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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 08:44
Les Amérindiens dans la cité des PapesJean-Marc Hervé, metteur en scène, conteur et marionnettiste de Saint-Laurent et Ruben Makosi, le musicien et apprenti chamane, ont emmené avec eux la féerie du monde amérindien dans la cité des Papes ! Trois contes et trois façons d’investir l’espace. Assis devant un carbet, tel un griot, Jean-Marc Hervé, anime la marionnette d’un pêcheur de tortues luth. Victime de la vengeance des tortues qui lui reprochent toutes la mort d’une mère, d’une fille, d’une soeur, il passe dix ans sous au fond de la mer auprès d’une mystérieuse femme qui devient son épouse. Autorisé à revenir dans son village arawak, le pêcheur ne peut se taire comme il l’a promis… Jean-Marc Hervé joue avec les personnages, comme un garçon jouerait avec ses soldats, une fille avec ses poupées… Les marionnettes parlent, elles sont douées d’une vie propre et l’on en oublie les doigts du marionnettiste qui pourtant les manipulent directement, sans l’aide de ficelles. Le théâtre redevient du jeu, un jeu pur et les adultes imitent les enfants et pénètrent dans la magie du conte amazonien… C’est au tour du jaguar… Ce prince de la forêt détient le secret du feu. Comme dans toutes les histoires, un homme le lui volera. Du feu, le jaguar n’a gardé que la braise dans ses yeux !
Contes et légendes de l’Amazonie
Pour ce conte, la scène s’est déplacée en façade du carbet. Dans des cadres de bois flotté, le conteur dessine à la manière des anciens qui illustrent leur propos en dessinant sur le sable de la plage à Awala-Yalimapo. Il projette des lumières et des ombres colorées. Cette animation en deux dimensions renvoie à la magie d’un des plus anciens films d’animation, Les aventures du prince Ahmed de Lotte Reiniger, de 1926 !. La musique (flûte, percussions, bruitages) sacrée de Ruben Makosi, qui a été un consultant expert dans la conception du spectacle, vient ajouter à la féerie. Mais, ça y est ! Jean-Marc Hervé investit le carbet et ses profondeurs, cet entremêlement de poutres et de branches liées par des lianes qui indiquent le chemin des racines, des traverses, un assemblage capable de porter le fleuve, et sur le fleuve, des pirogues emplies de pêcheurs ! C’est la dernière légende, celle du déluge et de l’oubli, une histoire là encore que l’on retrouve dans toutes les civilisations ! Malgré la grande qualité de ce spectacle, il a souffert d’une mauvaise indexation dans le programme du festival. Ce qui lui a valu de rater une partie de son public : les enfants et les familles. Tant bien que mal, tout de même, Khasukuda, Terres de nuit, a rassemblé autour de la cosmogonie amérindienne près de 1000 spectateurs.

100 % GuyaneKhasukuda était le spectacle tout public de la programmation du TOMA pendant ce festival d’Avignon et aussi le seul à 100 % guyanais. Jean-Marc  Hervé et Ruben Makosi sont venus exprès avec leur spectacle, leurs marionnettes et leur carbet de Saint-Laurent-du-Maroni et d’Awala-Yalimapo au détriment d’une invitation au Brésil ! Et si Norma Claire est bien authentiquement Guyanaise, elle arrivait de Paris avec un spectacle où les accents de l’afro et de l’urban dance, avec la présence sur scène de son fils, le smurfer Nelson Ewandé, étaient bien là. Quant au tissage poétique monté autour de l’œuvre du Guyanais Damas, Léon-Gontran Damas a franchi la ligne, elle est mise en scène par Frédérique Liebaut, une Martiniquaise basée dans le Val- de-Marne, soutenue par la Région Martinique et accueillie en résidence à Hesdin dans le Pas de Calais.

Interview. Jean-Marc Hervé, metteur en scène, concepteur et marionnettiste
« Créer un théâtre qui retrouve son identité en Guyane »
Comment qualifier ce spectacle ?
C’est un spectacle de marionnettes parce que la marionnette prend beaucoup de formes. On peut aller du théâtre d’objet à simplement animer quelque chose par le regard. La marionnette contemporaine a un peu explosé ses limites. Là ce sont des marionnettes, pour certaines très peu mobiles mais elles sont totémiques, ce sont des effigies. Les petits personnages monolithiques du village de pêcheurs sont faits comme le bâton sacré des tanbouyens, ronds au bout et partant en fuseau.
Ces histoires sont-elles issues des mythes amérindiens ?
Ce sont des mythes de fondation au moins pour deux d’entre eux. Le premier tire plutôt vers le conte, un conte un peu moral. C’est l’histoire du pêcheur qui est très adroit et qui abuse et qui, parce qu’il abuse, va être entraîné au fond de l’eau… La  nature faut pas trop en abuser !
Vous considérez-vous aussi comme un conteur ?
Je ne suis pas conteur en réalité, je suis à mi-chemin entre le conteur, le comédien et le montreur d’images. C’est cette trilogie qu’on a mise en place pour  présenter le spectacle. Ce qui nous a intéressés c’est de trouver une âme amérindienne, et au-delà, de s’inscrire dans une tradition du conte qu’on retrouve énormément en Guyane mais dans le cadre d’une création contemporaine. Depuis que le théâtre de l’entonnoir existe en Guyane, on façonne nos spectacles pour que les Amérindiens s’y retrouvent.
C’est pour ça que vous avez beaucoup travaillé avec eux ?
On est allé à Awala, on a rencontré le chamane, les gens qui portent la parole, les villageois, les enfants qui ont été d’une aide très précieuse pendant la résidence. Ils sont allés nous chercher des graines… Ils nous ont ramené des choses que l’on n’aurait pas eues autrement ! Voilà, c’est l’idée de créer un théâtre qui retrouve son identité en Guyane. Même si je ne suis pas Guyanais, mais ça fait 10 ans que j’y vis en permanence !
Comment arrivez-vous, entre la diction et la manipulation, à ne pas briser la magie ?
Le marionnettiste, il entre dans son personnage et d’autres fois il en sort. C’est toute l’astuce, toute l’habileté. J’ai appris cela à l’école nationale de la marionnette ! On a été formé à pouvoir travailler en schizophrène, c’est-à-dire avec deux personnalités. C’est un va-et-vient continuel.
Pourquoi avoir transformé le castelet classique en un carbet aussi grand ?
On l’a fait aussi gros qu’on pouvait et les marionnettes aussi petites que l’on pouvait pour avoir cette pression du bois et de la forêt sur les personnages pour essayer de retranscrire, de redonner de façon théâtrale et imagée la pression de l’Amazonie sur les gens qui y vivent.
Quel a été le rôle de Ruben Makosi sur cette création ?
Il a été un de nos interlocuteurs, un conseiller. Il est musicien mais aussi plasticien. A certains moments, on a travaillé avec lui sur la recherche des matériaux. Il a beaucoup d’acuité pour repérer ce qui est dans la nature. On retrouve ce regard aiguisé dans ses sculptures.

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 23:48
Interview. Greg Germain,  co-directeur du Théâtre d’outre-mer en Avignon
« La Chapelle n’a jamais connu une telle fréquentation »
11 ans après sa création, le TOMA de la Chapelle du Verbe incarné est toujours doubout ?
Ah ! Oui, toujou doubout ! De toute façon, il faut rester dans cette attitude verticale sinon, puisque vous dîtes toujou doubout, nou ka pilè, lorsque l’on est parterre, eh bien, on nous marche dessus. Et là, il faut vraiment rester debout et continuer à avancer !
Quel regard portez-vous sur la programmation que vous avez affiché à la Chapelle du Verbe incarnée cette année ?
Les choix sont toujours judicieux, maintenant les pièces peuvent ou ne pas répondre aux attentes du public. Mais même en faisant preuve d’humilité, je trouve que c’est une plutôt bonne programmation. D’ailleurs le public ne s’y trompe pas puisque la Chapelle n’a jamais connu une telle fréquentation même pour les lectures où les débats qui ont lieu à 10 heures le matin ! Quand on sait combien c’est difficile pour le public festivalier qui finit ses journées à 2 ou 3 heures du matin, de se réveiller et d’être prêt à écouter, oreille ouverte, des choses un petit peu difficile… Il y a eu Césaire, Damas, la projection du film Tjibaou, le pardon de Wallès Kotra, une lecture de Maryse Condé, une autre de Koffi Kwahulé… Tout ça était absolument plein.
Connaissez-vous les chiffres de fréquentation de la Chapelle ?
Je pense vraiment qu’à la fin du festival, le 2 août, nous aurons dépassé les 13 000 entrées, ce qui est très très rare !
Y a-t-il eu un effet Mâ Ravan’ ?
Chaque année au TOMA, il y a toujours un spectacle qui sort parce qu’il trouve son public, sa fréquentation… M^Ra    van’ au dessus des autres effectivement. Ils ont joué à guichet fermé dès le 3e jour. Ils ont ensuite été rattrapé par la pièce de Stains, nos amis d’outre-périphérique, Le jeune prince et la vérité, puis aussi suivie par la Guyanais Norma Claire, Va, vis qui a eu un succès énorme. Projection privée avec Firmine Richard qui a rencontré son public à partir de midi et qui va de mieux en mieux et puis aussi Khasukuda, Ailleurs toute et les Bonnes. Tout ça a très bien fonctionné. Mais au-delà de la fréquentation qui est toujours formidable, au-delà du fait que des programmateurs se précipitent pour acheter aujourd’hui les pièces qui viennent d’outre-mer — ce qui était le but de la manœuvre —, au-delà des articles que nous ont fait dans la presse quotidienne régionale, Paris-Match, L’Humanité, Le Monde, je crois que c’est la satisfaction de ceux qui participent à cette aventure. De voir que nous sommes ensemble, à la chapelle du Verbe incarné, ce TOMA que j’ai voulu ! fait qu’il y a une espèce de réunion de tous ceux qui sont de l’autre côté de la mer par rapport à cet hexagone. C’est tout ça qui est important. Au 11e festival de la Chapelle du Verbe incarné, Marie-Pierre Bousquet et moi-même, on peut se regarder en disant : nous avons gagné notre pari.
Une question au patron du festival off : Avignon sans le festival off serait-il le même ?
Il n’y a pas de bon théâtre favorisé par l’Institution comme le In et puis un mauvais théâtre qui ne serait pas aidé par l’Institution comme le Off. Je crois que 957 spectacles pour 828 compagnies, il ne peut pas y avoir que de la M…  Et on ne peut pas dire c’est trop parce qu’il n’y a jamais trop de créations. Evidemment on peut se plaindre que tout ça, la culture, ça coûte cher et je sais qu’en ce moment on est en train de considérablement baisser les coûts de la culture. Un philosophe a dit : « On peut considérer que la culture coûte cher, mais est-ce qu’on sait vraiment le prix de l’ignorance ? »


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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 17:13
Tous égo devant le théâtre
Le festival d'Avignon s'est achevé après avoir démarré le 6 juillet pour s'achever le 25. En décalage toujours (depuis 1966 et le président Benedetto !), le festival off avait choisi cette année de démarrer le 10 juillet pour se cloturer le 2 août. Alors pour marquer le coup et rappeler qu'Avignon se poursuit au-delà du In, l'association Avignon festival et Compagnie, alias le Off,  a rassemblé devant le pont d'Avignon quelques unes de ses vedettes (Sur 957 spectacles, il y a du choix !). On remarque Jean-Paul Faré, Firmine Richard, Max Boublil (Si, si il est comédien !), Bernard Menez, Gustave Parking, Denis Maréchal, Gérard Miller... Ce dernier, pour aider le photographe à réussir sa photo, s'est fait un plaisir de rappeler comment l'animateur Laurent Ruquier agit en telle occasion, en disant au moment du clic-clac merci kodak : " Quand est-ce qu'on s'enc...? " Mais Ruquier a plus d'innocence et... moins d'égo !

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 16:43
Interview. Line Létard, déléguée à la culture du maire de Kourou en mission au festival d’Avignon
« Ce que je veux ramener, c’est la diversité »
Qu’êtes-vous venue voir au festival d’Avignon ?
Je suis en mission pour la ville de Kourou pour voir ce qu’il y a de mieux en termes de spectacle de qualité, raison pour laquelle, je suis à la Chapelle du Verbe incarné. Je regarde les spectacles, je prends contact avec les uns les autres et je tente de savoir s’il est possible sur du long ou du court terme de préférence d’avoir les pièces de théâtre en Guyane.
Vous êtes donc programmatrice ?
Pendant ce festival, je m’essaie à la programmation mais je suis surtout quelqu’un qui découvre le festival d’Avignon et qui va devoir faire une restitution en bonne et due forme à tous les collègues et au maire. Je suis aussi venue voir les structures, étudier comment elles fonctionnent.
Avignon, c’est une première pour vous ?
C’est une première, mais je suis sûre que ça ne sera pas une dernière malgré ce que je peux entendre dire des Avignonnais qui ne sont pas très contents de l’attitude des festivaliers qui leur empoissonnent la vie au quotidien…
Et qui leur font gagner beaucoup d’argent !... Quelles sont les pièces qui ont retenu votre attention et que vous aimeriez faire venir ?
J’aimerais faire venir tout le monde ! Mais vraiment j’ai une préférence pour Mâ ravan’, la pièce du Théâtre Taliipot de la Réunion que j’ai beaucoup appréciée, et puis pour Va, vis de Norma Claire qui est originaire d’ailleurs de Guyane.
Comment faîtes-vous vos choix en dehors de la programmation du TOMA, parmi les 957 spectacles joués dans le Off, car vous devez aussi cherchez autre chose que des pièces de l’outre-mer ?
Absolument ! Mais je crois que c’est une des premières découvertes lorsque l’on vient à Avignon la première fois : nous devons faire des choix très rapides, très précis tellement il y a à voir. Je ne vais pas me restreindre à ce que propose la Chapelle du Verbe incarné et du TOMA, je suis allée voir d’autres pièces, d’autres comédiens dans d’autres théâtres. Ce que je veux ramener, c’est la diversité. Il y aura donc le TOMA et d’autres compagnies que je veux faire découvrir à Kourou et à toute la Guyane.





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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 16:18
Interview. Edmond Mondésir, vice-président du conseil régional de Martinique, festivalier en Avignon
« Donner la possibilité aux comédiens d’exprimer leur art »Le Vice-président Edmond Mondésir devant la Chapelle du Verbe incarné avec les comédiens Nathalie Coualy et Philippe Calodat. (Photo : RDG)

La Région Martinique est, cette année encore, représentée à travers vous au festival d’Avignon ?
Je suis venu voir et sentir l’ambiance théâtrale qui se déroule comme chaque année au TOMA (Théâtre d’outre-mer en Avignon). Je n’ai pas tout vu mais je suis allé voir les diverses pièces que le conseil régional de la Martinique a aidé : les pièces Ailleurs toute avec Patrick Womba, Alexandra-Shiva Mélis et Catherine Dinevan, et puis Les Bonnes de Jandira De Jesus Bauer.
Vous êtes venu vous assurer de la bonne utilisation des deniers publics ?
Ce n’est pas que ça ! C’est surtout de donner la possibilité aux comédiens, aux auteurs et metteurs en scène d’exprimer leur art, de se développer et de trouver des scènes, des possibilités de se faire voir et d’être diffusés. A partir de là, il y a des rencontres qui se font entre les comédiens comme cela s’est fait avec Ailleurs toute qui est le résultat justement d’une rencontre entre trois comédiens qui ont participé au TOMA auparavant et qui à partir de là ont eu l’idée de faire ces résidences en Martinique, en Nouvelle-Calédonie et en Avignon pour développer leur spectacle.
Quels sont les projets que la Région a la volonté de soutenir d’ici la fin de la mandature ?
Tout ce qui est intéressant ! En fait, on fonctionne sur la démarche des porteurs de projet, des compagnies… A priori comme ça, je ne peux pas dire mais dès qu’il y a quelque chose qui suscite l’intérêt, qui permet la création et le développement culturel, bien entendu ! A chaque fois on va examiner ce qui nous sera soumis, c’est ça le principe.

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 15:10
M. de Pourceaugnac est NoirLa pièce est ancienne, c’est un classique mis en scène par Isabelle Starkier et elle est de Molière. Un provincial, M. de Pourceaugnac (Christian Julien) débarque à Paris pour y épouser Julie (Eva Castro) qui lui est promise. L’amant de celle-ci, Eraste (Stéphane Miquel), aidé d’un valet voyou, Sbrigani (Jean-Marie Lecoq) va monter stratagèmes sur stratagèmes pour briser la noce et dégoûter le promis et qu’il retourne d’où il était venu, Limoges. Ici pas de happy end, le héros devient la victime d’un rival sans scrupule. Mais on rit ! On rit du pauvre type, du plouc, du boloko… Mais sa crédulité est touchante.
Il passe devant des psychiatres, des fausses épouses et leurs enfants qui le réclament comme père, des gardes suisses égrillards qui le prennent pour une femme et en veulent à son intimié, des faux juges.
Un drôle de Limôsin !
La machine comique s’emballe dans une théâtralité débridée, colorée, acidulée, un peu histrionique parfois, où tout n’est que faux-semblants aux dépens d’une victime ahurie et impuissante. C’est la farce terrible sur l’autre, celui dont on se moque parce qu’il vient d’ailleurs. « Du ridicule naît le rire de la différence — inacceptable ». Isabelle Starkier a choisi de mettre en avant cette différence en faisant du Limousin de Pourceaugnac, un Antillais. Le texte est respecté, mais le casting donne une force nouvelle à ce classique où les Parisiens jettent un regard impitoyable sur l’exotisme du Limôsin (seule infidélité au texte !) M. de Pourceaugnac, désormais nègre. Les masques d’Anne Bothuan, comiques et terrifiants, viennent renforcer cette cruauté du regard porté… Au XVIIe siècle, Limoges est aussi loin que pourraient l’être les Antilles ! C’est aussi une belle occasion de montrer que rien n’interdit d’ouvrir le répertoire à la diversité. Cette pièce était au grand marché du théâtre qu’est le festival off d’Avignon et la troupe du Star théâtre rêve de venir la montrer aux Antilles, en Guyane ou à la Réunion. Avis aux programmateurs audacieux !Déguisé en femme, M. de Pourceaugnac est agressé par des soudards avinés, des gardes suisses ! (rdg)

A l’espace Alya, 31, rue Guillaume Puy, Avignon, jusqu’au 2 août 2008
Contact : Marianne Allemand 06 63 11 94 36
star.theatre@wanadoo.fr

Une Espagnole et une Hollandaise assurent qu'elles ont déjà épousé M. de Pourceaugnac ! Le voilà accusé de polygamie... (rdg)

Christian Julien, acteur
Le comédien Martiniquais, Christian Julien, est natif du Lorrain. A Paris depuis 1988, il a fait tout le parcours obligé de l’apprenti comédien. Il a démarré au SERMAC à Fort-de-France, puis à Paris où il suit la préparation Acteur 2000, au théâtre Essaïon (avec José Valverde ou Edmond Tamiz). Il poursuit ses classes chez Grotowski et décroche, en 1992, à Paris VIII une maîtrise de théâtre. On l’a vu dans La noce chez les petits bourgeois créoles de Philippe Adrien, dans la Bonne âme du Se-tchouan d’Irmina Brook, Othello de Callies. Tabataba de Moïse Touré ou Le balcon de Greg Germain. Il a joué dans des publicités (Préfont retraite, Chevrolet…) et dans des séries télévisées (Les sopranos, Cordier juge et flic, Les bleus, Commissaire Moulin, Plus belle la vie). Au cinéma, on l’a vu dans Lumumba de Raoul Peck. C’est encore lui qui a prêté sa voix pour le CD d’accompagnement de l’ouvrage pour la jeunesse d’Alain Foix, L’esclavage raconté à Marianne (Gallimard-jeunesse).

Interview Isabelle Starkier, metteur en scène, directrice du Star théâtre
« Comment démanteler un être que l’on ne veut pas connaître »
Comment avez-vous eu l’idée de donner ce rôle à un Antillais ?
C’est drôlement important parce que Othello, ça va cinq minutes ! Je pense qu’il y a plein de pièces que les Noirs et les Arabes peuvent jouer. Ces textes sont assez grands, assez forts pour être portés par tous les frères humains.
Le théme du plouc abordé dans M. de Pourceaugnac rejoindrait celui du rejet, de l’ostracisme que l’on peut ressentir aujourd’hui quand on est Noir en France ?
Totalement ! En plus ce qui est intéressant, c’est qu’il est riche. Il est beaucoup plus intelligents que les autres personnages, beaucoup plus cultivé mais, parce qu’il n’est pas de chez nous, on en fait un bouseux, un sous-homme… Tout ce que l’on peut imaginer de l’autre.
Comment avez-vous eu cette idée ? C’est Christian Julien qui vous l’a suggérée ?
Non, pas du tout. C’est en lisant le texte… Je travaille beaucoup sur le thème de la vérité, de l’autre. Qu’est-ce qui fait la différence ? Pourquoi on met en scène l’autre dans ses différences ?... Et quand j’ai lu ce texte, je me suis dit : c’est incroyable ! Une comédie drôle, cruelle qui explique comment démanteler un être que l’on ne veut pas connaître et comment on l’annihile, on l’anéantit. Pourceaugnac perd son identité sexuelle (il se déguise en femme), il perd son identité psychique (on le diagnostique fou), il perd son identité de filiation (il a tout un tas d’enfants qui arrivent en disant papa), il perd son  identité financière puisqu’on le dépouille, il ne lui reste rien, mais rien !
Que son caleçon et des menottes…
Et le bruit de l’avion qui le ramène chez lui ! (Rires...)
Comment le public réagit-il ?
Les gens nous renvoient à la fois le plaisir qu’ils ont de la comédie et celui d’y trouver du sens. Aujourd’hui, je pense que le théâtre est de plus en pus désinvesti de sens. On est dans un monde où tout le monde dit : il faut rire, il faut rire… Et c’est ce que dit Molière à la fin de la pièce : « La grande affaire, c’est le plaisir, ne pensons qu’à nous réjouir ! » Là, oui on se réjouit, mais au prix de quoi ? Aujourd’hui, on se réjouit de la mort des gens… On fait du spectacle avec les génocides, c’est horrible ce qui se passe à la télévision. Là, ce qui fait plaisir, c’est de voir le spectateur qui sort en se disant que ça lui a amené des choses, qu’il faut le dire, qu’il faut dénoncer et ça, je pense que c’est formidable.
Comment avez-vous choisi Christian Julien ?
Au départ, je voulais un comédien africain et lors d’un casting, j’ai vu Christian Julien que j’avais vu dans La noce des petits bourgeois et qui était formidable. Je me suis dit qu’en prenant un comédien antillais plutôt qu’un africain, c’est à dire un homme dans la même problématique du département français de Limoges, ça me paraissait encore plus pertinent. C’est vrai qu’après on a fait entrer un peu de Césaire et de la biguine…
Pourquoi Césaire et pourquoi à ce moment-là dans la pièce ?
J’avais envie qu’on entende un peu la parole de l’autre. Justement parce qu’on fait de lui un sous-homme, je voulais que l’on voit à quel point la victime était non seulement plus intelligente, plus cultivée qu’eux, mais avait une culture qui valait très largement la culture métropolitaine. Cette revendication à travers les mots de Césaire de sa négritude, je voulais qu’on l’entende un moment parce que je trouvais que l’émotion, elle était aussi importante à donner de l’autre côté. Pour que de M. de Pourceaugnac, l’on ne voit pas que l’être humilié. Je voulais aussi que l’on entende sa parole de dignité et de révolte. Alors, je précise que l’on n’a pas fait cela parce que Césaire est mort. On a appris sa mort, hélas, au moment où l’on finissait de répéter. Le choix s’est fait avec Christian qui est un livre vivant et une culture très forte et c’est lui qui m’a apporté ces textes.

Interview Christian Julien, interprète du rôle titre dans Monsieur de Pourceaugnac de Molière
« Il y a du grain à moudre pour le comédien »

Ca fait quoi d’interpréter un tel rôle ?
C’est le répertoire ! Je suis content d’être dans le répertoire. C’est important de le défendre, de le mettre au goût du jour et de voir dénoncer, traiter les problèmes qui pourrissent quand même notre société.
En vous choisissant, vous acteur antillais, Isabelle Starkier accuse le trait…
Ca colle… Sans changer le texte, c’est ce qui est drôle ! Oui, je me sens un peu Pourceaugnac… (rires)
Sans changer le texte, mais on entend du Césaire…
Oui, il y a des ajouts comme ça, qui sont là pour appuyer, pour mettre un peu de couleur… locale.
Et les chansons créoles ?
C’est du classique, du bon vieux folklore…Des vieilles biguines traditionnelles, Asi parè mwen bel encò et Matinik… Heu, pardon, Limousin tro bel mé zanmi.
Que ressentez-vous à jouer le sale rôle ?
Il y a des camarades qui parlaient de victime, victimisation… C’est pourtant le meilleur rôle à jouer ! C’est la qu’il y a du grain à moudre pour le comédien. Il y a des passages qui ne sont pas forcément heureux ou agréables, mais c’est un vrai plaisir.
Vous faîtes la preuve que le bon vieux répertoire français est accessible aux Noirs…
Bien sûr ! Il faut ouvrir le répertoire aux Noirs. Là, j’espère le prouver et donner envie aux autres de le faire.


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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 12:17
L’UMP distribue ses premières investitures outre-mer pour les sénatoriales
La Commission nationale d’investiture de l’UMP a décidé d’accorder, pour l’élection sénatoriale du 21 septembre ses premières investitures. Patrick devedjian, secrétaire générale de l’UMP, Jean-Claude Gaudin, président de la commission nationale d’investiture et Alain Marleix, secrétaire national chargé des élections ont indiqué, vendredi 25 juillet, avoir accordé l’estampille UMP à l’ancien ministre du Tourisme, ancien député et maire de Saint-Laurent du Maroni, Léon Bertrand pour la Guyane et à Robert Laufoaulou pour Wallis et Futuna. En Guyane, le sortant est Georges Othily (il siège au centre). Pour le prochain scrutin, deux sénateurs représenteront la Guyane.

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 10:37
Il faut rendre à Césaire…Djamila Zeghbab et Yannick Louis se sont lancés à l’assaut du Discours sur le colonialisme en musique… Un spectacle politique, habillé par la mise en musique du Guadeloupéen de Villeurbanne Yannick Louis, dit Yao. En 1950, ce texte fit scandale. C’était bien avant les indépendances, dans un contexte où la France d’Outre-mer rimait encore avec empire colonial. Dans le Disocurs, Césaire dénonce les bases du colonialisme mais, surtout Djamila Zeghbab l’utilise pour dénoncer « la menace toujours présente d’une pensée libérale incontournable, obligatoire, unique ». Alors elle cite Ernest Renan avec ses races d’ouvriers, de paysans et de combattants,n les jaunes, k
Les Nègres et les blancs… Elle évoque la figure conquérante et maudite du général Bugeaud (l’homme à la casquette dans la chanson pour enfants). Et pour renforcer le texte de Césaire, l’auteur en appelle à Senghor, Depestre. L’invective est là, puissante, violente, accusatrice… » L’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavre… »

Interview Djamila Zeghbab, actrice et metteur en scène
« Césaire est tristement d’actualité »
Avec vous, le théâtre redevient politique….
C’était l’objectif ! J’avais découvert le texte du discours sur le colonialisme… Je fais du spectacle, mais je suis aussi militante, que ce soit du mouvement anti-apartheid, du mouvement anti-raciste, du mouvement des droits de l’homme et des droits de la femme et je voulais que ces textes là soient entendus.
Ce texte reste très actuel pour vous ?
Ouh la la ! Si j’ai décidé de le mettre en scène c’est parce qu’il est d’actualité, tristement d’actualité. J’aurai vraiment préféré ne pas avoir à le jouer, ça aurait été bon signe ! Mais l’élément déclencheur a été la loi du 23 février 2005 qui proposaient aux écoles et aux professeurs de présenter la colonisation sous un jour… positif. Il y a vraiment de quoi s’étrangler !
Vous déclamez les phrases du discours sur le colonialisme avec toutes vos tripes…
Césaire est un politique et un poète, un chanteur et puis un Nègre qui scande, qui a le rythme et pour qui la langue est musique, poésie, image. Et c’est aussi ça qu’il était pour moi important de rendre sur la scène…
Vous-même vous  scandez, vous slamez, vous rapez presque…
C’était l’intention. En lisant le texte, je me suis dit qu’il avait fait du slam cinquante ans avant… C’est un Nègre en littérature, en politique et en musique !
Viendrez-vous jouer ce spectacle aux Antilles ou en Guyane ?
On ne peut que le souhaiter On ne demande que ça. La Ville de Kourou a envoyé quelqu’un nous voir…

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 22:26
La télé tueFirmine Richard entre en scène, seule. Elle manipule sa télévision, puis, assise sur son récamier, télécommande dégainée, prête à zapper, elle s’adresse au public pour lui dire son amour des stars et de la télé. Voilà introduite la pièce de Rémi de Vos mise en scène par Greg Germain, Projection privée. Firmine fantasme le monde comme la télé le fantasme, le projette, au point de s’identifier à une héroïne de série télé. Son modèle est la télévision… Alors surgit Filip Calodat, son mari dont on hésite à dire qu’il est amnésique ou atteint d’Alzheimer… … Firmine semble être insupportée par ce mari léger et sa télévision lui est bien plus chère même quand Il rentre accompagné de Nathalie Coualy, sa maîtresse, sa conquête du soir. Après c’est du spectacle avec ses ressorts dramaturgiques, dramatiques… Firmine, digne de la grande Jacqueline Maillan, pour ce rôle de boulevard (en apparence) partage la vedette avec le poste de télévision. C’est ainsi que Filip  Calodat se retrouve dans une scène cocasse à dialoguer avec le zapping de la télévision. Et même quand elle daigne couper le son, Firmine n’y est pas. Si Philippe est amnésique, Firmine est devenue autiste avec sa télé ! Nathalie essaie d’apprivoiser Firmine et même, elles regardent ensemble un soap. « Brandon a épousé Brenda », apprend-on presque catastrophés ! On est entre les Feux de l’amour et Dallas ! C’est alors que le boulevard devient tragique et, dans sa folle perception du monde, Firmine (et là, c’est presque du Hitchkock !) commet l’irréparable…Greg Germain, à la mise en scène, dans son théâtre avignonnais de la Chapelle du Verbe incarné, a donné sa touche créole sur un texte écrit par un Chti… Pour le patron du festival Off, c’est presque une coquetterie — pour les autres — car pour lui, même s’il ne le dit pas, c’est essentiel.

Produit par le Grâce Art théâtre de Guadeloupe, la pièce est jouée en Avignon à 12 h15 à la Chapelle du Verbe incarné jusqu’au 2 août.

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 12:49
Mâ Ravan’ décroche la lune en AvignonSalle comble, tous les jours pour le théâtre du Talipot de la Réunion qui présente, cette année encore, à la chapelle du Verbe incarné, lieu d’accueil du théâtre d’outre-mer en Avignon, Mâ Ravan’. La mère tambour (la ravanne est le tambour indien) invoquée pour un rituel théâtral en hommage aux ancêtres qui ont fui l’esclavage. Le spectacle n’est pas encore commencé que déjà résonne dans le théâtre la litanie des noms des grands marons, des héros de la liberté. Eux tous, « ces grands rebelles » qui ont laissé leur nom aux montagnes et qui ont eu la main tranchée. « Hommes, femmes aux corps mutilés, je vous salue, je vous reconnais… Vous êtes reines, vous êtes rois. Je vous nomme ! » Ainsi débute et s’achève, par la voix de Thierry Moucazambo, Mâ Ravan’. Entre les deux, des corps, des voix, des danses et des musiques, des voix, des transes… C’est tout cela que le metteur en scène, Philippe Pelen Baldini, appelle un rituel de l’océan Indien. Pour l’exécuter, Thierry Moucazamba le Réunionnais aux racines multiples (Mozambique, Madagascar), José Njiva Andrianantenaina de Madagascar, Michaël Marmitte et Pascal Marie de Maurice. Chorégraphie et théâtre, scénographie et mise en scène, ce spectacle invite à la communion. « J’ai été très émue par la magie de la mise en scène et la force des corps » a écrit Maryse Condé sur le livre d’or après avoir vu la pièce en Avignon. Et quand certains se risquent à trouver le spectacle par trop folklorique, le metteur en scène répond d’un mot : Succès ! Après la création, l’an passé des Porteurs d’eau, jouée 700 fois avec un tour du monde, l’opéra de Paris et les plus grands festivals, Mâ Ravan’ qui entame sa carrière a déjà été vu par plus de cent programmateurs de spectacle venus découvrir l’histoire des grands marons de la Réunion. Les dates ne sont pas encore fixées, mais c’est sûr, en Guyane ou Martinique, le théâtre Taliipot y viendra !

à lire aussi, une critique de Eve Beauvalet de la revue Mouvement
http://mouvementavignon.wordpress.com/2008/07/28/%c2%ab-nouvelles-
frontieres-%c2%bb-ma-ravan%e2%80%99-par-philippe-pelen-baldini/

Mâ Ravan’, un récit dansé et chantéDans la première partie, les tambours viennent donner un rythme, le rythme mais aussi l’hira gasy, la tradition du théâtre malgache avec le bouffon et le conteur. Chauffent les tambours et le public, chauffent les esprits. La seconde partie s’ouvre sur les masques noirs. On rentre dans  les corps démembrés, dans le fond du drame, dans l’intime, dans le murmure et dans le cri, dans l’étouffement des corps mutilés qui recherchent leur unité. La dernière partie démarre avec des voix chamaniques, très fortes. Des voix inspirées des hauts plateaux malgaches… Le rituel de guérison commence avec des fleurs, avec l’encens, avec les conques, avec la danse. Les corps retrouvent leur intégrité, les mouvements leur fluidité…

Parole de danseurs
Pascal Marie : « C’est une recherche sur le corps où il y a à chaque fois un plaisir d’aller au plus profond de soi-même. A chaque fois, on découvre quelque chose de nouveau en nous-même. Une force, une puissance… C’est magnifique de faire ce qu’on fait, c’est un partage, un échange… »
José Njiva Andrianantenaina : « C’est physique mais on est soulagé après le spectacle. On est léger parce qu’on a  dégagé des émotions de l’amour, des messages… »

Ils ont dit
Jude Gibrien, programmateur du théâtre de la Vallée d’Yerres à Brunoy (91)
« C’est une pièce assez déconcertante, entre le récit cosmogonique et la fresque historique. C’est aussi une façon d’exorciser la souffrance qu’a connue cette région par rapport à l’esclavage. Les danseurs ont un fort potentiel artistique et physique, beaucoup d’énergie et d’endurance ! On est dans un registre à la fois très contemporain, très nouveau, un vrai nouveau souffle pour le théâtre et la danse. On est entre le profane et le sacré. »
Manuel Césaire, administrateur du CMAC (972)
« De la braise surgit le souffle. De la blessure surgit l’espoir. L’espérance du devenir, loin d’une mélancolie stérile, ou d’une violence vaine. Vous êtes les ouvriers de la construction d’une Nation équilibrée, consciente de ses racines et de ses ramifications nutritives. A travers cette mémoire transcendée, cette transmission nervurée des civilisations ancestrales, vous détenez vos armes… miraculeuses. »

Interview
Philippe Pelen Baldini, auteur, metteur en scène, chorégraphe, et Thierry Moucazambo, assistant dramaturgie et comédien.
« Un rituel pour chercher la force de vie »
Qu’entendez-vous quand vous présentez cette pièce comme une œuvre collective ?
Philippe Pelen Baldini : Au Talipot, on est dans la circulation d’énergie, dans la transgression des frontières, dans la recherche de filiation d’une île à l’autre, d’une rive à l’autre. Là, nous avons réuni des artistes, acteurs, danseurs, chanteurs, musiciens qui sont avant tout des passeurs qui témoignent de leur propre histoire. Ils viennent de la Réunion, de Madagascar ou de l’île Maurice. Je travaille aussi avec un assistant chorégraphe du Sri Lanka. Tout tourne autour de cette ravanne qui est le tambour commun de l’océan Indien. J’ai écrit et mis en scène ce spectacle, mais notre particularité est de partir de l’histoire de chacun, du corps de chacun. C’est pourquoi je dis que c’est une œuvre collective. Je travaille beaucoup par improvisation et les récits de chacun construisent ce spectacle.
Vous présentez le spectacle comme un rituel, le public communie-t-il avec vous ?
Philippe Pelen Baldini : Il y a une vraie communion… La représentation théâtrale est en soi un rituel, qu’il soit social ou sacré, on rassemble toujours les gens. Mais là, on insiste sur le terme de rituel parce qu’il y a cet hommage aux ancêtres marons  et aussi, il y a un itinéraire dans l ‘émotion, dans l’énergie, dans les cœurs mais il n’y a pas un récit particulier, ou un dénouement, un histoire, un texte… On insiste plus sur cette idée que les gens doivent un peu lâcher leur mental et leurs codes habituels pour  entrer dans une expérience de vie, de partage, autour de cette énergie, cette émotion développée par le tambour et toutes les émotions, toutes les âmes, toutes les histoires convoquées par le tambour.
Il y a toutefois une évolution puisque les noms, simplement dits au début, sont qualifiés à la fin…
Thierry Moucazambo : Oui, il y a une évolution puisque le rituel est là pour chercher la force de vie et non pas continuer vers une histoire morbide. Au fond de l’obscurité, on recherche la lumière. Dans ces noms, si on s’en rappelle, il y a des vertus qui continuent à nous mettre en mouvement aujourd’hui.
Philippe Pelen Baldini : Ces grands marons qu’on appelle  sont des grands êtres qui sont un peu les oubliés de l’histoire même s’ils ont donné leur nom à toutes les montagnes de l’île. En fait, il n’y a pas de célébration de ces marons là… Ca nous semblait important que les artistes qui sont aussi des médium, des passeurs se  souviennent de ces noms là et rechargent avec leur souffle et eux-mêmes se laissent réanimer à l’intérieur de leur corps par ces noms qui sont porteurs de force de résistance, de force de vie. Cette histoire a une résonance particulière dans l’océan Indien, mais ailleurs aussi, les gens sont bouleversés, touchés au cœur, touchés dans l’âme…
C’est une démarche qui rejoint celles de nombreux Antillais qui veulent honorer leurs ancêtres esclaves…
Philippe Pelen Baldini : Oui, mais notre démarche n’est pas historique, elle est organique, physique. On interroge l’origine au-delà de l’histoire. C’est cette origine qui nous met en mouvement aujourd’hui. Ce sont des forces de vie qui nous mettent en mouvement. Alors, c’est vrai qu’il n’y a pas d’histoire précise, mais il y a un itinéraire avec des étapes. Et c’est vrai que Thierry, à la fin, redonne la signification de ces noms qu’on n’a pas inventés !
Thierry Moucazambo : Mahavel est la forêt qui donne vie, Eva, la première esclave malgache, ou Laoussa qui siginifie d’où l’on revient pas…
Qu’est-ce qui fait que ça marche, selon vous ?
Philippe Pelen Baldini : Les gens sont touchés par l’amour et l’engagement qu’ils donnent. On n’est pas dans un histoire avec le poing levé et les cris. Ce sont les corps et derrière ça, l’issue poétique de la réconciliation qui est justement possible par ce qu’il y a l’accueil de l’histoire. Les corps racontent cela. Il y a un tel engagement et  une telle précision dans les chorégraphies et dans  les chants que les gens sont sensibles.
L'équipe de Mâ Ravan' du Théâtre Taliipot, devant une toile de Fédérica Matta, à la chapelle du Verbe incarné (RDG)

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