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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 06:13

Les politiques publiques culturelles dans les Outre-mer

Coline-Toumson-Pascale-Goetshel-Georges-Bredent.jpgLa semaine dernière, la cité de l’Immigration (palais de la Porte dorée à Paris) a accueilli un colloque organisée par l’historienne Pascale Goetschel, Caroline Bourgine du commissariat de l’année de l’outre-mer, Julie Verlaine et Anna Trespeuch. Il s’agissait de réfléchir à la façon dont sont apparues et se sont développées les politiques culturelles en outre-mer. Si l’histoire des politiques culturelles françaises depuis 1959 est désormais bien connue, si des recherches se développent aujourd'hui autour d'une étude comparée des politiques culturelles internationales, des zones d’ombre demeurent en matière d'applications pratiques des politiques culturelles, notamment dans l'espace ultramarin. Les implications culturelles de la départementalisation, et plus encore les expériences et les initiatives antérieures, souvent proliférantes, sont largement méconnues. De profonds décalages existent entre la création de structures et d'organismes en métropole et leur implantation dans les DOM. La notion  même  de culture  ne peut être posée sans tenir compte d’une histoire spécifique aux citoyens des outre-mer et de la quête d’une identité culturelle propre. « La politique culturelle du ministère est en décalage car elle est marquée par le centralisme et le paternalisme », constatait le conseiller régional de la Guadeloupe, Georges Brédent. Ce sont les collectivités locales qui, avec peu de moyens, se sont investies pour donner leur propre vision sur leur territoire, en phase avec leur population. »

Entre préservation d'un patrimoine et valorisation de la création, les participants se sont interrogés sur la définition et le sens de l'expression « politiques culturelles  » appliquée aux départements d'outre-mer en tentant d’identifier les prémices, de repérer les moments d'émergence et les rythmes, d'en observer les acteurs principaux et les manifestations saillantes, d'en comprendre les enjeux passés et contemporains. Jusqu’aux débats et conflits auxquels ont pu donner lieu ces politiques culturelles. « Les identités ont été de plus en plus prises en considération, remarque Juliana Rimane, conseillère générale de Guyane. Il faut maintenant des politiques publiques qui mettent en valeur cette identité et surtout pour que ces identités sortent de leur territoire et que ses potentialités arrivent sur la scène nationale. » Daniel Maximin, commissaire de l'année des Outre-mer français, Priska Degras (université Paris IV), Jacques Dumont (Université Antilles-Guyane) et Françoise Blum (CNRS) ont évoqué l’émergence des modèles à l’heure de la décolonisation et de la départementalisation (des années 1940 aux années 1960). Pour aborder les initiatives locales et les premières structurations (des années 1960 aux années 1980), Jean-Paul et Ina Césaire sont venus parler de la politique culturelle à Fort-de-France, Ghislaine Gadjard (ancien conseiller pour le théâtre et l’action culturelle au ministère de la Culture) a témoigné du « bouillonnement culturel » des années 1970-1985. Carpanin Marimoutou (université de la Réunion) a parlé des mouvements culturels réunionnais et des luttes pour les cultures vernaculaires des années 1970 à aujourd'hui. Danielle Bégot (Université Antilles-Guyane), Alain Foix (ancien directeur  de la scène nationale de la Guadeloupe), Fanny Auguiac (ancienne directrice du Centre  martiniquais d’Action Culturelle) et Marie-Jo Lo-Thong (direction des affaires culturelles océan Indien) ont évoqué la question de l’aménagement du territoire et de l’action culturelle (des années 1980 aux années 2000). Enfin, Fred Constant (a     ncien directeur régional des affaires culturelles de la Martinique), Céline Delaval (directrice des affaires culturelles, mairie de Saint-Laurent du Maroni), André  Delpuech (conservateur  en chef du Patrimoine, musée du Quai Branly), Laurella Rinçon (direction générale des patrimoines, ministère de la Culture) et Françoise Vergès  (Consulting Professor au Goldsmiths College de Londres) ont conclu sur le présent avec les enjeux et débats contemporains.

FXG (agence de presse GHM)

 


Interview Pascale Goetschel, maître de conférence à Paris 1 au centre d’histoire sociale du XXe siècle

19-mars-2012-2836.JPG« Les premières politiques publiques culturelles sont le fait des collectivités »

Un colloque sur les politiques publiques culturelles en outre-mer, pourquoi ?

Ce qui nous a intéressés, c’étaient les perspectives historiques. On cherchait à définir les politiques culturelles en essayant de comprendre à quel moment ça avait émergé, quels acteurs étaient impliqués, quels ont été les moments d’innovation ou éventuellement de repli, de reniement… On a cherché à faire surgir des chronologies, des enjeux et jusqu’à la prospective.

Qu’est-ce qui est ressorti de ces tables rondes ?

On a pu voir qu’il y avait une élite bourgeoise qui avait émergé dans les années 1930. Ce qui est moins connu, c’est après guerre, dans les années 1950, il y a beaucoup d’associations d’éducation populaire, sportives, culturelles qui sont un terreau favorable. Le Parti communiste a joué un rôle en même temps que les associations de jeunesse… L’autre moment, c’est le bouillonnement des années 1970. Guislaine Gadjar est venue témoigner sur le moment où Jean-Marie Serrault est venu en Guadeloupe, où Ariane Mnouchkine, en 1972, est venu jouer 1789. a ce moment-là, c’est la politique culturelle de Pointe-à-Pitre, des communes et un Etat qui était très peu présent. On a parlé du Centre Réunionnais d’action culturelle qui date de 1968, qui aurait dû être une maison de la Culture… On attend toujours !

Que faut-il déduire de ce bouillonnement ?

C’est la montée en puissance des mouvements autour des traditions, du maloya par exemple. On sent très bien que lorsque le premier DRAC de la Réunion arrive en 1981, il n’est pas sur cette ligne-là.

Mais pouvait-on alors parler de politiques culturelles ?

En soi, elles n’existent pas. On peut les définir de manière abstraite par les sciences politiques, mais ce sont les gens qui les définissent en faisant les choses. La politique culturelle du festival de Pointe-à-Pitre n’est pas la même que celle qui va être mise en place dans les DRAC qui vont apparaître très tardivement. Alors qu’elles sont installées en 1977 dans l’Hexagone, elles ne sont installées qu’en 1981 à la Réunion, 1984 à la Martinique, 1989 à la Guadeloupe et 1992 en Guyane.

A partir de quand peut-on parler de politiques publiques culturelles dans les DOM ?

Elles ne commencent pas avec l’implantation de l’Etat et des structures déconcentrées telles qu’on les connaît mais avec les politiques multiples liées parfois à la jeunesse et au sport qui sont le fait des communes, des départements et plus tard, des régions. Quand le Conseil général de la Guadeloupe, en 1993, lance sa politique culturelle, même si c’est balbutiant, c’est une politique culturelle.

Et quid des politiques culturelles actuelles ?

Un représentant du ministère de la Culture est venu présenter le plan Outre-mer. Ce qui est très intéressant, c’est le décalage avec tout ce qui a été dit par les acteurs locaux.

Un plan jacobin ?

Un plan technocrate.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 06:00

Le général Dumas, nouvelle prise de guerre du FN ?

« Il me vient des informations, indiquant l’intention de Marine Le Pen d’annoncer, lors de sa conférence de presse sur l’Outre-mer, qu’elle décernerait sans hésiter la légion d’Honneur au général Dumas si elle était élue... » C’est par une lettre au conseiller Outre-mer du président de la République, Olivier Biancarelli, que l’écrivain Claude Ribbe a choisi de faire pression sur l’Elysée quant à la réhabilitation qu’il exige depuis dix ans pour le général Alexandre Dumas. Selon Claude Ribbe, le père du romancier a « reçu un sabre de Bonaparte en juillet 1798 en récompense de sa bravoure », et cela « lui ouvrait, de facto, les portes de l’ordre de la légion d’Honneur ». Ce n’est pas le point de vue du chef de cabinet du Président qui rappelle la position de la chancellerie : « La remise de sabres d’honneur n’aurait été codifiée qu’après la remise de cette arme au général Dumas et, donc, ce ne serait qu’un sabre de récompense qui ne lui donnerait aucun droit. » Le 1er février dernier lors de sa présentation de son programme pour l’Outre-mer, Marine Le Pen n’a eu aucun mot pour le général Dumas. Mais Claude Ribbe persiste auprès du conseiller élyséen sur le risque de récupération de ce héros noir par le FN : « La commémoration du 250e anniversaire de la naissance du général Dumas (dimanche 25 mars prochain) n’a pas été retenue dans la liste officielle des célébrations nationales, ce qui me paraît une erreur extrêmement regrettable car Marine Le Pen va probablement s’en servir… » Claude Ribbe se bat depuis dix ans  pour que « le Président, sans rien changer au code de la légion d’Honneur, rappelle solennellement l’appartenance de principe du général Dumas à cet ordre, dont on lui a refusé l’accès en 1802 - au moment du rétablissement de l’esclavage - du seul fait de ses origines et de sa couleur ». Ce serait donc pour « ne pas laisser ce héros français emblématique à l’extrême droite », que Claude Ribbe prendrait la peine d’informer l’Elysée sur les intentions du FN : « Je rappelle que Villers-Cotterêts (lieu de résidence du général, NDLR) est la ville de France où le vote FN est le plus élevé et que la pétition demandant de réparer cette injustice rassemble à ce jour 6398 signataires. »

Comme il nous l’a déjà signalé, Claude Ribbe réfute toute proximité avec le parti de Marine Le Pen, mais il n’hésite pas à s’en servir… pour sa cause.

FXG (agence de presse GHM)

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 10:46

2e édition du Festival Outre-mer veille au Tarmac de la Villette
OutremerveilleLe Tarmac 159 av. Gambetta 75 020
Du 21 au 24 février
www.letarmac.fr

Cette 2e édition s’ouvre avec un spectacle de marionnettes par la troupe du Théâtre des Alberts de la Réunion, Accident.
Giuseppe le petit garçon, Joseph Balki le clochard, Marguerite la ménagère en quête du grand amour, Margareth la vieille femme, Félicité l’étourdie qui a perdu Hector… Des êtres de bois tendre d’une bien belle humanité. On rit, on s’attendrit, on s’émeut, on s’insurge ! C’est caustique et drôle, inattendu et grinçant, loufoque et mélancolique. Comme les ficelles du destin...
mardi 21 fév - 20h // mercredi 22 fév - 20h // jeudi 23 fév - 14h30 et 20h
Véronique Kanor propose ensuite une performance poétique intitulée Solitude Martinique.

Sur scène, deux écrans géants sont levés : photographies et fragments filmiques s’y jettent, s’alternent, s’emmêlent accompagnés d’une bande-son. Face à ces images projetées, une femme se dresse-debout pour dire l’errance dans son pays prénatal, dans son cœur chagriné d’amour.
mardi 21 fév - 20h // mercredi 22 fév - 20h // jeudi 23 fév - 20h
Enfin le festival se pouursuit par une conférence lecture autour de l’œuvre de Léon-Gontran, Feu sombre toujours… Il s’agit d’une évocation faite par Daniel Maximin, avec Martine Maximin et Dominique Michel.
Léon-Gontran DAMAS est né le 28 mars 1912 à Cayenne, en Guyane. Longtemps
muet dans son enfance, il est décédé à New York le 22 janvier 1978, des suites d’un cancer de la langue. Entre ces deux mutismes s’est élaborée son œuvre : bégaiements de poésie crayonnés sur les murs du silence, de l’oppression et de l’indifférence. Homme fantasque et pathétique, sarcastique et tendre, blessé et sentimental, amoureux de l’amour, tourmenté à tire d’elles, il fut tout au long de sa vie un médiateur de poésie, la sienne et celle de tous les autres.
vendredi 24 fév - 20h

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 07:29

Claude Esclatine

Esclatine-portrait.jpg« Nous sommes extrêmement optimistes pour France Ô »

Claude Esclatine, directeur du pôle France Ô/Réseau Outre-mer 1re, fait le point sur les chaînes dont il a la responsabilité.

Comment se portent les audiences des stations depuis l’arrivée de la TNT ?

Claude Esclatine : l’effritement s’est fait au bénéfice des sept chaînes nationales publiques, France 2, 3, 4, 5 et Ô ainsi qu’Arte et France 24. Le bilan de la fin d’année montre une fragmentation de 8 à 12 % selon les territoires et départements. Il y a donc eu un transfert d’audience au bénéfice des chaînes nationales.

Vous contribuez au Festival International du Film documentaire Océanien qui se déroule actuellement à Papeete. Où en est l’investissement d’Outre-mer 1ère dans la production de documentaires outre-mer ?

Claude Esclatine : Nous intervenons beaucoup en tant que producteur, notamment en interne, ou coproducteur. En 2011, nous avons décidé de conforter cette logique. Nous avons, en moyenne, augmenté notre production ou coproduction de 18 %, en volume d’heures.

L’audience de France Ô fait parler. Le chiffre de 0,1 % circule. Confirmez-vous ?

Claude Esclatine : Mi-octobre, nous avons procédé à un élargissement de la ligne éditoriale de France Ô. Aujourd’hui, nous avons décidé de stabiliser la grille avant de procéder à un investissement relativement lourd de 2 millions d’euros par an pour avoir des mesures Médiamétrie. Je conteste donc formellement ce chiffre. J’espère que mi-2012 nous pourrons procéder clairement à une analyse d’audience. Nous sommes extrêmement optimistes sur le nouveau positionnement de la chaîne.  Les premiers éléments sont largement supérieurs.

Pouvez-vous nous décrire la marque que vous avez voulu imprégner à France Ô ?

Claude Esclatine : Nous sommes une chaîne ouverte sur le monde, sur les cultures urbaines, sur les métissages. Nous pensons que nous avons une place très importante dans le débat politique et social qui occupe l’ensemble de la nation. La ligne éditoriale a été repensée de façon à ce qu’elle soit complémentaire aux quatre autres chaînes de France Télévisions afin qu’elle soit constitutive d’audience. La chaîne France Ô précédente était trop spécialisée outre-mer et diversité. Nous avons désormais une surreprésentation des 18-30 ans.

Justement, que pensez-vous de la polémique sur les civilisations ?

Claude Esclatine : Il y a probablement d’autres richesses sémantiques à trouver… Nous avons une responsabilité particulière sur France Ô à explorer d’une manière moins manichéenne cette problématique des civilisations.

Vous avez supprimé l’émission politique L’Agora. Avez-vous cédé aux pressions politiques d’Eric Raoult et Jeannette Bougrab, qui se seraient plaints de la façon dont ils ont été traités ?

Claude Esclatine : Faux, en tant que directeur général de France Ô, je conteste complètement. Nous avons pris un ensemble de décisions. A compté du 1er janvier, pour assurer l’équité des temps de paroles, nous avons décidé de réguler un certain nombre d’émissions sur l’ensemble des chaînes. J’ai pris la décision de suspendre, et non pas d’arrêter, cette émission. Nous en avons « Le monde vu par », animé par Daniel Picouly, ainsi qu’une autre émission confiée à Jean-Marc Bramy qui interroge des candidats ou leurs soutiens au bénéfice des outre-mers. En clair, je n’ai reçu aucune pression.

Comme France 24, France Ô n’est pas très bien placée sur les box. Des évolutions sont-elles prévues ?

Claude Esclatine : Nous travaillons pour changer cela. Sur la TNT gratuite en métropole nous sommes en 19ème position. Sur Freebox, nous devrions l’être également à partir de mars. On le sera chez les différents opérateurs progressivement.

Propos recueillis par DM (agence de presse GHM)

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 06:26

Severiano de Hérédia, Le maire noir de Paris

 Couv-severiano-de-Heredia-aux-editions-Les-Indes-savantes.jpgUn Caribéen noir, Severiano de Heredia, a été ministre des Travaux publics et président du conseil de Paris sous la 3e République. Ce mulâtre cubain, cousin des deux poètes José-Maria de Heredia, a été dénigré de son vivant et effacé des mémoires dès son trépas. Un cas emblématique proposé par les éditions Les Indes savantes, collection Boutique de l’histoire.

Paul Estrade, professeur émérite de l’université de Paris VIII, a présenté vendredi dernier à l’Assemblée Nationale son livre, « Sévériano de Hérédia : ce mulâtre cubain que Paris fit maire et la République ministre », préfacé par la 1re députée noire de la capitale, Georges Pau-Langevin.

L’auteur a épluché les archives de la police de Paris, de la Bibliothèque nationale, du Grand orient de France, ainsi que les archives cubaines afin de rétablir l’histoire. « En France, seul l’archiviste du Grand orient de France avait remarqué son nom clinquant et son rang éminent au sein de la hiérarchie maçonnique. Mais il ne s’avait pas qu’il était noir. » Severiano de Hérédia a été élu conseiller municipal du quartier des Ternes en 1873, puis président du conseil de Paris en 1879 et député de la Seine en 1881. Il devient en 1887 le premier ministre noir des Travaux publics. Un ministère de plein pouvoir dans le gouvernement Rouvier. « Severiano de Hérédia était un grand réformiste social et laïc », résume l’auteur.

Paul-Strade-George-Pau-Langevin--Orlando-Requeijo-Gual-phot.jpgEt pourtant, il reste méconnu pour ne pas dire inconnu. Son nom ne figure pas sur la liste des personnalités enterrées au cimetière parisien des Batignolles où il repose, ni dans les dictionnaires et encyclopédies populaires actuelles. Aucune trace de son nom dans le Paris d’aujourd’hui ou ailleurs en France. Il n’a d’ailleurs jamais été décoré de la légion d’Honneur alors même qu’il est le créateur des bibliothèques municipales à Paris et, à la suite de Victor Hugo et Jules Ferry, président de l’association Philotechnique. Ce grand républicain classé au cimetière des oubliettes fait  partie de ces Noirs qui ont fait la France. Presentation-du-livre-de-paul-Strade-photo-Alfred-Jocksan.jpgNé à la Havane, le 8 novembre 1836, de deux mulâtres libres, il a été élevé par son parrain, un riche planteur qui disait de lui : « Je l’aime comme un fils pour l’avoir élevé. » Il débarque à Paris en 1845, où il mourra le 9 février 1901 d’une commotion cérébrale. C’est lui qui géra avec succès les très grands froids de l’hiver 1879-1880 sur la capitale. « C’est un exemple à méditer », s’est émue George Pau-Langevin qui a offert un exemplaire de l’ouvrage à Bertrand Delanoë, son lointain successeur. Ce dernier ignorait jusqu’alors qu’un Noir avait occupé son fauteuil avant lui.  Severiano-de-Heredia.jpgL’ambassadeur de la République de Cuba à Paris, Orlando Requeijo Gual, a été surpris que personne, particulièrement aux archives, ne connaissent l’existence de Séveriano de Heredia. « Ce n’est pas possible », lui a-t-on répondu. « C’est pourtant le tournant de l’histoire, s’exclame le diplomate. C’est d’une actualité incroyable ! Il est peut être le premier ministre non blanc en Europe ! Ce livre est un monument surtout pour penser, pour réfléchir. »

Aujourd’hui, la question des raisons de cet oubli se pose. Pourquoi ce qui a été possible durant ces années-là ne l’est plus aujourd’hui ? « Croit-on, s’amuse l’auteur, que toutes les civilisations ne se valent pas ? Il est l’homme oublié à cause de la couleur de sa peau. Et alors qu’il a été porté par la 3e République, il est parti sans les honneurs réservés à ses meilleurs citoyens. C’est une profanation de l’identité nationale. » Navrant destin pour Heredia qui devrait faire partie du récit national.

Alfred Jocksan (agence de presse GHM)

 


3 questions à Paul Estrade, auteur

« L’ambassadeur d’Haïti était son ami »

Paul Strade photo Alfred JocksanQuel est l’objet de votre livre ?

J’ai voulu montrer, c’est un travail d’historien, que notre Sévériano de Hérédia était véritablement un homme supérieur, indépendamment de toute autre considération.

En quoi cet homme est-il emblématique ?

Dès que j’ai mis le nez dans la documentation le concernant, je me suis aperçu de la modernité de sa pensée et surtout de son insertion possible dans les débats actuels. Mais je pense que les mentalités françaises n’ont pas évolué aussi vite que le monde et, par conséquent, il reste encore des relents enfouis, et parfois malheureusement exprimés, d’une pensée colonialiste qui pense qu’il y a des catégories ou des individus supérieurs.

Comment se fait-il qu’il ne figure pas sur la liste des personnalités du cimetière des Batignolles ?

C’est extrêmement surprenant et il faut continuer les recherches. Une chose est certaine, il a eu des obsèques magnifiques avec cinq orateurs donc un futur président de la République, le président du Sénat et chose tout à fait extraordinaire, le corps diplomatique étranger était représenté par Haïti. C’est la seule fois où Haïti a représenté le corps diplomatique mondial. L’ambassadeur d’Haïti était un ami de Severiano, c'est-à-dire qu’on avait perçu au moment de sa mort sa dimension africaine. La presse a rendu compte de ces obsèques très solennelles comme un fait divers. Son étoile avait pali, il n’était plus rien. Il avait été quelque chose, et là, il y avait eu la conquête de l’Afrique... Tout Français doit se pencher sur son histoire en examinant les recoins qui peuvent être honteux ou simplement incompris.   

Propos recueillis par Alfred Jocksan

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 06:15

Marie-Luce Penchard se lance dans la campagne

« Des territoires d'outre-mer protégés dans une France forte ». Au lendemain de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, la ministre de l’Outre-mer a vissé sur sa tête sa casquette de conseillère politique de l’UMP. Elle s’est empressée d’emboîter le pas de son champion en proposant aussitôt de décliner le slogan du candidat de l’UMP à la sauce ultramarine avec son « candidat de l’espoir (…) ouvrant une véritable perspective dans ce monde instable et incertain ». L’actuelle titulaire du portefeuille de l’Outre-mer se réjouit : « Cette campagne qui commence enfin (…) va lever le voile sur un candidat socialiste qui ne propose rien d’autre qu’une politique qui enferme. » Ses challengers de gauche sont eux aussi prompts à dégainer, puisqu’ils sont distribué largement les résultats d’un sondage réalisé par l’institut guadeloupéen Qualistat qui, pour la seule Guadeloupe (lieu emblématique où s’opposent la ministre et le chef du pôle outre-mer de François Hollande, Victorin Lurel), donne 51 % au premier tour à François Hollande, 23 % à Nicolas Sarkozy, 7 % à Marine Le Pen, 6 % à Bayrou, 3 % à Dominique de Villepin et Jean-Luc Melenchon et 2 % pour Eva Joly. Seule ombre à ce tableau, Qualistat a proposé à ses sondés les noms de Chevénement et de Boutin qui ne sont pas candidats...

FXG (agence de presse GHM)

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 07:01

Jacques Scharz-Bart, le souffle dans le sax

SCHWAZR-BART-JACQUES--THE-ART-OF-DREAMING.jpg« The art of dreaming » du Jacques Schwarz-Bart quartet sort le 21 février dans les bacs avant un concert, le 11 avril, au New Morning (Paris).

Jacques Schwarz-Bart devient le pionnier du nouveau département d’Aztec musique jazz. Une première pour cette maison d’éditions musicales tournée plutôt vers la musique dansante, le  zouk, le dance hall et la tradition.

Ce nouvel opus démontre une vraie prise de risque réussie, entre rêve et improvisation. Jacques, avec générosité, a développé une telle intimité avec le gwo ka qu’il peut aujourd’hui l’intérioriser dans le jazz. Sa théorie, « écrire c’est réécrire », une phrase qu’il tient de son père. Longtemps enfant solitaire, comprenant mal le monde des humains, ne trouvant pas sa place, Jacques passait de longues journées à  errer dans les sous-bois et à rêver. «  Ma mère la savait. Je disparaissais le matin et je revenais le soir plein d’égratignures. » Jacques-Schwarz-Bart-photo-Alfred-Jocksan1.jpgL’adolescent, rempli de complexes et de timidité, passait ses journées à vagabonder dans la mangrove et les lianes, bien loin d’un petit plat de porc aux bananes vertes, sous la pluie et dans le vent. Un petit Jacques en mawonaj qui trouvait un peu de bonheur en écoutant de la musique haïtienne et du gwo ka sur le tourne-disque familial. Après des études longues et fastidieuses, droit et sciences po, il débute en tant qu’assistant parlementaire de François Louisy… A la suite d’un terrible accident de voiture, il change radicalement de cap. Il se souvient encore de l’état de la voiture et de la musique qui passait sur l’autoradio, ce jour là : « J’étais alors directeur des services du Conseil général de la Guadeloupe. La voiture était complètement réduite en un chiffon de métal. Je n’étais pas sensé survivre à cet accident et je me suis retrouvé, je ne sais pas comment, sur le bord de la route à contempler cette épave difforme où tout était cassé, à part moi et le lecteur de cassette qui jouait à fond un disque de Miles Davis, Too Too… Ce moment a été clairement un message. Il me fallait retourner a ce qui m’importait vraiment, c'est-à-dire la musique ».

"Une odeur de bébé"

Jacques-Schwarz-Bart-photo-Alfred-Jocksan.jpgDe là, Il bifurque, intègre la grande école de musique, le  Berkeley college of music de Boston. Après le tambour en Guadeloupe et la guitare à Paris, il rencontre le saxophone à Boston. « La rencontre avec le saxophone a été l’élément déterminant dans ma carrière. J’ai eu l’impression de trouver une voie, ma voie. » Puis est venu à le temps des rencontres. Il découvre la musique gnawa du Maroc et ses grands maitres, Karim Ziad et Hamid Del Kazeri : « C’est cette possibilité de vivre l’imaginaire et en même temps la spiritualité à travers la musique qui m’a rapproché de la musique vaudou haïtienne. » C’est le projet « Jazz-Racines-Haïti » qui sera un véritable succès sur les scènes internationales. Avec The art of dreaming, Jacques Schwarz-Bart prend des airs de jeune père : « Il est tout frais. J’ai encore les sensations de sa naissance. Pour moi, c’est le meilleur moment pour sortir un projet, lorsqu’on a encore cette odeur de bébé en bas âge… » Après The art of dreaming, Jacques rêve de biguine avec le pianiste guadeloupéen Alain Jean Marie... « Chacun de mes projets a une trajectoire dans le temps qui se mesure plus en décennies qu’en années ». 

Alfred Jocksan (agence de presse GHM)

The art of dreaming, 7e album du saxophoniste guadeloupéen, Jacques Schwartz-Bart, en quartet jazz, avec Baptiste Trotignon (piano), Thomas Bramerie (Basse) et Hans Van Oosterhout (batterie). Sortie le 21 février chez Aztec musique jazz.

 


3 questions  à Jacques Schwarz-Bart

jacques-SB-55.jpg« Gnawa et vaudou me permettent de reconnecter mes expériences d’enfance »

Quels sont les difficultés qu’on peut rencontrer quand on commence la pratique d’un instrument comme le saxo sur le tard ?

Jouer un instrument de musique n’est pas quelque chose de naturel pour le corps. Surtout, quand il s’agit d’un instrument aussi lourd que le saxophone ténor où la position du corps n’est pas équilibrée. Pour le saxophoniste, tout comme le violoniste ou le pianiste, il faut que le cerveau et le corps grandissent en s’accoutumant à tout ce qui n’est pas naturel, en créant de connexions, des synapses, enfin des réflexes qu’on ne rencontre pas dans la vie de tout les jours. Le plus tôt on l’expérimente, le mieux on le développe. C’est pourquoi, tous les grands musiciens commencent relativement jeune. Je suis celui qui a commencé le plus tard dans l’histoire du jazz.

Enfant, qu’alliez-vous chercher dans la forêt de Guadeloupe ?

On dit souvent que c’est dans la forêt qu’on peut aller chercher un don. Je ne peux pas vous dire si j’ai trouvé un don. Mais, en tout cas, j’ai trouvé à la fois une connexion avec ma vie, avec la vie en général, au-delà de l’humanité. Parce que, souvent lorsqu’on parle de la vie, on pense essentiellement à nos congénères. Pour moi, la vie c’est l’eau, les arbres, les animaux et aussi les énergies qu’il y a derrière tout ça. Moi, j’ai vécu dans la forêt des moments où j’ai été confronté à des énergies qui se sont révélées depuis dans ma vie et que je ressens proche de moi à travers la musique Gnawa ou la musique vaudou. Ces deux musiques sont si proches de moi qu’elles me permettent de reconnecter mes expériences d’enfance.

Comment vous définissez-vous ?

Le jour où je me définirai, je serai certainement proche du tombeau. J’essaye surtout d’exister.

Propos recueilli par A. J.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 06:26

Les conditions de détention au camp Est devant la Cour de cassation

« Je suis optimiste parce que je ne vois pas comment le juge puisse se désintéresser de ce type de problème… Le juge qui maintient en détention a des responsabilité sur les conditions de la détention. » Me Claire Waquet, avocate de six détenus de la prison de Camp Est, en Nouvelle-Calédonie, est sortie confiante de l’audience que la Cour de cassation a consacré mercredi après-midi au pourvoi qu’elle a introduit contre le refus du juge des libertés et de la détention (JLD) de remettre en liberté ses clients. « On met quelqu’un en détention ; les conditions s’avèrent épouvantables… » En l’occurrence la défense et l’avocat général sont tombés d’accord lors des débats. « Dans un Etat républicain comme le nôtre, a déclaré Me Waquet, la question est de savoir si on a le droit de maintenir pendant un certain temps, en l’espèce 6 mois, quelqu’un dans des conditions de détention épouvantables, indignes et dégradantes ! » Le contrôleur général des lieux de privation de liberté a observé que dans la maison d’arrêt de Camp Est, le taux d’occupation est de 300 %. Une cellule, déjà petite pour deux, hors des normes européennes, est occupée par au moins six personnes. Le pourvoi concernait à l’origine six détenus. Cinq ont déjà été remis en liberté dans le cadre normal de la procédure judiciaire qui les intéresse chacun, un seul a été maintenu en détention provisoire par le JLD. L’enjeu de cette affaire est donc que les JLD se rendent sur les lieux de détention voir où ils envoient ou maintiennent les prisonniers. Si comme le laissent penser les réquisitions de l’avocat général, la Cour de cassation décidait la remise en liberté de cet homme, ce serait un arrêt de très grande portée eu égard au nombre de prisonniers concernés par des conditions de détention dégradantes en France et dans ses outre-mer, « notamment en Polynésie », selon l’avocate. « Les magistrat de la Cour savent pertinemment que c’est un dossier sensible et ça va certainement entrer en ligne de compte dans leur décision. Mais si cela pouvait avoir déjà une portée auprès des autorités administratives qui traînent pour refaire cette prison… » La Cour rendra sa décision le 29 février prochain.

FXG (agence de presse GHM)

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 06:08

Les migrants de Guyane au musée de la porte Dorée à ParisExpo-Guyane-1.jpg

Les étrangers représentent officiellement 37% de la population de la Guyane, pour 109 nationalités recensées. Haïtiens, Surinamiens, Brésiliens... Tous tentent ici de « chercher la vie » (chèché lavi), expression haïtienne qui désigne à la fois l’exil individuel et la recomposition volontaire dans l’ailleurs, la prise en main de son destin. Une exposition et un ouvrage s’intéresse à l’existence de ces migrants et à leur contribution au creuset guyanais. Géographe, Frédéric Piantoni travaille depuis quinze ans sur les circulations migratoires et les réseaux transnationaux en Guyane française. Il est aujourd’hui accueilli en délégation au centre IRD de Cayenne. 4-Quartier-Arc-en-Ciel.jpgLes résultats de ses recherches sont largement diffusés dans le milieu scientifique mais ses portraits de migrants n’avaient encore jamais été exposés ni publiés. C’est Katia Kukawka, co-commissaire de l’exposition et conservateur du musées des cultures guyanaises, qui a, par hasard il y a 18 mois, ouvert une boîte de photos dans le bureau de Frédéric Piantonni… « Je m’intéressais aux mouvements migratoires en Guyane parce qu’on a trop longtemps cantonné nos musée dans l’artisanat… Passionnant mais insuffisant pour parler de la Guyane contemporaine. Il nous fallait un point d’accroche et, en ouvrant ces boîtes, j’ai tout de suite compris qu’on avait là un magnifique point d’accroche, sensible, intelligent avec un vrai propos scientifique derrière. » 1-Adriano.jpg« Nous avons affaire, a déclaré M. Colardel, Drac de Guyane, à un géographe, un démographe qui travaille sur des chiffres et des données quantitatives qui se livre à un travail de contact traduit par la photographie. » Plus simplement, Frédéric Piantoni considère cette exposition comme un « hommage aux hommes et aux femmes «  qu’il a photographiés : « Je les connais tous de façon individuelle et intime bien que nous ne soyons pas amis. »

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Katia Kukawka, Frédéric Piantonni, Jacques Toubon, Fabienne Mathurin-Brouard, Marie-Paule Jean-Louis, Luc Gruson et Michel Colardel


7-La-Crique-marin.jpgL’exposition montée par le musée des cultures guyanaise est accueillie par le musée de l’Immigration au palais de la porte Dorée à Paris. « Frédéric Piantoni donne un visage et une image humaine, intime, individuelle, personnelle à ces migrants », a salué, lundi soir lors de l’inauguration, le président du musée de l’Immigration, Jacques Toubon, devant un parterre où l’on a pu voir Fabienne Mathurin-Brouard, maire et conseillère régionale de Saint-Georges, l’ancienne députée Juliana Rimane ou encore, à la tête de la délégation guyanaise, Christian Porthos, conseiller général de Montsinéry-Tonnegrade. L’exposition est en escale à Paris jusqu’au 20  mai après avoir été vue à Angoulême et La Rochelle. Elle sera ensuite visible en Guyane, fin juin, à Saint-Laurent d’abord, puis en fin d’année à l’Encre, à Cayenne. Après, ce sera au tour du Brésil et du Suriname de l’accueillir.

 

FXG (agence de presse GHM)


3 questions à Frédéric Piantoni

 

F-Piantoni.jpg« La Guyane invente un modèle d’intégration inédit »

Comment passe-t-on de la science à l’art ?

J’avais en face de moi des attitudes dont je ne pouvais qualifier les intonations dans la façon de présenter des cohérences de vie, des parcours migratoires. J’ai finalement trouvé que la photographie peut rendre une forme d’humanité à tous ces processus migratoires. Plus que donner corps et chair, ces photos ne catégorisent pas selon la nationalité, la communauté, l’appartenance ethnique. Plus que cette sémantique qui ne tient pas, particulièrement en Guyane, ces photos révèlent un concept dont Lévy-Strauss est le père, celui de bricolage.

Un bricolage ethnique ?

Confrontés à un modèle dit européen et un autre plutôt issu de la coutume migratoire, amérindienne ou maron, ces migrants s’ingénient à trouver des stratégies d’intégration dans aucun de ces deux modèles. On est dans une logique de bricolage, dans un entre-deux permanent. Je suis persuadé que la Guyane est en train d’inventer un modèle d’intégration inédit dans un contexte marqué par des contraintes économiques et sociales.

Que peut-il en sortir ?

Personne ne sait ce qu’il en sortira, mais ce modèle de bricolage irradie la culture et aussi fortement la démographie dans la capacité des migrants à se projeter dans leur descendance. La Guyane est en train de se projeter dans un processus de mondialisation avec un réseau diasporique mondial dans lequel elle devient un pivot.

Propos recueillis par FXG


Repères géographiques et démographiques5-Grand-Santi.jpg

Population : 230 000 habitants (la population a été multipliée par 8 en 50 ans)

Taux de croissance annuel moyen : 4 % (le tiers est tributaire de l’immigration nette)

Population étrangère : 32 % (dont Haïtiens 30,4 %, Surinamais 25,4 %, Brésiliens 23,2 % et 106 autres nationalités).

Population immigrée : 37 % (comprenant les étrangers nés à l’étranger et les Français par acquisition)

Population en situation irrégulière : 22 % (soit 63 % de la population étrangère)

2-Av-de-Gaulle.jpgPart de la population de moins de 20 ans : 45 %

Taux de natalité : 28 pour mille [France métropolitaine : 12,7 pour mille]

PIB / hab. / an (en euros) : 14 204 [France métropolitaine : 30 413]

Taux d’activité (% de la population active ayant un emploi) : 57 % [France métropolitaine : 70,8 %]

Taux de chômage : 21 % [France métropolitaine : 9,5 %]

Frontières terrestres matérialisées sur des fleuves :

Brésil (fleuve Oyapock – 580 km),

Suriname (fleuve Maroni – 520 km)6-Orpailleur

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 06:10

La case sociale antillaise s’associe avec Air Caraïbes pour une aide au retour

Gaston Calife et son équipe de la Case antillaise viennent de franchir une nouvelle étape dans la lutte contre la pauvreté qui touche la communauté domienne à Paris. Air Caraïbes met 100 billets d’avion gratuits à disposition de l’association

Siar-Calife-Richard.jpgTout le monde était sur le pont mardi matin pour recevoir le directeur commercial d’Air Caraïbes, Edmond Richard, et Claudy Siar. La compagnie Air Caraïbes et l’association, la Case sociale antillaise, ont signé mardi à Paris, sous l’égide de la délégation de Claudy Siar, une convention de mise à disposition gratuite d’un total de cent billets d’avions par an. Cet signature doit permettre  de rompre l’éloignement et de rapprocher les familles en grande précarité sociale. Pour certains, il s’agira d’effectuer un retour définitif dans le pays d’origine. L’aide apportée par la compagnie ne pourra pas concerner plus de trois personnes par famille et une fois seulement. Les dossiers seront  sélectionnés, instruits et étudiés en commission sociale avant d’être approuvés après enquête et vérification. Les bénéficiaires voyageront en basse saison et hors vacances scolaires. « On pense qu’à travers cette initiative on arrivera à soulager et à apporter un peu de bonheur à des personnes qui n’ont pas eu l’occasion de voir leur famille, leurs proches depuis longtemps. On espère faire bénéficier à un grand nombre d’Antillo-Guyanais ces facilités, a expliqué le directeur commercial de la compagnie, Edmond Richard. Il y aura certainement un droit de regard, mais surtout pas un droit de vérification. C’est une convention signée en toute confiance. » l-equipe.jpg« Pour moi ça ne pouvait pas se faire, témoigne, la voix chargée d’émotion, le président de la Case sociale, Gaston Calife. Ce n’était pas possible qu’une grosse compagnie comme Air Caraïbes puisse mettre à notre disposition cent billets d’avion. On nous a déjà tellement promis… » Alors quand il a vu le parapheur devant lui qui n’attendait que sa signature, il s’est revu le jour de son mariage, «  la dernière fois que j’ai signé un papier… » Avec trente trois ans d’existence, la Case sociale antillaise a une vraie légitimité dans le domaine de la lutte contre la misère et la précarité.  Elle a six employés permanents ; offre  des consultations gratuites d’avocat, de psychologue, de sociologue, sert des boite aux lettres de domiciliation, organise la distribution de plateaux repas chaque mercredi, aux plus démunis. Dans ses 200 m2 de locaux, la case sociale antillaise reçoit plus de 3000 personnes par an. La case sociale antillaise est une association qui évolue. Aujourd’hui, bien qu’ayant gardé son nom d’origine, elle est devenue le centre social des originaires de l’outre-mer français, d’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique et d’Europe. Un coup d’œil sur le registre fait constater que plus de 36 nationalités poussent la porte du 62 rue de la Chapelle, en grande majorité des Maghrébins, des Maliens, des Haïtiens. Ces personnes sont reçus mais pas prises en charges. Seuls les domiens peuvent l’être et ils sont nombreux.

Alfred  Jocksan


Trois questions à Gaston Calife

 

Gaston-Calife-2-photo-Alfred-Jocksan.jpg« La communauté est silencieuse, fière et orgueilleuse » 

Combien estimez- vous  le nombre  de bénéficiaires de ces billets d’avion gatuits ?

Chaque année, 3000 personnes nous demandent de l’aide ; nous arrivons  à en aider environ 500. Pour un retour définitif au pays, 200 personnes se manifestent. Mais, je ne veux pas déplacer un mal pour le replacer de l’autre coté si nous ne voulons pas que ce type de personnes passent leur temps dans les hôpitaux psychiatriques. La communauté est silencieuse, fière et orgueilleuse, elle ne laisse pas voir sa misère ni sa détresse. On voit aujourd’hui des familles antillaises qui viennent faire la queue dehors pour prendre à manger gratuitement. Il y a dix ans, on n’aurait jamais vu ça. Ça veut dire qu’il y a un problème. Souvent, quand vous vous rendez dans les hôpitaux, vous êtes surpris de voir comment ils sont nombreux. Même, dans le bâtiment des femmes à Fleury-Mérogis ! Aujourd’hui, on vole pour manger , parce que c’est la survie. Nous avons mis en place des dispositifs pour faciliter des retours au pays, même si la famille n’en veut pas. Je pense qu’avec ces billets, il y aura au moins 50 personnes qui pourront aller finir leur vie chez eux.

Quel est le but de la case sociale antillaise ?

Aujourd’hui, notre objectif est  d’être d’ici quelques années la première ONG de l’outre-mer. Quand on aura  ce titre, on aura des fonds de tous les structures européennes et hors communautaires qui ont des ressortissants français chez eux. On aide les ressortissants des quatre départements d’outremers, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion pour le moment mais nous recevons tout monde.

N’avez-vous pas l’impression de faire de l’assistanat ?

On ne fait pas de l’assistanat. Nous sommes un garage ! Quand une voiture tombe en panne, on la répare et après elle doit repartir. Nous donnons à toute ces personnes la possibilité de ne pas sombrer dans la folie, mais aussi d’avoir un peu de force pour pouvoir continuer à se battre ici dans l’Hexagone. Beaucoup de ceux qui sont venus à l’époque du BUMIDOM n’ont pas de qualification, ni de diplôme, ni de références. Ils sont marginalisés car ils n’ont pas pu s’intégrer et s’insérer dans la vie économique du pays. Si nous n’aidons pas ces personnes, je pense que les hôpitaux psychiatriques seront remplis d’originaires des DOM.

Propos recueilli par Alfred Jocksan

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