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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 06:25
Nicolat Hulot s'annonce aux Antilles

Nicolas Hulot s'engage sur les sargasses

Une fois encore, mercredi lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, les sargasses sont revenues au menu des débats. Cette fois, c'est la députée apparentée Modem qui a interpellé le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot pour regretter que "l'échouage massif des algues sargasse ne soit pas considéré comme une catastrophe naturelle face à la gravité et l'intensité nouvelle du phénomène". Elle a donc demandé au ministre Hulot de donner des précisions sur le plan sargasse sur lequel s'est engagé le gouvernement le 4 mai dernier. Elle a encore souhaité connaître la réalité des impacts sanitaires et environnementaux pour enfin demander au gouvernement  de reconnaître l'état de catastrophe naturelle.

Nicolas Hulot a admis que cette "invasion est une calamité supplémentaire dont les Antilles se seraient bien passé". Il a ajouté qu'en métropole, "on n'avait probablement pas pris toute la mesure". Nicolas Hulot a annoncé sa prochaine venue aux Anilles avec Anick Girardin, "dans les plus brefs délais". Le ministre a indiqué que face à ce phénomène, "il fallait gérer les urgences sanitaires, économiques, mais aussi préparer l'avenir..." Avouant que l'on ne possède pas toutes les explications du phénomène Nicolas Hulot a indiqué "probable" que cela sot lié au phénomène climatique. Il a rappelé l'envoi de matériel et d'une mission d'assistance de la sécurité civile pour appuyer les opérations de ramassage sur les plages et prévenir les risques sanitaires".  Le ministre a encore indiqué que le plan PULSAR serait finalisé d'ici la mi-juin. C'est lui ainsi que les ministres Girardin, Collomb et Buzyn qui pilotent la mise en oeuvre de ce plan. Une réunion du comité stratégique rassemblant ces ministres a eu d'ailleurs lieu hier matin à Paris. Le plan d'urgence locale en préparation instaurera, a expliqué Nicolas Hulot "une procédure réactive contre les échouages". 3 millions de crédits d'Etat seront alloués à ce programme, de même que l'ADEME doit lancer un appel à projet "pour au moins un million d'euros". Nicolas Hulot a enfin pris l'engagement que les dispositifs d'assurance publique et privée seraient adaptés à la situation.

FXG, à Paris

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 05:32
Marche du 23 mai

Une marche pour les ancêtres esclaves et contre le racisme

Il y a 20 ans, le 23 mai 1998, environ 40 000 personnes défilaient à Paris pour proclamer qu'ils étaient des descendants d'esclaves et fiers de l'être. A la suite de cette marche était créée par le professeur de médecine, Serge Romana, le "Comité de la marche du 23 mai", une association qui s'est fixée comme objet d'être un entrepreneur de la mémoire de l'esclavage.

C'est à la suite de cette marche que, en 2001, était votée la loi Taubira reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité. Et c'est à partir de la loi Taubira que furent instituées d'abord la journée nationale de commémoration de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, le 10 mai, puis la Journée nationale en mémoire des victimes de l'esclavage colonial, le 23 mai. Pour les 20 ans de la marche du 23 mai 1998, le CM98 a rassemblé un millier de personnes mercredi à Paris pour une marche silencieuse entre la place du Louvre, non loin du jardin des Tuileries où sera érigé le mur des noms des 200 000 esclaves affranchis en 1848, et la palce de la République où s'est tenue la fête de la Fraternité, "Limyè Ba Yo". "Nous battrons le pavé et le bitume pour dire ce qui fut et nous en souvenir, a déclaré l'ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira. Et pour combattre ce qui est. Car aujourd'hui encore, ici et ailleurs, on capture, on vend, on torture, on viole, on tue. Par préjugé et par cupidité."

Parmi les marcheurs, il y avait de nombreuses personnalités comme Jean-Marc Ayrault, président du GIP Fondation pour la mémoire de l'esclavage, Bernard Hayot, Jacob Desvarieux, Harry Roselmack, Claudy Siar, les anciens ministres des Outre-mer, Victorin Lurel et George Pau Langevin, ainsi que les parlementaires Thierry Robert et Jean-Hugues Ratenon pour la Réunion, Max Mathiasin et Olivier Serva pour la Guadeloupe et Gabriel Serville pour la Guyane. A noter aussi la présence d'une partie des actrices noires signataires de l'ouvrage "Noire n'est pas mon métier" (Le Seuil).

Cette marche voulait à la fois faire écho à la grande marche de 1998, mais elle a été l'occasion d'affirmer trois lmessages que n'a cessé de marteler Serge Romana : "Il est  insupportable de vivre dans un pays où prospère une des conséquences les plus hideuses de la traite négrière, de l'esclavage et de la colonisation : le racisme. Il est indispensable de rappeler qu'un Français n'est pas uniquement un descendant de Gaulois, blanc, chrétien et exclusivement Européen, et enfin il est essentiel de dire qu'une autre France dont toutes les filles et tous les fils seraient fiers, est possible."

FXG, à Paris

Commémoration à Oudinot

La ministre des Outre-mer Annick Girardin a planté dans les jardins du ministère, rue Oudinot, un arbre de la liberté, avant de remettre le prix de thèse décerné par le CNMHE à Rafael Thiebaud, pour sa thèse : « Traite des esclaves et commerce néerlandais et français à Madagascar (XVIIe – XVIIIe siècles) » ainsi qu'une mention spéciale à Hayri Göksin Özkoray, pour sa thèse sur la géographie du commerce des esclaves dans l'Empire ottoman et l'implication des marchands d'Europe occidentale.

Ils ont dit

François Vergès, ancienne présidente du CNMHE, participait à la marche du 23 mai 1998

"Je ne pense pas qu'au plus haut niveau des autorités, on n'ait pas encore réellement la compréhension de ce que ces siècles ont vraiment signifié pour la France, son histoire, sa culture, ses lois, sa philosophie... Tant que l'esclavage n'aura pas été compris comme on comprend ce que représente la Première guerre mondiale ou l'Occupation pour la France, il faudra continuer... La question du racisme est plus fortement dite par des personnes qui parlent à la télé ! C'est lié à un refoulement, une difficulté à comprendre, une peur, une confusion entre reconnaissance et repentance qui n'a jamais été demandée..."

Louis-Georges Tin, président du CRAN

"La date du 23 mai a été reconnue comme une date nationale, il faut par conséquent qu'elle soit célébrée. Cette année, c'est un peu particulier parce qu'il y a aussi l'enjeu de ce mémorial, un très beau projet du CM98 pour lettre en avant le nom des esclaves car il ne suffit pas de chiffrer le nombre de victimes. Chaque victime était une personne qui avait un nom, une vie et un avenir, parfois brisé... C'est aussi pour ce projet que je viens aujourd'hui."

Raphaël Gérard, député LREM de la Charente-Maritime 

"C'est le moment de commémorer une histoire qu'on a en commun entre l'Hexagone et les Outre-mer et qu'il faut enfin qu'on assume car c'est ce qui fonde notre héritage commun avec ses heures sombres et ses moments plus lumineux comme l'abolition et cette lutte pour les droits. Je viens d'un département qui a joué un rôle dans cette histoire avec un certain nombre de ports qui ont prospéré dans le commerce triangulaire. Il faut rappeler que toutes les personnes qui sont là n'ont aucune part de responsabilité dans cette histoire et en même temps, c'est ce qui fait qu'on est ensemble aujourd'hui."

Gabriel Serville, député GDR de Guyane

"C'est une marche pour dire à la face du monde à quel point nous dénonçons toutes les exactions assises sur des bases racistes et mercantiles qui ont nié et bafoué jusqu'à l'humanité de femmes et d'hommes réduits en esclavage. Si on ne fait pas attention à expliciter ce que sont les relents du racisme qui ont conduit à la traite négrière et à l'esclavage, dans quelques années, on pourrait se retrouver face à cette même barbarie. il est donc important de battre le rappel."

Eric de Lucy, membre de la fondation esclavage et réconciliation

"C'est un long chemin la réconciliation à partir d'une histoire aussi cruelle que celle-là... La France est le seul ancien pays colonialiste et esclavagiste à reconnaître l'esclavage comme crime contre l'humanité. Un nombre important de descendants de colons dont je fais partie, ont signé dès 1998 un manifeste reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité, avant même la loi Taubira. Ma présence veut simplement dire que nous sommes tous ensemble pour saluer et rendre hommage à la mémoire des esclaves, mais plus que ça, nous sommes tous ensemble pour faire reculer ce qui en France est encore une réalité, le racisme."

Thierry Robert, député Modem de la Réunion

"Si on veut savoir où on va, il faut savoir d'où l'on vient. L'histoire de la France a connu de sombres moments, mais ce n'est pas pour autant qu'on doit les balayer d'un revers de main, ne pas en parler et ne pas les commémorer. C'est comme si on décidait de ne pas commémorer le 8 mai ou le 14 juillet, ça n'aurait pas de sens. Voilà pourquoi je suis venu, pour marquer le coup."

Michel Reinette, journaliste et réalisateur

"J'étais l'un des initiateurs de la marche de 1998 et aujourd'hui, je reste debout pour que cette histoire soit enfin intégrée au roman national français, que ce ne soit pas une fête de nègres, de descendants d'esclaves ou de résistants mais qu'elle appartienne à tout le monde et qu'elle permette de témoigner au présent contre certaine dérive, le racisme, maladie étrange et durable qui laisse penser que quand on n'est pas blanc, on n'est pas tout à fait français... Dans l'arithmétique que nous avons avec la France, puissance coloniale, si moi dans ma tête je suis décolonisé, celui qui me colonise n'est pas décolonisé ! Nous sommes dans une démarche : Français à part entière sinon entièrement à part !"

Victorin Lurel, sénateur PS de Guadeloupe

"Ma présence est militante. Le combat a commencé il y a longtemps mais il reste actuel. On a obtenu la loi Taubira, mais également la loi Egalité et citoyenneté avec Patrick Kanner qui a abrogé la loi du 30 avril 1849 portant indemnisation des colons. On a obtenu l'abrogation également de l'ordonnance royale du 17 avril 1825 qui exigeait le versement d'une rançon de 150 millions de francs or par Haïti. On a aussi obtenu pour les associations la possibilité d'ester en justice lorsque la victime d'un acte de racisme ne s'oppose pas à la procédure... Il reste à obtenir que les statues de Colbert soient déboulonnées par exemple au Sénat comme à l'Assemblée nationale..."

Théo Lubin, militant du MIR

"On est là parce que la marche du 23 mai 1998 a été fédératrice et essentielle pour faire voter la loi Taubira en 2001, mais on est là aussi pour faire entendre notre discours et parler des réparations liées à l'histoire de l'esclavage. Le CM98 veut reconnaissance et réconciliation, pour nous, c'est reconnaissance + réparation = réconciliation."

Marijosée Alie, artiste

"C'est une piqûre de rappel et c'est la première fois que nous marchons côte-à-côte descendants d'esclaves et descendants de colons ! En vingt ans, il y a eu des avancées avec la loi Taubira, mais il faut que ça s'applique au quotidien, que toutes les formes de racisme, de ségrégation disparaissent. Ce n'est pas le cas. On dirait que dans la société française, sournoisement, il y a une espèce de banalisation de la notion de race, de différence... Une banalisation du "on peut tout dire". Je n'ai pas envie que mes enfants vivent dans ce monde là, il faut réveiller les consciences"

Greg Germain, comédien et militant

"Je suis un des fondateurs de cette marche du 23 mai 1998, un des premiers initiateurs de notre mémoire en France avec Serge Romana et Emmanuel Gordien. Et vingt ans plus tard, comme les trois mousquetaires, ça nous a plu de recommencer ! C'est aussi motivé parce que nous pensons que ça ne s'améliore pas, qu'il y a vingt ans la France était moins crispée... Il y a trois ans, on a traité une ministre de la justice de singe, que nos footballeurs, nos jeunes dans les banlieues sont sont perpétuellement accompagnés de cris de macaque... Des centaines de milliers de mes concitoyens sont discriminés lorsqu'ils cherchent un emploi, un logement parce qu'on les considère comme pas d'ici... Il faut expliquer à cette République par ces journées mémorielles que nous existons, que la France est aussi notre pays car nous l'avons enrichie. Ce pays est à nous ! Nous avons besoin de solidarité : Français n'est pas une couleur !"

Serge Romana, président de la fondation esclavage et réconciliation

"Il y a vingt ans, c'était un besoin sentimental et viscéral d'honorer pour la première fois nos parents. On a pris conscience qu'on ne les avait jamais honorés. C'était une quête qui nous a conduit nombreux dans la rue. A partir de cette question de la parentalité, on s'est rendu compte qu'il était possible de faire un travail auquel la grande majorité des Antillais était sensible. C'est ainsi qu'on a développé le travail de mémoire parce qu'on n'avait pas du tout prévu ça au départ. La question était comment inverser la balance du stigmate de l'esclavage, de la honte de l'esclave... En dehors de la commémoration, il fallait honorer des gens, mais il fallait d'abord les trouver. Alors on les a mis à l'honneur dans des livres, dans un mémorial des noms, dans des monuments à Sarcelles, Saint-Denis, Creil et Grigny. Nous avons ensuite passé une étape supérieure en les réunissant tous ensemble dans un lieu prestigieux, protégé, symbolique, aux tuileries. C'est un acte de réparation symbolique majeur, qui permettra d'inverser la honte qui pèse sur les descendants d'esclaves par rapport à leur histoire."

Olivier Serva, député LREM de Guadeloupe

"C'est un beau symbole après un combat collectif et incarné par un homme, Serge Romana. On a pu faire inscrire dans la loi que le 2" mai soit le temps de la mémoire des victimes de l'esclavage. Après vingt ans et une marche extraordinaire, nous nous projetons dans la mémoire pour l'avenir collectif, nous dire que nous sommes le peuple français métissé et que nous devons ensemble construire le vivre ensemble dans l'intérêt de tous."

Georges Pau-Langevin, députée PS de Paris

"Nous sommes partis d'une situation, il y a vingt ans, qui était assez revendicative à une situation présente où l'on affirme notre souhait de vivre dans la société et d'y vivre à égalité. Nous voulons que nos enfants vivent dans leur pays sans discrimination. Si on plante des monuments à Paris et dans les banlieues, c'est une manière de dire que nous sommes d'ici, que nous avons notre place ici et que nous allons tout faire pour l'occuper pleinement."

Audrey Pulvar, présidente de la FNH

"Je suis là pour rendre hommage à mes ancêtres, mes aïeux et aussi pour dire à mes descendants, à nos descendants qu'ils n'ont pas à rougir de leur histoire, au contraire ! Cette histoire de l'esclavage nous porte, elle nous construit, nous donne de la force et elle dit ce que nous avons à dire au monde. C'est particulièrement sensible dans le bassin caribéen qui est tellement symbolique et à l'image de ce que le monde est en train de devenir car le monde est une créolisation permanente, de plus en plus forte, de plus en plus grande. Ca fait peur à certains qui craignent d'être remplacés, mais la réalité, c'est que ça marche et la meilleure preuve en est la façon dont les sociétés caribéennes se sont construites dans l'héritage de l'esclavage."

Max Mathiasin, député Modem de la Guadeloupe

"Je crois que du point de vue de la marche vers l'égalité, la société française a régressé. Alors que le monde est ouvert, on n'a plus la même impression de fraternité qui régnait il y a vingt ans, la société se referme et les Noirs, les Antillo-guyanais en France sont les seuls à ne pas avoir trouvé leur place. Et quand vous ne trouvez pas votre place, vous avez tendance à être en marge et à cumuler les difficultés, les handicaps. On parle de la banlieue avec ses difficultés, mais c'est parce que nombre d'entre nous n'y ont pas trouvé l'égalité recherchée. Mais les choses ont bougé, des artistes ont créé, des associations se sont formées, les oeuvres d'art ont surgi pour rappeler au monde notre humanité."

Christiane Taubira

"Si nos sociétés sont plurielles, ce n'est pas juste parce que des personnes viennent mourir dans le fond la Méditerranée, même si ça fait partie de l'histoire de demain qui s'écrit aujourd'hui, c'est parce que pendant plus de quatre siècles et demi, les continents ont été entrelacés et qu'aujourd'hui, nous sommes tous membres de nos mêmes sociétés. Il est indiscutable qu'il y a des gens racistes, des gens qui ont des préjugés, qui ne travaillent pas les représentations dont ils ont héritées et qui concernent des réflexes. Elles n'ont pas la détermination de contester l'humanité des autres, mais ce sont des personnes qui peuvent être racistes par leurs réflexes, leur comportement. Nous les invitons à apprendre l'histoire, étudier la philosophie et regarder simplement les gens dans le blanc des yeux, comment ils sont, comment ils vivent. Ils s'apercevront que les personnes qu'ils méprisent ont d'immenses qualités individuelles !"

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 04:35
Christian Julien est Gérard, Irène Bicep est Léna

Christian Julien est Gérard, Irène Bicep est Léna

Frankito fait tourner sa pièce de théâtre en créole au péyi

Après une deuxième saison à l'Auguste Théâtre à Paris 11e fin avril, voici "Bodlanmou pa lwen" de retour en Guadeloupe pour une série de dates en communes.

Le mari, la femme et... la maîtresse ! Voilà réunis les trois ingrédients pour faire une bonne pièce de boulevard. Avec Christian Julien dans le rôle de Gérard et Irène Bicep dans celui de Léna, l'auteur guadeloupéen, Franck Salin, propose avec "Bòdlanmou pa lwen" de revisiter les éternelles histoires d'amour et de désamour à sa manière et d'abord en créole ! Car au-delà de nous narrer l’histoire d’une passion, Christian Julien et Irène Bicep offrent un regard intime sur le couple, une réflexion sur la difficulté qu’ont l’homme et la femme antillaise à dialoguer et à construire des unions stables. Un thème universel, ancré dans une langue et une réalité particulières. Pour soutenir le texte et les comédiens qui s'offrent entièrement dans une belle métaphore de tango argentin, Franck Salin est allé chercher deux compères guadeloupéens, le chorégraphe Max Diakok et le musicien Franck Nicolas.

Créé en 2005, le texte de Franck Salin alias Frankito (auteur de deux romans, L'homme pas Dieu et Le grand frisson) a été distingué par deux concours internationaux d’écriture théâtrales, Etc Caraïbe et Textes En Paroles.

FXG, à Paris

- Salle Robert Loyson (Le Moule), le vendredi 25 mai à 20h.
- Centre culturel Sonis (Abymes), le samedi 26 mai 2018 à 20h

- Centre culturel Gérard Lockel (Baie-Mahault), le mardi 29 mai à 20h

- Maison de la culture Gilles Floro (Gourbeyre), le mercredi 30 mai à 20h (sous réserves)

- L'Artchipel (Basse-Terre), le jeudi 31 mai à 20h

- Ciné-théâtre du Lamentin, le vendredi 1er juin à 20h.
- Memorial Acte (Pointe-à-Pitre) le samedi 2 juin à 20h.

- Salle Trait d'Union (Vieux Habitants) le dimanche 3 juin à 16h (sous réserves)

La tournée en Guadeloupe est organisée par le CEDAC 

Pour plus d'informations: Page Facebook "Bòdlanmou pa lwen"

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 04:26

Jupiter et l'Outre-mer selon Montaigne

A l'occasion de la première année du quinquennat d'Emmanuel Macron, l'institut Montaigne, réputé proche des milieux patronaux, de la droite républicaine et du président Macron lui-même, a publié un bilan de cette première année intitulé "Macron, les 12 mois de Jupiter". Le rapport d'avance rien qui ne soit pas déjà connu de ce côté-ci de nos mers, mais il éclaire sur le regard de l'Elysée. Ainsi Emmanuel Macron "place son action Outre-mer sous le principe de la responsabilité partagée afin de parvenir à une émancipation réelle des Outre-mer dans la République”. Cette ligne se distingue du postulat de “l’égalité réelle” promue par le CREFOM et défendue par Ericka Bareigts et le président Hollande dans la deuxième partie de son mandat. Il s'agit cette fois de "privilégier une voie propre à chaque territoire, qui rappelle l’objectif d’un développement endogène promu sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy avant que la crise des Antilles en 2009 n’impose une inflexion".

Le budget de la mission Outre-mer 2018 ne traduit pourtant pas d’inflexion notable et s’inscrit dans la continuité d’une action publique marquée par l’impératif de convergence et par la multiplication des dispositifs d’allègements fiscaux. Ceci s'explique par le fait que le président de la République avait prévu de consacrer l'année 2018 aux assises des Outre-mer, vaste consultation devant déboucher sur de nouveaux dispositifs fiscaux, économiques et sociaux. "Les choix décisifs ne sont pas encore arrêtés et bien des incertitudes demeurent", signale le rapport, en attendant l'adoption mi-juin du livret bleu outre-mer. La première année du quinquennat Macron a été marquée en Outre-mer par le lendemain de crise en Guyane, la quasi destruction de Saint-Martin et la crise à Mayotte. Dans ce contexte, "l’exécutif s’est efforcé de mettre en place des actions structurantes et un mode de gouvernance dans le cadre de délégations interministérielles".

Ce qui est intéressant et nouveau, c'est que l'institut Montaigne ait décidé de consacrer un éclairage sur l'Outre-mer, un volet de l'action publique que toute la presse nationale néglige. Cela avait même échappé au conseiller Outre-mer du Premier ministre trop habitué à ce que l'Outre-mer n'intéresse pas les think tank !

FXG, à Paris

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 06:31
Joël Kichenin, expert culinaire et ambassadeur de l'AECMC en Guadeloupe, Serge Fulgence, grand prix, et son épouse, Lyly, nominée dans la catégorie traiteur, et les deux sœurs du grand prix.

Joël Kichenin, expert culinaire et ambassadeur de l'AECMC en Guadeloupe, Serge Fulgence, grand prix, et son épouse, Lyly, nominée dans la catégorie traiteur, et les deux sœurs du grand prix.

La Guyane rafle cinq prix aux trophées de l'art culinaire créole

La 8e édition des trophées de l'art culinaire du monde créole ont été remis samedi soir à la mairie de Paris. Cette année, la Guyane était à l'honneur et si les cuisinières guyanaises officiaient pour le traditionnel diner gastronomique de gala, le jury a fait la part belle dans son palmarès à nos créateurs et promoteurs. Ainsi, le grand prix de l'art culinaire créole a été attribué à Serge Fulgence. "Je dois ce prix, explique-t-il à France-Guyane, à l'ensemble de mon action dans le secteur avec trois restaurants, une soixantaine de collaborateurs, une carte, des produits et créations exclusifs à partir de produits du terroir et une marque forte, "La Marinière". Mais je le dois aussi à mon engagement fort en direction de la formation et de l'intégration des jeunes, et encore la promotion par l'animation associée à la culture locale." En plus court, Serge Fulgence le dit ainsi : "J'ai la volonté de contribuer à faire de la Guyane une croisière culinaire !" Une invitation qu'il a lancé à toute l'assistance samedi soir.

Georges Garnier, président de l'académie de l'art culinaire du monde créole au pupitre avec les maîtres de cérémonie Eddy Murté et Celimène Dubois et Serge Fulgence.

Quatre autres prix ont récompensé des compatriotes. Ainsi, Johan Pardonipade, chef guyanais qui exerce au Maroc a reçu le prix talents coup de coeur by XLAirways. Katia Desprez a reçu un trophée d'honneur pour son travail au service de la promotion, la reconnaissance et la sauvegarde de l'art culinaire créole. Sarah Polonie a reçu également un trophée d'honneur pour son travail au service de la 4e édition des Journées goûts et saveurs de Guyane. Enfin, le grand prix d’honneur de l’académie de l'art culinaire du monde créole a été remis à Henri Cyrille. Chanteur et restaurateur avec sa fille Barbara, dans le quartier de Montmartre à Paris, il est l'ambassadeur parisien de la cuisine guyanaise. La surprise est venu du prix du Mérite créole qui avait pourtant été nominé dans la catégorie du trophée littérature gastronomique en la personne de Didier Béreau pour son ouvrage "Saveurs de la Guyane".

FXG, à Paris

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 06:23

Le plan Mayotte fait-il le poids ?

La ministre a présenté son plan pour Mayotte. Elle a annoncé 1,3 milliard sur 4 ans. Le plan présenté semble néanmoins cumuler des mesures qui font parties des dépenses annuelles récurrentes et habituelles de l’Etat avec celles qui sont des vraies mesures nouvelles. Le cas le plus frappant est celui des 500 millions pour l’éducation, qui sont les investissements pour l’essentiel que l’Etat aurait fait compte-tenu de la croissance démographique de l'archipel. Pour mémoire les dépenses annuelles de l’Etat pour l’éducation à Mayotte s’élèvent à 520 millions par an dont 80 millions en investissement. Les 500 millions d’investissement annoncés dans l’éducation ne représentent donc, au maximum, qu’un effort de 100 millions sur 5 ans, s’ils sont tous réalisés d’ici 5 ans.

Dans le domaine de la santé, sur les 200 millions annoncés pour le CHM, il n’y a en réalité que 28 millions qui sont de nouvelles décisions, car 172 millions avaient déjà été décidés en 2017 (voir la réponse de la ministre  de la Santé à Mansour Kamardine, député LR de Mayotte, en commission des affaires sociales de l’Assemblée, le 8 novembre 2017). Les mesures nouvelles à l’hôpital ne représentent donc que 15% de ce qui a été annoncé.

Le plan de 1,3 milliard cumule par ailleurs des investissements à court terme et d'autres à très long terme, alors qu’il est annoncé comme devant être exécuté d’ici la fin du quinquennat, c’est-à-dire d’ici 4 ans.

Ainsi au CHM, sur les 172 millions annoncés en 2017, 72 millions ne commenceront à être utilisés qu'entre 2020 et 2022 tandis 100 millions ne commenceraient à l'être, s’ils le sont, que dans 8 ans. Pour les 4 ans qui viennent les investissements réels ne représentent environ que 30% de ceux annoncés (mesures nouvelles et mesures précédentes comprises)...

Même chose avec les routes : 40 millions sur 110... Mais surtout, l’Etat n’a pas tenu compte des priorités des Mahorais qui étaient l'allongement de la piste de l'aéroport (200 millions), le 3e quai du port de Longoni (70 millions), le contournement (et non l'aménagement) de Mamoudzou (300 millions) et la protection du lagon (500 millions).

A y regarder de plus près, ce plan de 1,3 milliard sur 4 ans risque de se transformer en un plan à 200 ou 250 millions d’effort réel. Ca rappelle un peu la critique que font aujourd'hui les élus guyanais quant à l'application du plan d'urgence pour la Guyane, mais eux au moins, ils avaient reçu des excuses !

FXG, à Paris

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 05:29
Daniel Hierso fait partie des 25 personnalités du comité présidentiel des villes

Daniel Hierso fait partie des 25 personnalités du comité présidentiel des villes

Deux Martiniquais au comité présidentiel des villes

Le président de la République, Emmanuel Macron, réunira les acteurs de la politique de la ville et des habitants des quartiers prioritaires mardi 22 mai au Palais de l’Elysée. Auparavant, le chef de l'Etat aura procédé à l'installation du comité présidentiel des villes qu'il présidera. Il s'agit de 25 personnalités reconnues pour leur parcours et leur engagement auprès des habitants des quartiers. Il leur reviendra d'alerter le chef de l'Etat et de l’alimenter en propositions directement remontées du terrain, sans intermédiaires.

Parmi ces personnalités au profil aussi divers que l’humoriste et producteur radio, Yassine Belattar, le fondateur du collectif "Pas sans nous", Mohamed Mechmache, ou l'ex-candidate de la République en marche battue par Jean-Luc Mélenchon dans les Bouches du Rhône, Corinne Versini, on trouve deux personnalités en lien avec l'Outre-mer. La première, Laëtitia Nonone, fille d'un policier martiniquais et d'une mère marocaine, est fondatrice de l’association « Zonzon 93 ». La seconde, elle aussi martiniquaise, est Daniel Hierso, le président d’« Outremer Network », qui a ouvert la Station F aux start-up des outre-mer.

FXG, à Paris

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 04:44

Grand entretien - Aimé Charles-Nicolas, professeur émérite de  psychiatrie, est avec Benjamin Bowser, professeur émérite de sociologie à la Cornell university, Ithaca de New York, co-directeur de l'ouvrage, Esclavage, quel impact sur les psychologies des populations, qui reprend les actes du colloque tenu à Fort-France en octobre 2016 et que publient les éditions Desnel Campus.

"La hiérarchisation raciale est directement l'héritière de l'esclavage"

Voilà un ouvrage qui pose explicitement une question que la science avait omise... Pourquoi ?

Cet ouvrage a ouvertement posé cette question parce que, le plus souvent jusqu'alors, cette question était intuitive, à peine formulée. Et brusquement, elle est clairement posée, comme une autorisation de penser l'existence des conséquences psychologiques de l'esclavage.

Quelle a été la méthode employée et quels auteurs avez-vous sollicité ?

Nous n'avons pas voulu donner aux historiens seuls, pas plus qu'aux seuls psychologues le soin de répondre à la question de l'impact psychologique de l'esclavage sur les populations, nous avons donc croisé les savoirs des historiens, des psychiatres, des psychologues, des politologues, des économistes, des sociologues et même un anthropologue... Il était important d'avoir l'ensemble de leurs réponses pour enrichir le sujet. Il était important aussi que les psychologues deviennent un peu historiens et vice et versa !

Avez-vous cherché aussi à croiser les savoirs selon que les chercheurs sont de telle ou telle société post-esclavagiste ?

Nous avons réuni des chercheurs de Colombie, du Brésil, des Etats-Unis, de la Jamaïque, de Trinidad, ou des Antilles françaises parce qu'il était important d'avoir un point de vue international car les conséquences sont très différentes d'un pays à l'autre. Ca nous a aussi permis de tenir compte de quelque chose qui est un peu tabou chez les historiens, la dureté et la cruauté des esclavages en fonction des esclavagistes et des pays, selon qu'il s'agisse d'Espagnols, de Français, d'Anglais, de Portugais, de Belges... Les Belges sont arrivés après, mais ils nous ont permis de souligner la continuité entre l'esclavage et le colonialisme. Les exactions sont les mêmes ! Il y a eu beaucoup de mains coupées chez les Belges notamment. La déshumanisation est un dénominateur commun de l'esclavage et du colonialisme.

Quels sont les traits communs de ces esclavages de nationalités différentes ?

Le trait commun majeur, c'est l'humiliation, le déni d'humanité. Il y a eu des séparations de familles à coups de fouet, beaucoup de vexations, de frustrations, mais aussi le plaisir d'humilier, du sadisme et du sadisme sans possibilité d'en sortir...

Quels sont les principaux impacts que cette réflexion a dégagés ?

L'une des premières conséquences psychologiques de l'esclavage à laquelle on pense, c'est le racisme avec ses victimes et ses persécuteurs. Et on pense en particulier à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, en Virginie ou au Mississipi jusqu'à aujourd'hui où rien n'a changé ! Le racisme et l'esclavage lui-même sont palpables dans ces Etats du Sud... Il est aussi clair que les conséquences ne sont pas les mêmes chez tous les descendants d'esclaves et que certains s'en sont beaucoup mieux sortis que d'autres. Mais cela dit, c'est sûr que les Noirs restent en bas de l'échelle sociale. La transmission génétique du traumatisme psychologique de génération en génération a brusquement créé un vrai doute sur soi, une véritable interrogation et a permis de relier un certain nombre de traits, de comportements actuels à l'hypothèse d'une cause ancienne et à la persistance de cette infériorité.

Peut-on dire que l'acculturation liée à l'assimilation est un des impacts en question ?

C'est une problématique cruciale qui oppose nombre de chercheurs. Mais il est clair que les politiques d'assimilation de la France, mais également du Portugal, contrairement à ce qu'ont fait les Anglais qui ont maintenu distance et mépris au nom du respect de la culture de l'autre, ont laissé des traces... C'est donc à double tranchant...

Sur ce point précis, deux figures guyanaises se sont opposées, l'une pour réclamer l'assimilation, Monnerville, l'autre pour plaider sa propre culture et sa négritude, Gontran-Damas. Mais les deux ont agi pour dépasser leur condition de fils ou petits-fils d'esclaves... Comment l'expliquez-vous ?

C'est effectivement d'une part une conséquence directe de l'esclavage puisque l'un s'est approprié la négritude — black is beautiful — comme une oriflamme, et l'autre a eu à coeur de mettre en place une vraie résilience par l'assimilation de la culture française, puisque de toute façon elle avait été imposée et qu'elle faisait désormais partie du squelette psychologique, de l'armature même de sa pensée... C'était difficile de s'en départir. Ce sont deux stratégies qui ne sont pas à opposer en vérité puisque l'une est  peut-être la première étape de l'autre.

Cette réflexion a-t-elle permis d'évacuer certains poncifs ou idées toutes faites comme le comportement de l'homme antillais par rapport à la famille et aux femmes ?

Il faut interroger tous ces sujets, même si certains sont devenus des poncifs voire des affirmations non prouvées. Il faut néanmoins les prendre au sérieux. Nous avons essayé d'y répondre avec des éléments factuels, mais nous restons prudents parce qu'il faut remonter à des causes lointaines et nous n'avons pas forcément toutes les pièces du puzzle...

Qu'avez-vous constaté d'un point de vue économique ?

L'enrichissement est une dimension centrale car le moteur de l'esclavage est d'abord économique. Mais il a des retombées psychologiques importantes, il procure des bénéfices secondaires en plus des bénéfices économiques et psychologiques pour les esclavagistes que sont le sentiment de supériorité, de hiérarchisation, de racialisation. Ils peuvent ainsi arborer leur couleur blanche comme un privilège. Et puis sur le plan économique, on sait que l'esclavage a permis un enrichissement sans précédent de la société occidentale qui a profité non seulement aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à quasiment tous les pays européens, mais également à des poches de capitalistes au Brésil et même dans des pays à majorité noire. Dans ces pays, la richesse est détenue par des Blancs !

Les rapports sociaux sont encore aujourd'hui marqués par les stigmates de l'esclavage...

C'est sûr que le paternalisme n'est pas exclusivement une création de la racialisation puisqu'il y a eu des paternalismes dans les sociétés occidentales, mais il est certain que la racialisation a favorisé ce paternalisme, ce sentiment de supériorité et cette position de bienfaiteur qui reste très ambiguë avec des aspects très destructeurs pour l'estime de soi. Dans le paternalisme, il y a aussi une infériorisation, donc des conséquences négatives sur l'estime de soi.

Nos sociétés sont-elles capables de soigner ces stigmates psychologiques de l'esclavage ?

L'intérêt de cet ouvrage est qu'il ouvre des pistes de résilience. On ne pouvait évidemment pas rester sur une macération dans la souffrance. D'ailleurs, on peut dire que la motivation première, initiale de cet ouvrage était d'en sortir, pas de se complaire ! Il n'y a aucun masochisme dans notre démarche ; nous sommes d'en la perspective d'en sortir...

Pouvez-vous affirmer que la société actuelle va mieux ?

Bien sûr ! La résilience a commencé depuis l'esclavage et la résistance des esclavisés ! Toutes ces personnes réduites en esclavage avaient en tête, pour objectif de leur vie, la liberté ! Ils voulaient s'en sortir et devenir libres, devenir indépendants de cette habitation, de cette plantation pour devenir libres, libre de soi-même, de son corps et de sa pensée. Et aujourd'hui, nous pouvons maintenant nous atteler à la décolonisation des esprits. L'enjeu est désormais psychique. Il est évidemment économique, je n'en disconviens pas puisque l'on parle de nécessaires réparations, mais l'enjeu est surtout psychologique...

Comment voyez-vous les choses ?

D'abord : black is beautiful ! Tout ce qui a été fait pour changer le logiciel, redorer l'image du Noir... Maintenant que nous arrivons à un équilibre, il faut utiliser les contre-arguments scientifiques parce que cette racialisation a été fabriquée et confirmée par la science et tous ceux qui ont travaillé au XIXe siècle sur l'anthropométrie raciale... Même la génétique de l'intelligence a été utilisée pour justifier la hiérarchisation raciale, mais également sexuelle... Les Noirs comme les femmes et d'autres populations ont alors été considérés comme inférieurs aux mâles blancs. Il a fallu restaurer la vérité scientifique. Il faut maintenant que l'intériorisation de cette vérité soit faite comme on a restauré la culture, l'histoire, la pensée des esclaves dans tous les pays post-esclavagistes... C'est maintenant que le travail de résilience se fait et, bien entendu, il faudra que cette résilience trouve aussi son support sur un plan institutionnel, qu'elle soit enfin actée.

Ces questions intéressent bien sûr les héritiers de l'esclavage colonial, mais n'intéressent-elles pas aussi les héritiers européens de cette histoire ?

Nous n'avons pas minimisé l'impact psychologique de l'esclavage sur les populations européennes puisque la hiérarchisation raciale est directement l'héritière de l'esclavage. Avant le XVe siècle, la notion de blanc et de noir était fort peu pertinente. On connaît d'ailleurs très mal la couleur de peau de certains empereurs romains... Et aujourd'hui, il est clair qu'il y a, aux deux extrémités du fouet, une racialisation de la pensée de sorte que, chez les Européens, il y a l'héritage d'une certaine assurance, d'une certaine arrogance et de la conviction de la hiérarchie qui perdure et qui s'est même largement étendue ailleurs.

De la même façon que perdure un sentiment de victimisation chez l'héritier de l'esclave ?

Moins parce que l'oubli et le déni ont joué leur rôle protecteur et ce n'est que maintenant que l'on exige la liberté d'accès à la véritable histoire. C'est vrai aussi qu'il y a une intériorisation de cette infériorité. Ce racisme intériorisé, contre soi-même, existe et peut même conduire à la haine de soi. En tout cas, il conduit souvent à la haine de l'autre Noir qui porte la faute d'être noir... L'autodénigrement est répandu au même titre que le dénigrement de l'autre Noir dans une projection psychologique facilement compréhensible. Ce qui est intéressant aussi à voir, c'est que le refus de savoir qui était partagé des deux côtés, s'atténue du côté des Noirs, des victimes qui ne veulent plus se considérer comme victimes, qui refusent pour beaucoup d'entre eux cette victimisation. Ils relèvent la tête et soulignent l'importance des révoltes d'esclaves, des insurrections qui ont permis l'abolition de l'esclavage.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 05:41
170 ans de l'abolition de l'esclavage

La CGT DOM Ville de Paris célèbre l'abolition

Le collectif des DOM CGT de la ville de Paris a choisi de célébrer les 170 ans de l'abolition de l'esclavage en organisant une journée de tables rondes et de débats le 25 mai à la Bourse du travail, salle Henaff (29 boulevard du Temple ou 85 rue Charlot). La journée débute à 9 heures avec la projection d'extraits de documentaires sur Martin Luther King, la Nouvelle-Calédonie, l'abolition de 1848 et Aimé Césaire. Aussitôt après la première table ronde réunira Guy Numa et Christiane Rémion-Granel pour parler de MLK et d'Aimé Césaire.

A 11 heures, Me Joannes Louis animera la deuxième table ronde sur l'histoire, présent et avenir de la Nouvelle-Calédonie.

A 14 heures, débutera la 3e table ronde consacrée aux 170 ans la deuxième abolition de l'esclavage, la loi Taubira et le préjugé de race. Pour en parler et débattre, Serge Wasersztrum (libraire), Theo Lubin (Comité d'organisation du 10 mai), Suzanne Dracius (écrivain) et Me Joannes Louis.

La journée sera clôturée par Jules Bilon et Alain Derrien (organisateurs pour la CGT DOM Ville de Paris) qui feront une synthèse.

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 05:07

Conconne soutient le circuit Elisée et fâche Lucien Jean-Baptiste

La sénatrice PPM Catherine Conconne a rencontré lundi  14 mai à Paris Laurence Tison Vuillaume, directrice de cabinet de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, pour évoquer "la relance de la production culturelle de nos pays, dont les talents et les ambitions sont trop peu valorisés".

Dans le contexte de la grève de la faim du trompettiste de jazz guadeloupéen Franck Nicolas et, alors que l'agence de diffusion et de promotion des cultures d'outre-mer n'existe plus, Catherine Conconne a "proposé au ministère de la Culture, en accord avec le ministère des Outre-mer, la création d’un « workshop B to B » entre les artistes professionnels et les diffuseurs et producteurs nationaux, qui pourrait se tenir à l’automne prochain". 

Mais, paradoxalement, alors qu'elle assure que nos artistes peuvent  difficilement "vivre localement de la diffusion de leur oeuvre", Catherine Conconne vient carrément contrecarrer le combat d'un de nos rares réalisateurs martiniquais, Lucien Jean-Baptiste. En effet, elle affirme que la taxe spéciale additionnelle (TSA), prélevée sur les recettes des salles de cinéma, dont l'application à taux équivalent de l’Hexagone est prévue d’ici 2022 "représente un réel danger pour la survie de nos salles de cinéma". Cette affirmation a fait aussitôt réagir le cinéaste martiniquais qui se bat depuis des années pour l'application de la TSA en outre-mer. Il a déclaré à France-Antilles : "C'est tellement dangereux que le groupe Elisée construit un multiplex en Guadeloupe !"

"Un réalisateur antillais ne rapportera jamais d'argent à un producteur hexagonal"

Le réalisateur de La Première étoile souligne d'autant mieux ce paradoxe que dans le même temps, la sénatrice soulève la question de la libre circulation des œuvres artistiques et des artistes des territoires d’outre-mer, entre les DOM et l’hexagone, comme entre les DOM entre eux, ajoutant même : "Considérés sur le plan douanier comme des territoires d’exportation au même titre que les pays tiers à l’Union européenne, les territoires sont soumis à un régime qui les expose à des taxes spécifiques pénalisant de manière rédhibitoire la circulation de nos produits culturels". En matière de cinéma justement, la TSA n'est pas une taxe spécifique et permet de sortir les outre-mer du régime de l'exportation, défavorable à l'artiste et à son producteur. "Tant pis, ajoute Lucien Jean-Baptiste, nous n'aurons jamais de grand cinéaste, car un réalisateur antillais ne rapportera jamais d'argent à un producteur hexagonal !" L'espoir n'est pas pour autant enterré puisque le seul engagement de Laurence Tison Vuillaume est d'organiser "un événement à la fois symbolique et très concret, qui pourrait être un déclencheur de nouvelles dynamiques, pour des artistes qui n’attendent que cela: partager leur art".

FXG, à Paris

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