a pas de lien hiérarchique entre eux et qu’elles sont amenées à se répondre, « en se regardant, ce qui est la moindre des politesses ».

Il appartient désormais au conseil de l’ordre de se prononcer sur les suites qu’il entend ou non donner à ce rapport.

FXG

Partager cet article

Repost0
9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 05:30
Les tags ont été découverts dimanche sur la façade du boulevard des Invalides

Les tags ont été découverts dimanche sur la façade du boulevard des Invalides

L’affaire Kéziah concurrence l’expo des médecins martiniquais

Alors que le procès de Kéziah Nuissier doit avoir lieu ce lundi au tribunal judicaire de Fort-de-France, la façade du ministère des Outre-mer a été copieusement taguée dans la nuit de samedi à dimanche. Les inscriptions font directement référence à « Kéziah » et dénoncent une justice et une gendarmerie « coloniales ».

Ironie du sort ou volonté délibérée des tagueurs, les murs du MOM ont été tagués alors qu’ils accueillent depuis une semaine une exposition de photos du Martiniquais Jean-Luc de Lagarigue, intitulée “Un regard sur la médecine”. Ce projet de l’Union Régionale des Médecins Libéraux de Martinique invite les jeunes médecins à venir exercer dans les Antilles…

FXG

Partager cet article

Repost0
8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 05:49
Le budget de l'Outre-mer adopté en première lecture

Lecornu fait adopter un budget Outre-mer en hausse

La discussion parlementaire autour du Budget de la mission Outre-mer s’est achevée jeudi palais Bourbon. Le ministre Lecornu, rentré dimanche soir de Nouvelle-Calédonie défendait son premier budget. Ses crédits connaissent une augmentation de 6 % en autorisations d’engagement et de 2,5 % en crédits de paiement. Dans le programme « Emploi outre-mer », les autorisations d’engagement augmentent de 107 millions d’euros et les crédits de paiement de 93 millions d’euros. « Dans le cadre de la LODEOM, a-t-il expliqué, nous apportons un soutien aux entreprises par le biais de l’augmentation à plus de 6,6 % de la compensation des exonérations de charges patronales.

Le programme « Conditions de vie outre-mer » est le plus regardé, en particulier concernant l’exécution des crédits de paiement. Les autorisations d’engagement qui y sont inscrites augmentent de 55 millions d’euros. Les crédits Logement augmentent de 8,7 %, soit 224 millions d’euros, dont 18 millions d’euros d’autorisations d’engagement sont spécifiquement dédiés aux établissements publics fonciers de Guyane et de Mayotte. Troisième volet important, le soutien aux collectivités locales (voir infra). Le fonds exceptionnel d’investissement est stable, tandis que la dotation de soutien à l’investissement des départements augmente dans le cadre du plan de relance, les DROM y étant tous éligibles. La dotation d’équipement des territoires ruraux est stable également, avec un peu plus de 1 milliard d’euros, dont 35 millions fléchés directement vers l’outre-mer, répartis entre 22 millions d’euros pour les DROM et 13 millions d’euros pour les COM.

FXG

10 millions d’euros pour le plan Cazeneuve-Patient

Pour faire aboutir les travaux de la mission Cazeneuve-Patient sur le financement des collectivités d’Outre-mer. Il a proposé par amendement la création d’un contrat d’accompagnement pour les collectivités territoriales ultramarines. Les collectivités intéressées se porteront candidates à un plan de redressement et bénéficieront de l’expertise de l’AFD. Afin de lancer l’expérimentation, il a aussi inscrit son budget 10 millions de crédits de paiement pour 2021, première année de sa mise en œuvre. « Une bonne dizaine de collectivités sont volontaires, du coup on leur donne des aides en échange d'engagements forts de leur part sur les finances. »

A cela s’ajoutera, mais dans l’enveloppe budgétaire de la Cohésion des territoires 17 millions pour toute les communes, « libre d'emploi et automatique ». « Dans le contexte du rattrapage de cette sous enveloppe de la dotation globale de fonctionnement dont le mode de calcul était défavorable aux Outre-mer par rapport à l'Hexagone, selon le rapport Patient Cazeneuve, le président de la République a décidé d'opérer un rattrapage en 5 ans. Cette année on a décidé de faire ça en 4 ans. »

L’USHOM et l’USH dans le débat budgétaire

Le député Martiniquais Serge Létchimy a vu rejeter son amendement en faveur de l’Union, sociale de l’habitat outre-mer, l’unique fédération de bailleurs sociaux propre aux outre-mer. La semaine dernière l’USHOM a dû saisir la justice pour empêcher son expulsion de ses locaux par l’USH. C’est dans ce contexte que l’amendement Létchimy a voulu donner un financement indépendant de 7 millions d’euros à l’USHOM alors qu’actuellement cette dernière est financée par le biais de l’USH sur les crédits dédiés à la politique du logement. « Il serait compliqué pour le Parlement comme pour le Gouvernement, a expliqué le ministre, de s’immiscer dans les différends entre ces deux structures, dont la justice a été saisie (…) Cela étant, je confirme que l’USHOM est une structure efficace et que nous avons besoin d’elle. » Guillaume Vuilletet (LREM) a confirmé l’utilité de l’USHOM tout en ajoutant son opposition à l’amendement : « Nous devons en appeler à la raison pour éviter que des chicayas ne viennent ruiner une action militante efficace dans le secteur du logement social. »

POSEI et CIOM

Serge Letchimy a soutenu au nom d’Helene Vainqueur (Guadeloupe) un amendement visant à créer un programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité (POSEI) dédié à l’agriculture de diversification et un autre, en son nom, afin de contrecarrer la baisse de 25 millions d’euros de crédits de l’enveloppe du POSEI. « Je souscris à cet appel, » a embrayé Olivier Serva (Guadeloupe, rapporteur LREM). Sébastien Lecornu n’entend pas toutefois prendre de l’argent sur le budget de l’État pour compenser l’éventuelle baisse du POSEI dans les crédits européens : « Le Président de la République est en train de densifier la négociation sur ce programme ! Les négociations ne sont pas terminées. » Guillaume Vuilletet, au nom du groupe LREM, a eu ces mots à l’adresse de son collègue Serva : « Je sais qu’il ne m’en voudra pas de soutenir le Gouvernement en appelant le groupe de LREM à voter contre ces amendements. Nous sommes dans un rapport de forces qu’il faut conforter : nous devons être aux côtés du président de la République et du Gouvernement dans cette négociation et donner le signal nécessaire. »

1 milliard de l’Europe d’ici 2023

1 milliard d’euros, selon le ministre, seront versés directement par l’Union européenne aux différents départements et régions d’outre-mer dans le cadre du plan de relance européen, le REACT-EU, pour une consommation d’ici à 2023.

Parcours emploi compétences

En 2021, dans le cadre du plan de relance, 122 000 contrats supplémentaires seront débloqués. Sur ce volume, 20 à 21 % devraient concerner les outre-mer, « puisque nous prévoyons de retenir la clé de répartition habituelle, a rappelé le ministre. Surtout, nous allons porter à 65 % le taux de prise en charge des PEC par l’État, sachant que les préfets auront la possibilité de moduler ce taux dans la limite de l’enveloppe. »

Partager cet article

Repost0
6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 10:45
Un conte amérindien en Guadeloupe

La baleine aux yeux verts d’Henry Petitjean Roget et Rebecca Monsarrat

Babigouni dort sous le sable du lagon depuis au moins 2000 ans lorsqu’une vague le réveille en lui arrachant deux amulettes. En suivant l'homme qui emporte ses fétiches dans une grande maison rose, il découvre, stupéfait, des outils, des coquillages, des poteries de sa vie quotidienne et reconnaît soudain le collier magique de la belle Waliwa, sa tendre amie de toujours.

C’est à partir de faits réels survenus à la Guadeloupe qu’Henry Petitjean Roget a imaginé ce récit : deux amulettes en bois de gaïac et un collier de pierres vertes qu’il a trouvés sur une plage, d’une part, et le passage d’une baleine et de son baleineau devant le musée Edgar-Clerc, d’autre part. Il n’en faut pas plus à celui qui a été conservateur en chef des musées de la Guadeloupe où il vit depuis 1980 pour nous nous emmener à la rencontre des premiers habitants des Petites Antilles. A travers un joyau de la faune aquatique, la baleine à bosse, il nous fait découvrir les lieux de mémoire et le musée d’archéologie précolombienne de la Guadeloupe (le musée Edgar Clerc), donne des repères pour identifier les cultures précolombiennes insulaires et montre les traces de l’héritage amérindien dans la société créole des Antilles (peuplements, lexique, carte).

Henry Petitjean Roget, docteur en archéologie précolombienne, spécialisé sur les Antilles, est l’auteur d’articles et d’ouvrages de référence (Les Taïnos et les Callinas des Antilles ; Archéologie des Petites Antilles, chronologies, art, céramique, art rupestre). Il écrit des contes enracinés dans la culture créole, souvent inspirés des coutumes et traditions orales amérindiennes. Pour illustrer ce conte merveilleux, Rebecca Montsarrat puise son inspiration dans la représentation du monde animal et végétal avec une fascination particulière pour la vie qui peuple les forêts et les océans. Elle est plasticienne, peintre et illustratrice et elle a auparavant publié chez Kanjil un grand album d’artiste, écrit avec Grégoire Mercadé : Osso Bucco.

FXG

La baleine aux yeux verts, un conte des îles des Caraïbes. Récit suivi d'un cahier documentaire illustré. Album familial, à partager à partir de 7 ans. 56 pages, 28 x 21 cm, reliure cartonnée. 18€

Partager cet article

Repost0
6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 05:41
L'entrée du se siège de l'USH à Paris 8

L'entrée du se siège de l'USH à Paris 8

L’Union sociale de l’Habitat condamnée pour avoir expulsé l’Union sociale de l’Habitat Outre-mer

Le 30 septembre dernier en fin de journée, la directrice générale de l’Union sociale de l’Habitat (USH) débarque dans les locaux parisiens de l’Union sociale d’organismes HLM d’Outre-mer (USHOM). Elle est accompagnée de son directeur des ressources humaines, son directeur des services informatiques, sa responsable des moyens généraux et d’un huissier. Elle vient signifier aux trois salariées de l’USHOM présentes leur expulsion au motif que l’USHOM a dénoncé en juin dernier la convention de partenariat liant les deux organismes. Si l’USH se présente comme le porte-parole du Mouvement HLM et regroupe l'ensemble des bailleurs sociaux de France, l’USHOM, elle, fédère l’ensemble des organismes HLM des Outre-mer. Par courrier du 6 juillet, l'USH prend acte du souhait de l'USHOM et indique que la fin de partenariat prendra effet au 1er septembre. Puis par courrier recommandé du 17 septembre, l'USH indique à l'USHOM que l'accès aux bureaux ne sera plus possible à compter du 1er octobre. D’où l’arrivée de l’huissier et des cadres de l’USH le 30 septembre… Mais alors que ce courrier du 6 juillet 2020 permettait une prise d'effet de la résiliation au 6 octobre, l’acte que délivre l’huissier le 30 septembre indique que l’USH ne donne congé à l'USHOM qu’au 31 décembre 2020.

Menaces de sécession dans le mouvement HLM

L’affaire s’est retrouvée devant le tribunal judiciaire de Paris le 30 octobre. Le juge des référés n’a pu que constater qu’en faisant délivrer cet acte d’huissier, l’USH « a manifesté son accord pour un maintien dans les lieux jusqu'au 31 décembre », conformément à la convention dite d’occupation qui n’a pas été résiliée. L’USH a été condamnée à « rétablir l'accès aux locaux pour les trois salariés de l'USHOM jusqu’au 31 décembre 2020 inclus et ce sous astreinte de 500 euros par jour de retard »…

Avant que les deux parties ne s’affrontent devant le tribunal, le président de l’USH se justifiait ainsi auprès de son homologue de l’USHOM : « J’ai moi-même demandé de prendre les mesures nécessaires pour que l’association dont vous êtes le président cesse d’agresser l’Union sociale pour l’habitat d’un côté et d’un autre côté continue d’utiliser ses locaux et ses services. »

L’USHOM explique autrement les raisons de la rupture : son président a refusé de laisser l’USH s'immiscer dans la gestion de ses affaires. Pourtant, dans un courrier de novembre 2019, les ministres des Outre-mer et du Logement ont écrit au président de l’USH pour le remercier de la contribution de l’USHOM au plan logement Outre-mer ! Cette scène d’expulsion a été vécue comme une agression par le personnel de l’USHOM et pour les administrateurs des SIDOM et autres organismes bailleurs sociaux d’Outre-mer comme une marque de dédain pour leur représentant au niveau national. Non contents d’avoir fait condamner l’USH, certains des bailleurs d’Outre-mer menacent de quitter les fédérations du mouvement HLM.

FXG

Partager cet article

Repost0
4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 09:45
Des produits capillaires naturels pour cheveux à texture

Autodidacte en formulation cosmétique

Kelly Massol fabriquait ses produits capillaires en amateur, elle concurrence désormais Loréal et Garnier. Portrait.

« J'ai démarré avec 1 500€ dans ma cuisine quand j'avais 25 ans, aujourd'hui j'en ai 37, je gère 15 personnes et je fais 5 millions d’euros de chiffre d’affaires. » Martiniquaise par son père, Guadeloupéenne par sa mère, Kelly Massol a été élevée à Paris par sa grand-mère depuis l'âge de ses 3 mois. « Elle était professeur de mathématiques à la Sorbonne, et à la maison, elle avait un dogme : tu te défriseras les cheveux quand tu seras majeure et vaccinée. C'était la règle numéro un. » Kelly s’y est toujours tenu ! « Tous les dimanches on avait le rituel du lavage des cheveux, notre routine capillaire… Ma grand-mère me donnait de l'amande douce, de l'huile de carapate, d'avocat, de ricin… des matières beaucoup plus brutes que celle qu'on trouve dans le commerce puisque, de toute façon il y a 30 ans, mis à part des produits pour le défrisage, on ne trouvait rien dans le commerce pour ce type de cheveux. » Après son bac, Kelly obtient un DEUG de droit et toujours fidèle au dogme familial, elle fabrique ses propres produits cosmétiques capillaires dans sa cuisine. C’est parti d’un constat qu’elle a fait en animant un forum qu’elle a créée et qui rassemblait 15 000 inscrites. « On s’échangeait des astuces capillaires pour mieux s'occuper de nos cheveux crépus, bouclés ou frisés, raconte-t-elle, mais on ne trouvait pas de produits naturels, pas de produits qui ne modifient pas chimiquement le cheveu. »

« Les secrets de Lolly »

Pour être en accord avec elle-même et avec sa nature de cheveux, elle crée ses propres recettes de soins capillaires qu’elle fabrique dans sa cuisine. « Je suis autodidacte en formulation cosmétique, c'est une passion. » Elle donne ses produits à ses copines, aux copines des copines, aux collègues… « Il y avait tellement de produits chez moi, tellement de savons, de crèmes, de shampooings qu’au bout d'un moment j'étais obligé de les vendre ! » Alors qu’elle est encore conseillère à la Sécurité sociale, elle crée son site internet. Nous sommes en 2009 et jusqu'en septembre 2015, avant qu'elle accouche de son premier enfant elle fabriqué l'intégralité de sa gamme à la main dans un laboratoire à Saint-Maur-des-Fossés. Ensuite, elle commencé à industrialiser ses process. « Je continue à faire les formules, mais c’est mon façonnier qui les fabrique et met en pot dans son usine. Puis c'est moi qui les distribue. » Ainsi est née son entreprise : « Les secrets de Lolly ». Lolly, c'est ainsi que son oncle aujourd’hui disparu appelait Kelly quand elle était petite. « Je lui ai rendu hommage car il a été le président de l'entreprise pendant ses cinq premières années. » Kelly ne rêvait pas d’entreprenariat. C’est venu à elle comme une évidence, comme un chemin tout tracé ! « Le but c'était plutôt de challenger les gros industriels du pays qui continuent à fournir des produits pas forcément adaptés alors qu'ils ont beaucoup de moyens... » Le monde dans lequel Kelly et sa société évoluent est ultra-concurrentiel. « Mes concurrents directs sont L'Oréal et Garnier ! Au début, ils ne nous regardaient pas. L'année dernière, quand on s'est mis à faire 2 millions de chiffres, les regards ont changé, les questions aussi. Ils ont vu en nous un vrai concurrent arriver sur le marché. On est dans les mêmes Smart, c'est à dire les études marketing qui sont présentées chez nos concurrents et on sait très bien que notre marque est citée dans leurs dossiers. »

Du beau, du bio, du naturel

Kelly Massol a misé sur des produits fort pourcentage d'ingrédients naturels, de 98 à 100 %. « Nous avons des produits certifiés Ecocert, c'est-à-dire bio, mais toute la gamme n'est pas bio, par contre toute la gamme est naturelle. »

Dans ses produits, on retrouve de la banane, du miel, du lin, des graines de chia, du sirop d'agave… Elle a créé des produits à base de cacao, de beurre de mangue de thé vert… « J'essaye vraiment de trouver les meilleurs ingrédients qui vont donner un rendu rapide. Avec un produit naturel, on voit l'effet sur le cheveu directement ! »

Aujourd’hui, les produits de Kelly sont distribués dans huit pays, dans plus de 450 points de vente… « La bête commence à être costaud, mais il nous reste tellement à faire, le potentiel est tellement incroyable… j'ai déjà dépassé mes premières attentes et maintenant ce qui m'amuse c’est de voir jusqu’où on peut aller ! »

La marque s’est faite connaître par le bouche-à-oreille d'abord… Kelly a peu à peu réussi à fédérer une communauté de femme à cheveux à texture. « Elles peuvent être blanches comme noires ou métissée, elles ont un type de cheveux qui va de l’ondulés au crépu. » l’engagement, l’histoire qui existent entre ces femmes et cette marque sont tels que lorsque Monoprix ou la Boutique du coiffeur ont demandé à commercialiser sa gamme, ils ont découvert toute une communauté derrière !

Les secrets de Lolly sont aujourd’hui largement commercialisés en Martinique, Guadeloupe et Guyane par une cinquantaine de distributeurs dont la Kaz à beauté. « Nous faisons en sorte qu’il n'y ait pas de trop grosses différences avec les prix que nous pratiquons en métropole. Pour moi c'est hyper important que les gens de ma communauté puissent acquérir de bons produits au bon prix ! »

À terme Kelly rêverait d’avoir sa propre usine. « Moi je gère des formules, une équipe, du marketing, mais une usine, c'est encore un autre défi ! »

FXG

Partager cet article

Repost0
4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 00:38

Les champagnes Nicolas Feuillate et deux importateurs antillais sanctionnés

A la suite d’un rapport transmis par la DGCCRF, l’Autorité de la Concurrence a infligé 642 800 € d’amendes à l’encontre du centre vinicole Champagne Nicolas Feuillatte et à deux importateurs (Financière Martin et Distillerie Dillon) pour avoir accordé et bénéficié de droits exclusifs d’importation sur les champagnes Nicolas Feuillatte et Palmes d’Or sur les îles de Saint-Martin, Saint-Barthélemy et en Martinique après le 22 mars 2013, date de fin de la période accordée aux entreprises pour se conformer aux dispositions de la loi Lurel contre la vie chère. Le centre vinicole Champagne Nicolas Feuillatte et la société Financière Martin ont continué à stipuler dans leur contrat de distribution des droits exclusifs d’importation sur les territoires de Saint-Martin et Saint-Barthélemy jusqu’au 1er janvier 2015. De même, si le contrat de distribution exclusive pour La Martinique entre le centre vinicole Champagne Nicolas Feuillatte et la Distillerie Dillon a perduré jusqu’en 2015, l’exclusivité d’importation s’est dans les faits prolongée jusqu’à fin juin 2016. Nicolas Feuillatte, en accord avec Distillerie Dillon, a en effet opposé des refus de vente à des distributeurs martiniquais qui ne travaillaient pas avec la société Distillerie Dillon et mis en place un système permettant d’identifier, et ainsi de limiter, les importations de champagnes Nicolas Feuillatte provenant d’importateurs-grossistes concurrents. Ces pratiques ont perduré plusieurs mois, voire plusieurs années, après le 22 mars 2013. En conséquence, le Centre vinicole Champagne Nicolas Feuillatte est sanctionné à hauteur de 216 000 euros, la Financière Martin à hauteur de 5200 euros et la distillerie Dillon solidairement avec ses maisons-mères Bardinet et Cofepp à hauteur de 421 000 euros.

FXG

Voir les commentaires

Partager cet article

Repost0
29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 22:31
Me Sarah Aristide du barreau de la Guadeloupe

Me Sarah Aristide du barreau de la Guadeloupe

Interview de Me Sarah Aristide, membre du collectif d’avocats représentant la famille de Clarissa Jean-Philippe au procès des attentats de Paris

Le procès des attentats de Paris des 7, 8 et 9 janvier 2015 est en cours au tribunal judiciaire des Batignolles. S’ils ne seront que quatre, Mes Charles Nicolas, Laurent Hatchi, Lorenza Bourjac et Sarah Aristide à plaider lundi prochain pour la famille de Clarissa Jean-Philippe, la policière municipale assassinée à Montrouge le 8 janvier 2015, c’est toute une équipe d’avocats qui, outre le bâtonnier Nicolas et les plaideurs, rassemble Mes Pascale Edwige, Johnson Mapang, Magali Chapelle et Catherine Vilovar. Tous se relaie dans le prétoire depuis le 2 septembre. Me Aristide nous fait un point à quelques jours de la fin de procès historique.

« Le quantum des peines va générer des frustrations »

Que représente ce procès pour vous ?

C'est un procès est décrit comme un procès historique. C'est vrai aussi bien sur sa durée, ses enjeux, le nombre d'accusés, le fait qu'il soit filmé — bien sûr on n'aura pas accès à tout ça avoir une cinquantaine d'années — et puis surtout à la gravité des événements qu'on juge aujourd'hui. Il s'agit des morts de Charlie Hebdo, de ces meurtres de policiers et de ceux de l'Hyper Casher. On touche aux libertés fondamentales, la liberté d'expression, celle qui consiste à faire le choix d'un métier, le choix de représenter les autorités françaises et donc, de ce fait, de se voir atteint dans son intégrité physique, et puis la liberté de confession puisque les personnes qui ont été ciblées dans l'hyper casher était de confession juive.

Aujourd'hui on sent bien que la France a peur, on sent cet état de tension et il s'agit de poser le principe des libertés fondamentales auxquelles nous sommes attachés et peut être que l'on puisse s'entendre les uns avec les autres et tout au moins cohabiter.

Est-ce que le cas de Clarissa Jean-Philippe n'est pas un peu noyé au milieu de tout ça ?

Oui parce que je crois que ça tient à la nature des deux grosses entités qui sont touchées Charlie Hebdo — le nombre de morts —, l'hyper casher mais également à la personnalité de Clarissa qui était une femme très jeune et d’une grande discrétion. Mais il est temps de lui rendre hommage, de lui faire la place qui est la sienne, c'est à dire qu'elle n'est pas une victime différente des autres, elle doit être considérée comme les autres et peut être rappeler que les ultramarins, ceux qui viennent de Martinique de Guadeloupe et d'ailleurs peuvent mourir encore aujourd'hui pour la France puisque j'ai tendance à penser que nous nous sommes dans une situation de guerre larvée. Tous ceux qui aujourd'hui vont se présenter dans des postures de défense de l'État français ou dans des expressions de la liberté vont se mettre en danger. Clarissa a une place particulière parce qu’elle représente nos îles, tout ce parcours d'une gamine qui a fait des efforts pour devenir ce qu'elle souhaitait le plus au monde à savoir policière, avec cette petite note particulière propre à chez nous, à ce qui se joue dans le secret de nos familles, sa volonté de devenir policier pour défendre sa maman qui était une femme battue. Clarissa est morte dans l'exercice de ses fonctions, en ayant accompli son rêve, à une semaine de sa titularisation. Elle devait aider les autres, les protéger et c'est à ce titre qu'elle est morte. C'est dans ce cadre que nous venons pour faire entendre la parole de Clarissa qui n'est plus, pour dire qui elle était et quel a été son parcours, quels ont été ses rêves, ses motivations. Enfin nous venons aussi faire entendre la douleur de cette famille. Sa maman a eu depuis deux cancers et elle ne se relèvera jamais de la mort de son enfant. Je pense à son frère à ses oncles à ses tantes, à ses cousins-cousines qui souffrent énormément de son absence.

Comment avez-vous été accueilli au sein du tribunal judiciaire de Paris ?

Nous avons été extrêmement bien accueillis par les confrères parisiens. Ils ont bien compris l'enjeu que pouvait être Clarissa au milieu de tout cela parce qu'elle est morte en protégeant et parce qu’à un moment il y a même eu cette idée qu'elle aurait pu sauver une école juive par sa présence. Nous avons tous notre place et nous sommes prêts même avec le peu de temps qui nous est imparti, c'est à dire quatre jours à partir de jeudi 29 octobre pour toutes les parties civiles, pour permettre que mardi soir prochain nous ayons tous plaidé même si en termes de timing ce n'est pas idéal.

Quelle est votre stratégie en tant que partie civile ?

Si on a pu oublier Clarissa pendant 5 ans et demi, même s'il y a eu des choses qui ont été faites et que nous nions pas, sa Légion d'honneur, les lieux qui lui ont été consacrés, il fallait la remettre au cœur des débats Il rappelé le rôle qu'elle a pu jouer dans cette terrible succession du 7 au 9 janvier, et de rappeler quelle personne elle était, rappeler aussi la place des ultramarins en France hexagonale parce qu'ils y travaillent, ils y paient des impôts et ils y meurent aussi parfois et ça c'est important.

Qu'attendez-vous de ce procès ? Les responsabilités sont-elles suffisamment établies Face aux gens qui sont sur le banc des accusés ?

C'est toute la difficulté d'un procès comme celui-là ou les principaux protagonistes sont morts. Je crois d'ailleurs que dans leur esprit il n'a jamais été question de rester en vie, il s'agissait de partir en martyr… Evidemment ceux qu'on retrouve dans le box sont ceux qui par de la logistique ont participé à une entreprise en lien avec le terrorisme. Il n'y en a qu'un qui est là pour complicité, le second étant en fuite, tout l'enjeu est d’essayer de déterminer leur part de responsabilité et de toute façon ça n’amènera pas un sentiment de justice rendue aux parties civiles. Nous sommes noyés sous les dénégations, sous les mensonges, sous les insertions les plus ubuesques parfois… En clair personne n'a rien à voir avec tout cela ! Au niveau du quantum de la peine, j'ai tendance à dire à mes clients et je voudrais qu'ils le comprennent que ce n'est pas notre débat. Nous, parties civiles, venons exprimer une douleur et demander que cette douleur soit reconnue puisqu’à ce stade, il n’est même pas question d’indemnisation, Il ne s'agit que de la reconnaissance de la partie civile et de fait je crains le quantum des peines ne satisfasse pas grand monde parce qu'elles sont en corrélation avec le rôle qu'on peut leur attribuer dans tout cela, donc le sentiment de justice rendue et de compréhension de ce que l'on peut reprocher aux frères Kouachi ou à Coulibaly va générer à mon sens des frustrations.

Propos recueillis par FXG

Partager cet article

Repost0
29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 11:01
POSEI Guyane

Pourquoi la Guyane émarge-t-elle si peu au budget du POSEI ?

Alors qu’un bras de fer se joue actuellement entre le Conseil européen et l’Europarlement autour du budget du POSEI que la Commission a proposé de diminuer de 3,9 %, la répartition de cette enveloppe, largement au profit de la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion, a fait réagir nombre de nos lecteurs en Guyane. Sur ces 640 millions, 290 sont réservés aux départements et régions d’Outre-mer français. Le reste est servi aux agricultures des Canaries, de Madère et des Açores qui partagent avec les DROM français le statut de Région ultrapériphérique de l’Europe. Avec 6 millions d’euros par an, la Guyane est loin derrière la Guadeloupe et la Martinique qui émargent respectivement à 62 et 115 millions d’euros par an, tandis que Mayotte et la Réunion sont servies à hauteur de 107 millions par an. Ce différentiel s’explique par la part majeure qu’accordent les fonds européens aux grandes cultures d’exportation, à savoir la banane et la canne à sucre. La seule culture de la banane dispose chaque année de 130 millions d’euros de subventions européennes, soit quasiment la moitié du chiffre d’affaires de l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique. La canne à sucre bénéficie de son côté de 75 millions d’euros de subvention. Si la Guyane émarge au fonds canne, elle ne le fait qu’à la hauteur de sa petite production de canne et de rhum. L’essentiel de cette enveloppe est dépensé à la Réunion et en Guadeloupe et dans une moindre mesure à la Martinique. Résultat, ce dont l’agriculture guyanaise provient essentiellement des enveloppes de la filière viande (26 millions d’euros pour l’ensemble des DROM) et de la filière diversification (15 millions d’euros pour l’ensemble des DROM).

FXG

Partager cet article

Repost0

Articles Récents