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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 08:08
Le POSEI au Parlement européen

Le Parlement européen a voté le maintien du POSEI

Après le vote de l’Europarlement favorable aux agriculteurs des Outre-mer, les négociations se poursuivent auprès du Conseil européen.

Le Parlement européen a voté vendredi 23 octobre le maintien du budget du programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité. Ce POSEI est l’outil de mise à disposition d’aides européennes et nationales au secteur agricole pour toutes les Régions ultrapériphériques de l’Europe (RUP). Ce vote s’oppose à la Commission européenne qui souhaite baisser le budget POSEI de 3,9 %. Si une telle réduction budgétaire était avalisée, cela aboutirait à une baisse de 2,4 millions d’euros par an pour les agriculteurs Guadeloupéens, de 300 000 euros par an pour les agriculteurs de Guyane et de près de 4,5 millions d’euros par an pour les agriculteurs de Martinique. En votant le maintien du budget POSEI, les eurodéputés proposent près de 62 millions d’euros par an pour la Guadeloupe, 6 millions d’euros par an pour la Guyane et près de 115 millions d’euros par an pour la Martinique.

En ouverture de la session plénière du Parlement européen et avant le vote de la Politique agricole commune (PAC), le 20 octobre dernier, l’eurodéputé LFI Younous Omarjee a déclaré : “Nous devons veiller à la cohérence dans les politiques communautaires parce que le Parlement a fait de la cohésion et de l’écologie les maître-mots de la relance économique, du Green New Deal et du nouveau cadre budgétaire.” Forts d’une très large majorité (463 pour, 133 contre, 92 abstentions), les négociateurs du Parlement européen ont maintenant un mandat fort pour porter cette exigence auprès du Conseil et de la Commission européenne.

Vote des « contributions interprofessionnelles étendues »

En effet, si c’est la Commission qui propose, la décision doit être négociée entre le Parlement européen et le Conseil européen. De ce point de vue, la France, l’Espagne et le Portugal ont déjà fait savoir au commissaire européen en charge de l’agriculture leur point de vue.  Les ministres français de l’Agriculture, des Affaires européennes et des Outre-mer lui ont aussi écrit pour « rappeler la demande forte de la France en faveur du maintien de l’enveloppe POSEI », ainsi que l’a déclaré Sébastien Lecornu le 13 octobre dernier à Bruxelles lors du congrès des RUP.

Dans la foulée du vote du Parlement, les députés européens ont également adopté l’instauration des « contributions interprofessionnelles étendues », un dispositif qui permet aux organisations socioprofessionnelles des RUP de s’organiser et se structurer pour défendre au mieux la production locale. « Avec ce vote, a indiqué l’eurodéputé LREM Stéphane Bijoux, nous confirmons notre exigence de soutien aux efforts des agriculteurs et des éleveurs ultramarins. »

Les négociations pour boucler le budget de la PAC et du POSEI devraient s’achever avant la fin de l’automne.

FXG

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 08:09
Limites résiduelles de chlordécone

Les LMR de chlordécone dans les denrées alimentaires sont conformes dit le Conseil d’Etat

L’association En Vie Santé, faute d’avoir eu des réponses des ministères de la Santé, des Outre-mer, des l’Agriculture et de l’Economie et des Finances, a demandé au Conseil d’Etat d’abroger l’arrêté du 20 juin 2008 relatif aux limites maximales applicables aux résidus de chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d’origines animales et végétales pour être reconnues propres à la consommation humaine. Elle demandait encore d’enjoindre aux autorités de mettre en place des études épidémiologiques en Guadeloupe et en Martinique notamment sur le lien entre l’exposition au chlordécone et le cancer de la prostate, la prématurité des nourrissons et le développement des enfants. Enfin elle demandait qu’un nouvel arrêté fixant les limites maximales résiduelles (LMR) dans les poissons et autres produits issus de la mer ou de l’eau douce soit pris. L’arrêté contesté listait onze groupes de produits animaux et végétaux concernés par les LMR. Or, il a été remplacé d’abord par un arrêté du 25 janvier 2019, puis par un autre du 23 mai 2019. Dès lors il n’y avait plus lieu de demander son abrogation. Qui plus est cet arrêté de janvier 2019 a abaissé les LMR de 0,1 mg par kilo à 0,02 mg par kilo pour ce qui concerne tous les produits carnés. La requête d’En vie santé a donc été rejetée.

Dans le même temps, l’Association médicale pour la sauvegarde de l’environnement et de la santé Martinique a saisi elle aussi le Conseil d’Etat pour lui demander d’annuler l’arrêté du 23 mai 2019 relatif aux LMR de chlordécone au prétexte que ces LMR quoique 5 fois inférieures aux limites antérieurement applicables aux viandes bovines, porcines et ovines, et dix fois inférieures pour les viandes de volaille seraient encore trop élevées eu égard au règlement européen : 0,02 au lieu de 0 ,01 mg/k. Là encore, la requête a été rejetée.

FXG

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 04:27
Enfin des tests rapides à Orly

Les tests rapides seront disponibles à Orly le 26 octobre

« Ce sera donc bien Orly en priorité notamment pour la desserte outre-mer et le 26 octobre. » Après le cafouillage des annonces du secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, la société Aéroport de Paris et le ministère des Outre-mer ont confirmé à France-Antilles que c’est bien à l’aéroport d’Orly et à compter du 26 octobre que les tests rapides de dépistage de la Covid19 seront disponibles. Ces tests antigéniques de nouvelle génération permettront de connaître le résultat en 15 minutes au lieu de 72 heures dans le meilleur des cas. Jusqu’alors, le secrétaire d’Etat aux Transports avait annoncé de tels tests dans les seuls aéroports de Nice et Roissy, précisant même sur son compte twitter : « Dans un premier temps, ce sera réservé aux départs vers les Etats-Unis, l’Italie et les Outre-mer. » Or, tout le monde sait bien qu’aucun vol régulier à destination des Outre-mer ne part de Roissy Charles-de-Gaulle. Il est vrai que jusqu’alors, Jean-Baptiste Djebbari n’a jamais fait preuve de « réflexe outre-mer », notamment lors son audition par la délégation Outre-mer de l’Assemblée nationale, le 19 mai dernier, où la seule chose qu’il avait su dire à nos représentants était que « il n'avait pas encore de visibilité sur le monde d'après ».

Ces tests rapides seront mis à la disposition en priorité pour les voyageurs qui n’auront obtenu dans les temps les résultats de leur test PCR. Actuellement, le centre de dépistage au sous-sol d’Orly 4 réalise en moyenne 500 prélèvements chaque jour. Conformément à ce qu’avait annoncé le directeur d’Orly, Régis Lacote à nos confrères d’Outre-mer La 1ère, un deuxième centre de dépistage, « pour désengorger le premier, notamment pour les voyageurs se rendant outre-mer », ouvrira donc bien.

FXG

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 10:24
Jean Bernabé, le créoliste

Tracées de Jean Bernabé

Jean Bernabé (1942-2017) est le grammairien, le créoliste et le militant à qui la langue créole doit sa codification graphique. Il a aussi été un analyste littéraire, un romancier, bref un penseur dont l’ouvrage, Tracées, sorti le 23 septembre chez SCITEP éditions, révèle la dimension anthropologique et l’importance hors du champ linguistique. « Le parcours de Jean Bernabé, figure majeure de la créolistique martiniquaise et l’une des plus importantes de la créolistique mondiale, méritait cet ouvrage », avancent Gerry L'Étang, Corinne Mencé Caster et Raphaël Confiant qui l’ont dirigé, car « les passages qu’il a ouverts ont été fréquentés, féconds, et justifient sa place aux côtés d'Aimé Césaire, Frantz Fanon et Édouard Glissant au panthéon des personnalités marquantes de l’histoire des Antilles ». Ce livre constitue les actes du colloque international organisé en Martinique du 25 au 27 octobre 2017 à l’université des Antilles par le Centre de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Langues Arts et Sciences Humaines (CRILLASH). Le Crillash, fondé par Jean Bernabé, est issu du regroupement en 2006 de trois laboratoires de recherches dont le Groupe d'Études et de Recherches en Espaces Créolophone et Francophone, le fameux Gerec également fondé par Jean Bernabé. L’actuel directeur du Crillash est Gerry L'Étang qui a pris la suite de Corinne Mencé-Caster et Raphaël Confiant qui lui avaient eux-mêmes succédé à ce poste.

« Tracées, préviennent les trois chercheurs, renvoie précisément aux différentes empreintes de son cheminement. Toutes sillonnent ces terres au destin incertain que sont la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, au sein d’un monde où migrations et nouvelles technologies rapprochent les peuples mais exacerbent aussi les pulsions nombrilistes. »

FXG

SCITEP éditions, 410 pages, 39,50 euros

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 05:28
Adoption du budget des Outre-mer en commission des lois

Le débat budgétaire a débuté

La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté jeudi dernier le budget de la mission Outre-mer.

C’est en visio-conférence depuis la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu au lendemain du deuxième référendum sur l’avenir de ce territoire du Pacifique Sud que le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a défendu son budget. Pour faire bonne mesure, il a d’abord rappelé que l’ensemble des fonds d’Etat dévolus aux territoires dépendant de son ministère sont répartis en sus de la mission Outre-mer et de ses deux programmes (« Emploi » et « Conditions de vie ») sur 31 missions et 94 programmes pour un montant global de quelque 19 milliards. Ainsi le budget de la Cohésion des territoires va réévaluer de 17 millions d’euros le rattrapage de la dotation d’aménagement des communes et des circonscriptions territoriales d’outre-mer (Dacom), le ministère de l’Education nationale va prendre à sa charge pour la Guyane et Mayotte 42 millions pour son programme « Enseignants » et 37 pour son programme « Elèves ». A cela, il a ajouté les dispositions spécifiques aux Outre-mer du plan de relance : 50 millions pour l’eau et l’assainissement en Guadeloupe et à Mayotte, 50 millions pour le plan Séisme Antilles, 80 millions pour la relance agricole (notamment les abattoirs à la Réunion), 60 millions pour garantir les pertes de recettes fiscales des collectivités, sans oublier des fonds pour la route en Guyane et à la Réunion.

Pour le budget proprement dit de la mission Outre-mer, il est en hausse de 6 % en autorisation d’engagement à 2,79 milliards et de 2,5 % en crédit de paiement à 2,43 milliards. Le programme « Emploi » progresse de 107 millions avec la compensation des charges sociales patronales en hausse de 6,6 % et la hausse de la contribution au SMA qui ouvre un nouvel établissement à Bourail en Nouvelle-Calédonie.

Le programme « Conditions de vie » augmente de 55 millions d’euros pour financer la ligne budgétaire unique (logement social) de 8,7 % à 224 millions d’euros, les établissements publics fonciers de Mayotte et de Guyane (18 millions), la construction d’écoles à Mayotte et en Guyane (13,4 millions) ou le lycée de Wallis-et-Futuna (17 millions). Enfin pour le soutien aux investissements des collectivités, le fonds exceptionnel d’investissement est maintenu à 110 millions au moment où les contrats de plan Etat-Région vont être relayés par les contrats de convergence et de transformation.

200 millions de crédits de paiement non consommés

Rapporteure pour la commission des lois, l’ancienne ministre des Outre-mer et députée PS de Paris, George Pau-Langevin (GPL) a regretté la sous-consommation des crédits de paiement (200 millions d’euros), mais surtout la faiblesse de ce budget d’un point de vue culturel en baisse depuis 2020 (lire encadré). Le député app. PS de la Martinique Serge Létchimy a proposé une réflexion pour « reformater le périmètre d’action du ministère des Outre-mer » et surtout s’ériger en faux contre ceux qui font porter le poids de la sous-consommation des crédits de paiements aux responsables politiques des territoires : « Il y a un problème structurel d’adaptation locale. Il faut donner aux collectivités un pouvoir d’adaptation directe. » Puis il a martelé une série de questions laissées selon lui sans réponse  par le ministère : « Quel est votre projet pour lutter contre la crise démographique aux Antilles ? Quelle solution pour une diplomatie territoriale ? Que faites-vous pour le chlordécone ? Il faut une loi-cadre sur vingt ans pour sortir pour sortir de cet empoisonnement… Quelles sont vos propositions pour la réhabilitation des logements et cesser de détruire des terres agricoles ? » Il a « quand même » salué à la fin de son intervention « un budget qui progresse». « La réalité est moins joyeuse qu’on a l’impression de l’entendre dans les discours », a déclaré le député de la Réunion David Lorion au nom du groupe LR. En conclusion la rapporteure PS a déclaré : « C’est un budget en reconduction qui ne suscite pas l’enthousiasme, mais mon abstention négative. » Sans surprise, les groupes LREM, Modem, Agir ensemble, majoritaires ont permis son adoption. Le budget de la mission Outre-mer reviendra en séance plénière à partir du 4 novembre et se conclura par un vote solennel sur l'ensemble du texte le 17 novembre après les questions au Gouvernement.

FXG

Réforme statutaire et projet de loi 3D

Répondant à GPL sur le débat autour de la différenciation alors que « la réforme constitutionnelle est au point mort », Sébastien Lecornu a indiqué que « l’enjeu important pour la Réunion et la Guadeloupe est de clarification et de lisibilité de qui fait quoi entre Région et Département ». Ajoutant : « Je suis prêt à regarder ça dans le cadre du projet de loi 3D à la condition que ce soit les territoires concernés qui portent la question, au-delà du débat 73-74 et de la réforme constitutionnelle ».

Le projet de loi 3D, pour « décentralisation, différenciation et déconcentration », a pour ambition, selon le ministère de la cohésion des territoires, de transformer les relations entre l’État et les collectivités territoriales sans constituer pour autant un nouveau big bang territorial. Il devrait être présenté au Parlement dès cet automne.

Le retour d’une arlésienne : la Cité des Outre-mer

Mme Pau-Langevin a déploré l’abandon du projet de cité des Outre-mer et la fermeture de la chaîne France Ô « alors que la loi sur l’audiovisuel n’a pas été votée » et que « il n’est pas établi que les autres chaînes prennent le relais ». Elle s’est appuyée pour dire cela sur le dernier rapport du CSA qui montre un recul de la diversité depuis la fin de France Ô. Eludant la question de la télévision comme il le fait prudemment depuis son arrivée rue Oudinot, Sébastien Lecornu a indiqué être en contact avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, pour échanger avec elle sur la cité des Outre-mer et envisager le projet infrastructurel qui reviendrait à la ville de Paris et celui de son fonctionnement à son ministère. Resterait ensuite la capacité à créer le réseau et le dynamisme... « Soit on le fait, a affirmé le ministre, mais on le fait bien, sinon on a le courage de dire qu’on ne le fait pas et on arrête d’agiter l’arlésienne... Mais je suis plutôt volontaire pour faire quelque chose puisque le besoin est là. »

 

 

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 06:44
Les 170 représentants des filières agricoles et agroalimentaires des RUP devant l'Europarlement à Bruxelles le 25 juin 2018, lors de leur première mobilisation contre la baisse du POSEI.

Les 170 représentants des filières agricoles et agroalimentaires des RUP devant l'Europarlement à Bruxelles le 25 juin 2018, lors de leur première mobilisation contre la baisse du POSEI.

L’Europe envisage une coupe claire de 25 millions sur le soutien à l’agriculture des DROM

Le Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI) est la déclinaison dans les régions ultrapériphériques françaises, espagnoles et portugaises de la politique agricole commune. Jusqu’alors, l’enveloppe du POSEI était de 643 040 000 euros, la commission européenne vient d’annoncer qu’elle envisageait de la diminuer de 3,9 %.

La menace de réduite de 25,41 millions en moins les fonds du POSEI planait déjà au printemps 2018. L’ensemble des acteurs du monde agricole des Outre-mer français, des Canaries, des Açores et de Madère s’étaient alors rendu à Bruxelles faire une démonstration de force, parvenant à faire reculer la Commission. Sur l’ensemble de l’enveloppe, environ 290 M€ sont réservés aux départements et régions d’Outre-mer avec 130 M€ pour la banane, 75 M€ pour la filière canne, 26 M€ pour la filière viande et 15 M€ pour la diversification. "Mon engagement, avait alors déclaré le commissaire européen à l’Agriculture et au développement rural Phil Hogan, et celui du président Juncker sont des engagements solennels." Seulement voilà, deux ans après Junker a été remplacé par Ursula von der Leyen et Phil Hogan par Janusz Wojciechowski. Ils n’ont eu aucun scrupule à revenir sur les engagements pris. Aussitôt, les lobbystes d’Eurodom se sont remis en ordre de bataille : un courrier signé de l'ensemble des acteurs des filières agricoles de Martinique a été remis solennellement au président Alfred Marie-Jeanne à la veille du Forum des Régions ultrapériphériques qui s'est tenu à Bruxelles ces 12 et 13 octobre. Même mobilisation en Guadeloupe autour d'Iguavie (la filière de la viande).

Un Conseil européen les 15 et 16 octobre

Le fonctionnement des institutions européennes stipule que c’est la Commission qui propose mais qu’il appartient ensuite au Parlement et au Conseil européen de décider. La conférence des députés des RUP s’est réunie le 7 octobre dernier pour dire « Non aux coupes POSEI ! ». Parmi eux, notamment, Margarida Marques, eurodéputée portugaise en charge des négociations actuellement en cours avec le Conseil européen sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027, mais également Manuel Bompard, chef de la délégation France insoumise, François-Xavier Bellamy, chef de la délégation Les Républicains et Stéphane Séjourné, chef de la délégation LREM au Parlement européen.

De leur côté, les trois ministres français concernés, Sébastien Lecornu, (Outre-mer), Julien Denormandie (Agriculture et Alimentation) et Clément Beaune (Affaires européennes) ont écrit à Janusz Wojciechowski pour réaffirmer la volonté du gouvernement français de maintenir le budget du POSEI pour la prochaine période de programmation. Selon l’eurodéputé LREM Stéphane Bijou, « le courrier du gouvernement français confirme la détermination forte de la France à convaincre le Conseil de protéger nos agriculteurs et nos éleveurs. Cette démarche volontariste illustre l’engagement du Président Emmanuel Macron de respecter et faire respecter les spécificités des Régions Ultrapériphériques ». Le chef de l’Etat aura d’ailleurs l’occasion de faire valoir le point de vue de la France puisqu’il se rend à Bruxelles pour participer au Conseil européen des 15 et 16 octobre. « Nous avons convaincu au sein du Parlement, a fait savoir l’eurodéputé Younous Omarjee (LFI), à la France maintenant de convaincre les chefs d’État au niveau du Conseil. »

FXG

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 05:37
Sénateur de Saint-Barth de 2008 à 2020, Michel Magras présidait la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Sénateur de Saint-Barth de 2008 à 2020, Michel Magras présidait la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Un statut à la carte pour les pays d’Outre-mer

Quel socle constitutionnel commun pourrait favoriser l’épanouissement des collectivités d’Outre-mer ? L’ex-sénateur de Saint-Barthélemy y répond en proposant une réécriture des articles 73 et 74 de la Constitution.

« Art 74 – 1 : Dans chacun des pays d’Outre-mer, les compétences de l’Etat comprennent notamment la nationalité, les droits civiques, les garanties des droits fondamentaux et des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation et le contrôle de la justice, le droit pénal général, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes ainsi que le droit électoral. » Tout le reste serait du ressort du pouvoir local ! Ainsi serait libellé le nouvel article consacré aux territoires d’Outre-mer dans la Constitution si on laissait faire Michel Magras. Avant de raccrocher les crampons, l’ancien sénateur de Saint-Barthélemy (qui ne se représentait pas) s’est fendu d’un rapport sur l’évolution institutionnelle dans les Outre-mer dans le cadre d’un travail plus large du Sénat sur la décentralisation.

Michel Magras a auditionné tous les responsables d’exécutifs et d’assemblées locales sur la question statutaire. « Ceux qui sont sous le régime de l'article 74, raconte-t-il, estiment qu'ils ont fait le bon choix et veulent aller plus loin. Dans les collectivités dépendant de l’article 73, personne n’est satisfait et tout le monde pense qu'il faut aller vers quelque chose de nouveau. » Ary Chalus, président du conseil régional de la Guadeloupe, a pointé les transferts de compétences qui pourraient constituer un levier de développement : le sport, la culture, le développement des productions locales pour diminuer la dépendance aux importations ou encore l'aménagement. Il s'est placé en outre expressément dans une logique de subsidiarité, c’est-à-dire que chaque compétence doit être exercé à l'échelon le plus approprié. « En Martinique, témoigne Michel Magras, Alfred Marie-Jeanne est pour aller au 74, Claude Lise, président de l’Assemblée, pointe l'aménagement du territoire, l'environnement, le logement, le transport, la fiscalité locale et l'énergie, comme les compétences qui seraient mieux exercées par la collectivité. » Seul hic en Martinique où la question des deux conseils départemental et régional ne se pose plus : le bicéphalisme institutionnel, au lieu de créer de la synergie, est un élément de blocage... La proposition la plus aboutie est celle de la Guyane qui travaille pour décrocher un statut sui generis, de son genre ! »

Réforme constitutionnelle en attente

Une réforme constitutionnelle était dans les tuyaux mais le président Macron n’en parle plus… Le Sénat a donc déposé 3 propositions de loi dont une ordinaire, une organique (elle sera présenté le 20 octobre), et une constitutionnelle. « Il s'agirait d'introduire un amendement qui proposerait une réécriture complète des articles 72, 73 et 74 de la Constitution. » Le groupe de travail sénatorial a retenu à l’unanimité la version proposée par Stéphane Diemert. Ce magistrat administratif et ancien conseiller juridique au ministère des Outre-mer a rédigé la loi organique sur le statut de Saint-Barth en 2007. Il travaille aujourd’hui sur la future loi statutaire de la Guyane que Rodolphe Alexandre veut voir adopter d’ici cinq ans.

La nouvelle version de la Constitution consacrerait ainsi sous le nom unique de « pays français d’outre-mer », le principe d’un statut à la carte vanté par le président Macron lors du grand débat national avec les maires d’outre-mer. Le chef de l’Etat a alors parlé de différenciation. Les Guadeloupéens l’ont si bien compris que dès juin 2019, le XVIème congrès des élus départementaux et régionaux de la Guadeloupe a adopté une résolution prévoyant notamment « de demander au Gouvernement de réviser la Constitution afin de doter la Guadeloupe d'une loi organique… »

« Les articles 73 et 74 présentent actuellement une dichotomie », regrette Michel Magras. D'un côté, le 73, le paradis, la France ! De l’autre, le 74, l'enfer ! le larguage. En faisant disparaître cette dichotomie on arrive à mieux appréhender le statut sur l'idée de subsidiarité. » Rien n’interdit actuellement aux collectivités des Antilles et de Guyane de demander des habilitations, mais elles sont complexes et longues à décrocher. « Le problème de l'habilitation, résume M. Magras, c'est qu’elle te dit ce que tu vas pouvoir faire, mais pas comment tu vas le financer. Alors qu'avec le transfert de compétences tu sais comment tu le finances. » Rodolphe Alexandre a précisé qu'il souhaitait que le futur statut de la Guyane « s'inscrive dans l'article 73 d'un point de vue régalien mais s'oriente vers l'article 74, sans pour autant perdre notre substance financière ». « La réforme constitutionnelle serait bienvenue, continue M. Magras. Saint-Barth se prépare à l'acte 2 de son évolution institutionnelle et la Guyane frappe à la porte ! La subsidiarité est sans doute le seul moyen d'emmener les outre-mer vers un développement plus harmonieux plus efficace sinon on sera obligé d'admettre qu'on n'a pas réussi. » En attendant le Sénat ou l’Elysée, la réforme constitutionnelle de 2003 permet déjà aux Collectivité d’Outre-mer une évolution statutaire dans les standards des actuels articles 73 et 74.

FXG

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 21:28
Salon Paris pour l'emploi

L’outre-mer recrute des profils pays

Pour la 3ème année consécutive, le Groupe Créo organisait, en partenariat avec les cabinets Alpha Conseil et Randstad Search, le pavillon Outre-mer du salon Paris pour l'emploi qui s’est tenu jeudi et vendredi derniers à la grande halle de la Villette.

Six entreprises dont les groupes Bernard Hayot, Blandin et encore Physadis-Batir, représentaient les Outre-mer. Une centaine de postes étaient à pourvoir et 250 personnes sont passées les voir ! GBH, par exemple, a récupéré 120 curriculum vitae en direct tandis que 184 autres étaient laissés par des visiteurs virtuels ! L’emploi dans les territoires d’Outre-mer a donné lieu à un webinaire au titre éloquent : « L’Outre-mer : un vrai choix de carrière. Cela a permis de faire le point sur le marché de l’emploi dans nos régions et sur les possibilités de carrière ». « Les entreprises recrutent et affichent clairement leur volonté d’attirer des profils locaux, observe Maël Disa, le délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’Outre-mer en visite sur le salon jeudi matin, des gens qui sont connaisseurs des territoires et qui s’installent de façon pérenne. » Selon Laïza Marie de l’association Jeunesse Outre-mer, le projet de retour au pays après ses études doit être conçu comme un vrai « choix de vie ». Elle a observé, notamment depuis le confinement que certains préparent leur retour parfois jusqu’à deux ans à l’avance. « Il y a des postes offerts en Guadeloupe et en Martinique dans les métiers de la finance, comme comptable ou contrôleur de gestion, dans les ressources humaines et il y a peu de candidats », signale-t-elle. D’où la nécessité de faire un travail de connexion, comme Jeunesse Outre-mer le fait déjà avec Allé Viré en Martinique. « Nous travaillons, poursuit le délégué Disa, à mettre en adéquation l’offre et la demande, en accompagnant les étudiants dans leurs choix d’orientation, mais en parlant aussi avec les formateurs dans la durée. » « Nous ne sommes qu’au début de l’explosion des retours au pays », assure Laïza Marie. Cédric Cepisul, directeur d’Alpha Conseil, cabinet de recrutement spécialisé dans l'emploi outre-mer, est l’exemple type de ce retour réussi au pays. Cédric est revenu en Martinique après avoir travaillé vingt ans à Paris où sont nés et ont grandi ses enfants. « 80 % des cadres affirment qu’ils sont prêts à quitter la région parisienne et 30 % le font, explique-t-il. C’est valable pour les provinciaux mais aussi pour les Ultramarins. » Lui aussi insiste pour dire que « c’est un choix de vie, un choix de famille ».

Le retour un challenge à relever

Laïza prévient les candidats au retour : « Il va falloir s’intégrer. Vous serez challengé. Vous allez prendre peut-être la place de quelqu’un qui attendait ce poste… » La perception que les candidats se font de l’Outre-mer n’est pas toujours bonne. Beaucoup pensent qu’ils n’auront pas les mêmes évolutions de carrière que dans l’Hexagone. « Il existe un marché caché, confie Laïza, alors il faut faire valoir la moindre de ses compétences ! » Kétura Telon a quitté la Guyane pour faire ses études et est restée 12 ans dans l’Hexagone. Elle a décidé de revenir il y a dix-huit mois. Le groupe Créo l’a recrutée au service des ressources humaines pour Leader Price et Megastore. Elle est rapidement devenue responsable. « La Guyane est prête pour les jeunes qui veulent rentrer ! » Selon elle, le BTP, le futur réseau de bus à haut niveau de service, les enseignes qui s’installent sont des signes positifs. Magali d’Abadie de Lurbe, DRH du groupe Creo estime que la crise de la COVID a boosté cette envie de retour. « Il y a toujours la peur de ne pas retrouver les mêmes opportunités de carrière ou d’évolution de carrière par rapport à des structures plus importantes dans l’Hexagone, mais les opportunités sont réelles dans notre tissu de PME et de TPE car cela demande beaucoup de polyvalence ! » Enfin, les conditions de rémunération sont souvent du même niveau que dans l’Hexagone et parfois plus généreuses. « On ne demande pas aux jeunes de sacrifier leur confort pour rentrer au pays, se félicité le délégué Maël Disa. C’est juste un challenge à relever ! »

FXG

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 06:44
Stéphanie Jacquet lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science

Une Saint-Martinoise en pointe sur les virus

Stéphanie Jacquet est une des 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science. Originaire d’Agrément à Saint-Martin, Stéphanie a quitté son île natale des Caraïbes en 2005 dans le but de poursuivre des études supérieures à Montpellier et devenir enseignante, mais la recherche l’a déviée de sa route. Portrait.

« Saint-Martin, confie-t-elle, j’y ai une bonne partie de ma famille, c’est mon île natale, mon histoire, mes débuts… la base de mon parcours. » Fascinée par la richesse des mécanismes employés par les parasites pour se répliquer et se transmettre d’un hôte à l’autre, elle a décidé de s’orienter vers la recherche scientifique. Depuis son master de sciences, la jeune femme s’intéresse aux mécanismes qui gouvernent la circulation de pathogènes dans différentes espèces. Sa thèse, soutenue à Montpellier, portait sur un moucheron qui transmet un virus aux bovins. Hôte, vecteur, parasite, tout ça dans un environnement donné, c’est sa règle de trois ! Aujourd’hui, Stéphanie étudie les chauves-souris. « Elles sont des espèces fascinantes, très importantes pour l’écosystème et sont les hôtes de virus dont certains sont transmissibles à d’autres espèces animales et à l’homme. » Les chauves-souris ne développent souvent pas les symptômes des maladies virales qu’elles hébergent quand ces maladies touchent pourtant d’autres espèces de mammifères. Ont-elles des particularités qui leur permettraient de se défendre ou de tolérer les infections virales en comparaison à d’autres espèces. C’est cela l’objet de ses recherches. Elle s’intéresse au système immunitaire inné, donc à des gènes dont la fonction est de bloquer la réplication virale. « J’essaie de voir s’il y a des adaptations, des caractéristiques génétiques qui leur permettraient de se défendre efficacement contre les virus. »

Une grande proportion des maladies infectieuses sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies transmises de l’animal à l’homme. « Les chauves-souris sont le réservoir de certains parasites. Comment se défendent-elles et comment ces parasites circulent dans les autres espèces ? Y répondre peut nous donner des pistes pour mieux comprendre ce qui se passe chez l’homme. Nous avons déjà mis en évidence dans notre projet que les chauves avaient effectivement des particularités génétiques qui pourraient contribuer à une réponse antivirale unique. »

Des interactions hôtes-virus

Stéphanie n’était pourtant pas prédisposée à cette carrière puisque quand elle est venue dans l’Hexagone, c’était pour être enseignante. « C’est un cours de parasitologie qui m’a vraiment fascinée. Je me suis rendu compte qu’il y avait une très grande diversité de parasites, de mécanismes mis en place pour qu’ils puissent se répliquer. C’est un sujet qui concerne directement notre société ! Voilà pourquoi je me suis orientée vers la recherche. »

Depuis, ses travaux de recherche s’articulent autour de l’émergence de maladies infectieuses et la transmission de pathogènes d’une espèce à l’autre. Elle poursuit ses travaux à Lyon au Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive et au Centre International de Recherche en Infectiologie. Quand on lui demande si elle a eu eu la sensation de découvrir des choses nouvelles, elle répond : « Tout le temps ! C’est pour ça que j’adore mon métier ! Même toutes petites, ces découvertes constituent de petites pièces au puzzle que représentent les interactions hôtes-virus et qui soulèvent d’autres questions… » Elle a travaillé sur le virus de l’hépatite B qui infecte aussi les chauves-souris. Actuellement, ses sujets d’étude sont les pox-virus, une famille de virus dont faisait partie la variole, aujourd’hui éradiquée.

Comme tous les chercheurs en post-doctorat, Stéphanie est en contrat à durée déterminée. Son avenir ? « C’est un concours pour avoir un poste de chercheur permanent. »

FXG

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 04:10
Aurélie Boisnoir, prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 pour les femmes et la science

Les microalgues responsables de la ciguatera dans son microscope

Aurélie Boisnoir est la seule martiniquaise parmi les 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les Femmes et la Science. Cette chercheuse vit Ducos et est originaire du François. Elle réalise actuellement un post-doctorat à l’Ifremer de la Martinique sous la direction de Dr Nicolas Chomérat et Jean-Pierre Allenou. Ses recherches portent sur les dinoflagellés benthiques toxiques, des microalgues présentes en mer des Caraïbes et responsables de la ciguatera, une intoxication alimentaire connue aussi sous le nom de « gratte ».

« J’étais en première année de Master Océanographie et Environnements Marins à l’Université Pierre et Marie Curie. Je suivais un cours magistral, quand le Pr Lemée m’a demandé de passer le voir. Il m’a présenté un projet financé par la Fondation de France qui concernait les dinoflagellés benthiques présents aux Antilles françaises. » Banco ! Ce sera son stage de Master 2, celui qui va définitivement la lancer dans la biologie marine. « Après mon Master, j’ai décidé d’approfondir mes résultats et d’en faire mon sujet de thèse : « Les dinoflagellés benthiques toxiques de Guadeloupe et Martinique : Distribution et rôle trophique pour la méiofaune. » Elle obtient son doctorat en 2018 à l’Université des Antilles sous l’encadrement du Pr Lemée et du Dr Pascal. Elle part ensuite faire un premier post-doc aux Etats-Unis puis décide de revenir en Martinique. « Après une approche écologique et environnementale de la ciguatera, je voulais aborder la question en y intégrant de nouvelle approche et de nouveaux outils : la microscopie électronique à balayage, la phylogénétique et la chimie. » Actuellement, Aurélie travaille sur l’identification morphogénétique des dinoflagellés benthiques toxiques des Antilles françaises et la caractérisation chimique de leurs toxines. « Concrètement, je cherche à identifier toutes les espèces de dinoflagellés benthiques potentiellement toxiques dans les Antilles françaises et à caractériser la toxicité de chacune d’elles parce qu’on ne sait pas encore quelles sont les espèces les plus problématiques. » Les résultats de ses recherches permettront la mise en place d’outils pour une meilleure gestion du risque. Les toxines naturelles synthétisées par ces microalgues sont parmi les plus puissantes connues actuellement. Elles provoquent chez la population humaine qui consomme certaines espèces de poissons carnivores la ciguatera qui est une intoxication alimentaire d’origine non-bactérienne. « Cette intoxication est la plus fréquente au monde, précise Aurélie, et la région des Caraïbes est la deuxième zone la plus touchée après le Pacifique. Les toxines synthétisées par ces microalgues traversent les différents maillons de la chaîne alimentaire et s’accumulent chez certaines espèces tropicales carnivores comme les carangues, les barracudas, certains pagres, la murène verte… « Comme ces toxines sont thermostables, elles ne sont pas dégradées par la température et la population est ainsi exposée à un risque sanitaire potentiel. »

Quand elle a eu son bac scientifique option Sciences de la Vie et de la Terre, Aurélie a commencé par s’inscrire en médecine à Schoelcher. Après avoir redoublé sa première année, elle a choisi de se réorienter et de partir en Guadeloupe pour commencer une Licence en Biologie, Environnement des Sciences de la Terre. « Je visais déjà l’océanographie, mais il fallait attendre le Master pour se spécialiser en biologie marine… »

Et pourtant aujourd’hui, elle collabore avec Dr Résière et Dr Florentin qui travaillent au Service de Soins Critiques au CHUM. On sait traiter les symptômes de la ciguatera, mais elle est difficile à diagnostiquer. « Il peut y avoir jusqu’à 175 symptômes différents avec des intensités variant d’un patient à l’autre ! Il y aurait 50 000 intoxications à la ciguatera par an dans le monde, mais ces cas ne représenteraient que 20 % du nombre de cas réels ! »

Trois fois plus de cas de ciguatera en dix ans

« Avec les études qu’on a pu mener, on sait maintenant qu’on retrouve ces microalgues sur le littoral de la Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Barth et de Saint-Martin. Des dispositions réglementent la pêche et la vente de certaines espèces de poisson de ces îles sauf en Martinique où aucun arrêté préfectoral n’a été encore pris. Grâce à une étude en cours de soumission du Dr Résière, on sait que les cas de ciguatera ont augmenté. En l’espace de dix ans, trois fois plus d’intoxications ont été signalées en Martinique. Elle est aussi sujette à de nombreuses intoxications collectives. Elles surviennent suite à la consommation de captures de grandes tailles partagées entre plusieurs personnes. » Les amateurs de poisson savent généralement quelles espèces il faut éviter de manger, mais, alerte Aurélie, « il y a des espèces qu’on ne soupçonnait pas comme les bénitiers dans l’océan Pacifique. Cette intoxication peut donc aussi survenir suite à la consommation de certaines espèces d’invertébrés marins ! »

Pour trouver les microalgues toxiques, Aurélie plonge en palme, masque et tuba. Elle étudie ses prélèvements au microscope et les met en culture. « Dans les Caraibes, on a une phanérogame marine qui est invasive et nos études ont montré que cet herbier favorise le développement de certaines microalgues toxiques. » Elles ont besoin de substrats pour se développer, notamment les macroalgues qui se développent sur les récifs coralliens dégradés. L’augmentation des cas de ciguatera pourrait être liée à la dégradation du milieu. « Le littoral de la Martinique connaît des problèmes d’eutrophisation, des apports en nutriments en quantité qui ont tendance à dégrader les écosystèmes dont les récifs coralliens. Il pourrait y avoir un lien entre ces phénomènes d’eutrophisation et le développement de ces microalgues. » Depuis 2014, une nouvelle maladie corallienne a émergé en Floride et les premiers signes de cette maladie sont visibles depuis cette année en Guadeloupe et suspectées en Martinique. Cette maladie pourrait aussi malheureusement contribuer à l’augmentation du nombre de cas de ciguatera suite à la mortalité des communautés coralliennes.

Des tests et un CDI

« Certains récifs coralliens seront amenés à disparaître et les conditions semblent être favorables au développement des microalgues responsables de la ciguatera au niveau des Antilles françaises. » Aurélie s’est également intéressée à l’interaction avec les sargasses. « J’ai fait des prélèvements et j’ai observé des microalgues potentiellement toxiques mais en plus faible abondance que sur d’autres substrats. Les sargasses ne contribueraient pas à l’émergence de la ciguatera, contrairement aux phanérogames, en revanche elles permettraient de disperser ces microalgues jusqu’aux côtes africaines et d’homogénéiser leurs populations à l’échelle des Caraïbes. »

Le changement climatique pourrait-il affecter le développement de ces microalgues dans dix ou cinquante ans ? Les régions tempérées commencent à être touchées alors que cette intoxication alimentaire était historiquement circonscrite aux régions tropicales. « J’aimerais participer à la mise en place d’un test de routine qui permettrait de tester les poissons sur les marchés pour éviter à la population de s’intoxiquer. »

Mais d’ici là, Aurélie a besoin de consolider sa situation car quand on est en post-doctorat, on est en CDD. « J’espère pouvoir rester à l’IFREMER de la Martinique afin de poursuivre mes travaux de recherches sur la ciguatera et plus largement sur la préservation des écosystèmes côtiers des Antilles françaises ! »

FXG

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