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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 06:10

Alex Ursulet balance des secrets d'audience

Dans l'Indéfendable, l'avocat martiniquais se sert de l'affaire Guy Georges pour revenir sur sa carrière et ses grandes affaires. Il en profite pour balancer sans langue de bois les coulisses de la justice pénale.

"Comment défendre un salaud sans en être un soi-même ?" La question que pose Alex Ursulet sur la couverture de L'indéfendable, fut suivie dans la réalité d'un crachat qu'il dut essuyer sans moufter. L'avocat de Guy Georges a ressenti un furieux besoin de raconter son affaire. Lui, l'avocat, face à Guy Georges, le premier serial killer français... Deux métis. "Nous nous dévisageons comme deux animaux. Il me capte par le regard ; je le renifle. Nous nous connaissons déjà. Nous nous reconnaissons. L'effet miroir est immédiat. Je suis sa parole ; il est mon non-dit, mon silence effrayant."

Mais au-delà d'un simple retour sur Guy Georges, Me Ursulet livre l'analyse de sa démarche, révèle sa stratégie pour défendre un "monstre", celui que tout le monde a baptisé "le tueur de l'Est parisien", et déjà condamné. Pour autant, ce n'est pas un livre sur Guy Georges. L'affaire Guy Georges sert de fil rouge pour conduire le lecteur à revivre avec l'auteur ce cheminement qui l'a rendu prêt à défendre un "salaud". Il puise dans ses trente cinq ans de barreau quelques affaires dont il se sert pour démonter l'ensemble des mécanismes judiciaires dans leurs travers : les juges, les avocats, les clients, les jurés... et même la franc-maçonnerie dans la magistrature ! L'avocat ne retient ni ses mots ni les noms ; il dévoile les arcanes, les coulisses, les non-dits des prétoires, le secret des audiences... Les dossiers Crozemarie, Carlos, Barril, Carignon, Seck, etc donnent la mesure du niveau de la défense. Et si l'auteur narre volontiers ses victoires, il confie aussi certains échecs, terrifiants... "J'ai défendu beaucoup d'hommes accusés d'avoir violé ou tué, mais je ne l'ai jamais fait contre ma conscience." Car, c'est bien de cela dont il est question dans ce récit. Mais aussi de ceux qui vont le guider dans sa promenade infernale dans la cour du mal, ses maîtres, son père le bâtonnier de la Martinique, Me François Gibault, et son "contremaître", Jacques Vergès avec lequel il a été associé quelques années. "Auprès de Jacques Vergès, je n'ai jamais eu l'impression de jouer avec le feu, mais souvent avec le diable. Très vite, j'ai réalisé que ce n'étaient pas ses clients qu'il défendait, mais lui-même. Sans doute, était-ce d'ailleurs la raison pour laquelle il semblait se plonger dans cette recherche, peut-être inconsciente, de ce qu'il y avait de pire en lui. Une forme d'autorédemption par laquelle il entreprenait de laver je ne sais quelle damnation." Alex Ursulet épate même un peu quand il dit à Jacques Vergès lui-même : "Je sais où vous étiez pendant votre disparition." Un sccop !

Les affaires judiciaires transportent le lecteur de l'Hexagone, à la Réunion, la Martinique, le Vanuatu, la Lybie, le Sénégal, le Venezuela... Ce sont des histoires de voyous, de violeurs, d'escrocs, d'assassins, de corrompus et de corrupteurs, de juges et d'avocats poursuivis, d'innocents condamnés, de coupables acquittés... C'est en tout cas une expérience de lecture inégalable pour tous les justiciables et sans doute un bréviaire pour un étudiant en droit pénal qui se destine à la robe.

FXG, à Paris

L'Indéfendable, édition L'Archipel, Paris, novembre 2015

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 04:00

Trafic de cocaïne : le procès de Créteil

Après deux jours d'audience, le procès qui est fait depuis mercredi à Créteil aux neuf Guyanais et deux Martiniquais prévenus de trafic de cocaïne en 2014 entre Cayenne et Paris, commence à éclairer le tribunal. L'audition de tous les acteurs, libres ou détenus, semble bien dessiner la machine mise en place qui a permis d'exporter 420 kilos de cocaïne à Orly pour une valeur estimée par les douanes à 1,6 millions d'euros. Les déclarations des uns et des autres ne le nomment pas toujours, mais elles remontent inévitablement à celui que l'accusation pense être la tête de réseau, Claude Roseau dit l'Italien, commerçant de produits et compléments alimentaires pour sportifs. Ainsi, hier après-midi, la présidente a longuement interrogé Naël Bellaye. Celui-ci a expliqué comment il a été recruté pour recruter à son tour une mule, en l'occurrence, Florianne B. "Je lui ai dit qu'elle avait un sac à récupérer à Orly..." Mais ce que le tribunal voulait déterminer, c'est tout le processus du trafic. Ainsi, le présidente a du se rendre à l'évidence et admettre que ce n'était pas M. Bellaye qui allait au bord du Maroni récupérer la cocaïne du Suriname avec son camion (il a fallu l'effort du parquet et des avocats présents pour qu'elle comprenne qu'on ne ralliait pas Cayenne à Saint-Laurent en deux heures !). Pour l'entrée des produits supéfiants à l'aéroport, le parquet soupçonne Luc Libos, cadre de la CCIG, Tanguy Marius, agent de contrôle... Cannelle Ho-Méou-Choune, hôtesse d'enregistrement (comme sa co-prévenue Léonella Saleg), a bien confirmé que c'est elle qui fournissait les "tags", c'est-à-dire les autocollants "transit" qui évitaient aux bagages de stupéfiant la phase de contrôle. Elle a indiqué avoir arrêté de les fournir à partir d'avril 2014. Le travail de Naël Bellaye, comme celui de Delroy Peters, Fred Damas ou Steeve Cicéron, aurait donc consisté à recruter les mules comme Laelle Limmois et Florianne B et à veiller sur elles et leur valise.

Hier soir, avant de clôturer l'audition des accusés, la présidente a donné l'occasion à certains avocats de présenter le profil de leurs clients qui, à l'instar de Naël Bellaye, semblent bien sous tout rapport, si ce n'est qu'ils semblent pour la plupart d'entre eux s'être laissés emporté par l'appât du gain...

La journée de vendredi devrait commencer par le réquisitoire du procureur suivi par les plaidoiries pour les 11 prévenus.

FXG, à Paris

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:11
Jean-Pierre Passé-Coutrin, Viviane Romana, Claude Bartolone, George Pau-Langevin et Pierre Kanuty, de dos, face au public ultramarin

Jean-Pierre Passé-Coutrin, Viviane Romana, Claude Bartolone, George Pau-Langevin et Pierre Kanuty, de dos, face au public ultramarin

Bartolone réunit les Ultramarins

Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale et tête de liste socialiste aux régionales en Ile de de France, a reçu mercredi soir à Paris, en son siège de campagne, place de la Catalogne, 150 personnes représentant 70 associations ultramarines d'Ile de France. Organisée par la conseillère régionale sortante, Viviane Romana, la rencontre a mis en avant les Ultramarins figurant su ses listes, au premier rang desquels Pierre Kanuty et Viviane Romana, mais également Janine Maurice-Bellay ou Emmanuel Allamelou. La ministre des Outremer, George Pau-Langevin qui fut conseillère régionale d'Ile de France de 1992 à 1998, les a également honorés de leur présence.

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 17:05
Dimanche 29 novembre, place de la République, Paris. Une des 288 interpellations de l'après-midi. Photo Régis Durand de Girard

Dimanche 29 novembre, place de la République, Paris. Une des 288 interpellations de l'après-midi. Photo Régis Durand de Girard

L'état d'urgence interdit de manifester pas de voter

Dimanche 29 novembre 2015, jour inaugural de la COP 21, la manifestation qui a eu lieu place de la République à Paris, a abouti à 289 interpellations, 174 garde à vue dont une dizaine seulement semblent avoir été conduites à leur terme. En raison de l'état d'urgence, elle avait été interdite.

Lundi 1er décembre, le juge des référés du Conseil d’État a été saisi d’une demande de « référé-liberté » visant à ce que le juge ordonne au Premier ministre de reporter les élections régionales à la fin de la période d’état d’urgence. Les requérants soutenaient que le contexte de l’état d’urgence rendait nécessaire un tel report. Le juge des référés du Conseil d’État a estimé que l’application de l’état d’urgence, en vertu de la loi du 20 novembre 2015, ne crée pas des circonstances qui rendraient nécessaire un report des élections régionales des 6 et 13 décembre prochains, ni au regard des exigences de la sûreté, ni s’agissant de la libre expression du suffrage ou de la sincérité du scrutin.

FXG

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 06:17

Les candidats aux Régionales en Ile de France veulent capter le vote ultramarin

Valérie Pécresse, tête de liste LR aux élections régionales en Ile de France, a fait la démonstration, mardi matin à Paris, de sa capacité à entraîner derrière elle une bonne partie des leaders de la communauté ultramarines de la région parisienne. Autour de l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, la vice-présidente du comité Outre-mer des LR, la Réunionnaise Samia Badat-Karam, et l'ancien délégué à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer, le Guadeloupéen Patrick Karam, conseiller régional UMP. Et puis, leurs soutiens : René Silo, membre de la commission outre-mer de la fédération française de football et ses amis présidents d'associations antillaises, un responsable du collectif GPX, le policier réunionnais Cédric Boyer, le président de l'association des Polynésiens de Paris, Théo Sulpice, la présidente martiniquaise de l'APIPD, Jenny Hipocrate et même Daniel Dalin, le président du Collectifdom, jusqu'alors revendiqué à gauche. Dans l'assistance, se trouvait aussi Max Pierre-Fanfant, un ancien soutien de GPL quand elle battait campagne pour la députation...

Patrick Karam a regretté que soit "écarté honteusement le Martiniquais Jean-Paul Huchon". Se défendant d'emmener derrière sa candidature le poids du CReFOM, Patrick Karam a indiqué qu'il s'était mis en congé à titre intérimaire de ses fonctions de président pour les confier à son vice-président, le comédien et metteur en scène Jean-Michel Martial. Et pour marquer la frontière infranchissable qu'il veut ériger entre le candidat LR et le président neutre du CReFOM, il a pris l'engagement que le CReFOM ne toucherait jamais de subventions de la Région. Dont acte.

Samia Badat-Karam a rédigé le programme de Valérie Pécresse pour les Ultramarins d'Ile de France, un programme essentiellement sur la continuité territoriale. Quant à Patrick Karam, il figure 5e sur la liste LR de Paris, en position éligible. Les autres ultramarins éligibles à droite sont la filleule de Lucette Michaux-Chevry, Marie-Dominique Aeschlimann (4e dans les Hauts-de-Seine) et Babette de Rozières (5e dans les Yvelines). Julien Mugerin n'a obtenu qu'une 21e et moins sûre position en Seine-Saint-Denis...

Reste que les socialistes, qui ont dû annuler un meeting dédié aux Ultramarins le mardi 17 novembre, ont aussi pris soin de faire de la place aux Ultramarins. Deux sont en deuxième position dans leur département. la Guadeloupéenne Vivianne Romana, conseillère régionale sortante et militante du CM98, est juste derrière Bartolone lui-même en Seine-Saint-Denis. A Paris, le Martiniquais Pierre Kanuty, lui aussi sortant, est numéro 2 derrière Marie-Pierre de la Gontrie et avant la remplaçante de GPL au palais Bourbon, Fanélie Carrey-Conte. Ensuite, il faut attendre la 23e place pour retrouver la Réunionnaise Corinne Narassiguin, et la 25e pour la Guadeloupéenne Angèle Louviers. Dans les Hauts-de-Seine, on retrouve la Martiniquaise Janine Maurice-Bellay, l'ancienne élue PS, passée au PRG, passée à EELV, et de retour chez les socialistes avec une 10e place, juste avant le Guadeloupéen Emmanuel Alamellou.

Enfin, le tour d'horizon ne serait pas complet si l'on omettait de signaler que la Martiniquaise Huguette Fatna est numéro 2 de la liste du Front national en Seine-Saint-Denis.

FXG, à Paris

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 06:13

Les Outre-mer à la COP 21

"Les Outremer seront représentés au seins de la délégation française à la COP 21." George Pau-Langevin a profité de l'arrivée, jeudi soir à Paris, d'une quarantaine de jeunes venus de tous les outre-mer pour participer à la COI 11 (rassemblement de jeunes au sein de la COP 21), pour dévoiler l'engagement de son ministère à ce 21e sommet mondial pour le climat qui durera du 30 novembre au 11 décembre au parc des expositions du Bourget. Ainsi, ce sont quelque 17 élus ou experts des outre-mer qui sont accrédités au sein de la délégation française et qui participeront à ce titre aux négociations qui doivent aboutir à la signature d'un accord sur le climat le 11 décembre prochain.

Par ailleurs, 30 personnels du ministère des Outre-mer seront répartis entre les différents espaces du village de la COP 21. Il y aura un stand dédié exclusivement aux outre-mer à l'espace Génération climat et l'Outre-mer sera partenaire du pavillon Solution nature de l'UICN.

Vulnérables à l'augmentation du niveau des mers, à l'intensification des événements climatiques extrêmes ou à la prolifération d'espèces invasives, les outre-mer sont menacés par les changements climatiques mais ont déjà commencé depuis plusieurs années un travail de réflexion et d'action.

Tous les jours, le public pourra ainsi prendre connaissance de l'agenda des solutions outre-mer qui met en avant tout ce que les collectivités d'outre-mer font pour participer à limiter le réchauffement de la planète à moins de 2 degrés.

Le ministère propose aussi une série de rendez-vous avec le tout public. Les petits Etats insulaires et les parcs nationaux seront au menu de deux rencontres le 2 décembre. Le lendemain, avec l'ADEME, il sera question du "confort et de l'efficacité énergétique dans le bâtiment en pays tropical". Le 5, avec l'UICN, ce sera la protection des littoraux ultramarins et îliens. Lundi 7, le ministère des Outre-mer sera à la manoeuvre avec le Premier ministre des Îles Vierges britanniques pour évoquer "les îles en première ligne du changement climatique". Ce même jour, dans l'espace Génération climat, on évoquera "l'appel caribéen de Fort-de-France" et le "cri d'un tiers-monde du développement durable". Mardi 8 décembre, il sera question de la gestion de la forêt tropicale. Le 10, ce sera le rôle tampon des mangroves du littoral guyanais et encore la feuille de route opérationnelle de la Guadeloupe...

La Martinique devrait avoir un stand propre au pavillon caribéen et la Réunion semble être restée plus discrète, même si de nombreux Réunionnais sont attendus.

6000 journalistes du monde entier sont annoncés et seuls 3 500 ont pu se faire accréditer avant le 9 novembre...

FXG, à Paris

La part des Outre-mer dans la négociation

Pour soutenir la politique ambitieuse de la France en matière de réduction de gaz à effet de serre, les collectivités d'outre-mer ont diversement fait un effort sur les économies d'énergie et le développement des énergies renouvelables en innovant (énergie thermique des mers, climatisation par eau profonde, stockage d'électricité, fermes photovoltaïques avec serres agricoles...). Mais l'innovation concerne aussi l'urbanisme, le transport, le bâtiment... Car si l'Outre-mer contribue bien moindrement au réchauffement de la planète que l'Hexagone, sa côte part a aussi augmenté en 20 ans ! A la COP 21, les Outre-mer présenteront toutes les démarches engagées au niveau local et qui auront vocation à être développées et reproduites dans des territoires aux caractéristiques similaires.

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 04:44
Le jury des collégiens a récompensé Riad Satouf

Le jury des collégiens a récompensé Riad Satouf

12e édition du prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé

L'équipe du CIFORDOM, présidée par José Pentoscrope, a révélé jeudi matin au café de Flore à Paris, les lauréats de la 12e édition du prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé (son intitulé autrefois "Fetkann ! Mémoire des pays du Sud, mémoire de l'humanité" a été modifié le 27 avril dernier). Dans la catégorie poésie, c'est le Martiniquais Jean-Marc Rosier qui est récompensé avec son recueil "Urbanîle" publié chez Dumerchez (Creil 2015).

Dans la catégorie jeunesse, le jury, composé de jeunes des collèges Gustave-Courbet de Romainville, François-Villon de Paris 14 et Courbaril de Pointe-Noire en Guadeloupe, a choisi la chronique de Rias Satouf, "L’Arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)", publié chez Allary Editions (Paris 2014).

Dans la catégorie recherche, qui récompense un travail universitaire, le prix a été décerné à Céline Flory pour l'ouvrage tiré de sa thèse, "De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXème siècle" (Karthala Paris 2015).

Enfin, le prix mémoire, qui récompense un essai ou une fiction, a été attribué à Patrick Weil et Nicolas Truong, "Le sens de la République", publié chez Grasset (Paris 2015).

Seule Céline Flory était présente pour recevoir son prix. La ministre des Outre-mer qui devait remettre un prix, a du se décommander, retenue par le sommet France Océanie à l'Elysée.

FXG, à Paris

Photos : RDG

Gros plan sur le prix recherche

"De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXème siècle"

De 1854 à 1862, plus de 18 500 hommes, femmes et enfants originaires du continent africain, furent amenés en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique. Pour remplacer les esclaves libérés depuis 1848, le gouvernement français a mis en place l’immigration de travailleurs sous contrat d’engagement de travail en provenance de Madère, d’Inde, de Chine mais aussi d’Afrique. L’engagisme succédait alors à l’esclavagisme.

Dans ces migrations de travail, l’engagisme des Africains occupe une place singulière puisque 93% d’entre eux furent recrutés selon le procédé dit du « rachat préalable ». Captifs, ils étaient achetés par les recruteurs français qui leur imposaient un contrat d’engagement de travail, sur lequel ces « engagés » figuraient en tant que « noirs libres ». Cette étrange liberté leur imposait une traversée de l’Atlantique pour un voyage qui s’avérerait sans retour, sinon pour une infime partie des 7% d’entre eux partis librement.

Céline Flory a exploré de nombreuses archives, souvent inédites, afin de retracer cet épisode mal connu de l’histoire des premiers temps du colonialisme postesclavagiste. Elle l’insère dans celle plus large des politiques impériales destinées à relever le défi de besoins persistants en main-d’oeuvre, alors que les « nouveaux libres » des colonies entendaient jouir de leur nouveau statut. L’auteur s’attache d’abord aux acteurs qui modèlent la nouvelle politique et analyse leurs ruses et leurs discours. Pas à pas, elle accompagne ensuite ces milliers de migrantes et migrants africains dans leur voyage jusqu’à leur arrivée en Amérique, puis dans leur quête d’une vie à bâtir.

Au croisement de l’histoire impériale et de l’histoire sociale, ce livre montre comment un système de domination s’est perpétué selon de nouvelles modalités une fois l’esclavage aboli ; tout en mettant en évidence la force des êtres humains à déjouer le nouveau système et à exploiter ses failles pour construire des espaces d’indépendance, voire de liberté.

L'auteur

Céline Flory est historienne, chargée de recherche au CNRS au sein du laboratoire Mondes Américains-CERMA (UMR 8168) et membre du Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC). Ce livre est issu de sa thèse de doctorat qui a reçu le prix de thèse de la Société des Africanistes 2011 et celui du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage 2012.

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 13:03

Le RGEC en renégociation

Le règlement général d'exemption par catégorie (RGEC) est un texte de la Commission européenne permettant, à certaines conditions, de ne pas faire examiner par celle-ci la régularité des aides au regard du droit de la concurrence. Il définit des conditions de seuil spécifiques pour les aides au fonctionnement à finalité régionale. Auparavant, quand un Etat ou une collectivité versait des aides régionales, il devait notifier à la Commission européenne notamment l'aide et son montant. Désormais, la notification devient l'exception. Cette mesure de simplification s’est imposée à l’ensemble des Etats-Membres et des régions ultrapériphériques françaises, espagnoles et portugaises. Elle a posé problème au début puisque ce RGEC excluait purement et simplement des secteurs entiers pouvant bénéficier d'aides d'Etat comme les transports et l'énergie. Plus globalement, le montant des aides d'Etat dépassait, selon certains groupes de pression socioprofessionnels, les seuils désormais fixés pour les Outre-mer. Beaucoup gardent en tête le problème posé par l'octroi de mer qui, à lui seul, explosait le plafond RGEC...

Une négociation s’est donc engagée entre le gouvernement et la commissaire européenne en charge de la concurrence, Margrethe Vestager, permettant de réhausser le plafond des aides de 15 % à 30 % de la valeur ajoutée brute et de l’apprécier par secteur bénéficiaire. La Commission a ainsi délivré des lettres de confort pour permettre aux aides à finalité régionales d'être validées.

"Les résultats des entreprises se trouvent dans les liasses fiscales par ailleurs confidentielles", indique un collaborateur de la ministre des Outre-mer. Le gouvernement a donc créé mi-septembre un groupe de travail avec les socio-professionnels pour définir une stratégie partagée, affiner, comme le demande la Commission en se fondant sur l’exemple des Canaries, l’évaluation désormais anciennes des surcoûts de production, faire remonter les cas particuliers qui pourraient poser problème et négocier un ajustement des seuils avec la Commission européenne. La révision de ce RGEC, en cours, devrait être rétroactive. Le calendrier est contraint, car le temps de cette révision ne saurait aller au-delà de la fin 2016.

FXG, à Paris

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 17:19
Guillaume Arnell (RDSE - Saint-Martin) au Sénat, vendredi 20 novembre 2015

Guillaume Arnell (RDSE - Saint-Martin) au Sénat, vendredi 20 novembre 2015

Le Sénat vote par 336 voix contre sept abstentions la propagation de l'état d'urgence

"Le communautarisme favorise frustrations et ressentiments." Le sénateur Guillaume Arnell (RDSE - Saint-Martin) s'est fait, lors du vote de la prorogation de l'état d'urgence, vendredi 20 novembre au palais du Luxembourg, le porte-parole de la plus pure tradition laïcarde des Radicaux version IIIe République. Parlant au nom de son groupe politique, son intervention a été remarquée lorsqu'il a parlé (entre autres) de la loi de 1905 :

"Dix ans après les émeutes dans les banlieues, qui avaient abouti au déclenchement de l’état d’urgence, nous sommes aujourd’hui contraints d’y recourir à nouveau, cette fois-ci sur l’ensemble du territoire de la République, y compris en Outre-mer et sur mon île de Saint-Martin, où nous faisons aujourd’hui face aux agissements d’une secte terroriste qui peut frapper n’importe où. Ces fanatiques sont pour la plupart nés et ont grandi sur notre sol. Cela interroge la faillite de nos politiques en direction de quartiers qui sont trop souvent devenus des zones de non-droit.

Il ne faut pas s’y tromper, les jeunes qui partent faire le djihad, embrigadés et animés par une haine féroce de notre société, révèlent un malaise profond, à la fois social et identitaire. Sans oublier la faillite éducative de parents dépassés, n’ayant plus la moindre autorité sur leurs enfants. Il nous faut agir à la racine du mal, si l’on veut tarir le recrutement du terrorisme islamiste.

Le communautarisme, qui n’a cessé de progresser au sein de notre société, favorise frustrations et ressentiments, en juxtaposant et en opposant les communautés entre elles, ce qui a pour effet de dissoudre le sentiment d’appartenance à la seule communauté qui compte, la communauté nationale.

Le principe de laïcité, tel qu’exprimé dans la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, doit reprendre le dessus et irriguer nos politiques publiques. Il est évident pour nous que l’une des réponses à la situation que nous connaissons passe par davantage de laïcité et une plus stricte application de la loi de 1905. Il ne saurait être question de l’affaiblir ou de la restreindre..."

 

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 06:23

Le champion de France de Slam porte la voix de l'outremer

Son père est un Guade-loupéen de Petit-Bourg, sa mère est Réunion-naise d'origine mal-gache. Lui, Jean Yves Bertogal dit JYB, est né à Nouméa. Après un bref séjour en Calédonie, puis en Guade-loupe, il est devenu parisien. A 53 ans, il vient d'être sacré champion de France de slam poésie et participe au championnat du monde en ce moment en Estonie.

"Les mots, ça a toujours été !" JYB, Jean-Yves Bertogal est un grand slameur ! C'est lui qui représente la France aux championnats du monde de slam à Tartu en Estonie ce 17 novembre. 19 pays concourent pour le titre ! Cette place, il l'a remportée en juin dernier à Paris. La compétition est ouverte à des slameurs venus de toute la France. "On se chiktay", raconte JYB. L'esprit de la joute verbale est là. "Je pensais pouvoir gagner, mais pas avant deux ans... Pas avec mes textes parce que le slam est plus urbain, plus populaire..." Cartouche, le favori, est premier au classement au moment du paage de JYB. Avant de monter sur scène, quelqu'un lui dit : "T'es le dernier, fais-toi plaisir !" Il sort un texte de la poche de son pantalon, puis le jette. "Je vais faire poésie", lance-t-il avant de déclamer "Mes mots" : "J'écris pour refroidir cette lave incandescente..." Il est à l'aise, il ne sent plus le poids du concours. "Gardien de l'histoire de mon peuple éparsé, parsemé, je ne saurai caché mes cris et c'est pour ça que j'écris..." JYB ne fait plus la course, il est en pleine sincérité, il prend son temps, il parle aux gens... "Lorsque le temps ne sera plus (...) Je voudrais retrouver mes rires d'enfant chargés du poids de l'innocence sur le trottoir de ma mémoire."

Une émotion s'est posée sur la salle. JYB a fait la différence. "Enfin de la poésie", lui lâche un juré après qu'il a été déclaré vainqueur. JYB a démarré avec Pierre Kobel* dans un club de poésie, on truc, c'est le slam littéraire, alors JYB a accolé à son trigramme "slam litt". "A la base, je disais mes textes, mais je faisais de la poésie. On m'a dit : c'est du slam." On le demande à l'UNESCO, à l'Assemblée nationale... "Par l'habit du tiers-mondisme. Profits de geôliers engraissés. Se faire du beurre sur le séisme fait chialer la moralité." Il teste ses écrits sur Haïti dans tous les lieux officiels. "Pour prévenir tout risque de censure", prévient-il avec malice. Chaque 10 mai, il interprète la déclaration de Louis Delgrès. Il fréquente aussi la scène slam de Belleville et Ménilmontant où l'on gagne ses verres en disant des textes ! C'est sur une de ces scènes, en 2008, que Pascale Desmazières, des éditions Les Xérographes, publie son premier recueil, "L'écho des conques ultramarines". Il recontre Joby Barnabé avec qui il partage une scène. Jyb est subjugué par son "ladja de pawol". "Barnabé est un précurseur du slam", s'enthousiasme-t-il. Son écriture plonge dans sa Kanay natale, ses origines diverses, son altérité : "Un homme aux identités arc-en-ciel ne peut se découvrir en entier que lorsqu'il arrive à apprivoiser son moi multiple prismé." Ses mots jaillissent tel un jet de lave puissante et pourtant, ce n'est que du souffle.

En mars, dernier, un second recueil sort : "Les âmes de la réminiscence". Le livre porte un bandeau jaune : "Champion de France de slam poésie du Grand slam national 2015." Le 16 octobre dernier à Caen, avec le haute-contre martiniquais, Fabrice di Falco, il a connu un grand moment en partageant un instant la scène de Barbara Hendricks !

Après les championnats du monde en Estonie, JYB s'envole le 28 novembre pour Madagascar où il vient représenter la France au 6e festival national de slam poésie.

FXG, à Paris

* Pierre Kobel est le co-auteur de l’anthologie Vive la liberté ! parue dans la collection Poes’idéal aux Éditions Bruno Doucey en novembre 2014.

Dure la vie d'artiste

Pour aller à Madagascar, JYB a sollicité une petite aide financière de la délégation interministérielle à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer, du ministère des Outre-mer, de l'agence de promotion et de diffusion des cultures d'outre-mer. Pas un de ces organismes n'a su l'aider financièrement, un seul a su le faire en le renvoyant au ministère de la Culture. Ca sert à rien alors tous ces machins dédiés aux Ultramarins de l'Hexagone ?

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