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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 17:29
Plan Chlordécone 4

Lecornu annonce tenir les délais du plan Chlordécone IV

« Le territoire se meurt, les cancers se multiplient, les agriculteurs qui ont manipulé ce poison pendant ces longues années de tolérance agonisent lentement, nos bébés naissent avec des malformations… Il est urgent et vital que la loi cadre puisse être appliquée afin qu’aucun doute ne subsiste sur les intentions de l’Etat… » En réponse à cette terrible litanie de la députée Josette Manin (app. PS Martinique), le ministre des Outre-mer a annoncé lors de la séance de questions au gouvernement, mardi après-midi à l’Assemblée nationale, que d’ici la fin de l’année, il mettrait en œuvre certaines des préconisations émises par la commission d’enquête sur le chlordécone. Evoquant le « scandale de la chlordecone (…) sujet grave », Sébastien Lecornu a assuré « avancer en tenant les délais du plan Chlordécone 4, ainsi qu’avec la nomination d'un directeur de projet et 2M€ pour tester les publics prioritaires ». Il parlait ainsi des « femmes qui souhaiteraient procréer » et des « exploitants des jardins familiaux ». Il a encore affirmé la nécessité « d’avancer encore plus vite sur la question de la reconnaissance des maladies professionnelles ». A ce sujet, il a annoncé la tenue prochaine d’une réunion dans son ministère. Enfin, comme la députée Manin lui rappelait le contexte martiniquais « des multiples manifestations et actes de violence qui renvoient aux blessures mal cicatrisées de notre histoire commune, l’esclavage et la colonisation », le ministre Lecornu lui a déclaré regretter « la récupération » et « le recel politicien de cette question » sur les territoires des Antilles.

FXG

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 17:27
Jean-Marie Boquet, directeur général adjoint, Jean-Marc Ayrault, président, et Dominique Taffin, directrice générale de la FME, ont fait leur première rentrée mercredi 17 septembre à Paris.

Jean-Marie Boquet, directeur général adjoint, Jean-Marc Ayrault, président, et Dominique Taffin, directrice générale de la FME, ont fait leur première rentrée mercredi 17 septembre à Paris.

La première rentrée de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage

« La Fondation pour la mémoire de l’esclavage a fait la preuve de son utilité, a déclaré mercredi son président Jean-Marc Ayrault, car cette mémoire est toujours vive, douloureuse et parfois contestée en ce qu’elle révèle les fractures de la société dans l’Hexagone, mais également en Outre-mer, avec la persistance du racisme et des discriminations. » Les nombreuses manifestations qui ont suivi la mort de Georges Floyd, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, ont montré que l’héritage de l’esclavage et de la colonisation sont revenus en force dans le débat public. « Il faut améliorer les connaissances sur les causes structurelles du racisme », a insisté Jean- Marc Ayrault qui a placé l’action de la FME sur le terrain éducatif. Le premier public visé, c’est la jeunesse dans les écoles car la FME s’est rendu compte qu’on n’enseigne pas la même histoire de France à tous les élèves de France ! Finalement, ceux qui reçoivent le meilleur enseignement de notre histoire coloniale sont les élèves des lycées professionnels comme par une sorte de discrimination positive qui en dit long sur la façon dont sont perçus les publics de ces lycées. La FME a d’ailleurs commandé une étude qui fait le point sur l’apprentissage de l’esclavage à l’école depuis 2001. Ses résultats sont attendus avant la fin de ce mois. Mais d’ores et déjà, il apparaît que l’histoire de la Révolution française à Saint-Domingue, de la première abolition de l’esclavage et de son rétablissement en 1802 sont lacunaires dans l’enseignement général. La FME veut aussi viser un public plus large à travers les outils numériques comme ses post historiques et ses live thématiques.

La FME a lancé par ailleurs cinq appels à projet pour soutenir les initiatives dans les territoires. « Nous n’avons pas toutes les clés pour faire disparaître le racisme, insiste M. Ayrault, mais nous voulons compléter le récit national, y faire entrer de grandes figures à l’instar de Toussaint Louverture. » Revenant sur le déboulonnage des statues de Victor Schoelcher en Martinique, Jean-Marc Ayrault a indiqué que cela « ne résout rien et n’est pas juste ». Il a néanmoins rappelé que Schoelcher avait demandé que l’on indemnise les esclaves et que c’est l’inverse qui s’est produit : « Les maîtres ont été indemnisés et ont fait prospérer la colonisation avec ces fonds. Il ne faut rien laisser de côté. »

2021 sera l’occasion pour la FME de fêter, à l’occasion du mois des mémoires, les 20 ans de la loi Taubira. Un anniversaire dans lequel devraient s’impliquer France Télévisions, malgré la disparition de France Ô, et Radio France. 2021 devrait être aussi le moment où sera révélé le Mémorial des Tuileries en hommage aux esclaves puisque le président Macron s’est engagé à ce qu’il soit inauguré avant la fin de son mandat. L’appel à concours a été clôturé fin août. Mais avant cela, la FME sera aux Rendez-vous de l’histoire de Blois en octobre avec un atelier sur le Code Noir, puis, le 2 décembre, avec la remise du prix de thèse.

FXG

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 06:24
L'Outre-mer mis à mal au sein du Conseil économique, social et environnemental

La représentation des Outre-mer au CESE mise à mal à l’Assemblée nationale

Le nombre de représentants des Outre-mer dans la future composition du Conseil économique, social et environnemental a fait l’objet d’un long débat dans le débat mercredi et jeudi dernier au palais Bourbon. Les députés examinaient le projet de loi organique visant à réformer la chambre consultative du palais d’Iéna. Jusqu’alors, les Outre-mer bénéficiaient de 11 représentants, soit un par collectivité d’Outre-mer. La réforme prévoyant une baisse des effectifs globaux de 233 à 175 membres, les Outre-mer n’ont pas été épargné. Ils ont d’abord été complètement oubliés au point que le rapporteur du projet de loi, le député Modem Erwan Balanant s’en est excusé. Aussitôt, il a été conclu entre ce dernier et le ministre de la Justice de remédier à cette faute en prévoyant « une représentation des Outre-mer à leur juste niveau ». Mais comme cette loi ne prévoit pas le détail de la composition futur CESE qu’elle laissera à une commission ad hoc avant son renouvellement (prévu au mois de novembre prochain, il a été retardé jusqu’à l’adoption de ce projet de loi), il a juste été question de faire adopter le principe de la représentation des Outre-mer. Combien de représentants ? De quels territoires ?

Malgré la bataille d’amendements lancée par les députés Létchimy, Kéclard-Mondésir, Serville, Vainqueur-Christophe et, dans une moindre mesure Bénin (dans la mesure de son rôle au sein de la majorité), la loi a été adoptée sans aucune réelle garantie quant à la représentation future des Outre-mer au CESE. Gabriel Serville a rappelé en séance que ce nouveau geste en direction des Outre-mer venait s’ajouter à la fin de la circonscription Outre-mer des élections européennes, la suppression de la Commission d’évaluation des politiques publiques outre-mer (créée au lendemain de la crise de 2009), la diminution des représentants des Outre-mer au sein de l’Office français de la biodiversité et bien entendu à la fermeture de France Ô. Il n’en reste pas moins que le rôle même du CESE a été aussi très discuté, puisque presque tous les députés se sont accordés pour dire que malgré la qualité des avis du CESE (une vingtaine par an), personne ne les lisait, certains députés du groupe PS allant jusqu’à plaider pour sa suppression tandis que la députée de l’Hérault, Emmanuelle Ménard, dénonçait « les petites nominations entre amis » et un coût de fonctionnement annuel de 41 millions d’euros, ce qui faisait un peu cher l’avis.

FXG

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 18:12
Une footballeuse en or

Wendie Renard évolue au poste de défenseuse droite ou centre à l'Olympique lyonnais. Elle a remporté avec son club quatorze Championnats de France, neuf Coupes de France, un Trophée des championnes ainsi que la Ligue des champions en 2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020. Rencontre.

« Chaque fois que je mets mes crampons, c’est pour gagner ! »

Le foot professionnel, comment ça a commencé pour vous ?

J’ai commencé le foot à 7 ans, mais je suis arrivée en métropole à 16 ans, donc le foot professionnel, on va dire que ça fait quatorze ans que j’en fais. Vous savez, je frappais déjà des pieds dans le ventre de ma mère ! Après, quand j’ai vécu à la cité Conquête au Prêcheur, j’étais entourée de gars qui jouaient tout le temps au foot ! Naturellement, j’ai joué au foot. J’ai toujours été attirée par le ballon rond, les voitures télécommandées, tout ce qui était pour les garçons… J’étais un garçon manqué.

Vous imaginiez-vous enfant que vous seriez considérée comme la meilleure défenseure au monde et l'une des meilleures joueuses du monde ?

On ne s’imagine pas à ce point-là, mais on a forcément des rêves en étant petite… Moi, c’est sûr que je voulais vivre de ça. A l’école, quand on me demandait ce que je voudrais faire plus tard, j’écrivais « footballeuse professionnelle » alors que ça n’existait même pas. Même la maîtresse m’a dit un jour : « Non, Wendie, faut que tu changes, que tu choisisses un vrai métier ! » J’ai persisté : « Non, non, c’est ça que je veux faire ! » Et j’ai remis ce qu’elle avait barré ! Voilà, depuis mes 8 ans, j’ai dit à ma mère qu’un jour elle me verrait sous le maillot bleu. Ca pouvait sembler des paroles en l’air, mais j’ai toujours été assez déterminée. Je ne ratais pas un seul entraînement. Pareil quand j’ai intégré l’équipe des filles et même avant, au François…

Qu’est-ce que vous faisiez au François ?

Le François, c’était un peu comme le centre de formation de Clairefontaine. La semaine, je m’y entraînais avec les garçons. Jocelyn Germé qui était le CTR de la Martinique, s’est battu parce que c’était la première fois qu’ils acceptaient de faire entrer une fille ! J’y suis entrée avec une autre fille, une métropolitaine qu’ils avaient fait venir pour qu’on s’entraîne ensemble, mais après deux mois, elle n’est pas restée. Mais c’est la première fille qui a permis à d’autres filles de jouer avec les garçons.

Cette saison s’est encore achevée par la victoire de votre équipe au championnat, en coupe de France, au Tournoi de France par équipes féminines, au trophée Véolia féminin et à la ligue des champions. Qu’avez-vous ressenti ?

Beaucoup d’émotion ! C’est une année un peu particulière. Tous ces titres resteront gravés parce qu’on a été championnes alors même que le championnat n’était pas achevé ! Après on a eu la chance de gagner la coupe de France et la ligue des champions. On est parties la chercher collectivement dans des conditions difficiles. Il fallait qu’on soit présentes sachant qu’on était tenantes du titre et l’équipe à battre ! Ce n’était pas facile, mais on l’a fait ! Je retiendrai une belle année, même si elle a été particulière avec le COVID !

Comment expliquez-vous votre longue histoire avec Lyon ?

C’est une belle histoire parce que je n’ai pas été reprise à Clairefontaine et parce que Jocelyn Germé s’est battu pour moi. Il a appelé un jeune gardien martiniquais qui habitait Lyon et c’est comme ça que Lyon m’a permis d’avoir ma deuxième chance ! C’est marrant parce que quand je jouais en Martinique, je supportais deux équipes : Paris parce qu’il y avait Ronaldinho dans les rangs du PSG, et Lyon parce que dans les années 2000, ils ont tout raflé avec beaucoup d’Antillais dans leur équipe. C’est vrai que quand je suis arrivée à Lyon, j’ai senti quelque chose de différent, que c’était le moment ou jamais…

Ca fait quatorze ans que ça dure votre histoire avec l’OL… Pour rien au monde, vous ne partiriez ?

Non, mais je n’ai pas fermé la porte pour voir ce qu’il se passe notamment à l’étranger… En foot féminin, disons depuis cinq ans, il y a des clubs qui commencent à investir, à se structurer… Moi, j’ai eu cette chance d’avoir un président qui a cru en une section féminine et qui a investi chaque année de l’argent. Au début, c’était de sa poche, mais aujourd’hui, on a rapporté des titres, on a nos sponsors et la section se développe. Mais c’est compliqué de dire qu’on va aller voir ailleurs quand vous savez que professionnellement, c’est encore peu structuré même si aujourd’hui, il y a plus d’équipes… Donc pourquoi pas ? Mais en tout pour moi c’est sûr, ce sera à l’étranger ! En Italie, il y a la Juve, la Roma, et aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, beaucoup d’équipes se structurent.

Les femmes sont-elles aussi bien traitées que les hommes ?

Je pense qu’en France, on encore du chemin. Je suis arrivée très jeune donc je vois l’évolution. Quand on discute avec les footballeuses étrangères qui jouent à l’Olympique lyonnais, on s’aperçoit qu’on avait un peu d’avance, mais que cette avance commence à se réduire. Il y a même des pays qui passent devant nous ! Regardez l’Espagne : Toutes les équipes féminines, la D1 comme la ligue 2, vont passer professionnelles cette année ou l’année prochaine. Des filles sont battues pour ça !

Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?

Je veux marquer l’histoire de mon empreinte, je veux laisser mon nom, le nom de mon papa gravé, mais je veux aussi le faire de manière collective. J’ai fait 6000 km de trajet donc j’ai envie de laisser 6000 fois mon nom quelque part !

Qu’aimez-vous faire quand vous ne jouez pas au foot ?

J’aime bien me reposer ! Je suis casanière. Plus je suis chez moi et mieux je me porte. Après, j’ai des hobbies comme tout le monde, me faire un petit ciné de temps en temps, un petit restau, manger en famille… Je dis toujours que mon corps, c’est mon outil de travail donc quand j’ai du repos, ce n’est pas pour aller prendre l’avion, faire du shopping, c’est pour rester chez moi, me reposer et prendre soin de ma maison.

Quelle relation avez-vous gardé avec la Martinique ?

J’y vais souvent, minimum une fois par an, en décembre ou pour les grandes vacances… Ca dépend des programmes de compétition ! Je suis fière d’être Antillaise et Martiniquais et partout où je passe, mes origines sont avec moi ! Si vous saviez, quand j’ai marqué contre le PSG, le nombre de messages que j’ai reçus, famille, amis ou anonymes… Il y a une ferveur populaire et je sais que les Martiniquais sont derrière moi, que la plupart sont fiers de voir mon parcours. Je suis Française, mais je sais d’où je viens et le chemin a été difficile !

Avez-vous des projets pour le foot en Martinique ?

C’est dans mes projets ! On a énormément de qualités au pays, mais tout est question de moyens et de structures. J’aimerai faire des choses pour les jeunes parce qu’ils sont la base ! Si demain, on veut avoir de la qualité, il faut s’appuyer sur cette jeunesse. Je travaille déjà sur mes projets, mais je ne suis pas encore au pays pour mettre en place des choses…

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle saison ?

Tout gagner ! Ca fait quatorze ans qu’on gagne le championnat, neuf fois la Coupe de France, sept fois la ligue des champions…

On vous attend au tournant !

Vous pouvez dire tout le monde nous attend ! On connaît déjà le titre des journaux en cas de défaite ! Pour nous, c’est motivant, parce qu’on le sait. On sait qu’on est l’équipe à abattre, ça nous demande encore plus aux entraînements pour être au niveau ! Ça veut dire qu’on a toujours soif ! Chaque fois que je mets mes crampons, c’est pour gagner ! On n’oublie jamais que tout le monde est à 10 000 % contre nous et nous, on est obligées, on n’a pas le droit à l’erreur et chaque week-end, on essaie de se mettre au niveau et de tout faire pour gagner.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Martiniquaise ?

Tout simplement de croire en elles, en leur potentiel ! J’étais déterminée, assidue quand j’ai commencé le foot, je savais où je voulais aller. Mon message, c’est travailler et rester sérieuse. Il ne suffit pas d’être détectée par un club, mais dès le début, il faut savoir ce que le petit garçon ou la petite fille veut et lui donner les moyens d’y parvenir ! Même si on a de la qualité — à part Messi aujourd’hui qui peut rester un an sans jouer au foot et revenir et faire mal à tout le monde — il faut travailler, se donner les moyens d’atteindre ses objectifs, ses rêves… Parce tout est possible !

Propos recueillis par FXG

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 07:25
Les signataires du nouveau PLOM 2020-2022

Les signataires du nouveau PLOM 2020-2022

La Cour des comptes plombe le plan logement Outre-mer

Ce n’est pas une surprise puisque dès avril 2019, la ministre des Outre-mer reconnaissait que le plan logement Outre-mer 2015-2020 (PLOM) était un échec. La Cour des comptes vient donc juste enfoncer le clou : « L’objectif visé de construction de 10 000 logements neufs par an n’a pas été atteint et les problèmes majeurs d’un habitat informel ou insalubre persistant, d’un habitat social ancien dégradé et de centres-villes en dépérissement aux Antilles n’ont pas été réglés. » C’est dire si le PLOM 2020-2022 devra redresser l’affaire ! Et là-dessus, le MOM compte très fort sur l’arrivée d’un nouvel acteur, CDC Habitat, qui a pris une participation dans les sociétés immobilières d’Outre-mer. Quel est l’état des lieux du logement social en Outre-mer ? Il y a 775 000 habitations dont 155 000 logements sociaux pour une population de 1 721 000 ayants droit potentiels, soit un taux d’éligibilité supérieur à celui de la métropole. Ce parc a bénéficié, de 2002 à 2017, de financements cumulés de l’État (en subventions de la ligne budgétaire unique — LBU — et en dépenses fiscales — défisc au logement social — supérieurs à 3,6 milliards d’€. Les financements publics se partagent jusqu’ici entre incitations fiscales (introduites en 2009) et subventions financées par la LBU, confiée au ministère des Outre-mer.

La direction du budget, répondant à la Cour à propos du niveau des financements alloués au logement par la LBU, a souligné la sous-consommation chronique de ces crédits – 65 M€ non consommés en 2018, soit 28 % des crédits de paiement (CP), et encore 74,30 M€ en autorisation d’engagement et 48M€ en CP non consommés en 2019 . Elle a rappelé l’accumulation de 758 M€ de restes à payer dont près du quart antérieurs à 2014, et de retraits d’engagement à hauteur de 18 %, ce qui lui fait conclure « qu’une quantité importante de projets est lancée de façon précipitée ».

L’absence de planification à l’échelle intercommunale freine l’intervention des établissements publics fonciers dont la stratégie dépend des plans d’urbanisme, d’aménagement et d’habitat et porte atteinte à la territorialisation de la politique locale du logement. En Martinique, la majorité des plans locaux d’urbanisme (PLU) ne sont que la simple transformation des plans d’occupation des sols et sont donc généralement anciens. Le recours excessif au zonage « habitat diffus », à la constructibilité limitée, les rend imprécis. Un seul des quatre établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de l’île dispose d’un plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). En Guadeloupe, sept communes seulement sur 32 disposent d’un PLU approuvé ou en cours de révision et aucun des six EPCI n’est doté d’un PLUi. Selon l’établissement public d’aménagement foncier de Guyane (EPFAG), « la majorité des PLU de Guyane n’est aujourd’hui plus en phase avec les projets d’aménagements, ni avec le SAR ». Aucun des quatre EPCI de Guyane n’a édicté de PLUi.

La défiscalisation a permis de financer 5 259 logements sociaux en 2018 tout en renchérissant le coût de construction de 20 % à 30 % en moyenne par rapport à la métropole. Ainsi, la Cour estime qu’avant 2010 un million d’euros de financement public, alors uniquement d’origine budgétaire, permettait de construire 38 logements outre-mer alors que depuis cette date, majoritairement appuyé sur des dépenses fiscales, il ne permet plus que de construire 16 logements.

L’année 2017 avait été marquée par la baisse du nombre de logements mis en chantier, du fait notamment de mouvements sociaux en Guyane et à Mayotte, de perturbations climatiques aux Antilles, de difficultés de programmation de certains bailleurs sociaux et des problèmes récurrents de mise à disposition de foncier. Or, malgré la priorité affichée du ministère des Outre-mer de promouvoir un habitat répondant aux besoins des populations d’outre-mer, les dépenses budgétaires en faveur du logement n’ont jamais été aussi faibles au cours de la décennie passée qu’en 2018 : 159,3 M€ en autorisations d’engagements et 162,9 M€ en crédits de paiement. Mais promis, tout ira bien pour la période 2020-2022.

FXG

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 07:16
Blan, par François Piquet

François Piquet glisse de l’art à la bande dessinée

« BLAN, chroniques de créolisation, précis anti-raciste » de François Piquet est paru le 14 septembre aux Éditions Long Cours. L’artiste saintannais poursuit son exploration glissantienne de l’identité tout en se permettant d’en rire. On songe parfois aux « Idées noires » de Franquin, mais aussi à « Fuckrace », le récent travail de l’auteur exposé en Guaadeloupe avant le grand confinement. « BLAN, écrit François Piquet, mot créole qui désigne les Blancs, est un roman graphique surprenant à l'humour parfois très noir qui mêle anecdotes, réflexions et chroniques de la transformation d'un "blanc" en "blan". Ou comment la créolisation bouleverse notre monde. Et nous change. Drôlement. » L’artiste jubile en glissant vers la bande dessinée qui lui permet d’exposer sa philosophie peut-être de façon plus évidente, en tout cas plus marrante, que ses sculptures et ses installations artistiques qui lui ont tout de même ouvert les portes de la biennale de Venise en 2018. D’ailleurs son livre vient d'être sélectionné pour participer au prix Bédéz'iles, des lycées d'Outre-mer, signe que François Piquet n’a pas poussé son équation jusqu’au blan gâché ! Et tant pis pour Eve, « cramée comme une biscotte » !

FXG

BLAN, format 24 x 32 cm, 80 pages, N&B (sauf une surprise en couleur), 24,90 € (Hexagone), 28,60 € (Outre-mer).

www.editionslongcours.com

Deux questions volées
"Je suis en créolisation, pas en créolité"
Vous vous revendiquez souvent de la philosophie d'Edouard Glissant. Pourquoi ?
En bon glissantien, je ne suis pas tout à fait d'accord avec sa lecture… En fait, je ne revendique pas mon antillanité, je suis en transformation, et pas du tout à un état stable, ou stabilisé, au point de vue identitaire. Je suis en créolisation, pas en créolité. Je revendique par contre la créolité de ce que je produis (art, livre, mes filles, etc) depuis que ce processus s'est engagé. Les Antilles m'ont transformé, et créolisé ce que je fais.
Tout récemment, l'anthropologue Francis Affergan remettait en cause le glissantisme, affirmant que "rien ne nous garantit que la conception rhizomique de l’identité nous libèrera". Qu'en pensez-vous ?
Libérer de quoi ? A mon sens, l'enfermement identitaire (necessitant une "liberation") est lié au concept de racine unique, d'assignation identitaire. Mais je crois qu'ici, l'identité rhizomique ne libère pas de la domination colonialiste concrète, physique. Ce n'est pas un outil d'indépendance, parce que trop complexe, et contradictoire au concept de l'Etat-nation (qui lie un Etat à une identité unique), disqualifié aujourd'hui pour les grands Etats européens, mais graal identitaire pour les petits péyi comme les Antilles.

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 17:10
Fin de l'état d'urgence sanitaire en Guyane et à Mayotte

Fin de l’état d’urgence sanitaire à Mayotte et en Guyane

Le ministre des outre-mer et le ministre des Solidarités et de la Santé ont présenté mercredi matin au conseil des ministres le décret mettant fin à l’état d’urgence sanitaire à Mayotte et en Guyane.

L’article 2 de la loi du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l’état d'urgence sanitaire a prorogé l’état d’urgence sanitaire dans ces deux territoires, au plus tard jusqu’au 30 octobre 2020, compte tenu d’une situation sanitaire alors plus dégradée que dans le reste du territoire national.

Prenant en compte l’amélioration de la situation épidémiologique observée dans ces deux territoires au cours des dernières semaines, ce décret met un terme anticipé à l’état d’urgence sanitaire. Il entrera en vigueur le lendemain de sa publication au Journal officiel.

Saisi préalablement à cette décision, le comité de scientifiques lui a donné un avis favorable.

Le régime transitoire en sortie de l’état d’urgence sanitaire prévu par l’article 1er de la loi du 9 juillet 2020 prendra le relais de l’état d’urgence sanitaire dans ces deux territoires, comme cela a été le cas pour le reste du territoire national depuis le 11 juillet dernier. Ils seront par ailleurs classés en zone de circulation active, pour permettre au préfet de disposer de prérogatives étendues afin de gérer au mieux l’évolution de l’épidémie dans les prochains mois.

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 07:13
Le préfet de Martinique poursuivi

Affiche des ananas : le parquet général demande le dépaysement à Paris

Le 3 août dernier, Kévin Zobal, Wilhem Antonin, Charles Moussard, Bruno Pelage, Axel Dédé, Lubert et Teddy Labonne, plus connus sous l’appellation collective des « sept d’Océanis », ont cité le préfet de la Martinique Stanislas Cazelles à comparaître ce 30 septembre devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France pour répondre du chef d’injures publiques à caractère racial. Cette citation directe se fonde sur l’émission d’une affiche le 22 mai dernier dans le cadre de la crise sanitaire, préconisant une distanciation sociale d’un mètre ou 5 ananas.

Le parquet général de Fort-de-France a déposé une requête en dépaysement à la chambre criminelle de la Cour de cassation. Dans sa requête datée du 26 août, Pierre-Yves Couilleau, le procureur général, écrit : « Selon les plaignants, cette affiche révèlerait une forme de mépris à l’égard des Martiniquais en ce qu’elle soulignerait leur incapacité à apprécier autrement la distanciation que par une représentation imagée ». Il est vrai que le soir même où cette affiche était posée, le préfet de la Martinique écrivait dans un twitt : « Nous venons de retirer l'illustration publiée hier concernant la distanciation physique. Nous présentons nos excuses si elle a pu heurter certains d'entre vous. L'unique objectif était de montrer l'importance de la distanciation face à l'épidémie. »

Pour autant, le parquet général indique dans sa requête que « deux arguments militent pour un dépaysement de cette affaire vers une juridiction n’appartenant pas aux juridictions d’Outre-mer », c’est-à-dire que non seulement, il conviendrait de dépayser mais surtout pas en Guadeloupe ou en Guyane. Il ne s’en explique pourtant pas au risque de laisser entendre l’existence de justices différentes selon que l’on se trouve en Outre-mer ou dans l’Hexagone… Cette précision exclusive aurait pourtant tendance à entériner le caractère délictueux de l'affiche... Le premier argument développé par le représentant de la société est de considérer que « les relations professionnelles étroites entre le ministère public de Fort-de-France, plus généralement les juridictions, avec l’autorité préfectorale martiniquaise rendraient soupçonnable, au nom de l’impartialité objective, toute décision juridictionnelle. » Le procureur général évoque ensuite « la situation très tendue que connaît la Martinique depuis environ une année » et les « débordements devant le tribunal judiciaire notamment le 13 janvier ». Il parle donc des sept d’Océanis, ceux-là même qui le 3 juin dernier avaient trouvé le palais de justice fermé avant d’apprendre que leur procès avait été renvoyé sine die… M. Couilleau estime que les « attaques incessantes dont singulièrement le ministère public fait l’objet en raison de son action, ne permet pas de penser qu’une telle affaire puisse, ne serait-ce même, que sur le terrain de la recevabilité, être examinée sereinement à Fort-de-France. » C’est pourquoi il sollicite de la Cour de cassation qu’elle désigne le tribunal de Paris. Consultée, la défense des plaignants n’a pas souhaité faire de commentaire. La dernière fois qu’une affaire a été dépaysée à Paris, c’était l’affaire Green Parrot qui s’est terminée en eau de boudin, renvoyant le parquet de Fort-de-France à ses responsabilités.

FXG

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 05:16
Antoine Karam, lors de la présentation du rapport au Sénat, le 15 septembre 2020

Antoine Karam, lors de la présentation du rapport au Sénat, le 15 septembre 2020

Le Sénat se penche sur le trafic de coke en Guyane

Le rapport de la mission sénatoriale sur le phénomène des mules entre Cayenne et Orly a été adopté mardi matin à l’unanimité. Il préconise que l’autorité régalienne prenne des mesures ambitieuses avant que les dérives maffieuses ne prennent le dessus.

C’est la première fois qu’un travail parlementaire fait un point précis sur le trafic de cocaïne entre la Guyane et l’Hexagone. Le flux représente tout de même 15 à 20 % du marché hexagonal dont on estime à 600 000 le nombre de consommateurs réguliers. La Guyane, à l’intersection stratégique des zones de production et de celles de consommation, connaît de tels déséquilibres économiques et sociaux, que le trafic de cocaïne est devenu une opportunité à laquelle ne résistent pas non seulement une jeunesse défavorisée socialement, mais également des adultes plus âgés et des mères de famille. C’est que la rémunération des mules se situe entre 2 000 et 10 000 euros. « On estime, indique le rapporteur Antoine Karam, qu’en temps normal, entre 20 et 30 passeurs de cocaïne souhaiteraient prendre chaque vol au départ de Cayenne en direction d’Orly et que 8 à 10 y parviendraient. » Ce ne sont pas les deux scanners installés à Félix-Eboué, ni les 25 douaniers sur l’ensemble du territoire qui dissuadent les passeurs, ni les investisseurs. Le trafic est rentable puisque le kilo de cocaïne se négocie à 3500 euros pour être revendu au moins dix fois plus. Certes, un protocole interministériel de lutte contre ce trafic a été signé en 2019, mais les trafiquants adoptent une stratégie de saturation en envoyant des mules en nombre !

Pour prévenir ce phénomène, fait-on tout ce qu’il faut ? Ce n’est pas l’avis des sénateurs qui regrettent l’absence d’un acteur institutionnel désigné, d’une communication adaptée et plus globalement d’une banalisation de ce trafic. Ils proposent donc une réponse articulée en trois axes. Le premier est répressif. Il consiste à traiter la masse des passeurs et à démanteler les réseaux avec des peines « exemplaires et dissuasives ». Pour autant, ils souhaitent une politique de réinsertion efficace. Ainsi, ils recommandent de donner au Service de probation et d’insertion pénitentiaire de la Guyane un rôle de maître d’œuvre, y compris dans l’Hexagone.

Mais surtout, les sénateurs plaident pour un « volet social ambitieux » dans une politique de prévention coordonnée par le préfet et la Collectivité territoriale. Il s’agirait de cibler es familles et leur entourage, les collèges et de l’environnement extra-scolaire et de recourir à la langue bushinengé. Mais encore d’augmenter les crédits de la prévention concernant la formation des jeunes et leur accompagnement socio-professionnel. « Il faut une réponse qui offre un avenir à la jeunesse », a lancé M. Karam.

Enfin, le rapport sénatorial estime que la coopération internationale doit être au cœur du combat en faisant adhérer la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane à la CARICOM et en renforçant la coopération bilatérale avec le Suriname et le Brésil. « Nous sommes à deux heures de vol de la Colombie, poursuit le sénateur Karam. C’est l’image de la France qui est jeu. La solution est entre les mains de ceux qui détiennent le pouvoir régalien ! »

FXG

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 05:59
« Le chlordécone est la plus grande humiliation subie par les Martiniquais depuis l’esclavage »

Francis Affergan, anthropologue français, spécialiste de la Martinique et des cultures créoles, nous propose sa grille de lecture des événements qui secouent la Martinique aujourd’hui autour du chlordécone. Francis Affergan a enseigné la philosophie au lycée Schoelcher dans les années 1970 avant de devenir professeur d’anthropologie à La Sorbonne et conférencier invité à l'Université de Princeton (New-Jersey, U.S.A.). Il a publié entre autres, Martinique : les identités remarquables. Anthropologie d’un terrain revisité (Paris, PUF, 2006), et Le moment critique de l'anthropologie (Paris, Hermann, 2012).

« Le chlordécone est la plus grande humiliation subie par les Martiniquais depuis l’esclavage »

Depuis un an environ, la Martinique est le théâtre d’actions d’une catégorie de la jeunesse qui manifeste devant les supermarchés du groupe GBH. Comment comprenez-vous cela ?

Il y a eu un élément déclencheur, le chlordécone, et à travers lui s’est posée la question du pouvoir. La question du pouvoir et de la souveraineté est traversée par la présence des békés. Je ne crois pas que les jeunes d’aujourd’hui cherchent à se libérer de quelque chose, sauf des békés, sauf du problème qui n’est qu’un symptôme, le chlordécone, comme un exemplaire générique de ce à quoi on est soumis. Comment peut-on empoisonner un peuple en toute impunité ? C’est la question que pose le chlordécone : un peuple dont  la considération de son identité par les pouvoirs publics fait défaut. Cela pose la question du respect, mais également de la justice comme traduction juridique et morale du problème de l’égalité et de l’équité en Martinique — y en a-t-il deux, trois ? « Qui sommes-nous vraiment, demandent ces jeunes, pour être traités comme çà ? » alors que ce sont des citoyens comme les autres. Le « qui » renvoie à mes yeux à la question essentielle, le thème de l’identité.

Vous avez publié en 2006, un ouvrage consacré à la Martinique, Les identités remarquables. On sait ce que ce concept veut dire en mathématiques, mais en anthropologie, comment le cerner ?

La question de l’identité ne se pose pas en Martinique de la même manière qu’en France, ni même dans les minorités aux Etats-Unis. Je pourrais la poser comme Fanon l’a fait en parlant d’aliénation, mais je préfère parler d’auto-domination ou de domination consentie, car le terme d’aliénation est trop connoté par différentes idéologies. Toutes les occasions historiques depuis l’abolition de l’esclavage pour poser sereinement la question de la souveraineté ont été ratées. 1848, raté car ça aurait pu donner une explosion populaire qui aurait posé la question de la souveraineté. 1946, ratage de la part de Césaire, ce n’était ni le premier, ni le seul. Et puis il y a eu 1981 qui aurait pu être une occasion rêvée pour, non pas résoudre, mais poser correctement cette question de souveraineté, c’est-à-dire celle du pouvoir légitime. Césaire manque cette occasion alors que Mitterrand lui ouvre l’histoire… Sans doute à cause de son amour trop contrarié pour la France et les Français. Toutes les occasions ont été manquées. Et qui se sont souvent terminées par des émeutes sanglantes… Aujourd’hui ce qu’il importe de savoir c’est comment le jeune Martiniquais intériorise l’image que les békés et les Français de France se font de lui. Réponse : fort mal, douloureusement, pathologiquement d’où le terme « remarquables » que j’ai accolé. Ce n’est pas une identité tranquille, pas du tout, mais ce n’est pas non plus une identité de guerre. Ce que je veux dire avec les identités remarquables, c’est que ce sont des identités que l’on ne peut réduire à la question de l’identité traditionnelle que l’anthropologie se pose depuis qu’elle existe. J’ai trouvé en Martinique, un pays, une société, une culture qui posent la question de l’identité de manière incroyablement diluée, perverse, biaisée par des moments de traverse où vous avez énormément de mal à répondre à la question. D’autant plus qu’il y a deux sources de questionnement : moi qui me pose la question sur moi, les autres qui posent la question sur moi et le reflet en retour. Ça fait trois « qui », donc il faut répondre trois fois ! C’est ça qu’on appelle pour aller vite cette espèce de stade du miroir, mais déformant. Je me regarde, j’essaie de voir dans le miroir qui je suis et à chaque fois j’ai une autre image de moi. C’est ça, cette aliénation dont parlait Fanon : j’ai un autre moi en moi que je ne connais pas et que parfois je hais, que parfois j’aime. Je le porte en moi ! Voilà pourquoi j’ai appelé ça « remarquable ». L’identité en abîme abyssal en quelque sorte.

Vous soulignez l’absence de toute idéologie dans cette jeunesse...

Cette jeunesse pose la question du politique de manière apolitique. Il n’y a plus  d’idéologie. Ce qui est nouveau, c’est l’abandon  des « ismes ». Un jeune qui a 18 ou 20 ans ne veut plus être soumis à des idéologies qui l’enferment, l’englobent, même si on lui dit que c’est pour son bien. Son bien, il veut le faire lui-même. C’est pourquoi depuis la mort de Césaire et Glissant, il y a un vide intellectuel.

Voulez-vous dire que c’est aussi la fin du césairisme ?

Non seulement la fin du césairisme, mais je crois aussi la fin du glissantisme.

Mais Glissant pose la question de l’identité plurielle, composite ?

Glissant a posé la question de manière confuse. Pourquoi la théorie du rhizome, concept emprunté à Deleuze, nous libèrerait mieux et plus que l’autre conception de l’identité qu’on possédait auparavant, c’est-à-dire une racine et une seule ? Avec le rhizome, vous en avez trois, dix, mille ! Avec autant de racines rhizomiques flottantes, ne va-t-on pas bloquer la réponse au « qui » ? Glissant dit qu’on se libèrera le jour où l’on aura compris qu’on n’a pas qu’une seule origine et qu’il faut lutter pour conserver la multiplicité de nos origines. Or rien ne nous garantit que la conception rhizomique de l’identité nous libèrera.

Le 22 mai, ce sont ces images de jeunes femmes qui renversent la statue de Schoelcher et l’apparition d’un groupe qui s’appelle Action, Réaction…

C’est le passage à l’acte. Schoelcher libère et il ne libère pas, il écrit des statuts sur l’abolition et en même temps il dit qu’il faut indemniser les maîtres. C’est cette ambigüité et cette duperie qui sont ainsi condamnées. Ce n’est pas une statue de béké, mais à leurs yeux, elle est liée aux békés. Ils s’en prennent à Schoelcher parce que c’est un « traitre ». Il a pris en main son destin de « Blanc » (vocabulaire coloriste que je n’assume évidemment pas), celui d’avoir le pouvoir et de réprimer. Ces jeunes considèrent que même l’histoire soi-disant libératrice les a trahis ! D’où l’énervement sur sa tête… Le schoelchérisme est à leurs yeux une idéologie lâche. Je précise que  mon analyse ne vise pas à cautionner quoi que ce soit, et surtout pas le déboulonnage des statues, mais à tenter d’expliquer et de comprendre le plus objectivement possible.

Ce mouvement est apparu en même temps que le morceau de Neg Lyrical, « Brilé Békéland » qu’on a entendu dans certains de ces rassemblements. Qu’en pensez-vous ?

Ils n’ont peur ni de la mort, ni des békés, ni de la France contrairement à la jeunesse d’il y a 40 ou 50 ans. La question de l’assimilation ne se pose plus comme avant. Aujourd’hui, les jeunes sont indifférents, mais ils posent malgré tout la question de savoir qui décide ici (où l’on retrouve le sens de cette identité démultipliée). Ces jeunes, en agissant ainsi, disent qu’en Martinique, culturellement, ils ont pris le pouvoir. Economiquement, les békés sont bien les dominants, mais culturellement, ils ne le sont pas. Culturellement, le peuple martiniquais a pris le pouvoir. Et ce d’autant plus que  le terme, tant utilisé aujourd’hui à tort et à travers, de « domination » est très relatif et dépend du contexte et  de ceux qui l’utilisent. Détenir les terres est une forme de domination, mais jouer du tambour ou parier au pitt aussi.

Ces personnes se filment à l’action et semblent ne pas redouter la justice, comment expliquez-vous cela ?

Ils veulent être devant la justice pour s’expliquer car, enfin, ils auront une tribune. Autrement, où est la tribune d’où ils pourront dire que cette affaire de plainte pour empoisonnement dure depuis quinze ans ? Pour dire qu’ils se sentent humiliés, qu’ils déplorent des morts et des malades et surtout protester de ne pas avoir été écoutés. Alors, pour que la justice les entende, ils commettent un acte illégal. Ils veulent un procès, ils veulent parler devant les juges, devant la France. Sinon, on ne verrait pas autant de jeunes devant le palais de justice à chaque fois qu’il y a un procès ! Ils sont nombreux et  n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre. Il y a du sang. C’est très intéressant le symbole du sang parce que les gardes mobiles montrent leur obsession du sang qu’il faut absolument nettoyer… Par ce geste, qu’on a vu sur les réseaux sociaux, la police montre qu’il y a quelque chose à nettoyer, à assainir peut-être. Quoi ? Telle est la question.

C’est le syndrome de décembre 1959 ?

Et de février 1974 avec l’affaire  Ilmany à Basse-Pointe… On a tiré sur les  manifestants  comme à la chasse. Choses que l’on ne fait plus depuis. Cependant l’institution judiciaire dépayse toujours les procès pour n’avoir personne dans la rue… On a vu cette image extraordinaire du point de vue culturel du garde mobile qui casse le tambour… En est-il conscient ? Je n’en sais rien, mais il casse le tambour en mille morceaux avec un acharnement inouï… Qu’est-il en train de casser ? L’identité de la Martinique, ou ce qu’il croit être l’identité de la Martinique ? Sa culture ? Son existence historique même ?

Revenons à la question du pouvoir. Quelle est la revendication de ces jeunes ?

C’est une question de souveraineté légitime. Que peut-on faire chez nous pour nous ? Les décisions peuvent-elles être prises de manière autonome ? Nous qui avons décidé de poursuivre en justice dans le dossier du chlordécone, peut-on se poser la question de savoir pourquoi on agit pour nous ? Pourquoi d’autres agissent pour nous ? C’est non seulement la question de la délégation qui est posée, mais aussi et surtout, la question de l’auteur du processus qui aboutit à poser le problème de la souveraineté. Dans le même temps où ces jeunes demandent des comptes à la justice, ils lui dénient en quelque sorte la capacité de parler pour eux.

Pourquoi dîtes-vous que le chlorecécone est un symptôme ?

C’est un symptôme et un  emblème. Cette affaire révèle que du point de vue du droit naturel et du droit positif, les Martiniquais ne  sont pas encore des citoyens à part entière. La vie est un droit de nature, une créance imprescriptible dans le droit positif. Quand le chlordécone arrive, il intervient dans la négation du premier de nos droits, la vie. Et la France n’a pas l’air de vouloir traiter le problème même si le président de la République a reconnu la responsabilité de l’Etat. Or, si on compare avec les grands scandales, le sang contaminé, l’amiante, la vache folle… Tous ont eu droit à un procès, au moins à une enquête à charge et à décharge par un juge d’instruction. Certains ont été condamnés, pas tous, mais là depuis quatorze ans, il y a bien une instruction, mais  elle n’avance pas! Et que disent les jeunes ? « Nous sommes privés du premier droit de tous les droits de l’Homme, le droit à la vie et à la santé. » Le chlordécone est la plus grande humiliation subie par les Martiniquais depuis l’esclavage, parce qu’il est sinueux et à bas bruit, et ne relève pas du coup de tonnerre brutal. L’énervement vient de là et du jeu pervers qui se joue entre les békés et le pouvoir, quelle que soit  l’orientation politique de ce dernier.

Propos recueillis par FXG

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