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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 06:31

Le festival Myrelingues (musique classique, Afrique, Caraïbes) à Lyon ouvre sa troisième édition du 22 mars au 8 avril avec notamment la mise en valeur du compositeur créole Louis Moreau Gottschalk (Jazz before jazz, le 22 mars), la venue du jeune organiste Afro-Américain Alcée Chriss, des actions avec des écoles et conservatoires (Vaulx en Velin) et dans les tuyaux, un petit ouvrage sur cet univers méconnu...

Plus d'infos

www.myrelingues.com

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 06:11
L'équipe de l'UGPBan en compagnie de Bernard et Stéphane Hayot, le 2 février au SIA

L'équipe de l'UGPBan en compagnie de Bernard et Stéphane Hayot, le 2 février au SIA

La banane reçoit le prix de la biodiversité

La banane a été la reine des stands d'outre-mer au salon international de l'agriculture. C'est à son stand que sont venus déjeuner les parlementaires et les conseillers, c'est là encore que sont passés tous les politiques en précampagne... La banane française, c'est 350 producteurs en Martinique, 190 en Guadeloupe, 18 000 emplois, 270 000 tonnes de fruit, 350 millions d'euros de chiffre d'affaires dont 150 de fonds européens.

Huit ans après le lancement du plan banane durable par Michel Barnier, Stéphane Le Foll et George Pau-Langevin ont remis le prix de la biodiversité à l'Union des groupements de producteurs de bananes de la Guadeloupe et de la Martinique (UGPBan), mercredi au salon international de l'agriculture. La période 2008-2013 a permis de mesurer les efforts faits par les producteurs. Des indicateurs de réduction des produits phytosanitaires, de nouvelles techniques à sol vivant et de nouveaux itinéraires culturaux ont été mis en oeuvre. On a laissé courir les plantes de couverture pour réduire les herbicides... Des indicateurs sociaux aussi ont été posés : le nombre d'emplois dans la filière, le nombre d'heures de formation...

"En misant sur l'agro-raisonné, explique Philippe ruelle, directeur général de l'UGPBan, en rétablissant un cercle naturel vertueux, les planteurs antillais ont laissé renaître un écosystème dans les bananeraies. "On était parti sur le charançon... Les années noires, on a traité au chlordécone, puis on a fait du piégeage et on a constaté le retour de nouveaux insectes, oiseaux et parmi eux des prédateurs du charançon." Les pièges à charançon sont bien moins remplis désormais.

"Soit t'es bio, soit tu l'es pas !"

Communiquer sur le thème de la banane durable, ça n'a pas vraiment payé. "C'était flou pour les gens. Soit t'es bio, soit tu l'es pas !"

Le marché de la banane bio est occupé par Saint-Domingue. Aujourd'hui, l'Europe reconnaît la certification bio dominicaine équivalente de à la sienne. Dans les faits, c'est tout autre. L'ODEADOM a rendu une étude sur le bio il y a deux ans : Il signale que contre la cercosporiose, il y a 33 fongicides utilisés en production bio, dont 14 ne sont pas autorisés en Europe. "Si on utilisait les normes de la République dominicaine, nous serions beaucoup plus bio. Si on utilise les normes européennes, on n'est pas bio."

La réglementation européenne donnera cinq ans à la République dominicaine pour se conformer aux normes bio européennes. "Ce qui veut bien dire qu'ils n'y sont pas", signale Philippe Ruelle. Le plan banane durable 2 tend à rapprocher la qualité de la production antillaise du bio pour définir une norme bio tropicale.

FXG, à Paris

Photos Gaby Malahel et FXG

Le prix du bio

Au moment de la COP21, l'UGPBan a publié un placard : "Sommes-nous prêts à payer le prix de nos ambitions écologiques ?" L'UGPBan mise sur un consommateur prêt à payer. "On joue sur 10 ou 20 centimes, pèse Philippe Ruelle, 2 ou 5 centimes de la banane !" L'an dernier la banane de Guadeloupe et de Martinique est devenue la banane française. Un nouveau concept marketing de vente de la banane à la pièce, par bouquets de 3, 4, 5 ou 6 a été lancé avec succès. Un outil a été mis en oeuvre à Dunkerque pour attacher les bananes d'un ruban bleu, blanc et rouge. Objectif : viser un segment dans la grande distribution là où la banane française est vendue à côté de la banane bio et de la banane vrac.

"Maintenant, on va raccrocher les wagons, c'est-à-dire communiquer sur les valeurs sociales et environnementales."

Recherche variétale

L'UGPBan participe aux recherches du CIRAD via son institut technique. Leur plateforme de sélection variétale travaille depuis des années sur d'autres bananes. "On veut sortir de la logique d'une variété unique au niveau mondial", poursuit Philippe Ruelle. Cette variété, c'est la Cavendish. Elle a des atouts industriels mais au niveau agronomique, elle a des manques et ces manques obligent une compensation par des traitements phyto. Depuis plus de dix ans, le CIRAD recherche une variété qui ressemble à une banane, qui ait le goût de banane et qui résiste à la cerco. Le travail par hybridation est long et la N°9 a tout juste été stabilisée. "On a de gros problèmes de brunissement de la peau. On a réussi à résoudre un problème de dégrain, quand le pédoncule se casse, mais le brunissement de la peau, non..." Si leurs travaux aboutissent, ils s'approcheront vraiment du bio et nos producteurs auront une variété qui pourra les différencier.

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 06:51
Erick Bareigts à son bureau ministériel, le 1er mars

Erick Bareigts à son bureau ministériel, le 1er mars

Elle veut casser les logiques de ségrégation

Ericka Bareigts, la nouvelle secrétaire d'Etat à l'Egalité réelle, jusqu'alors députée PS de la première circonscription de la Réunion (Saint-Denis), défendra la loi d'égalité réelle des outre-mer avec George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer.

Manuel Valls a donné des clés à Ericka Barteigts pour qu'elle puisse prendre "des mesures spécifiques d’égalité réelle". Au début du mois d'avril, elle va être chargée de coordonner le comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté (CIEC), une instance animée par le commissariat général à l'égalité des territoires (un service du premier ministre fruit de l'union récente de la DATAR, l'ACSE, la Ville). "Mon rôle, explique-t-elle, est de soutenir et d’amplifier la dynamique du CIEC pour plus d’égalité." Elle veut "casser les logiques de ségrégation, lutter contre toutes formes de discriminations et prévenir les phénomènes de repli".

Deuxième fenêtre de tir, le projet de loi "Egalité et citoyenneté" qu'elle va porter avec le ministre de la Ville, Patrick Kanner, et la secrétaire d'Etat à l'Habitat durable, Emmanuelle Cosse, d'ici deux ou trois mois.

A la fin de l'année, ce sera le projet de loi pour l’égalité réelle outre-mer. Revendiquée par le gouvernement et les socialistes, c'est bien Patrick Karam qui a relancé l'affaire de l'égalité réelle en obtenant du chef de l'Etat, lors du premier dîner du CReFOM en 2014, la promesse d'une loi cadre pour un programme de rattrapage en une génération. Matignon assure que ce projet de loi sera co-préparé et co-défendu. Ericka Bareigts et la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, vont se rencontrer prochainement. "Le travail que j'ai à faire avec mes collègues du gouvernement, explique Mme Bareigts, c'est répartir les moyens de façon différenciée : plus d'actions, plus de moyens pour certains territoires ou certaines personnes, ou des actions supplémentaires pour que le droit commun atteigne l’ensemble des Français."

Le rapport Lurel

Victorin Lurel doit rendre son rapport de mission au Premier ministre le 16 mars, jour du dîner du CReFOM auxquels les deux hommes ont indiqué leur participation.  Ce rapport vise à éclairer à la construction du projet de loi

Comme secrétaire nationale au PS, la députée Bareigts a procédé à beaucoup d'auditions sur ce sujet et des pistes lui tiennent à coeur. "Nous travaillerons sur les points de convergence que proposera Victorin Lurel comme le changement de modèle." Convaincue de la fin du modèle actuel de développement des outre-mer, elle souhaite un partenariat entre l'Etat et les collectivités locales pour un contrat de développement local en concordance avec les contrats de plan Etat Région et les programmes opérationnels européens. Il existe déjà le plan Mayotte 2020, bientôt le pacte pour la Guyane...  L'objetctif de ces plans territoriaux de développement différenciés est de concentrer les moyens européens, nationaux et régionaux sur des axes économiques mais également identifiés dans l'indice de développement humain : l'éducation, la santé, le logement... "Sans cela, dit Mme Bareigts, on pourra faire le développement économique que l'on voudra, les Réunionnais, les ultramarins ne seront pas prêts pour aller occuper les postes !" La question des compétences locales et de leur accès à l'emploi sur place, la ministre ne l'esquive pas : "C'est une approche fraternelle pour l'embauche locale et puis, on ne construit un territoire qu'en libérant ses atouts ! L'égalité réelle, c'est compenser mais aussi valoriser. Voilà ce qu'on devra retrouver dans la loi pour qu'on écrive une autre histoire, une autre page de nos histoires."

Des politiques différenciées

La future loi doit permettre des politiques publiques différenciées sans se faire retoquer par le Conseil constitutionnel ! "Nous ne sommes pas sur des traitements égalitaristes, nous acceptons la France dans sa diversité, les territoires sont différents, les gens sont différents, les histoires sont différentes, mais tout ça fait la France. Nous avons bien conscience de cette diversité et nous faisons des politiques différenciées pour telle ou telle situation pour que chacun atteigne, au même moment, l'égalité."

La nouvelle ministre s'est félicitée hier de la nomination en conseil des ministres du nouveau recteur de la Réunion, le Réunionnais Charles André Velayoudom Marimoutou. Encore députée, elle avait fortement ourdi avec Patrick Karam en faveur de cette nomination une semaine avant qu'elle ne soit elle-même nommée secrétaire d'Etat. Ce qui a fait dire à un commentateur politique que le CReFOM était parvenu à "karaméliser" le gouvernement !

FXG, à Paris

A peine nommé déjà critiquée

Comme sa collègue secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, on a glosé sur le caractère factice, voire bidon de ce secrétariat d'Etat... Ca lui en touche une sans faire bouger l'autre, dirait feu Charles Pasqua. "Franchement, on peut se faire plaisir pour sortir sa petite phrase et la faire tourner en boucle... Je ne suis pas là-dedans, je suis dans le travail, dans la réalité. Et les gens attendent du travail !" D'aucuns ne justifient sa nomination que d'un point de vue électoraliste à un an de la présidentielle. Valls et Hollande auraient pris la décision de la nommer pour flatter les Réunionnais quand l'électorat de l'île qui a massivement voté Hollande en 2012, vote désormais à droite... "C'est une insulte pour les électeurs réunionnais, a-t-elle réagi. Franchement, c'est une insulte parce que c'est limiter l'approche citoyenne des Réunionnais à la présence d'une Réunionnaise au gouvernement."

Elle a quand même kieffé quand elle a convoqué sa première conférence de presse de ministre avant de prendre l'avion pour Paris. "Les Réunionnais m'ont témoigné beaucoup d'affection, mais je sais aussi que les Réunionnais comme les ultramarins souffrent plus que tous les autres territoires de France, y compris les plus pauvres, des plus grandes inégalités nationales sur tous les domaines. En Guyane, pas d'électricité, à la Réunion et aux Antilles, le chômage des jeunes, à Mayotte, la santé et l'école... Tous, nous avons les plus forts taux d'inégalité de France ! C'est faire injure aux uns et aux autres d'estimer qu'il suffit de mettre une personne au gouvernement pour se dire qu'on a l'électorat !"

A Paris, elle a mis les pieds dans un gouvernement qui s'attaque au code du travail et sème ainsi le trouble sur sa gauche... Elle élude : "Je suis heureuse de voir que les uns et les autres reprennent un peu la discussion. Mais, en même temps, j'ai mon sujet, ma feuille de route, mes rendez-vous... Chacun doit assumer sa rôle en étant concentré sur sa tâche."

L'égalité réelle et la violence terroriste

A travers les deux lois pour l'égalité réelle outre-mer ou partout en France, Ericka Bareigts pense pouvoir apporter quelque humble réponse "aux atteintes au vivre ensemble et à la fraternité", marquées notamment par les attentats de 2015. "Quand on est Français, quelles que soient ses origines, et que l'on sent qu'on est traité de façon inéquitable, il y a comme une frustration qui va même jusqu'à la colère et quelques fois jusqu'au rejet de l'autre. Cela porte atteinte au vivre ensemble et à la fraternité." Ericka Bareigts pense qu'en intervenant sur l'égalité réelle, on intervient sur la "citoyenneté républicaine". Peut-on le faire en esquivant ce réel point commun à tous les Français de France et d'ailleurs ? Leur histoire coloniale et post-coloniale, la seule à même d'expliquer à tous pourquoi chacun est légitime à être Français... Ericka Bareigts est à même de porter ce message au gouvernement. N'est-ce pas elle qui s'était écriée le 30 septembre dernier à l'Assemblée nationale après avoir entendu Nadine Morano vanter "un pays de race blanche" : Pour moi, députée noire de la République, la France décrite par Mme Morano n'est pas la mienne. » Les sujets de l'esclavage et la colonisation dérangent toujours, demeurent tabous, sensibles. Ce sont des sujets pourtant centraux quand il s'agit d'égalité réelle... Et quand il s'agit de terroristes qui sont aussi des enfants perdus de cette histoire.

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 06:59
Concours général agricole

De l'or en rhum

Le palmarès 2016 du concours général des rhums est tombé hier sous forme d'une pluie d'or tant il y a eu de médailles de ce métal (13 !) pour récompenser les AOC martiniquais (le label AOC est un gage de tracabilité davantage reconnu que la simple indication géographique (paperasse et cotisation obligent). Dans la catégorie des blancs 50°, HSE, Dillon Ti Flè blé et Neisson ont l'or, Dillon Farandole et Dillon, l'argent. Dans la catégorie blanc 55°, c'est l'or pour Saint-James, l'argent pour Dillon et le bronze pour Neisson. Pour les rhums vieux AOC de 3 ou 4 ans HSE prend deux médailles d'or pour son "Vieux" et son "Très vieux", La Mauny prend l'argent avec sa "Cuvée des moulins" et Depaz reçoit le bronze avec son "Vieux". Beaucoup d'or encore pour les rhums de plus de 4 ans d'âge : Depaz avec sa "Réserve spéciale VSOP" et sa "Grande réserve XO", HSE avec son "Extra vieux porto finish", La Mauny et Saint-James avec son 12 ans. De l'argent pour Saint-James et son 15 ans, pour le Depaz 2002, le HSE sherry finish Oloroso (8 ans) et le HSE sherry finish Pedro Ximenez. Le Saint-James 2001 reçoit le bronze.

Côté rhums ambrés de moins de 3 ans, La Mauny reçoit l'or tout comme pour son rhum blanc à 40 °, et l'argent pour son rhum spiced vanille cannelle muscade.

L'on s'étonnera de l'absence dans ce palmarès de marques comme Clément ou JM, habitué du concours général agricole. Explication fournie par son représentant, Dominique de La Guigneraye : "Nos échantillons n'ont pu être mis à la disposition des jurés." Il cherchait encore à en identifier la raison hier...

FXG, à Paris

Les ors de la Guadeloupe

Petite pluie d'or avec moins d'une dizaine de médailles de ce métal pour récompenser les distillateurs guadeloupéens. Dans la catégorie reine, le rhum blanc 50°, Damoiseau et Longueteau sont d'or, Bellevue d'argent et Madras de bronze. Le Bologne 55° et le Madras 59° prennent l'or.

Avec quatre médailles consécutives, Damoiseau pouvait prétendre dès l'an dernier au prix d'excellence. Seul HSE l'a obtenu. "Ca ne se demande pas, explique Hervé Damoiseau, c'est un calcul complexe, bizarre, qui m'a pénalisé car Paris proposait les punchs dont je n'ai rien à faire et sans medaille, j'ai perdu des points." Cette année, son punch Goyave rose a été médaillé d'or. "Il a été présenté au concours par Damoiseau export."

Pour les rhums ambrés de moins de 3 ans, le Karukéra gold et le gold Damoiseau reçoivent l'argent.

Pour les rhums vieux de 3 à 4 ans, Bielle prend l'or avec son "Vieux" de juin 2011, Reimonenq l'argent avec son "JR on the rocks 2012" et Bologne le bronze avec son VSOP. Pour les rhums vieux de plus de 4 ans, l'or revient encore à Bielle avec son "Brut de fut" de mai 2008, mais également à Séverin avec son XO. L'argent est décerné à Madras pour son Darboussier de 6 ans, à Damoiseau pour son XO et à Bielle pour son "Vieux" de 2004.

Enfin, côté punchs Bielle avec sa liqueur de bois bandé et Damoiseau avec son punch goyave rose reçoivent l'or tout comme L'Artisan rhumier (Nicolas Bichara) avec sa crème de rhum vieux, Madras pour son punch coco et son punch planteur.

L'argent échoit à Mabi (Lory Lurel) pour son punch surelle, Callard pour son punch vanille, JPJF de Basse-Terre pour son punch passion, Emmanuel Bade de Trois Rivières pour son punch planteur Cool and Bad, et Severin pour son Schrubb. Le bronze est remis à Séverin pour son punch passion et son punch coco, et à Callard pour son punch coco.

Quatre médailles réunionnaises

Si les rhums blancs de la Réunion n'ont pas été distingués par les jurés du concours général agricole, nos exposants du salon international de l'agriculture de Paris ramènent tout de même trois médailles d'or et une médaille d'argent dans ce palmarès 2016. Le Mascarin "grande réserve", rhum vieux de 5 ans d'âge, récolte l'argent. Isautier s'en sort mieux avec deux médailles d'or pour son "arrangé gingembre citron" et son "arrangé café vanille". Enfin, si nos vanilles n'ont pas été distinguées, nos confitures oui avec de l'or pour Soleil Réunion et sa confiture ananas passion.

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 06:13

Revival à la délégation interministérielle des Français d'Outre-mer

Il n'y a toujours pas de délégué interministériel à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer et ce depuis la nomination de la dernière titulaire du poste, la Réunionnaise Sophie Elizéon, nommée le 30 septembre dernier préfète déléguée pour l'égalité des chances auprès du préfet de la région Nord-Pas-de-Calais. Mais enfin, voilà la délégation enfin pourvue d'un directeur de cabinet en la personne de Nicolas Mazières, et ce depuis lundi 29 février. L'arrivée de l'ancien assistant parlementaire (2002-2012) du député Victorin Lurel, ancien conseiller spécial pour les affaires parlementaires (2012-2104) du ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, puis ancien directeur de cabinet adjoint (2014-2015) du président de la Région Guadeloupe, Victorin Lurel, redevenu simple député après les régionales de décembre 2015, préfigure la nomination "dans la foulée" d'un ou une déléguée en titre. Matignon l'assure ! Matignon dont la délégation dépend directement, même si elle reste très liée au ministère des Outre-mer, avait averti que le gouvernement prendrait le temps d'entendre la pléthore de candidats en lice. Mais force est de constater que malgré le départ du directeur de cabinet, Albert Holl en janvier à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre comme secrétaire général, rien ne se passait. Cette fois, c'est en route, promet-on.

Si la délégation, créée sur mesure pour Patrick Karam par Nicolas Sarkozy après la présidentielle de 2007, pour prendre en compte les intérêts des Ultramarins installés dans l'Hexagone, elle pourrait aussi donner la main à la nouvelle secrétaire d'Etat à l'Egalité réelle, Erick Bareigts, qui dépend elle aussi de Matignon.

FXG, à Paris

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 06:34
Salon international de l'agriculture 2016

Il y avait eu le "Casse-toi pauv'con" de Sarkozy en 2008. En 2016, c'est Hollande qui est copieusement sifflé et hué. On est loin du sympathique Jacques Chirac flattant le cul des vaches... Les représentants des chambres d'agriculture des quatre vieilles colonies s'expriment sur le sujet et le malaise paysan...

Propos recueillis par FXG, à Paris

Clarel Coindin-Virama, vice-président de la chambre d'agriculture de la Réunion et José Siva, directeur

"On ne sifflera pas le président de la République"

Le président Hollande a été hué samedi au SIA par vos collègues de l'Hexagone... Même s'il n'est pas passé sur les stands des Outre-mer, comment avez-vous vécu cela ?

José Siva : C'est bien triste aujourd'hui quand on voit la situation de crise qui touche les agriculteurs de France. Nous sommes solidaires, mais je pense que le président, il faut aussi le respecter par rapport à son rang, mais nous compatissons aux difficultés de la profession et à la crise qu'elle subit. J'espère qu'une solution sera trouvée...

Clarel Coindin-Virama : Tout pays a besoin de son agriculture ! On a besoin de manger, donc de ses agriculteurs et j'aimerai bien que le gouvernement et le président fassent quelque chose pour que l'agriculture dure, que la France soit toujours l'exemple de l'agriculture...

Est-ce que les agriculteurs réunionnais parviennent à vivre suffisamment bien de leur travail ?

Clarel Coindin-Virama : Ils vivent de leur travail mais difficilement. Ils connaissent les mêmes difficultés que celles de nos collègues de l'Hexagone. Là, on attend la fin des quotas sucrier en 2017 et il n'y a pas d'assurance ! Voilà ce que l'on déplore ! C'est l'agriculteur et l'agriculture le pilier d'un pays.

Vous avez l'air de croire que le Qatar semble avoir compris cela mieux que nous...

Clarel Coindin-Virama : On a vu que le Qatar avait acheté des terrains à Madagascar et en Afrique du Sud parce qu'ils soutiennent que dans vingt ans, ça ne sera plus l'or noir mais l'or vert... Il serait temps que nous Français on se réveille !

Vous auriez été capables de siffler le président de la République s'il était venu vous rencontrer ici au SIA ?

Clarel Coindin-Virama : Non ! Le président de la République, on ne le sifflera pas ! Ce n'est pas... Ca reste le président. Il faut respecter les gens, président, ministres... Après, nous avons des réunions, il faut y aller, discuter et après essayer de trouver des solutions. Mais là, ça urge et je comprends les agriculteurs !

Jean-Hubert François, président de la chambre d'agriculture de Guyane

"Les consommateurs protègent notre agriculture"

Le président de la République est venu inaugurer le salon international de l'agriculture et il a été hué. S'il était venu jusqu'aux stands des outre-mer, aurait-il été possible qu'on le siffle ?

Je pense que cela aurait été possible parce que ce qui arrive aux agriculteurs en métropole, c'est une chose que nous, en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique, à Mayotte ou à la Réunion, on vit depuis toujours ! C'est-à-dire cette non prise en compte des spécificités locales domiennes. Aujourd'hui, on se rend compte que même en métropole il faut protéger le marché. Nous avons des agriculteurs avec des productions bien spécifiques, avec des prix qu'il faut maintenir et ça n'est pas fait... La réaction des agriculteurs en métropole, on la comprend très bien ! Et si c'était venu du côté domien, ça n'aurait pas échappé à nos collègues parce que nous aussi nous sommes en colère !

Est-ce qu'un agriculteur guyanais arrive à vivre de son travail ?

Oui, quand même en Guyane, on arrive à vivre de notre travail parce que nous sommes encore très protégés par notre production locale. Les consommateurs recherchent les produits locaux made in Guyane et ça nous protège, mais c'est la population, les consommateurs qui protègent notre agriculture ! Ils ne consomment comme produits qui viennent d'ailleurs que ce que nous ne pouvons produire sur place. Ce n'est pas le fait du gouvernement, uniquement du fait de la population qui veut protéger son agriculture locale. Les gens consomment local !

Et les aides européennes ? Vous sont-elles utiles ?

Sans les aides européennes, nous ne pourrions pas continuer parce que tout ce que nous recevons comme intrants vient de métropole à des coûts surélevés de 40 %. Sans les aides POSEI (les aides à l'insularité et l'éloignement), on aurait des prix trop élevés. Mais nous nous rendons compte quand même que, sur certaines productions, les aides ne sont pas reconnues ou largement insuffisantes ; ce sont en général des productions endémiques qu'on ne peut pas se permettre d'abandonner.

Et le bio, les circuits courts ? C'est une issue dans l'Hexagone pour certains agriculteurs qui refusent le système des grandes surfaces ? Ca marche en Guyane ?

Il y a quelques producteurs de bio, c'est bien, ça rajoute une plus-value... Après, il faut dire qu'on a des produits qui sortent tout seul de terre ; on utilise des produits mais pas autant peut-être qu'en métropole... Le bio est plus une réalité en métropole que chez nous... Mais la culture bio a tout à fait sa place en outre-mer.

Frantz Fonroze, secrétaire adjoint de la chambre d'agriculture de la Martinique

"On ne devrait pas se battre pour ce qui fait vivre le peuple"

Le président de la République est venu inaugurer le salon international de l'agriculture et il a été hué. S'il était venu jusqu'aux stands des outre-mer, aurait-il été possible qu'on le siffle ?

Absolument et nous comprenons les raisons de nos collègues métropolitains parce que, aujourd'hui, les agriculteurs sont pris à la gorge... Nous avons entendu parler de dizaine de suicides... Des travailleurs qui nourrissent un peuple ne devraient pas arriver à de telles extrémités.

Auriez-vous pu vous-même le huer ?

J'aurais pu et j'aurais eu des raisons de le faire, mais j'aurais peut-être fait les choses autrement... En Martinique effectivement, les agriculteurs sont pris à la gorge autant que leurs homologues de l'Hexagone.

Un agriculteur martiniquais peut-il vivre de son travail ?

Très difficilement... Nous avons des problèmes de financement, ne serait-ce que pour financer nos plantations. Nos sols, nos terrains sont géographiquement beaucoup plus difficiles. Là où un petit financement suffirait pour un labourage sur le territoire métropolitain, il nous en faudra de plus important chez nous...

Sans aide, vous n'y arriveriez pas ?

Sans aide, ça serait extrêmement difficile, voire impossible vu le coût de la main d'oeuvre et des intrants. Le coefficient multiplicateur est au moins de deux... Ca sera très difficile de cultiver sans aide en Martinique. Nous avons une petite agriculture de proximité qui souffre de mal être parce qu'elle n'est prise en compte ni par l'Europe, ni même parfois au niveau national.

La grande distribution joue-t-elle le jeu ?

Elle le joue mais pas comme il le faudrait. Elle n'en fait pas suffisamment une priorité... Parfois nos légumes souffrent de cette distribution.

D'autres agriculteurs s'orientent vers le bio. Est-ce réaliste en Martinique ?

C'est une alternative : l'agriculture biologique a sa place et aujourd'hui, nous mettons l'accent sur l'agro-écologie. C'est une vraie alternative pour revenir à une agriculture saine, à taille humaine. Le peuple recherche cela et nous le rend plus ou moins bien en répondant bien aux propositions que font MANA ou Bokodi...

Faut-il continuer de concentrer les aides sur la banane et la canne ? La diversification est-elle assez aidée ?

Il n'y a pas lieu de sacrifier quoi que ce soit. Chaque culture a sa place et la petite agriculture de proximité doit aussi avoir sa place, mais je ne comprends pas qu'il faille se battre pour cela. Ca devrait couler de source ! On ne devrait pas se battre pour ce qui fait vivre le peuple !

Harry Rupaire, secrétaire de la chambre d'agriculture de la Guadeloupe

"Hollande a vendu l'agriculteur et l'agriculture"

Samedi, le président de la République est venu inaugurer le salon international de l'agriculture et a été hué par les agriculteurs de l'Hexagone. S'il était venu visiter les stands de l'Outre-mer, aurait-il été sifflé ?

Les agriculteurs en général ont le droit de manifester et de hurler leur mécontentement. C'est même normal pour une situation qui est catastrophique. La France vend les agriculteurs à l'Europe et on ne peut vendre nos produits par rapport aux supermarchés : le litre de lait est acheté 60 centimes pour être vendu 1 euro. Il y a un dysfonctionnement et il faut le dire et le faire ressentir au président de la République. C'est tout à fait normal que les agriculteurs se manifestent. Trop d'agriculteurs sont en difficulté, n'arrivent pas à vivre de leur métier...

Est-ce que les agriculteurs de la Guadeloupe ont des raisons de se plaindre aussi ?

C'est encore pire puisque toutes les aides que nous avons nous viennent de l'Europe et la France n'a pas grand mot à dire. Si l'Europe ne subventionne pas, ce n'est pas la France qui va prendre le relais. Le contexte européen rend les choses très difficiles pour nous...

La canne et la banane sont pourtant subventionnées...

Les aides diminuent petit à petit et ça va devenir aussi difficile pour nous quelles que soient les cultures... Dans cinq ou six ans, ferons-nous encore de la canne ou de la banane ? Que ferons-nous des terres agricoles, des surfaces en canne ? Pourrons-nous vendre nos produits ? Ce sera difficile par rapport à la Colombie et toute l'Amérique du Sud qui nous inonde ! On sait que la main d'oeuvre est très bon marché... Va-t-on pouvoir s'en sortir ? C'est difficile...

Qu'en est-il des cultures de diversification ?

La première priorité d'in territoire est de faire vivre sa population. Il faut avant tout produire. Mais produire devient très difficile par rapport à toutes les taxes que nous avons. Nous n 'arrivons pas à être compétitifs sur le marché parce que nous sommes entourés d'îles bien moins chères que nous.

Vous aussi vous produisez à perte comme vos collègues de l'Hexagone ?

Mon cas est particulier parce que je suis dans la filière horticole, les fleurs, et c'est un produit qui ne se vend pas malheureusement sur place. C'est un produit d'export avec un coût pour le fret trop important. Nous avons du mal à approvisionner la France, alors que nos fleurs sont très demandées. Mais sans aide, on ne produira plus de fleurs...

Vous vous êtes tout de même organisés en filière et ça fonctionne !

Oui, ça fonctionne et c'est le rôle de la chambre d'agriculture, mais on n'ira pas en métropole sans les aides au fret. Une fleur tropicale me revient à 60 centimes et le kilo de fret me revient à 3 ou 4 euros... On n'est pas compétitifs du tout. La France doit faire beaucoup plus pour nous.

Aujourd'hui, un agriculteur guadeloupéen peut-il vivre de son métier ?

Sans aide, non ! Nous avons fait le choix d'être agriculteurs et nous avons fait des études pour vivre de notre métier, c'est un petit peu dommage ce qu'il se passe ! Le président de la République doit faire quelque chose pour les agriculteurs. Parmi ses promesses de campagne, il avait pris la cause agricole. A lui d'assumer.

Si François Hollande ou le Premier ministre était passé, l'auriez-vous personnellement sifflé ?

Je ne l'aurai pas sifflé parce que c'est une question d'éducation pour la Guadeloupe, mais s'il s'était approché de moi, j'aura dit le mécontentement de l'agriculture en général. Le président doit faire un effort avec l'Europe et il n'a pas d'emprise sur elle. Il a vendu l'agriculteur et l'agriculture... Ils ont tout vendu en France ! Est-ce que l'Angleterre a raison ? Je ne sais pas...

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 22:52

Nathalie Puvilland rejoint le cabinet de Bareigts

La secrétaire d'Etat à l'Egalité Réelle, Ericka Bareigts, est en train de constituer son équipe autour de Serge Leho, son directeur de cabinet. Ainsi, Nathalie Puvilland vient d'être recrutée comme cheffe de cabinet. La Réunionnaise a déjà été conseillère technique au cabinet de Victorin Lurel, avant de rejoindre le cabinet de Jean-Marc Ayrault quand il était à Matignon. Sylvain Bruno les a rejoint comme conseiller presse. Le reste de l'équipe, dont le dircab adjoint, devrait être complété avant la semaine prochaine.

FXG, à Paris

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 07:45
Jean-Paul Dubreuil versus Eric Koury, premier set d'un match judiciaire

Mis en examen pour abus de biens d'une société par actions le 15 octobre dernier par le juge Ménard de Pointe-à-Pitre, le grand patron d'Air Caraïbes, Jean-Paul Dubreuil, dans cet entretien exclusif, revient sur un feuilleton démarré en 2001 et s'explique sur cette dernière péripétie judiciaire.

"Nous n'avons jamais dépassé la ligne rouge"

Dans quel contexte s'inscrit votre mise en examen ?

Cette péripétie du feuilleton judiciaire prend racine avec une plainte que nous avons déposée en mai 2001, lorsque nous nous sommes rendus compte que ceux (Eric Koury et Robert Dardanne, NDLR) qui nous ont vendu la société Caribéenne de Transports Aériens (CTA) nous avaient présenté de faux bilans. En contrefeu, mais longtemps après, vers 2004-2005, ils ont déposé une plainte contre nous cette fois-ci en s'adossant à des rapports d'expertise n'émanant pas d'experts judiciaires nommés par un juge, mais d'experts mandatés par eux. Les deux plaintes ont été jointes par le juge d'instruction de l’époque. Puis quatre juges d'instruction se sont succédés sur ce dossier depuis 2001. Quinze ans après, les choses ne sont toujours pas terminées...

A tel point que vous voilà mis en examen...

En octobre 2015, le juge Ménard, le dernier des quatre juges en charge de ce dossier m'a convoqué et, à l'issue de cette entrevue, à ma surprise, a décidé de me mettre en examen alors qu'Eric Koury avait été mis en examen dès l'origine. Il semble que c'était nécessaire pour la clarté du dossier avant de le transmettre au procureur.

De quel abus de biens d'une société par actions s'agit-il ?

En avril 2000, nous prenons le contrôle des compagnies Air Guadeloupe, Air Martinique qui étaient en mauvaise posture en prenant 70 % des actions sur la base d'un bilan en septembre 1999 qui s’est par la suite révélé inexact. Nous nous mettons d'accord sur un prix avec un protocole en fonction des valeurs des actifs y compris les avions. En dehors du prix d'achat de 5 millions, nous apportons environ 10 millions d’euros en compte courant pour faire face aux besoins immédiat de trésorerie de l'entreprise. La mauvaise habitude de l'entreprise et des dirigeants d’alors était alors de ne pas payer ses fournisseurs et de payer ses salariés quand ils pouvaient. Comme ce n'est pas le genre du Groupe Dubreuil, on a injecté progressivement, entre l'augmentation de capital et l’apport en compte courant, plus de 10 millions d’euros. Et comme en décembre 2000, on était au bout de ce que nous voulions apporter en cash, et qu'il y avait toujours des besoins criant puisque de nouvelles factures apparaissaient sur des opérations antérieures, nous devions trouver de nouvelles solutions.

Il vous fallait encore de la trésorerie ?

Pour retrouver de la trésorerie, nous avons regardé ce qu’il était possible de faire. A l'époque, en 2000, nos relations avec les vendeurs étaient plutôt bonnes puisqu'Eric Koury et Robert Dardanne étaient au conseil d'administration. Nous étions alors convenus, pour apporter de la trésorerie supplémentaire, de céder des actifs. Les actifs les plus valables de l'entreprise étaient alors quatre ATR qui étaient en cours de contrat de défiscalisation. Nous avons estimé qu'il y avait une plus value potentielle à venir et nous avons procédé à une cession de promesse d'achat. C'est-à-dire qu'au lieu que ce soit la compagnie qui puisse racheter ces avions au terme du contrat de défiscalisation, on a transféré cette promesse sur une autre structure du groupe qui s'appelle AVI (Air Vendée investissement). AVI a acheté ces promesses, pas les avions, en faisant apparaitre une plus-value immédiate chez Air Caraïbes. Cette plus-value, en même temps que la valorisation de pièces détachées qui ont aussi été cédées, représentaient 10 millions d'euros. C'est donc 10 millions d’euros de plus qui ont été injectés, non pas sous forme d'apport en compte courant, mais sous forme de transfert d'actifs. Cela donnait à notre groupe une meilleure sécurité. Cela nous a également permis en toute légalité et en toute transparence de sauver l’entreprise et les 380 emplois qui la composaient.

Ceux qui vous attaquent participent alors à la prise de décision ?

Cette décision a été prise en décembre 2000 par le conseil d'administration d'alors qui comprenait MM. Koury et Dardanne. Ces derniers ont donné leur accord parce qu'ils se rendaient bien compte qu'il fallait faire cette opération pour sauver l’entreprise.

Et c'est ce qu'ils dénonceront au juge quatre ans plus tard ?

Tout à fait, c’est un peu irréel. En 2004, lorsque l'instruction de la plainte, que nous avons déposée en mai 2001, a commencé à prendre une tournure positive pour nous, sur les conseils sans doute de leurs avocats, ils ont voulu allumer un contrefeu en déposant plainte contre le groupe Dubreuil et son représentant légal. Il y a eu deux plaintes distinctes en 2004 et 2005 pour nous reprocher des abus et des malversations sur la valeur des promesses d'achat d'avions ainsi que sur la valeur des pièces détachées. La justification était de distraire la plainte que nous avions déposée contre eux.

Quand dix ans plus tard, le juge Ménard vous met en examen, comment réagissez-vous ?

Je ne peux pas dire que c'est quelque chose qui me fasse plaisir. Nous savons bien dans cette opération où était le bon droit Effectivement, je suis choqué mais serein parce que j'estime que nous sommes dans notre droit et on peut penser que la justice aboutira à reconnaître les choses qui ont été faites pour le bien de la société et celles qui n'ont pas été faites dans ce sens-là. Aujourd'hui, mon argumentation et mon objectif ont été de dire qu'à l'époque où l'on a pris cette décision, nous essayions de sauver la société qui était en très mauvaise posture. Il y avait 380 employés et si nous n'avions pas fait ça pour trouver des moyens de financement, on se serait retrouvé en état de dépôt de bilan avec toutes les conséquences que ça avait pour les salariés mais aussi pour nous, car il fallait faire évoluer cette entreprise pour la faire sortir du trou.

Cette mise en examen est-elle périlleuse pour le groupe ?

C'est désagréable, mais on peut se poser la question de savoir pourquoi cela a été rendu public... La révélation de cette mise en examen n'a qu'un seul objectif à mon sens, nous nuire. Nous attendons sereinement les étapes suivantes, c'est-à-dire la décision du procureur qui devrait aboutir sur un jugement ou un non lieu, d'autant plus que sur le fond, toutes ces opérations sont prescrites puisqu'elles ont quinze ans.

Mais qu'est-ce que cela peut signifier pour vos salariés, pour l'image d'Air Caraïbes ?

Il faut remettre l'église au milieu du village ! Pour nous, il s'agit de repréciser de quoi il s'agit car on pourrait penser que nous avons procédé à des malversations alors que ce n'est pas du tout le cas et que tout ce qui a été mené n'a été fait qu'avec un seul objectif, faire passer un cap difficile à la compagnie et ce dans le respect le plus total des lois. Et, heureusement qu'on l'a fait puisque l'avenir nous le rend bien avec la réussite que connait aujourd’hui Air Caraïbes. En réalité, nous sommes tombés sur des gens au comportement assez particulier, qui font feu de tout bois pour essayer de nous nuire. Il y a une concomitance de cette action avec celle qui a été menée dès 2001 devant le tribunal de commerce pour trouver des compensations au prix que nous avions payé puisqu'il n'était plus en cohérence avec la réalité de l'actif. Les vendeurs ont été condamnés à nous rembourser le prix que l'on avait payé, environ 5 millions d'euros. Nos adversaires se sont pourvus en cassation et ce pourvoi n'étant pas suspensif, nous avons mis en exécution les paiements de ces 5 millions qui nous étaient dus et c'est précisément cela qui les a certainement pousser à entreprendre ces actions: retirez votre plainte et on retirera la nôtre ! C'est un peu ça en bref.

C'était une démarche faite pour vous impressionner, selon vous ?

Oui, c'est ça, ils ont essayé de nous impressionner... Mais dans un cas, ils ont été condamnés à nous rembourser les sommes versées parce que l'expert judiciaire a conclu que l'actif qui nous avait été présenté n'existait pas. Nous avons engagé des actions qui sont toujours en cours et qui ont commencé à porter certains de leurs fruits, mise en vente de maisons, de mobilier, de saisie d'actions, etc... Cela ne leur a pas fait plaisir, mais c'est simplement un juste retour des choses. Mais comme ils ne veulent pas payer, ils utilisent tous les moyens qui peuvent être soulevés pour nous combattre.

Cette guerre a eu un pendant commercial avec la création d'Air Antilles Express...

Ils ont été condamnés entretemps pour concurrence déloyale pour avoir créé la compagnie Air Antilles Express alors qu'ils étaient tenus par une clause de non concurrence. Ils ont été condamnés à payer une somme relativement dérisoire mais qui ne les a pas empêchés de continuer d'opérer.

Qu'attendez-vous de la justice désormais ?

La décision du parquet. Toutes les décisions qui ont été prises l'ont été avec délibération du conseil d'administration au sein duquel ils votaient. En 2002, il y

y a eu une assemblée générale extraordinaire pour fusionner la société que j'avais créée en 1998 et la société CTA. Cela aussi nous est contesté, mais tout a été fait légalement. Leur plainte est appuyée par des rapports d'experts désignés par eux et qui interpelle un nouveau juge nommé en Guadeloupe, qui trouve ce dossier et qui se demande qui dit le vrai là-dedans...

Les relations ne se sont-elles pas apaisées entre Air Caraïbes et Air Antilles avec le temps ?

Apaisées, je ne sais pas. Nous restons des concurrents, mais tout ça rebondit à travers les épisodes judiciaires.

Avez-vous expliqué cette situation à vos salariés ?

Nos salariés savent depuis longtemps qu'on se bagarre, mais ma mise en examen est très récente et ça ne justifiait pas d'en faire état. La sortie sur la place publique de ma mise en examen nous impose de venir expliquer à tous, salariés et clients, de quoi il s'agit. Ce n'est pas une affaire nouvelle mais tout ce qui a été fait l'a été pour le bien de la compagnie et des salariés. Je défends nos intérêts et les leurs. A l'époque, nous leur avions laissé 5 % des parts alors qu'on aurait pu prendre 100 %. Nous croyions alors à leur bonne foi et c'est arguant de ces 5 % qu'ils disent avoir été lésés par les démarches qui ont été faites, mais qu'ils avaient par ailleurs approuvées. Une situation ubuesque me semble-t-il.

Regrettez-vous d'être venu investir aux Antilles il y a quinze ans ?

A l'époque, je venais de céder la compagnie Régional Airlines à Air France et j'ai trouvé un certain intérêt à redresser cette compagnie. Deux ans auparavant, en 1998, j'avais racheté une petite structure, propriété du CDR, dirigée par Richard Degryse et qui s'appelait déjà Air Caraïbes. Ce sont les vendeurs qui nous ont approchés parce qu'ils savaient que nous étions des professionnels et que nous avions quelques moyens pour s'engager dans cette démarche. Entre 2001 et 2002, on essaie de rationaliser la flotte et le réseau régional sur une exploitation qui est restée déficitaire. 2003 a été pour nous l'année de préparation avec Marc Rochet du dossier long courrier et de l'ouverture de la ligne transatlantique en décembre qui a complètement changé la physionomie de l'entreprise... Au lieu de trouver une solution visant à réduire l'activité, on a pensé à sortir par le haut en profitant de l'arrêt d'Air Lib pour nous positionner sur le long courrier. C'était un pari osé et c'est ce qui a permis à l'entreprise de passer de 380 salariés à 900 aujourd'hui et d'un chiffre d'affaires de 40 millions à 400 millions d'euros. Au-delà de cette péripétie immédiate, je ne regrette pas les décisions que j'ai prises à l'époque en respect des règles d'éthique du groupe. Nous n'avons jamais dépassé la ligne rouge. Le seul problème, c'est que nous avons eu à faire à des vendeurs qui n'avaient pas la même façon de procéder que nous... Mon seul regret est de m'être trompé sur des personnes et, en l'occurrence, c'était le cas.

Propos recueillis par FXG, à Paris

 

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 07:44

Après Jean-Paul Dubreuil, Eric Koury, l'ex-dirigeant de la CTA et actuel dirigeant d'Air Antilles, a voulu apporter à son tour son point de vue sur ce feuilleton judiciaire à rebondissement qui les oppose.

"Jean-Paul Dubreuil réécrit l’historique de ce dossier"

Vous contestez les explications de Jean-Paul Dubreuil, pourquoi ?

Jean Paul Dubreuil prétend que les plaintes à l’origine desquelles il a été mis en examen seraient la conséquence de la plainte qu’il a fait déposer en 2001. Or, les faits pour lesquels il mis en examen ont été dénoncés bien antérieurement par les commissaires aux comptes de la société CTA/Air Caraïbes au parquet de Pointe-à-Pitre et notamment le 21 février 2001, soit avant le dépôt de la plainte pour présentation de faux bilan déposée au mois de mai 2001 par Jean Paul Dubreuil. C’est donc sa plainte qui devait faire contre-feu aux faits dénoncés par les commissaires aux compte et qui justifient aujourd’hui sa mise en examen, et non l’inverse.

Pourtant M. Dubreuil affirme être serein vis-à-vis de la justice...

Il prétend que sa propre mise en examen serait nécessaire pour la « clarté du dossier ». Une mise en examen est un acte grave qui ne peut se justifier par un besoin de clarté. Si le juge d’instruction a considéré qu’il y avait lieu de mettre Jean Paul Dubreuil en examen c’est qu’il a considéré qu’il y avait des indices graves et concordants démontrant qu’il avait commis les faits qui lui sont reprochés...

C'est-à-dire ?

La cession à une société du groupe Dubreuil de promesses d’achat d’avions dont bénéficiait CTA/Air Caraïbes en dessous de leur valeur, la cession de pièces détachées à une société du groupe Dubreuil sans évaluation et à un prix sous-estimé avec une relocation à la société CTA/Air Caraïbes en contrepartie d’un loyer excessif correspondant à 17 % de leur valeur total par an, la prise en charge par CTA/Air Caraïbes du coût de réparation et de remise à niveau de plusieurs avions qui n’incombait pas à cette société, le paiement de ces prix de cession sans nouvelle trésorerie mais par compensation,, et le transfert de l’activité de CTA/Air Caraïbes à une autre société du groupe Dubreuil au préjudice de CTA/Air Caraïbes.

M. Dubreuil vous renvoie que vous lui avez présenté de faux bilans comptables...

Non seulement la prise de contrôle d’Air Caraïbes par le groupe Dubreuil n’a jamais été réalisée « sur la base » du bilan arrêté au 30 septembre 1999, mais de plus ce bilan a été établi conjointement avec le groupe Dubreuil puis arrêté et approuvé par le nouvel actionnaire majoritaire, le groupe Dubreuil. C’est ainsi que le groupe Dubreuil a déposé une plainte pour présentation d’un faux bilan alors qu'il a participé à son élaboration, qu’il l'a arrêté et approuvé ! Enfin, Jean Paul Dubreuil omet de préciser que le prix de cession de la société CTA/Air Caraïbes n’était pas définitif mais devait être calculé au 31 décembre 2003 après la prise en compte des plus values qui devaient être réalisées par la compagnie aérienne grâce aux promesses d’achat dont elle bénéficiait sur certains avions.

Et c'est ce point là que vous avez attaqué à votre tour ?

En transférant ces promesses de vente d'avions et de pièces détachées à une autre société de son groupe, avec une sous-évaluation d’environ 30 %, Jean Paul Dubreuil a non seulement spolié la société CTA/Air Caraïbes, mais il a fixé unilatéralement, en violation des accords contractuels, le prix de cession de ladite société en agissant ainsi sur le calcul du prix de cession dont les plus values étaient un des éléments significatifs.

En principe, ces transactions visaient à faire entrer de la trésorerie, n'est-ce pas ?

Jean Paul Dubreuil s’était engagé contractuellement lors de la cession à apporter la trésorerie nécessaire à la société. La vente de certains actifs d'Air Caraïbes à une autre société du groupe Dubreuil aurait permis d’apporter de la trésorerie complémentaire. C’est exactement l’inverse qui s'est passé et c'est ce qui lui vaut aujourd’hui sa mise en examen : les prix de cession sous-évalués des différents actifs transférés n’ont pas été réglés par un apport en trésorerie, mais par compensation avec la créance du groupe Dubreuil. Il s’est ainsi remboursé de ses précédents apports de trésorerie ! Je tiens à rappeler que ni moi-même, ni M. Dardannes n’avons jamais donné notre accord à la cession d’actifs aux conditions réalisées.

Jean-Paul Dubreuil affirme le contraire...

Lors de ce conseil d’administration, nous n'avons jamais accepté les conditions de ces opérations. C’est ainsi que je n'ai jamais signé le procès verbal rédigé par les services du groupe Dubreuil et qui fait l’objet de contestations depuis son origine. En tout état de cause, l’ensemble de ces opérations a été rejeté par l’assemblée générale des actionnaires.

Pourquoi attaquez-vous alors quatre ans plus tard ?

M. Dubreuil prétend que les plaintes déposées en 2004 et 2005 contre lui seraient justifiées par le fait que « l’instruction de la plainte » qu’il a déposée « a commencé à prendre une tournure positive ». Or, en 2004-2005, l’instruction de la plainte déposée à l’initiative de Jean Paul Dubreuil n’avait pour ainsi dire donné lieu à aucun acte d’instruction. Aucune mesure d’expertise n’avait même encore été initiée. En revanche, les faits reprochés à Jean Paul Dubreuil ont été dénoncés bien avant puisque les commissaires aux comptes avaient informé le parquet dès le mois de février 2001. Jean Paul Dubreuil réécrit l’historique de ce dossier. Il appartiendra au juge d’apprécier les faits.

Propos recueillis par FXG, à Paris

 

 

 

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 07:02

La Compagnie de transport maritime Deher réclame 12 millions au département Guadeloupe

S'estimant victime d'un préjudice financier du fait de l'élargissement à deux autres compagnies maritimes de la desserte entre les Saintes et Trois-Rivières, Raoul et Antoine Deher (prenant le relais de leur père Adolphe décédé) ont demandé à la justice administrative de verser 11,121 millions d'euros à la compagnie et 1,168 millions à Adolphe. La raison ? la modification en 1999 de la convention conclue dix ans plus tôt avec le Département pour l'exploitation de la desserte entre Terre-de-Haut et Trois-Rivières que Deher partageait jusqu'alors exclusivement avec la société Princesse-Caroline - Armement Lorge. Dès lors quatre compagnies se partageaient ce marché. Deher avait obtenu l'annulation de cette modification en 2006 et demande depuis d'être indemnisée de son préjudice. La cour d'appel de Bordeaux a confirmé le refus du tribunal administratif de Basse-Terre et c'est devant le Conseil d'Etat que Deher est venu plaider sa cause.

Il n'a pas échappé à la justice administrative que la Compagnie de transport maritime n'a pas voulu tenir compte de la décision du département sans attendre qu'elle soit légalement annulée : "En faisant partir plusieurs vedettes dans chacun de leurs anciens créneaux horaires, précise l'arrêt du Conseil d'Etat, ils se sont placés eux-mêmes en situation irrégulière, ce qui a conduit à leur condamnation par plusieurs décisions du juge judiciaires." A partir de là, les juges administratifs estiment que les plaignants "ne sont pas fondés à demander la réparation des indemnités, injonctions et astreintes prononcées à leur encontre", ils estiment encore qu'ils n'apportent pas d'éléments permettant "d'estimer le préjudice relatif à la perte de valeur du patrimoine de M. Deher et de la détérioration de sa santé"... De même, Deher n'a pas démontré l'existence d'un préjudice anormal en lien direct avec la décision du Département de 1999. En revanche, le Conseil d'Etat a estimé que les Deher étaient fondés à demander l'annulation de l'arrêt qu'ils attaquent sur le fondement de la responsabilité pour faute tendant à l'indemnisation d'un préjudice de perte d'exploitation pour la Compagnie de M. Deher. En conséquence, le Conseil d'Etat a cassé l'arrêt qui refusait le paiement d'indemnités aux Deher et renvoyé l'affaire devant la cour administrative d'appel de Bordeaux pour qu'elle y soit rejugée.

FXG, à Paris

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