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15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 15:18
Jean-Paul Dubreuil

Jean-Paul Dubreuil

French Bee mise tout sur l'A 350

"On ne devient pas low cost, on naît low cost !" aime à dire Marc Rochet, le président de French Bee qui présentait les résultats de sa compagnie jeudi 9 avril à Paris, entouré de son actionnaire, Jean-Paul Dubreuil, et sa dirigeante opérationnelle, Muriel Assouline. La compagnie "smart cost" du groupe Dubreuil, née il y a trois ans, a transporté 23 000 passagers en 2016, 168 000 en 2017 et présente un objectif affiché de 1 million en 2019 ! Un taux de remplissage de 81 % en 2017 et 87 % annoncés pour 2019. Résultat, en deux ans, French Bee s'est hissée à la troisième place des opérateurs de la Réunion en passant de 11 % à 19 % de parts de marché entre 2017 et 2018. En arrivant à Roland-Garros, French Bee a contribué à la croissance du trafic global à hauteur de 13 %. Même chose sur Tahiti avec un trafic en hausse de 28 %. "A la Réunion, explique Jean-Paul Dubreuil, on nous a dit que le marché ne croîtrait pas. On a fait baisser les prix et développer ce marché comme nous l'avons fait il y a dix ans avec la Guyane !" Résultat, French Bee a connu un chiffre d'affaires de 54 millions sur la Réunion en 2017, 106 en 2018 et annonce 125 en 2019. Le résultat d'exploitation devrait friser les 7 millions en 2019 après un résultat presque nul l'an dernier. A noter que la compagnie fait 8 % de son chiffre sur la seule vente de services (ancillaries) en prévente ou à bord. C'est là le secret du "smart cost".

Si 2018 a été marquée par la consolidation de la destination Réunion, 2019 sera marquée par l'arrivée d'un Airbus A 350-900 de plus (950 millions de US$). Ainsi la destination ne sera desservie que par ce nouvel avion dont l'empreinte carbone est inférieure de 25 % à celle de son Airbus A 330-300 neuf mais voué à d'autres destinations.

La diversification de French Bee est venue de la nouvelle route de Tahiti via San Francisco et ses dirigeants annoncent cinq nouvelles destinations à l'étude pour 2021. Ils les révèleront au premier semestre 2020, en même temps qu'arriveront les deux Airbus A 350-1000 en juillet et décembre 21. Ca veut dire un avion de 7 mètres de plus, de 480 places dont 35 en éco-prémium (contre 411 pour le 350-900). L'économie au siège est de 6 % pour le 350-900 par rapport au 330-300 et de 9 % pour le 350-1000 ! "Nous visons les 25 % de parts de marché à la Réunion", prévient Marc Rochet. Frenche Bee devrait être dotée de six  avions à l'horizon 2022.

Si Jean-Paul Dubreuil a rendu hommage à Gérard Ethève d'Air Austral qui a toujours partagé avec lui la foi en l'élasticité du marché réunionnais, il a annoncé aussi avoir mis un terme à leur collaboration en matière de fret. Le groupe Dubreuil Aéro s'est doté d'une nouvelle structure, Hiling Cargo, qui reprend l'activité fret qu'Air austral opérait jusqu'alors pour French Bee et Air Caraïbes. Ce fret représentait 1000 tonnes en 2017 pour French Bee, 3300 en 2018 et 7500 en 2019.

Enfin, le groupe a mis un terme à son contrat de maintenance avec Air France Industrie et a créé avec cette dernière (40 %) et Sabena Technic (40 %) sa propre entreprise de maintenance IGO qui a comme clients Air Caraïbes, French Bee et Transavia.

"Notre groupe, a conclu Jean-Paul Dubreuil, est engagé depuis 45 ans dans l'aérien, et le sera encore encore durablement et profitablement."

FXG, à Paris

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14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 06:08
Césaire politique au Panthéon

Un hommage au Césaire politique au Panthéon

Les Nouvelles éditions Place viennent de publier le coffret des "Ecrits politiques" d'Aimé Césaire.

A cette occasion, un hommage a été rendu au nègre fondamental mercredi soir sous la coupole du Panthéon.

"Aimé Césaire a toujours mis l'incandescence de son verbe au service de l'engagement politique" propose l'exergue du coffret contenant les cinq tomes des écrits politiques d'Aimé Césaire. Des écrits qui courent de 1935 à 2008 et dont la compilation vient seulement d'être achevée sous la forme d'un coffret. Si le premier volume publié en 2013, "Discours à l'Assemblée nationale - 1945 - 1993", a été dirigé par René Hénane, "le meilleur de mes lecteurs et le plus fraternel", disait Aimé Césaire, les quatre autres ont été dirigés par l'ami et compagnon, Edouard Delépine. Après ces quarante discours parlementaires, viennent les écrits politiques de 1935 à 1956, puis de 1957 à 1971 (tous deux sortis en mars 2016), puis de 1972 à 1987 et enfin de 1988 à 2008 (tous deux sortis fin 2019).

L'éditeur et le mécène

Jean-Michel Place, l'éditeur, connaît bien Césaire puisque c'est lui qui a republié la revue Tropique dans les années 1970. C'est d'ailleurs lui qui a été invité à ouvrir le bal des hommages mercredi soir au Panthéon : "Ca a été une folle et ambitieuse entreprise que de publier ces écrits politiques." En 1997, c'est Edouard Delépine qui reçoit Jean-Michel Place chez lui au Robert et qui lui met le marché en main. Il faut attendre 2009 pour que l'accord d'édition soit effectivement signé... et l'apparition d'un mécène. "Je sais que vous travaillez sur une édition des écrits politiques de Césaire", raconte Jean-Michel Place. Il évoque un coup de téléphone impromptu : "Puis-je vous aider ?, poursuit-il, en 45 ans d'édition, c'est la première fois que je reçois une telle offre... Merci M. Hayot."

Justement Bernard Hayot, par ailleurs vice-président de la fondation Césaire, était là mercredi avec un de ses fils et sa fille, et avec son éternel complice Eric de Lucy. Discrètement, loin du premier rang, à l'égal de sa devise : "Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien." Il laisse la tribune aux spécialistes et aux orateurs.

La comédienne Nathalie Vairac, auteure et comédienne de théâtre, a inauguré les lectures avec un texte de 1983, "Stèle obsidienne pour Alioune Diop". "On connaît bien l'oeuvre poétique de Césaire, raconte encore Jean-Michel Place, alors que sur les écrits politiques, on n'avait rien du tout ! Mais c'est une somme considérable qui est au moins aussi importante que la partie poétique, la partie dramatique... C'était quelque chose d'essentiel à faire !"

Il y a 449 textes qui vont d'une première version en partie inédite du Discours contre le colonialisme, toute la correspondance politique, ses interventions et discours à la chambre, ses discours d'inauguration... "Chaque fois qu'il intervient, enchaîne l'éditeur, il y a un texte important ! Même pour l'inauguration d'un parking, le texte devient important !" Ces textes couvrent tout la politique de Césaire, de l'Assemblée à la ville, jusqu'au quartier..."

Pipols et politiques

Au premier rang dans le transept sud de la maison républicaine des grands hommes ont pris place ceux qui doivent intervenir et des amoureux de Césaire : Audrey Pulvar, Suzanne Dracius, Christiane Taubira, Catherine Conconne, Maurice Antiste, George Pau-Langevin, Serge Létchimy, Alex Ursulet, Jean-Benoît Desnel... Les élus de Guadeloupe, Olivier Serva et Victoire Jasmin arriveront un peu plus tard...

Edouard Delépine n'a pas pu faire le déplacement jusqu'à Paris. Il a demandé à son ami Camille Chauvet de venir lire un texte. Le Naïf lance en préambule : "Avec feu Camille Darsière, Edouard Delépine et Serge Létchimy ont partagé une intimité affective avec Césaire... Edouard Delépine a travaillé sur ces volumes, c'est quasiment son testament, ce qu'il lègue à tous ceux qui travaillent et croient encore en cette pensée de Césaire. Il s'est livré à la lecture d'une histoire très ramassée de ces cinq volumes. Il lit le texte de Délépine : "... Nègre et Martiniquais, quelle que soit la couleur de peau, c'est l'affirmation de notre identité et le droit de notre peuple à s'émanciper.." Il termine avec la grande idée de Césaire : "L'autonomie dans l'union avec la France".

Sur la scène, l'ancienne garde des Sceaux a remplacé Camille Chauvet : "Il va mourir le rebelle !" Elle clame des vers par choeur qui saluent Fanon et sa "haine du bavardage, haine du compromis, haine de la lâcheté", son témoignage au procès de l'OJAM, son discours sur l'Europe tropicale dont il dit qu'elle n'est qu'un mythe. Elle cite l'élu politique conscient "des limites du pouvoir et celle de la parole tribunicienne", les contradictions entre "le rêve et l'urgence"... "Césaire, la figure du rebelle qui traverse son oeuvre politique comme son oeuvre poétique..."Taubira en vient à la fameuse lettre à Thorez : "Il récuse le fraternalisme comme le paternalisme" et privilégie "conscience raciale et révolution sociale". Elle critique son choix de la départementalisation pour saluer au passage le député de Guadeloupe Paul Valentino qui y était opposé, mais elle comprend la demande de promotion sociale, de bien-être, l'exigence d'égalité. "Nous n'avons pas le droit de gommer ses contradictions parce qu'elles contribuent à l'étoffe et à l'humanité d'Aimé Césaire. Et puis, il a hissé les peuples colonisés au banquet du monde !" Pour autant, elle assure que le poète n'a pas besoin d'hagiographie béate. Elle cite Pur Sang, dans les armes miraculeuses et laisse la place à son héritier politique, Serge Létchimy.

"L'homme politique a-t-il trahi le poète ? Jamais." Il cite la gestion pleine d'humanité de Fort-de-France, la création du SERMAC, l'ouverture de 100 écoles la politique de l'eau et de l'hygiène, du transport et de l'habitat. Le député a fini son laïus. Nathalie Vairac lit "Et les chiens se taisaient..."

Audrey Pulvar, désormais directrice générale de Pattern Afrique, une ONG, enchaîne : "Césaire incarne de façon splendide cette maxime de Shelley qui dit que les poètes sont les législateurs secrets du monde. Ce qu'il a dit, ce qu'il a écrit reste évidemment grandement d'actualité pas seulement parce que l'histoire se répète, parce que l'histoire est un éternel recommencement, mais parce que la force poétique de son évocation, de son engagement, de ses combats, de ses luttes, était tellement puissante, tellement importante qu'elle demeure. J'ai toujours connu Césaire poète, c'est un immense poète et c'est la qualité qui recouvre toutes les autres. Il n'est pas que poète, il met de la poésie dans tout. Aucune déclaration, aucune prise de parole d'Aimé Césaire, que ce soit pour commenter une rigole de rue à rénover ou que ce soit pour accueillir un chef d'Etat, n'était dénuée de poésie."

Patrick Boucheron, professeur au collège de France et père d'une "Histoire mondiale de la France" vient conclure (en raison de la défection excusée de Pap Ndiaye). Il se sent illégitime car il avoue n'avoir pas étudié l'oeuvre politique du Martiniquais, mais salue l'universalisme de sa cause et de son humanisme.

Jean-Michel Place assure : "Il n'y aura pas de 6e tome, mais il est certain que vont s'exhumer des textes oubliés, donc on peut imaginer dans les cinquante prochaines années un supplément !"

FXG, à Paris

Christiane Taubira

"Césaire est pour moi une tutelle depuis très longtemps. Chaque fois qu'on lui rend hommage, c'est une occasion pour les jeunes générations de découvrir la puissance de sa plume, toute l'intensité de sa parole, mais je pense qu'on doit rendre hommage à Césaire en permanence parce que je trouve, moi, que ses oeuvres nous accompagnent, que ce soient ses oeuvres poétiques, ses oeuvres théâtrales, que ce soit même sa parole politique, ça nous accompagne et ça éclaire nos vies."

Audrey Pulvar

"Il y a onze ans, j'étais là, au Panthéon pour l'hommage national à Aimé Césaire. C'était un peu fort de café que Nicolas Sarkozy, le président qui avait voulu reconnaître le rôle positif de la colonisation veuille rendre un hommage à Aimé Césaire en proposant de mettre ses cendres au Panthéon. Comme Saint-John Perse, j'ai fini par tirer mes pieds et j'y suis allée parce que c'était d'abord le président de la République avant d'être Nicolsa Sarkozy..."

Trois questions à Serge Létchimy, député, président du PPM et de la fondation Césaire

"La pensée de Césaire est une pensée d'avenir"

Le choix du Panthéon pour un tel hommage vous convient-il ?

Le Panthéon est un lieu extrêmement important parce que la pensée de Césaire est d'une dimension telle qu'elle traverse le temps. C'est une oeuvre contemporaine qui va éclairer le monde pendant encore très longtemps et à ce titre le travail d'Edouard Delépine est à saluer ! Il a pu réunir en cinq volumes tous les textes politiques de Césaire, c'est énorme !

Comment utiliser cette oeuvre au mieux ?

Nous devons considérer que c'est une oeuvre pour l'avenir, l'exploiter au mieux, comprendre Césaire, comprendre sa philosophie, sa pensée, son humanisme et prendre conscience aussi qu'on a une chance extraordinaire, nous Martiniquais, qu'on ait vu naître sur nos terres, notre petite île, un des plus grands hommes de cette terre ! Je suis très content que l'on ait pu ouvrir à la fois la fondation Césaire en Martinique et que de l'autre côté Edouard Delépine puisse offrir aux jeunes du monde l'espace d'une inspiration nouvelle à travers sa pensée. Je suis très content que l'on célèbre Césaire au Panthéon aujourd'hui.

Prendre la succession de Césaire à la mairie, à la députation, à la Région et jusqu'à la tête du PPM fondé par Césaire et dirigé par lui-même jusqu'en 2005, n'est-ce pas trop lourd pour un seul homme ?

"Parfois... Honnêtement, c'est très lourd parce qu'on ne remplace pas Césaire et nous sommes tous les enfants de Césaire, y compris ceux qui ne l'ont pas aimé, qui n'ont pas partagé sa pensée... C'est très lourd pour moi, notamment sur le plan politique, parce qu'il n'est pas question de parler poétique ! Mais sur le plan politique, c'est lourd et je pense que c'est sur la durée que l'on va gagner la bataille parce que la pensée de Césaire n'est pas une pensée de l'instant, c'est une pensée d'avenir. Ca va très loin ! Ace titre, nous devons persévérer, les enfants de Césaire — ça ne s'arrête pas au PPM — dans le monde entier poursuivront la lutte pour l'émancipation et le progrès.

Le coup de gueule de Camille Chauvet

"J'étais de ceux, les plus virulents, quand certains ont pensé que les cendres d'Aimé Césaire pourraient être déposée au Panthéon... Finalement, c'est une plaque. Elle représente la complicité de la République avec notre pays... Par rapport aux idées que je défends, ça me fait mal ! C'est dur pour moi de venir là ! Mais je ne peux pas y échapper, c'est pour Edouard Delépine. Ses cendres, c'était non ! La plaque, on a été battu ! Césaire a certainement sa place au Panthéon, mais c'est un Martiniquais comme moi ! Mon Césaire est à moi ! Et aujourd'hui, présenter ses écrits politiques au Panthéon parce que l'éditeur, Jean-Michel Place, est parisien, on ne peut pas y échapper ! Je me plie à cette marque de respect due au peuple français et bien évidemment, je suis content d'être ici parce que je respecte les grands hommes qui sont au Panthéon, ce sont les figures de la démocratie et de la liberté, des valeurs que nous nous assumons en tant que progressistes et martiniquais, mais vraiment être au Panthéon, présenter les écrits politiques d'Aimé Césaire, je me fais violence ! Surtout qu'il y a quelques temps, je ne sais pas si je peux le dire, j'ai vu Rodolphe Désiré de l'OJAM, ancien prisonnier, recevoir la légion d'honneur... Je suis au crépuscule de ma vie et je ne comprends plus rien ! Je ne dirai pas ce que j'ai envie de dire, mais j'ai très mal ! Je suis content d'être ici, mais j'ai très mal. Je ne comprends plus rien."

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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 05:50
Trajectoire Outre-mer 5.0

Un chemin encore long pour parvenir à la trajectoire outre-mer 5.0

Maintenant que le livre bleu outre-mer est plié, au ministère des Outre-mer, on ne jure que par la trajectoire outre-mer 5.0 qui se veut un résumé des 17 points d'objectifs de développement durable défendus par l"ONU.

La trajectoire Outre-mer 5.0, c'est zéro carbone, zéro déchet, zéro exclusion, zéro polluant et zéro vulnérabilité. C'est dire si les Outre-mer dans leur ensemble en sont encore loin quand ces ambitieux objectifs sont pour 2030... Alors pour donner de la hauteur, la ministre Girardin a convié lundi 8 avril au premier étage de la tour Eiffel le gratin ultramarin : parlementaires, acteurs économiques, acteurs associatifs, acteurs institutionnels...

Martin Hirsch, patron de l'APHP et père  du service civique, Yann Nhautra, cofondateur des Yamakazi (rendus célèbres par Luc Besson) et Matthieu Barrier, directeur adjoint de l'association pour le droit à l'initiative économique (ADIE), sont venus défendre le zéro exclusion. L'ADIE a accompagné 5500 ultramarins l'an passé et souhaiterait pouvoir doubler ce chiffre l'an prochain comme elle espère pourvoir rehausser la valeur du plafond du micro-crédit actuellement bloquée à 12 000 euros.

Laurence Tubiana, membre du haut conseil pour le climat, Gilles Scotto, le pdg d'Akuo Energy, et Dominique Jame de la Commission de régulation de l'énergie ont plaidé avec Brune Poirson, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, pour le zéro carbone avec une rare conviction qu'il s'agisse des serres photovoltaïques à la Réunion, du solaire flottant qu'il faudrait installer à Petit -Saut en Guyane, de l'octroi de mer écologique mis en place en Guadeloupe, ou de la mobilité électrique : "Elle sera hydrogène, car il n'y a pas de soleil la nuit", a lancé M. Scotto. M. Jame a refroidi son monde : "L'électricité outre-mer est chère et polluante avec un surcoût pour l'Etat de 1,9 milliards et 7 millions de tonnes de CO2 par an..." Un projet de 500 millions d'euros d'investissement pendant cinq ans a donc été mis en place pour la maîtrise de l'énergie Outre-mer afin d'économiser 2 milliards et 800 000 tonnes de CO2 par an... Les prochaines programmations pluriannuelles de l'énergie devront programmer ces objectifs en termes de CO2. Annick Girardin a annoncé que la Guyane pourrait frôler l'autonomie énergétique dès 2023." Une annonce forte qui n'empêchera pas l'ensemble de la délégation guyanaise conduite par le président Alexandre de filer dès la fin de cette séquence... "On est venu pour rien", ont déclaré à l'unisson la patronne locale du Medef, Thara Govindin, et le sénateur LREM Patient.

Pour vanter le zéro déchet et l'innovation frugale chère à Navi Radjou, Sylvie Bruno, fondatrice de Titang Récup à la Réunion (recyclage des textiles, linges et chaussures) et Jean Hornain , dg de Citéo sont venus illustrer ce qu'il y avait de mieux que l'économie circulaire, une économie en spirale et régénératrice ! Sur les 4500 tonnes de textiles usagés à la Réunion, Titang en recycle désormais 1200 tonnes et emploie 130 personnes en insertion...

Le député martiniquais Serge Létchimy s'est posé en opposant à la ministre avant de témoigner pour le zéro polluant agricole : "Il va falloir que Macron bouscule l'Europe et exige  d'elle qu'elle traduise ses préoccupations notamment sur les produits phytosanitaires !" Avec l'ombre jamais lointaine du chlordécone, il a plaidé pour la différenciation. Face à lui Daniel Nouvet, producteur de bananes au Robert, et Michel Eddi, pdg du CIRAD, sont venus dire que l'on pouvait désormais se passer des herbicides, des nématicides, des insecticides mais pas encore des fongicides... Même problème avec le glyphosate que les agriculteurs utilisent tous les sept ans pour désoucher les bananiers... Il faut donc encore beaucoup de sous pour l'innovation !

Enfin pour parler de zéro vulnérabilité au risque climatique, Yann Arthus-Bertrand (Good Planet) est venu faire son mea culpa, regrettant d'avoir consommé 2000 litres de kérosène pour aller filmer une plongeuse en Polynésie... Il est vrai que tout le monde est d'accord pour lutter contre le réchauffement, mais que les programmes de vols doivent être multipliés par deux d'ici 2050... Sans doute pour cela qu'à ces cinq objectifs de développement durable, le président de la République en a rajouté un sixième : zéro lâcheté, zéro déni, zéro mensonges.

FXG, à Paris

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 07:37
Assises des violences faites aux femmes d'Outre-mer

Taubira au musée de l'Homme

"On m'a poursuivi dans la rue et donné quatre coups de couteau... J'ai failli être la 116e femme morte au sein du couple cette année..." Lors de la soirée inaugurale des assises des violences faîtes aux femmes des Outre-mer, vendredi 5 avril, au musée de l'Homme à Paris, des artistes ont lu les témoignages de femmes violentées, des témoignages que le magazine Elle a publiés. Danielle Gabou, metteur en scène, leur a donné vie : "Des comédiennes se sont mises dans la peau de ces femmes qui ont témoigné et libéré une parole encore tabou."

Chantal Clem, présidente de l’association Couleurs Karayb, a voulu que deux journées de travail soient consacrées à cette réalité ultramarine, même si elle n'est pas son exclusivité puisque ces situations existent aussi bien dans l'Hexagone. Pendant ces deux jours, des témoignages de femmes ayant subi des violences sont venus alimenter les débats autour de spécialistes, de politiques, mais aussi d’associations. Un livre blanc en sera tiré pour qu’une véritable politique de prévention soit mise en œuvre.

"Ce qui se passe aujourd'hui, explique Victoire Jasmin, c'est que les gens n'ont plus peur de dénoncer car ils n'acceptent plus d'être violentés. Il faut accompagner les victimes, mais également les auteurs de ces violences, donc la prévention avant tout !" L’universalité de la violence a été évoquée, mais aussi l’accueil qui est parfois réservé à ces femmes quand elles viennent porter plainte... "Il est indispensable de sensibiliser les policiers, les gendarmes, explique l'ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira, marraine de ces assises, mais également les magistrats eux-mêmes car les personnes qui viennent porter plainte sont des personnes en situation de vulnérabilité. Se décider à aller porter plainte est déjà un effort considérable."

Un autre effort doit être fait au départ, auprès des enfants, c'est ce que soutient la sénatrice Jasmin : "L'objectif est de faire comprendre à nos garçons et à nos filles d'avoir d'autres types de comportement que la violence."

Et quoi que cette cause soit noble et fasse même partie des compétence d'un ministère, Chantal Clem a regretté l'absence de la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa : "Nous l'avons invitée... Et on espère que devant le succès de cette manifestation, elle nous accordera tout de même un peu de crédit."

"Il faut que les pouvoirs publics, enchaîne Christiane Taubira, donnent aussi aux associations les moyens d'accompagner, de soutenir, d'aider, de traverser ce moment difficile pour que les femmes puissent se reconstruire et recommencer à s'épanouir. Il y a une solidarité ponctuelle à apporter, elle est essentielle. Il ne faut pas qu'elle tarde, ni qu'elle soit mesquine, mais à la mesure des besoins. Il faut que la femme qui a été victime retrouve son autonomie personnelle et surtout sa joie de vivre. Il faut qu'on l'aide à retrouver confiance dans les hommes."

En France, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint.

FXG, à Paris

 

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 06:47
Contrat de transition écologique

Le territoire de la Côte Ouest de la Réunion signe le premier contrat de transition écologique

Le premier contrat de transition écologique (CTE) avec un territoire d'Outre-mer a été signé hier à Paris avec les représentants du territoire de la Côte Ouest de La Réunion (TCO) avec Annick Girardin, ministre des Outre-mer, et Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire.

Ce CTE porte en lui pour le moment 29 projets opérationnels dont l'électrification de Mafate. Ils sont financés à hauteur de 80 millions d'euros dont 25 du ministère des Outre-mer.

Ce premier contrat signé avec un territoire d’outre-mer doit permettre de valoriser localement, en partenariat avec les collectivités territoriales (Région et département), des associations et des entreprises, des initiatives de transitions écologiques génératrices d’activité économique. Ce contrat s'adosse à divers labels que le TCO ou la commune de Saint-Paul ont déjà intégrés comme le territoire à énergie positive et zéro déchet ou encore l'écocité en milieu insulaire et tropical. Joseph Sinimalé, maire de Saint-Paul et président du TCO, indique avoir candidaté à cet appel à projets car, dit-il, "l'innovation et la durabilité sont omniprésentes dans la stratégie du territoire labellisé." Le territoire a donc mis en place une plateforme collaborative qui a même servi d'exemple au gouvernement dans le cadre du déploiement du contrat de transition écologique au plan national. Cette plateforme regroupe déjà 29 actions. 33 % concernent la stratégie territoire tropical et bioclimatique, 56  % la stratégie territoire collaboratif et solidaire et 17 % enfin la stratégie territoire décarboné.

Cyril Melchior, président du conseil départemental, s'engage lui aussi dans ce contrat. "D'abord, explique le président Melchior, parce que le département accorde un importance particulière aux Hauts de la Réunion, véritable 5e microrégion, ensuite parce que le département est le chef de file de la politique de l'eau." Il considère enfin que ce contrat permet de créer un nouvel élan en renforçant une dynamique globale et partenariale avec le programme de valorisation énergétique du réseau d'irrigation du littoral ouest, inscrit dans ce contrat, et dont le coût est estimé à plus de 5,2 millions.

Didier Robert, président de Région, est lui aussi partenaire de ce contrat car sa politique repose sur un pied économique, mais aussi sur un autre pied écologique. "C'est en ce sens que nous parlons de bio-économie", précise-t-il. Il pense évidemment à l'écocité de Combaie qui est au coeur du projet et qui est de l'avis du président Robert, l'un  des plus beaux pour la Réunion : "Combaie, c'est 35 000 logements à terme et il est naturel que la région soit aux côtés du TCO pour mener à bien ce programme dans les meilleures conditions possibles..."

La perspective de 24 autres projets est déjà dans les tuyaux, en cours d'analyse et de finalisation.

FXG, à Paris

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 06:48
Béatrice Mésinel, l'organisatrice

Béatrice Mésinel, l'organisatrice

Festival et courses de drones à Deshaies

Le premier festival de Drones se tiendra le week-end des 20 et 21 avril à l'hôtel Langley Resort Fort-Royal, sur la plage de Bas-Vent à Deshaies.

Béatrice Mésinel, une enfant de Basse-`Terre installée à Paris, revient au pays pour y organiser pendant le week-end de Pâques le premier festival de drones et surtout la première course de drones. Elle ne sera homologuée que l'an prochain pour figurer au calendrier officiel  de la drone champion league ou celui de la FPV, mais son affiche est déjà internationale : Mr Steele d'Atlanta (USA), le champion du monde, Stingers Swarm alias Kevin Doherty d'Atlanta, Damien Gans de Suisse, Tom Smith de Manchester (UK), huit pilotes de l'hexagone dont Sartorius (FPV), David Aspen, Tom Panavia ou Red (FPV) et quatre pilotes guadeloupéens dont un cadreur de Guadeloupe la 1ère.

Réalisatrice et productrice, Béatrice Mésinel, a monté Cann'Elles production, il y a six ans et a déjà réalisé des programmes pour Ma chaîne étudiante, ou France Ô (Investigations, actualités). C'est en tournant un documentaire qu'elle a rencontré Stéphane Chaton. Ce pilote de drone militaire a perdu ses jambes en sautant sur une mine en Iraq. En devenant un expert du drone, il a pu se maintenir dans sa carrière militaire." "C'est lui qui m'a donné envie de faire ce festival, raconte Béatrice Mésinel, je veux développer la culture des nouvelles technologies par le prisme du drone." Elle a mis son association Mabouya des îles, sa compatriote de Saint-Martin, Brigitte Gumbs et sa boite de production à l'organisation de l'événement. Le festival de cinéma mettra en compétition toutes sortes de films de genres et de types différents, qui auront comme point commun d’avoir  été réalisés à l’aide de drones.

Le festival a pour parrain le youtubeur Romain Lavéry et ses 808k abonnés !

Autour des courses de drones, des démonstrations de vol et des projections de films auront lieu des animations, notamment avec les élèves du lycée audiovisuel de Pointe-Noire, des rencontres public-professionnels et l'exposition des stands des vendeurs de drones comme Dji ou Parods. "Le festival for drone veut faire découvrir cet engin sous toutes ses formes..." Béatrice Mésinel égrène la variété des utilisations : agricole, touristique, météo, volcano... "Même domestiques, vante-t-elle, des drones au service de la personne pour peu qu'on se projette dans sylver economy."

Quant au financement de cet événement, elle l'a résolu pour partie, outre ses partenaires, en vendant les droits audiovisuels de retransmission de la course des drones à une chaîne de télévision.

FXG, à Paris

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 05:52
Fanm a liberté

Tanya Saint-Val et Saïna Manotte honorent les femmes

La Guadeloupéenne et la Guyanaise ont sorti un titre en duo, Fanm a liberté, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes à l'issue d'une résidence de création à Mana en Guyane. Rencontre avec deux divas de la chanson créole.

"C'est cette femme créole multiple qu'on voulu mettre en avant"

Qu'alliez-vous faire dans cette résidence ?

Tanya Saint-Val : Il faut savoir qu'entre la Guyane et moi, il y a un aspect affectif particulier puisque c'est là que j'ai créé An Love Boogie Zouk avec Pascal Adams, comme une bonne partie de l'album Mi, j'ai travaillé une bonne partie des chansons en studio là-bas, j'y allais souvent... Du coup, quand on m'a appelée pour faire cette résidence féminine avec des femmes du Surinam, de la Guyane dont Saïna, c'est avec plaisir que j'y suis allée !

Saïna Manotte : Rémy Aubert, le président de l'association Zig Zag Prod m'a contactée en métropole où je réside pour me proposer cette résidence exclusivement féminine. Je ne savais pas encore qui il y aurait mais je suis venue, c'était en octobre 2017...

Est-ce qu'on vous a donné un cahier des charges, une consigne ?

Saïna Manotte : On avait un timing serré et c'était un peu un challenge parce qu'on devait chacune apporter une idée, un thème et à partir de là créer cinq chansons en quatre jours avec une restitution le 4e jour !

Que s'est-il passé entre vous deux ?

Tanya Saint-Val : Je ne connaissais que Saïna que j'avais croisée sur les réseaux sociaux avec son piano et je trouvais qu'elle avait énormément de charme... Et puis moi, c'est vrai que j'aime bien pousser les jeunes femmes à vraiment embrasser ce métier et à s'accompagner... J'ai composé ma chanson et je ne savais pas encore avec qui j'allais la partager...

Saïna Manotte : Moi, évidemment, je connaissais Tanya Saint-Val que j'écoutais et admirais depuis que j'étais gamine avec tout ce qui va avec : la petite fille qui s'associe, qui s'inspire, qui s'identifie à ces femmes créoles qui chantent... C'est ce que je voulais être. La rencontrer, ça a été un honneur et quad on a chacune du apporter un thème, j'ai proposer de chanter la femme. Comme on était entre femmes, avec que des modèles féminins autour de moi, la voix de Tanya s'est imposée pour cette chanson...

Qui a fait quoi alors dans ce titre ?

Tanya Saint-Val : Saïna est arrivée avec son morceau construit, avec ses accord, comme moi avec le mien, j'avais déjà la mélodie... La composition existait et on avait chacune des parties bien respectives à faire. Un thème avait été donné et les paroles arrivaient comme ça... On a d'ailleurs presque tout gardé !

Saïna Manotte : Jusqu'au refrain qui n'est pas de ma création, mais par une autre auteur qui a participé à la résidence, Patricia Lévy... On a gardé son refrain, le couplet de Tanya et le mien !

Vous honorez la femme, "Fanm a liberté, fanm a promesse"... Quelle est cette promesse ?

Saïna Manotte : La femme, c'est une certitude ! J'ai grandi avec beaucoup de modèles féminins autour de moi, ma mère, mes tantes... J'allais chez ma grand-mère tous les week-ends et je savais que quand ces femmes me disaient quelque chose, ça allait se faire et ça allait le faire ! C'est toujours cette promesse de choses bien faites que j'ai vues dans ma famille à travers les femmes.

Tanya Saint-Val : Je trouve que pour Saïna, ça a été un beau modèle, assez exceptionnel parce que ce n'est pas souvent comme ça. Moi, j'avais un manque de confiance parce que ma mère était très sévère. On marchait droit ! C'était des mamans d'avant, des femmes potomitan qui, parfois, ont élevé leurs enfants seules... C'est vraiment cette image que j'avais comme ma grand-mère qui coupait la canne et séchait son poisson, qui faisait tout, le travail de deux, trois, quatre mecs... Donc, on va pas raconter ça !

C'est une femme moderne que vous magnifiez dans ce titre...

Saïna Manotte : La femme créole a tellement de facettes ! Elle réalise parfois des travaux plutôt masculins, mais elle a aussi la tendresse, la douceur, le siwo myel... Elle sait prendre des décisions, gérer un foyer... C'est cette femme créole multiple qu'on voulu mettre en avant, celle qui va au travail en costume, celle qui porte une robe et des talons, celle qui est en baskets, celle qui danse, qui chante, qui écrit...

Le piano de Saïna est très présent, mais il n'y a pas que ça, il y a aussi le son des tambours du Surinam...

Saïna Manotte : Ca, c'est la richesse de cette résidence ! On venait toutes d'endroits différents, la Guadeloupe avec Tanya, la Guyane avec moi et le Surinam avec Georgine. Elle avait avec elle ses musiciens, les Kawinas, que des percussionnistes ! Le morceau quand il est né, ils étaient là alors on est allé du projet tel qu'il s'est présenté et on les a enregistrés un soir après la résidence, chaque percussion l'une après l'autre et on les a intégrés au morceau.

A quel moment avez-vous décidé d'éditer le titre ?

Tanya Sant-Val : C'est vraiment une idée de Saïna, c'est son produit, son projet et j'ai vraiment collé au projet parce que je la regardais avec beaucoup d'admiration... On a quand même quelque vingt ans d'écart et mon truc, ce n'était pas de tendre la main, mais de travailler avec une autre génération et de trouver une cause commune à chanter ! J'ai approuvé. C'est un challenge pour moi parce qu'on n'a pas le même style musical, voire pas du tout, mais on a quelque chose, on sait chanter, on a des valeurs communes et on a eu envie de s'associer, une femme jeune, une autre d'un certain âge avec une maturité et une expérience...

Saïna Manotte : Je n'avais pas du tout l'idée de cette sortie avant la rencontre. Je ne me rendais pas trop compte pendant la résidence, j'étais dans le travail avec un seul objectif, le concert de sortie de résidence... Puis peu à peu comme je suis quelqu'un de... réservée...

Tanya Saint-Val : Pas réservée, mais prudente...

Saïna Manotte : Voilà j'observais et Maxime, mon producteur, m'a dit qu'il voyait Tanya me donner des conseils, qu'elle avait une tendresse pour moi... Mais moi, je n'osais pas me dire qu'elle aimait peut-être bien ce que je suis... A force de temps et de souvenirs, on s'est dit qu'il faudrait en faire quelque chose de cette chanson ! Presque deux ans après, on arrive à ce projet-là !

A quand un concert avec toutes les deux ?

Tanya Saint-Val : J'espère ! On ne commence que maintenant la promotion du titre. C'est une chanson qui a un message tellement fort que toutes les fois où il n'y aura pas du voyé monté, on la mettra en avant parce qu'elle a le mérite d'encourager les femmes. On fera !

Saïna Manotte : Il n'y a pas de date aujourd'hui, mais ça viendra !

Propos recueillis par FXG, à Paris

https://itunes.apple.com/fr/album/fanm-a-libert%C3%A9-single/1454522807

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 04:13
Riester aux Antilles et en Guyane

Interview. Franck Riester, ministre de la Culture, était en Martinique, Guadeloupe et Guyane qu'il a quittée lundi 8 avril au soir.

"Un Réseau des cultures d’outre-Mer sera plus efficace pour répondre aux attentes des artistes"

La Guadeloupe et la Martinique disposent chacun d'une scène nationale, mais la circulation des créations hors de ce bassin géographique est complexe. Sachant que l'agence de promotion et de diffusion des cultures d'Outre-mer a été fermée et que la cité des Outre-mer a été enterrée, quelle politique culturelle proposez-vous pour sortir désenclaver la création ?

Concernant la cité des outre-mer, le projet n'est pas enterré mais la question est : que voulons-nous vraiment ? Un bâtiment ou un soutien renforcé aux artistes ultramarins ? Le ministère de la culture a adopté une stratégie pour l'outre-mer et la réorientation des moyens financiers contribuera à réaliser les ambitions du Livre bleu outre-mer : la concrétisation d'un « Réseau des cultures d’outre-Mer » qui sera plus efficace pour répondre aux attentes des artistes.

L’enjeu de diffusion de la création est primordial ; il l’est peut-être davantage encore en ce qui concerne les arts d’Outre-mer. C’est pourquoi de nombreuses voies ont été esquissées et qui ensemble, permettent une réelle valorisation de ces cultures d’Outre-mer. Ainsi, depuis trois ans déjà, avec le concours de leur Direction des affaires culturelles respectives, les Scènes Nationales de Martinique et de Guadeloupe ont créé des liens forts avec l’ONDA, l’Office National de Diffusion Artistique, dont l’une des missions est spécifiquement dédiée à la valorisation des artistes de l'Outre-mer. La première « Rencontre Internationale de Diffusion Artistique » en janvier 2018 à la Martinique a ainsi facilité plusieurs coopérations qui portent leurs fruits : plusieurs équipes artistiques sont aujourd’hui diffusées en France métropolitaine. Par ailleurs, le partenariat avec la Cité internationale des arts de Paris est, à bien des égards, essentiel : plusieurs artistes de Martinique et de Guadeloupe sont régulièrement accueillis à Paris pour des périodes de deux à six mois. C’est l’occasion de présenter leurs créations à des professionnels. Outre ces dispositifs, un Fonds pour les Echanges Artistiques et Culturels (FEAC), financé conjointement par les ministères de la Culture et des Outre-mer, accompagne divers projets artistiques à l'international et en Outre-mer. Enfin, la diffusion de la création est particulièrement renforcée dans le bassin caribéen grâce aux partenariats tissés avec les Alliances Françaises de la zone et qui offrent des collaborations exemplaires en matière de circulation des œuvres et des artistes, dans toute la région.

Quelle politique patrimoniale guide votre action ?

Notre politique du patrimoine est nationale, et répond aux mêmes objectifs de conservation, de transmission et de valorisation dans tous les territoires de la France. Ces objectifs sont portés par tous les services du ministère avec la même ambition d’excellence. Nous lançons 36 opérations en Guadeloupe pour 800 000€. Cette somme permettra la restauration du square et du monument aux morts du Lamentin de 1932, du presbytère du Lamentin et de l'église de la Sainte Trinité de 1931. En Martinique, ce sont 19 opérations de conservation et de restauration pour 1,5M€ : Il s’agit notamment de la restauration à Fort-de-France de l'immeuble La Nationale de l'architecte Xavier Rendu, datant de 1938. Par ailleurs, la nouvelle édition du loto du patrimoine va permettre de réaliser une opération de valorisation, qui concernera la façade de la cathédrale de la ville de Saint-Pierre et des rues Victor-Hugo et Bouillé comme en Guadeloupe la restauration de l'église de Morne-à-l'Eau...

Les Martiniquais ont connu une déception avec l'échec de la candidature des volcans et forêts de Martinique au patrimoine de l'UNESCO. Etes-vous plus optimiste pour la candidature de la yole ronde ?

J’ai tout d’abord le plaisir de vous annoncer que j’ai sélectionné, en accord avec le président de la République, la Yole de Martinique pour le cycle 2020 de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Au travers de ce choix, il s’agit de reconnaître les efforts menés pour sauvegarder non seulement les savoir-faire de charpente liés à la construction de ces embarcations traditionnelles uniquement en bois, mais aussi des techniques particulières de navigation, fondées sur un esprit associatif et collaboratif, et des pratiques physiques et festives, marquées par des courses dans les différents ports de l’île et par le Tour des Yoles, moment intense qui mobilise aujourd’hui des dizaines de milliers d’habitants. Cet esprit associatif et bénévole, on le retrouve dans le succès de notre programme d’action pour le développement de la yole : alors qu’une seule association avait été créé en 1990, on en compte désormais une quarantaine. La yole ronde est à ce titre constitutive de l’identité et de la culture martiniquaise.

Le pass culture est en expérimentation ici. Mais comment lui reconnaître les mêmes avantages que dans les départements où il est expérimenté dans l'Hexagone avec la très mauvaise couverture internet du territoire ?

Le pass culture est un engagement fort du président de la République. Il est expérimenté, depuis le 1er février, dans cinq départements : la Seine Saint-Denis, l’Hérault, le Finistère et le Bas-Rhin et la Guyane. Je tenais à me rendre d’abord ici, en Guyane, après deux mois d’expérimentation afin de rencontrer des jeunes de 18 ans qui bénéficient des 500 euros, mais aussi les acteurs culturels qui proposent leurs offres.

Le pass peut prendre la forme d’une application qui géolocalise les offres culturelles, mais on peut aussi y accéder depuis un ordinateur connecté (dans une bibliothèque, une mission locale, pôle emploi…). Les jeunes volontaires en Guyane sont particulièrement actifs et heureux de connaître de nouvelles propositions culturelles et de pouvoir y accéder. Je peux déjà vous annoncer que nous allons innover très prochainement en leur proposant une offre avec le transport intégré pour qu’ils puissent se rendre au festival de BD sur le fleuve.

La ville de Saint-Laurent du Maroni connaît un fort développement démographique et connaît un développement culturel significatif avec KS and Co et le Théâtre école Kokolampoe, le festival des tréteaux du Maroni et bientôt le festival international du film Amazonie Caraïbes. Allez-vous accompagner cette politique culturelle très fragile, au moins autant qu'elle puisse l'être à Cayenne ?

La Guyane est très engagée de ce point de vue : l’Etat contribue largement, aux côtés de la ville, au financement des opérateurs culturels de l’ouest de la Guyane. A Saint-Laurent-du-Maroni, vous le soulignez, la situation est singulière et connaît un développement culturel conséquent grâce aux efforts consentis par l’Etat et par la ville.

En 2018, la Direction des affaires culturelles a ainsi apporté un soutien financier à la compagnie de théâtre « KS and CO ». L’Etat et la compagnie ont par ailleurs signé une convention qui offre et stabilise les activités de « KS and CO ». L’association « Atelier Vidéo Multimédia » a quant à elle bénéficié d’une aide pour conduire avec succès le festival international du film Amazonie Caraïbes.

Enfin, compte-tenu des contraintes socio-économiques qui marquent le territoire, la Direction des affaires culturelles a également apporté une aide spécifique à la ville de Saint-Laurent-du-Maroni dans le but de soutenir plusieurs actions en faveur de l’éducation artistique et culturelle et de diverses manifestations culturelles.

Où en est le projet de transformer le MACTe en Etablissement Public de Coopération Culturelle ?

Le MACte est un centre d’interprétation, lieu de recherche et de culture dédié à la mémoire de l’esclavage. Je tiens également à souligner que c’est aussi une réussite architecturale incontestable ! Sa transformation en Etablissement Public de coopération Culturelle est actée. Je me félicite de l’engagement des collectivités de Guadeloupe en ce sens, notamment du conseil régional. Ce nouveau cadre permettra de structurer son action autour d’un projet scientifique et culturel à la hauteur des ambitions affichées et de bénéficier de partenariats plus étroits avec des institutions culturelles de l’hexagone.

Le MACTe pourra être l’institution phare d’un pôle régional d’éducation artistique et culturelle (PREAC), sur la thématique « Histoire et mémoires », en partenariat avec le rectorat et les collectivités.

Vous avez confirmé le souhait du gouvernement de fermer la fréquence de France Ô sur la TNT. Quel cahier des charges comptez-vous soumettre à France Télévisions pour que les Outre-mer soient visibles sur la télévision nationale ?

Dans le cadre de la réforme de l’audiovisuel public, le gouvernement a fait le constat que l’organisation actuelle du service public audiovisuel ne permettait pas de donner la visibilité nécessaire aux territoires ultramarins et à leurs habitants. Cette représentation des territoires et de leurs habitants doit en effet trouver sa juste place au sein de l’audiovisuel public, non pas à la périphérie - comme c’est le cas aujourd’hui à travers la chaîne France Ô, mais par une intégration au cœur de la programmation de l’ensemble des autres chaînes de France Télévisions : information et météo, documentaires, magazines, émissions politiques, fiction. Le travail sur la fixation des indicateurs permettant la mesure de cette représentation est en cours, entre le ministère des Outre-mer et le ministère de la Culture, mais également avec les députés et les sénateurs. Ils doivent en tout état de cause permettre de mesurer la présence effective des Outre-mer dans tous les types de programmes et sur toutes les chaînes de France Télévisions, avec une attention particulière portée aux horaires de programmation ainsi qu’à la représentation des Outre-mer.

Cela sera-t-il suffisant pour faire voir l'outre-mer ?

Une meilleure visibilité doit également passer par le développement d’un portail numérique enrichi sur les Outre-mer, permettant de valoriser les programmes des Outre-mer 1ère. France Télévisions maintiendra l’enveloppe budgétaire de 10 millions d’euros allouée aux coproductions ultramarines. Le réseau des Outre-mer 1ère, qui a déjà anticipé le « média global » (intégration de la radio, de la télévision et du numérique), doit également être renforcé. Une entité éditoriale dédiée aux outre-mer sera maintenue avec les équipes de France Ô. Cette entité aura notamment pour vocation de jouer le rôle de « tête de réseau » dans le groupe. Et les équipes des Outre-mer 1ère auront aussi pour mission de renforcer les liens avec les pays de leur bassin régional, des Caraïbes au Pacifique, afin de couvrir l’actualité de ces pays et d’alimenter ainsi les programmes d’information internationale du service public audiovisuel.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 04:00
Bientôt Slm TV

Une télé de proximité à Saint-Laurent du Maroni

L'incubateur audiovisuel pour une télé de proximité à Saint-Laurent est un projet défendu par Didier Urbain en Guyane.

"C'est un centre de formation couplé à un média de proximité qui sera la future télévision dans l'Ouest guyanais parce que l'Ouest guyanais est complètement sous-médiatisé. On n'en parle que rarement et souvent on en parle mal ! " A l'origine de ce projet, Léon Bertrand qui confie à Didier Urbain qu'il rêve d'une télévision locale. "Avec les outils numériques, tout est devenu moins cher, plus petit et facile à utiliser, explique Didier Urbain. La municipalité dit banco et comme la ville de Saint-Laurent est ville pilote sur un programme européen d'investissement territorial intégré (fibre optique et carbets numériques), elle soutient ce projet de télé de proximité qui s'appelle SLM TV. "Je m'intéresse aux fondations de France TV, Suez, Orange, EDF... Je n'ai pas besoin de beaucoup d'argent, 50 000 euros." C'est peu car SLM TV n'entend pas être une télé commerciale privée, mais une télévision de service public, co-financée avec la CCOG, la ville, l'ONF, des établissements publics comme ceux qui aménagent le territoire... "Ce n'est pas une télé qui va vivre de la publicité mais elle va faire vivre le pays !" Participative et citoyenne, elle veut associer la population au développement urbain de la ville, aux grandes décisions... Son premier partenaire est le pôle Outre-mer de France TV. "France Ô va disparaître, explique Didier Urbain, donc FTV recentre ses activités notamment sur de la production de programmes issus des Outre-mer." Première concrétisation : du 14 au 18 octobre premier festival international du film Amazonie Caraïbes, le FIFAC, en même temps que se tiendra un colloque de toutes les télévisions de la zone. "Tout ça participe à la même dynamique qui est de développer la filière audiovisuelle et d'amener autant d'emplois qu'en promet la Montagne d'or. Nous en sommes déjà à 350 gisements d'emplois repérés sur l'Ouest !"

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 14:07

Marché d'extension du très haut débit : Cayenne condamnée à payer la société évincée

La ville de Cayenne, a décidé le Conseil d'Etat, devra bien payer une indemnité à la société Sarvis pour l'avoir évincée de façon irrégulière du marché d'extension du réseau très haut débit en fibre optique, marché qui a été remporté pzr mla société Vitrociset France. En novembre 2015, la société Sarvis avait obtenu du tribunal administratif une compensation de 135 000 euros au titre du manque à gagner résultant de son éviction, selon elle irrégulière, de cet appel d'offres. La ville de Cayenne a fait appel, mais en mars 2018, la cour administrative d'appel de Bordeaux l'a débouté et enjoint d'exécuter sous astreinte le jugement du tribunal administratif. Cayenne s'est donc pourvue en cassation devant le Conseil d'Etat qui a jugé la chose le 29 mars dernier. Tous les arguments soutenus par la commune, c'est-à-dire que la cour de Bordeaux aurait commis des erreurs de droit en jugeant que l'offre du lauréat était "anormalement basse", une erreur de qualification juridique des faits en jugeant que l'offre de Sarvis n'était pas irrégulière alors que son planning dépassait les délais prescrits, et encore méconnu les termes du litige et insuffisamment motivé son arrêt en se fondant sur un vice entachant le contrat qui n'avait pas été relevé par Sarvis... De ce fait, le pourvoi de Cayenne n'a pas été admis et la ville devra indemniser Sarvis.

FXG, à Paris

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