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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 05:29
Sébastien Lecornu

Sébastien Lecornu

Sébastien Lecornu,ministre des Outre-mer

« Je suis un ministre enraciné »

Que représentent les Outre-mer pour vous ?

Dans la vie, il y a parfois des hasards. En ce qui concerne ma nomination, je crois qu’il n’y en a pas : j’ai toujours eu une passion pour les territoires d’Outre-mer ! Lors de la passation de pouvoir, j’ai donné une explication de cœur. Quand on est amoureux, il n’y a pas forcément d’explication rationnelle. Je me sens bien en Outre-mer et j’y ai toujours eu beaucoup d’amis proches, et ce depuis le collège et le lycée chez moi à Vernon dans l’Eure. Et puis, quand j’ai commencé à faire de la politique, j’ai vu le caractère enthousiasmant - mais aussi complexe ! - des Outre-mer. Enthousiasmant parce que ça ouvre à tous les horizons du monde, à une histoire passionnante, mais aussi parfois douloureuse. Et puis, complexe, car il y a la réalité de la vie quotidienne en outre-mer : les questions de transport, de vie chère, d’emplois et de préservation de la nature face au dérèglement climatique… Quand on aime la République et la politique, au sens noble du terme, on aime l’Outre-mer. J’ai profondément envie de me battre pour améliorer les choses : soit pour mieux les protéger - la culture de chaque territoire, ou  la nature par exemple - soit pour les faire évoluer. Selon les cas, cela peut passer par des questions institutionnelles mais surtout par les questions économiques et d’emploi. Pour toutes ces raisons de sensibilité personnelle, j’ai la fibre outre-mer. Après, je ne suis pas un ultramarin, donc je n’ai pas la prétention de connaître ce qu’un Ultramarin peut connaître. Je formule donc avec humilité une requête en adoption auprès de nos concitoyens en Outre-mer !

Que vous ont demandé le président de la République et le Premier ministre quand ils vous ont proposé ce portefeuille ministériel ?

La demande claire, c’est de tenir la maison Oudinot et de donner le meilleur de moi-même pour l’ensemble des territoires ultramarins. Le président de la République m’a nommé là avec beaucoup de liberté. J’ai été secrétaire d’Etat à l’Ecologie, ministre délégué en charge des Collectivités territoriales et je vois bien que dans la manière dont il m’a nommé ici, puisque c’est vraiment lui qui l’a souhaité, il y a une dimension “domaine réservé” qui ne dit pas son nom. Emmanuel Macron a la fibre outre-mer, on l’a vu dans ses déplacements. Cela peut nous rappeler les déplacements du Président Chirac, mais ce n’est pas à moi de le dire… Je me suis rendu avec lui en Guyane, en Nouvelle-Calédonie où tous se souviennent de son discours au théâtre de Nouméa, aux Antilles… Il y a un attachement très fort d’Emmanuel Macron aux Outre-mer, et d’ailleurs aussi pour les Français d’Outre-mer qui sont sur le territoire hexagonal. Il n’y a pas un jour qui passe sans que nous n’ayons un échange direct avec le président de la République sur une question ultramarine. J’ajoute que le nouveau Premier ministre, élu local comme moi, aborde les différents dossiers avec un pragmatisme précieux. Tout cela montre l’implication très forte de l'exécutif.

On dit qu’un bon ministre des Outre-mer est celui qui gagne ses arbitrages à Bercy. Qu’en pensez-vous ?

C’est une vision des choses qui suggère que le ministre des Outre-mer serait un avocat qui viendrait défendre son dossier, parce qu’attaqué par les autres ministères... Je ne ferai pas partie des ministres qui tapent sur Bercy, c’est trop facile. L’Etat, c’est l’Etat et il n’y a qu’un seul gouvernement. Il y a des arbitrages qui sont obtenus, d’autres, parfois, qui ne le sont pas, et ce n’est pour autant que la question ultramarine sera minorée. Et puis si on ne regarde que les questions budgétaires, je commence déjà en mettant les pieds dans le plat : de l’argent oui, il en faut évidemment et ce gouvernement a déployé des moyens inédits pour faire face à l’urgence du sauvetage de notre économie et nous allons continuer dans le cadre du plan de relance. Mais, est-ce qu’aujourd’hui dans la France des Outre-mer, l’argent est la seule et unique chose dont nous avons besoin ? On s’en serait rendu compte ces vingt ou trente dernières années...Ce ministère est l’un de ceux où l’on rencontre le plus « les économies de constatation ». En clair, c’est de l’argent qui a bien été voté par le Parlement au budget, mais que le ministère ou ses antennes, préfectures, opérateurs de l’Etat, et bien souvent les collectivités territoriales, n’ont pas réussi à dépenser. C’est un ministère dans lequel, il y a beaucoup d’argent qu’on n’arrive pas à dépenser ! Cela devrait faire réfléchir collectivement chaque acteur.

Votre feuille de route ?

Il y a ce qui s’impose à nous et ce que l’on peut peut-être un peu forcer pour l’avenir. Ce qui s’impose à nous très clairement, c’est la question de la relance économique. La crise économique est là en France, elle est lourde pour la plupart des pays occidentaux. Elle est donc lourde avec des particularités et des spécificités pour chaque territoire d’Outre-mer. C’est un sujet qui va être très central dans mes premiers mois dans cette maison. A la fin du mois d’août, un plan de relance sera présenté au conseil des ministres…

Un plan spécifique outre-mer ?

Un plan de relance globale dans lequel je veux, non pas un plan de relance spécifique outre-mer, mais un plan de relance spécifique par territoires. Un territoire dont l’économie repose sur la pêche et l’agriculture n'obéit ni aux mêmes enjeux, ni aux mêmes instruments et outils de relance qu’un territoire qui est porté d’ordinaire par le secteur tertiaire et notamment le tourisme. Sans compter les cas de la Guyane ou de Mayotte où l'épidémie perdure plus longtemps qu’ailleurs.  Mais il y a plusieurs enjeux sur la manière de faire ce plan de relance. D’abord, il faut un chapiteau global, des mesures transversales, même s’il y a des spécificités. Le chômage partiel par exemple, on l’a fait partout ! Il faut ensuite avoir des plans taillés sur mesure qui correspondent à chaque territoire ; mais ça ne fonctionnera pas si les Collectivités territoriales ne sont pas avec nous, d’où la main que j’ai tendue aux élus locaux dès la passation de pouvoirs. J’ai été maire, président de Département, je suis toujours élu local, je me suis beaucoup investi sur les finances locales en outre-mer… Je vois bien que sans les Collectivités, ce sera voué à l’échec. Cela veut dire qu’il y a une responsabilité des élus, en confiance avec l’Etat dans les moyens qui vont être apportés, et cela dans un calendrier électoral que nous connaissons. Je suis là pour bâtir un plan de relance efficace et je souhaite que les campagnes électorales à venir pour les élections départementales et régionales ne viennent pas remettre en question la cohésion indispensable entre tous les acteurs. Le plan de relance passera par des mesures financières de différentes natures, tournées notamment vers la commande publique ce qui est indispensable pour certains secteurs comme le BTP. Il faudra donc hiérarchiser nos priorités sans oublier les engagements passés comme pour la construction d’équipements scolaires. Il faudra aussi stimuler des projets existants comme ceux qui sont dans les accords de Guyane par exemple.

Ceux du plan séisme Antilles aussi ?

Oui ! J’y ai mis beaucoup d'énergie quand j’étais secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Ce sont aussi les investissements pour l’eau en Guadeloupe. Ensuite, il y a les mesures d’accompagnement pour le secteur privé Il y aura aussi un enjeu sur le volet normatif pour assouplir des règles qui peuvent être des freins à la relance. C’est le sujet le plus délicat : si ces normes existent, notamment environnementales, c’est parce qu’elles correspondent à un besoin. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi non plus au nom de la relance. Là, j’ai besoin de l'ensemble des parties prenantes : des élus locaux, du monde consulaire, des ONG, des filières professionnelles, des syndicats agricoles, en clair de toute la société civile de chaque territoire ultramarin. J’ai demandé aux préfets d’être dans une très large animation dans leur territoire. Ils doivent travailler avec les élus, avec tous les acteurs y compris le monde associatif. Sans oublier les agents de la fonction publique qui doivent être complètement investis des enjeux de cette relance…

La situation est souvent tendue dans nos territoires, vie chère, poids de l’histoire, défaut d’emploi… Comment rendre la confiance ?

Je ne suis pas ultramarin, mais quand on aime les territoires d’Outre-mer, on aime leurs histoires et on cherche donc à les comprendre, dans leurs identités et spécificités. On respecte ce qui s’y passe, on doit être humble face à ce qui a pu s’y passer. Une fois que j’ai dit ça, la crise économique qui nous guette suite à la pandémie est inédite et, peut-être à bien des égards, violente. Elle n’est du fait et donc de la faute de personne : ce virus nous renvoie à plus de modestie devant la nature et notre condition d’être humain. Il y a deux manières d’aborder cette épreuve : soit en se divisant et en considérant que c’est toujours la faute de l’autre, soit au contraire, en se rassemblant et en faisant de cette crise une opportunité de transformation, en faisant en quelque sorte “du judo” avec celle-ci. Je n’y arriverai pas seul. Je serai ministre des Outre-Mer comme j’ai été maire ou président de Département. Ce pragmatisme, cet état d’esprit, doit permettre de créer cette confiance. 

Pourquoi vous présentez-vous aux sénatoriales alors que vous venez d’être nommé à Oudinot ?

Les Ultramarins qui nous lisent doivent savoir que je suis un enraciné, que moi aussi j’ai mon territoire, que je ne suis pas “hors sol” et que j’ai une légitimité parce que je suis un élu Je viens d’un milieu populaire. Ma mère était secrétaire médicale, mon père a passé son diplôme de technicien en cours du soir au CNAM. J’ai décidé de m’investir à un moment donné pour devenir maire de la commune où j’ai été scolarisé. Ce n’est pas parce que je passe un peu de temps dans l’Eure que je me désintéresse de l’Outre-mer. Je suis un ministre enraciné. Si le Président de la République et le Premier ministre le souhaitent, je poursuivrai ma tâche au gouvernement. Dans ce cas, le suivant de la liste que je mène siégera en remplacement temporaire au Sénat comme le prévoit la loi.

Quel sera votre prochain déplacement en Outre-mer ?

Sûrement la Réunion, puis les Antilles sans doute en septembre. Je vais, dès l’automne, instituer des déplacements assez longs, un format atypique qui va me permettre de poser mes valises une semaine sur un territoire. Je veux prendre du temps. Typiquement sur la relance, il faut prendre ce temps avec la société civile, le monde économique ; faute de passer à côté de quelque chose.

Vous avez fait allusion aux élections territoriales de 2021. Que dites-vous de la proximité des présidentielles ?

Je représente l’Etat et le gouvernement. Je serai toujours vigilant à ne pas être dans un rôle qui n’est pas le mien. Quand j’étais ministre délégué, je parlais aux maires de Marseille, de Paris, de Pointe-à-Pitre ou de Basse-Terre sans me préoccuper de leur carte politique. Quand j’ai dû traiter la question de l’eau aux Antilles, je n’ai pas regardé les sensibilités politiques des élus autour de la table. La République, ce n’est pas ça. Quel que soit l’acteur et ses opinions politiques, s’il a besoin de l’Etat et du ministère que je dirige, il me trouvera dans cette bienveillance. Mais je suis aussi là pour porter notre bilan, la parole gouvernementale de ce qu’Emmanuel Macron a accompli depuis trois ans pour le pays et de ce qui a été fait pour les Outre-mer.

Etes-vous plutôt Belle-Câpresse, Neisson ou Bologne ?

Je suis les trois ! La vraie question, c’est en fonction des moments. Ti punch et rhum blanc et à d’autres moments, c’est plutôt ambré. J’ai une belle collection de rhums à Vernon !

Soufrière ou Pelé ?

Je connais mieux la Soufrière.

Césaire ou Condé ?

Lycéen, ça a été Césaire et son Cahier d’un retour au pays natal que j’ai lu plusieurs fois. Cette oeuvre, que je n’ai pas pu comprendre dans sa globalité tout de suite, m’a profondément touchée.  J’avais 16 ou 17 ans et j’avais cette édition ocre que j’avais fini par complètement écorner tellement je l’avais relu dans tous les sens !

Gontran-Damas ou Monnerville ?

Je suis candidat aux sénatoriales dans l’Eure, à la fin du mois de septembre, donc Monnerville ! Mais parce que je viens de Guyane et que vous ne l’avez pas posé la question, j’ai une tendresse infinie pour Félix Eboué.

Kourou ou Toulouse ?

J’ai failli vivre à Kourou. Quand j’étais gosse, mon père qui travaillait à la SEP devenue SNECMA, puis Safran et Arianespace depuis, m’amenait voir les tirs retransmis en direct de Kourou à Vernon. La question s’était posée alors d’aller vivre à Kourou ce qui ne s’est pas fait…

propos recueillis par FXG

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 05:56
Prudence Ecoué (Martinique), Bernard Fontaine (Réunion), David Moueza (Guadeloupe) et Pierre Sebastien, le patron de Primevew

Prudence Ecoué (Martinique), Bernard Fontaine (Réunion), David Moueza (Guadeloupe) et Pierre Sebastien, le patron de Primevew

Ce que révèlent les rapports d’activité des commissaires aux comptes sur nos économies

Une étude du cabinet indépendant Primevew sur les entreprises dans les Outre-mer a été présentée le 8 juillet dernier aux députés de la délégation Outre-mer de l’Assemblée nationale.

Cette étude réalisée à la demande de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes a porté sur un million de rapports d’activité des commissaires aux comptes et experts-comptables dans tous les Outre-mer depuis 2016. Pour pouvoir comparer ce qui l’est, Pierre Sabatier, responsable du cabinet Primevew a établi préalablement cinq groupes de territoires. Le premier c’est Paris et sa région, le deuxième, ce sont les grandes régions, le troisième, dit intermédiaire, regroupe 43 départements dont la Réunion, le quatrième dit groupe des déclinants (au point de vue démographique) regroupe trente départements dont la Guadeloupe et la Martinique, et enfin, le cinquième groupe, dit émergent, n’est composé que de la Guyane et de Mayotte.La Guadeloupe et la Martinique se caractérisent, outre leur éloignement et leur démographie par un grand retard de formation et d’éducation qui les distingue de leur groupe de référence. Globalement, les dirigeants d’entreprises manquent de qualification. Si le niveau de rétention des diplômés (la fuite des cerveaux) aux Antilles est moins fort que dans leur groupe de référence, le taux de diplômés dans la population est insuffisant pour assurer le développement économique et améliorer le taux d’emploi. Ce dernier est inférieur de 14 % par rapport au groupe de référence. Avec un tissu entrepreneurial dispersé, les économies antillaises s’appuient, comme dans leur groupe de référence, sur le BTP, le commerce et les services publics. Quant à l’agriculture, contre toute attente, et à l’industrie, ce sont des secteurs atrophiés, notamment en termes d’emploi.

Si dans l’Hexagone, on compte 70 à 76 % d’entreprises sans salarié, ce taux est de 84 % en Guadeloupe, 81 % en Martinique et 79 % en Guyane. Cela entraîne une grande fragilité du tissu entrepreneurial, y compris pour les entreprises déjà structurées. Ainsi, les commissaires aux comptes ont relevé des inexactitudes ou des irrégularités, les contraignant à certifier les comptes avec réserves, voir à l’impossibilité de les certifier, pour 6 % des entreprises en Guadeloupe, 8, 1 % en Martinique, contre 5 % dans leur groupe de référence.

20 à 25 % de l’emploi est dans le secteur informel

Cette étude a aussi permis d’y voir plus clair sur le secteur informel. Grâce aux données collectées, Primevew est parvenu à l’estimer pour mesurer le manque à gagner en termes de business et de recettes fiscales. Ainsi, en Guadeloupe, le secteur informel représente 23 à 25 % de l’emploi, en Martinique, c’est 19 à 20 %. En revanche, l’étude n’a pu l’estimer pour la Guyane.

Le rapport observe encore que les conditions de financement des entreprises sont dégradées dans tous les Outre-mer. La rémunération réclamée par les banques est supérieure à celle de leur groupe de référence, soit une prime de risque plus élevée. Le manque de crédibilité financière de nos entreprises est aussi une spécificité ultramarine.

Prudence Ecoué, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Fort-de-France, et David Moueza, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Basse-Terre qui ont contribué à ce rapport, sont intervenus lors de cette présentation pour rappeler la nécessité d’un suivi et d’un contrôle des entreprises alors que dès 2021, les seuils en termes de chiffre d’affaires, de bilan et d’effectifs, rendant obligatoire la certification comptable, ont été relevés. Cela devrait contribuer à renforcer ce que Pierre Sabatier a appelé une « discrimination de traitement en termes de données sur les territoires ».

FXG

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 09:49
Le palais d'Iena, siège du CESE (photo : CESE)

Le palais d'Iena, siège du CESE (photo : CESE)

Le CESE se penche sur le chômage outre-mer

Le CESE propose de renforcer les statistiques de l’emploi outre-mer, de renforcer le nombre des apprentis en CFA comme celui des volontaires du SMA et d’évaluer les dispositifs d’exonération de charges sociales.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté, le 24 juin dernier, un avis sur « la prévention et la réduction du chômage de longue durée dans une perspective d’action territoriale ». Cet avis met l'accent sur la dimension territoriale du chômage de longue durée et concerne, à ce titre, tout particulièrement les territoires ultra-marins où un ménage sur trois est touché, entraînant des conséquences massives en termes d’inégalités sociales, de pauvreté et d’exclusion. La durée du chômage y est aussi trois fois plus longue en moyenne que dans l’Hexagone et la part des demandeurs d’emploi de longue durée dépasse de plus de dix points la moyenne nationale, ce qui traduit une difficulté structurelle liée à l’employabilité d’une partie importante de la population active. Pour tenter de remédier à cet état de fait, la délégation à l’Outre-mer du CESE, présidée par Jean-Etienne Antoinette, a porté sa contribution incluant plusieurs recommandations au sein de cet avis.

Evaluer les dispositifs d'exonération des charges

Michèle Chay, Conseillère confédérale de la CGT, vice-présidente de la section du travail et de l'emploi et rapporteure sur ce volet du texte pour la délégation outre-mer propose la réalisation d’enquêtes statistiques détaillées régulières et l’intégration systématique des données ultramarines aux niveaux national et européen, afin d’accroître la visibilité de ces territoires, actuellement laissés pour compte au sein des données de Pôle emploi et l’INSEE, d’augmenter du nombre de centres de formation des apprentis et leur mutualisation en construisant des filières par territoire pour accueillir les apprentis et demandeurs d’emploi à proximité, d’analyser les besoins de recrutement locaux sur la base d'une gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences, d’intégrer au moins un territoire ultramarin parmi le groupe de régions qui sera sélectionné par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) pour l'évaluation du plan d’investissement dans les compétences (PIC), de faire encore monter en puissance le service militaire adapté dans les territoires où la demande est émergente, en particulier en Guyane, à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie, et enfin de faire évaluer par une instance indépendante l'efficience des dispositifs d'exonération de cotisations sur les emplois francs, et le cas-échéant, de mieux définir le ciblage de ces aides au regard de secteurs stratégiques pour chaque territoire. Cet avis a été demandé par le Sénat.

FXG

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 05:23
Michel Magras dont c'est le dernier mandat de sénateur préside la délégation Outre-mer du Sénat

Michel Magras dont c'est le dernier mandat de sénateur préside la délégation Outre-mer du Sénat

Les sénateurs veulent parer à l’urgence économique en Outre-mer

La crise économique attendue après la crise sanitaire s’annonce « dévastatrice » en Outre-mer, les sénateurs déclinent 60 propositions pour y parer.

« Crise dévastatrice », c’est avec cette formule que débute le rapport que la délégation outre-mer du Sénat a adopté vendredi 9 juillet. Face à l’« urgence économique outrre-mer », les sénateurs estiment qu’il faut cibler le plan de relance sur les six secteurs leviers que sont le transport aérien, le BTP et le logement social, l’agriculture et la pêche, le numérique et le tourisme. Pour le secteur aérien, ils plaident pour la mise en place d’« un fonds de soutien d’urgence » et, pour préserver la trésorerie des compagnies aériennes, la création d’un « fonds de garantie de l’État » pour assurer la solvabilité des bons à valoir en cas d’annulation des billets. Seule la relance de l’aérien permettra le redémarrage du tourisme. « À partir du 10 juillet, indique le rapport, le test PCR avant départ deviendra obligatoire pour l’entrée dans les territoires ultramarins. Alors que les tests sont encore très difficiles à obtenir… » Si les sénateurs reconnaissent que la saison des grandes vacances est foutue pour ce qui concerne les touristes internationaux et métropolitains, ils comptent sur le tourisme local, régional et affinitaire. Ils recommandent donc qu’un dispositif de chèques vacances soit mis en place pour renforcer les échanges touristiques au sein d’un même bassin régional. Mais surtout, et notamment aux Antilles, « la sortie de crise doit être une opportunité pour accompagner le tourisme ultramarin vers un modèle de tourisme durable ». Ca veut dire développer un écotourisme responsable, avec des hébergements diversifiés, des séjours plus longs et plus qualitatifs.

Sortie de crise entre 2021 et 2030

En ce qui concerne le BTP, la reprise d’activité s’accompagne d’importants surcoûts que ni les entreprises ni les maîtres d’ouvrage (collectivités et bailleurs sociaux) ne peuvent assumer. Le rapport propose que les crédits non consommés de la ligne budgétaire unique (LBU) soient consacrés à la prise en charge de ces surcoûts. Il s’agirait encore de faciliter les formalités de passation de marchés, d’alléger les obligations de publicité et celles de régularité sociale et fiscale. Mais d’abord, le plan logement outre-mer établi en 2019, tout comme le plan séisme Antilles, doit voir son déploiement accélérer : « Sa phase opérationnelle doit être lancée dès septembre 2020 afin d’en ressentir les premiers effets d’ici septembre 2021. »

En dernière partie le rapport propose de construire « un modèle  de développement plus résilient ». Ca veut dire soutenir les agriculteurs et les pêcheurs à atteindre l’objectif d’autonomie alimentaire des territoires, utiliser le numérique comme un outil de résilience. Il faut donc faire les investissements nécessaires pour la couverture des zones isolées et, au-delà faciliter l’accès à la formation aux usages du numérique tant l’illectronisme - c’est à dire la difficulté ou l’incapacité à utiliser les outils numériques - touche probablement plus encore les outre-mer que l’Hexagone. Pour développer les emplois d’avenir, le rapport recommande de faire des outre-mer des zones franches numériques.

Enfin, la crise a rappelé les défaillances en termes de gestion de l’eau et d’assainissement. Le plan Eau Dom lancé en 2016 qui prévoit des investissements sur le long terme pour remédier à ces carences, doit être mis en œuvre dans les meilleurs délais.

Les sénateurs, évoquant la sortie de crise, ont cité une fourchette de temps allant de la fin du deuxième semestre 2020 à 2030.

FXG

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:51
Photo France-Antilles

Photo France-Antilles

Ex-préfet de la Martinique, Fabrice Rigoulet-Roze nommé dircab du ministre de l’Agriculture

Fabrice Rigoulet-Roze, ancien préfet de la Martinique, puis de la Charente-Maritime, est le directeur de cabinet de Julien Denormandie, le nouveau ministre de l’Agriculture. Cet énarque (promotion Victor Schoelcher) était déjà le directeur de cabinet de Julien Denormandie, ministre chargé du logement dans le précédent gouvernement. Il a aussi été directeur de cabinet de Victorin Lurel, puis de George Pau-Langevin quand ils étaient ministre des Outre-mer. Les quotas de rhum, la question de la diversification agricole outre-mer, de la banane et de la canne, comme les lobbyistes d’Eurodom n’ont aucun secret pour lui.

FXG

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 15:44
France Ô à Malakoff (92)

France Ô à Malakoff (92)

Bachelot confirmera la fin de France Ô dans quelques jours

C’était à l’occasion du grand entretien de la matinale de France Inter, le 9 juillet dernier que la nouvelle ministre de la Culture a confirmé que le clap de fin pour France Ô retentirait le 9 août prochain. Roselyne Bachelot a déclaré : « Je crois que la question est résolue. Finalement, on était arrivé à une sorte de confinement de l’Outre-mer sur le service public de l’audiovisuel et l’Outre-mer doit participer à l’ensemble de l’audiovisuel public. » Seule France 4 sera peut-être sauvée parce que, a déclaré la ministre, « le service a été remarquable. » Décision finale dans quelques jours.

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 10:12
Lecornu s'installe rue Oudinot

Passation de pouvoir au ministère des Outre-mer

Sébastien Lecornu a pris ses nouvelles fonctions rue Oudinot, mardi à 11 heures. S’il a beaucoup été question de la Covid19 en Guyane dans ses premières déclarations publiques, il a évoqué l’eau potable, la gestion des déchets et le souvenir de la catastrophe Irma…

Dans la cour du ministère des Outre-mer, devant le personnel administratif et son cabinet, Annick Girardin a d’abord prononcé son discours d’adieu : « C'est une grande émotion de partir après trois ans passés dans ce ministère, trois ans de travail de réflexion mais surtout d'action. (…) Les Outre-mer sont éloignées mais pas oubliées. » Annick Girardin a aussi évoqué « des souvenirs très forts, mais pas très heureux, Irma à Saint-Barthélemy et Saint-Martin, une catastrophe jamais vue », avant de céder la parole à son successeur. Premier non-ultramarin nommé aux Outre-mer depuis 2008, le jeune ministre (36 ans) a rappelé qu’il était d’abord un élu local et qu’il s’était beaucoup investi sur l’Outre-mer quand il était secrétaire d’Etat à la Transition écologique. Parlant par deux fois de « l’eau potable en Guadeloupe » et une fois de « la gestion des déchets », Sébastien Lecornu a déclaré : « Je ne découvre pas ces sujets. » En revanche, pas un mot sur les sargasses… Il est vrai que le dossier prioritaire que lui a laissé Annick Girardin est la gestion de la crise sanitaire en Guyane, territoire qui pourrait faire l’objet de son premier déplacement, même si rien n’est encore fixé.

Faisant écho à la ministre partante, Sébastien Lecornu est revenu sur l’ouragan Irma, à la suite duquel il avait accompagné le président de la République à Saint-Martin et Saint-Barthélemy : « Dès les premiers jours (du quinquennat, ndlr), nous avons traversé la catastrophe Irma. La catastrophe des catastrophes. » Globalement, au sujet de son nouveau portefeuille, il a évoqué un « ministère du temps long avec la transition écologique » et surtout un « ministère des situations de crise ». Et pour tâcher de convaincre qu’il était the right man, il a déclaré : « Je ne viens pas de l'Outre-mer mais j'ai la légitimité du cœur ! » Pourvu qu’il aime le rhum et qu’il nous remette l’eau !

FXG

Gustin, nouveau dircab

Le préfet de Guadeloupe, Philippe Gustin, ex délégué interministériel à la reconstruction de Saint-Martin après Irma, ex-directeur de cabinet de Sebastien Lecornu lorsqu'il dirigeait le département de l'Eure, ex-ambassadeur de France en Roumanie, mais également ex-préfet de Mayotte en 2001-2002, va quitter le palais d'Orléans à Basse-Terre pour diriger le cabinet du nouveau ministre.

La crise sanitaire en Guyane, priorité de Sébastien Lecornu

La crise sanitaire en Guyane est le dossier sur le haut de la pile qu’a laissé Annick Girardin en partant sur son bureau à son successeur Sébastien Lecornu. Et les premières déclarations publiques du nouveau titulaire du portefeuille des Outre-mer ont été pour la Guyane : « Les premiers enjeux sont les territoires où le virus circule encore : la Guyane et Mayotte. La crise économique que nous vivons doit nous inciter à réfléchir et à travailler différemment. Les enjeux sont aussi écologiques : en Guyane, dans la forêt, dans les îles, dans la mer. Il faut réinventer le « en même temps » et faire du développement économique en même temps que la transition écologique. »

La nomination du préfet Patrice Latron comme directeur de crise, samedi, a été d’ailleurs un des premiers actes du nouveau gouvernement avant même que les ministres ne soient nommés. C’est qu’il y avait urgence. La directrice de l’ARS, Clara de Bort réclame depuis des semaines des renforts pour la Guyane mais elle n’a pas beaucoup été entendue. La situation est devenue catastrophique et tout le monde, même la ministre Annick Girardin, lors de son passage le 22 juin dernier, criaient au secours ! Elle concédait même ne pas avoir encore de réponse gouvernementale à apporter, avant de « voir avec le ministère de la Santé pour prendre une décision ». Pourtant la même ministre s’était publiquement agacée de la réponse faite par l’ARS sur son manque de moyens, laissant la    fâcheuse impression que c’est l’ARS la responsable… Une semaine plus tard, le 30 juin, Annick Girardin, à l’Assemblée nationale, regrettait encore le manque de ressources humaine pour faire face à la crise de la Covid-19 en Guyane et lançait un appel aux soignants : « Plus de 100 soignants sont déjà arrivés depuis la semaine dernière mais il manque encore 200 volontaires. »

Et ce n’est que le 4 juillet qu’un directeur de crise a été nommé… Le ministère des Outre-mer ne figurait même pas sur ce communiqué de presse. Seuls l’Intérieur, la Santé et les Armées étaient mentionnés… Alors, mardi dans la cour d’Oudinot, au moment de défendre son bilan, Annick Girardin est rapidement passée sur la nomination de Patrice Latron. Au moins, a-t-elle pu nous apprendre que ce dernier allait « partir dans quelques heures », ajoutant encore : « C'est de moyens que la Guyane a besoin. »

Sébastien Lecornu a décidé de ne pas perdre de temps puisqu’il a annoncé mardi après-midi, sitôt après le conseil des ministres, une réunion de crise consacrée à la Covid-19 en Guyane. Au lendemain de cette passation de pouvoir, le Premier ministre Jean Castex a annoncé qu'il se rendrait dimanche 12 juillet en Guyane.

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 09:58
Tout simplement Noir - Interview de Jean-Pascal Zadi

Le film de Jean-Pascal Zadi, « Tout simplement noir », sort ce mercredi dans les salles. Rencontre avec un réalisateur qui pose avec humour la question : qu’est-ce qu’être Noir et Français aujourd’hui ?

« Nous ne sommes que des êtres humains »

Vous attendiez-vous à l’événement que provoque la simple annonce de la sortie de votre film ?

Pas du tout ! J’ai commencé à écrire ce film en 2015 parce que je voulais raconter ma condition de Noir et de Français. Il y a tellement peu de trucs qui décrivent cette condition… Je ne voulais pas faire un film politique et, avec les événements, c’est devenu politique.

L’humour est donc aussi un vecteur politique ?

Bien sûr ! L’humour est un très bon vecteur mais pas que pour la politique, pour tout ! L’humour permet de faire passer des messages à condition que ce soit fait de manière intelligente. C’est ce que nous avons essayé de faire avec « Tout simplement noir ». On avait un message à faire passer, une question à poser : qu’est-ce que c’est le communautarisme ? qu’est-ce que c’est d’être Noir et Français ? On avait tout ça à mettre sur la table et après, on a essayé de le dire de façon marrante.

La plupart des acteurs du film jouent leur propre rôle, comment avez-vous fait votre casting ?

Il y avait un axe narratif principal avec le héros qui veut organiser une marche et, à l’intérieur de cet axe, il y a des thématiques que l’on a voulu aborder, parmi celles-ci le fait d’être une artiste noire qui joue avec les clichés pour Claudia Gbagbo, le métissage pour Eric Judor… On a choisi les thématiques et après, on a inséré les comédiens, on n’a pas fait l’inverse. On les a choisis en fonction de ce qu’ils avaient à défendre. Dans la rivalité Afrique/Antilles, on a choisi Fabrice Eboué pour l’Africain et pour le mettre en face, on a pris Lucien Jean-Baptiste parce qu’il fallait quelqu’un qui ait du répondant !

Quand vous préparez votre film, c’est le moment où Aïssa Maïga initie cet ouvrage collectif, « Noir n’est pas mon métier ». Cette démarche vous a-t-elle interpellé ?

On sait très bien qu’existe dans le cinéma français une situation de monopole dans le sens où c’est toujours le même type de profil qui raconte les histoires. C’est difficile d’être en désaccord avec « Noir n’est pas mon métier » ! Quand il y a un livre qui sort et qui dit qu’il n’y a pas assez de Noirs dans le cinéma français, ben oui, ça me parle ! Après, ce sont des actrices qui l’ont fait à leur manière, mais c’est à peu près le même discours que le mien.

Est-ce qu’il vous a été facile de monter ce film ?

Ca a été très dur… Quand j’ai commencé à le proposer à des sociétés de production, certains m’ont dit : « Les Noirs, ça n’intéresse personne. » D’autres m’ont dit que je ne correspondais pas au profil de réalisateur, que je n’étais pas sérieux. Maintenant, faut qu’on m’explique ce que c’est qu’un prof de réalisateur sérieux ! Je me suis fait envoyer balader plein de fois, mais je n’ai pas lâché, j’ai continué…

Qu’est-ce qui a fait que ça a marché ?

C’est comme tout dans la vie, c’est la bonne rencontre au bon moment. J’ai rencontré Gaumont par l’intermédiaire de Fabrice Eboué et quand je suis arrivé dans leurs bureaux, eux, ça ne leur a pas semblé incongru de parler de cette identité noire française. Ils ont tout de suite compris et ils ont dit oui. Mais, c’est la bonne rencontre au bon moment, c’est le hasard.

Quand le vaste mouvement antiraciste a démarré après la mort de Georges Floyd, avez-vous pressenti l’accueil que le film pourrait recevoir ?

Pas du tout ! Quand j’ai vu la mort de Georges Floyd, j’étais pétrifié par les images. En fait, je n’ai même pas pensé une seconde au film. Ce sont les gens qui m’ont dit : tu te rends compte la concordance… Moi, je ne pensais pas au film. J’étais tellement dans l’émotion. Parce que la police, ici, pour un Noir dans la société occidentale, ça fait vraiment partie de mes vraies angoisses. La mort de Gorges Floyd m’a ramené à moi-même, à ma condition de Noir. Beaucoup de gens disent que les Etats-Unis, ce n’est pas la France, mais il se trouve qu’Adama Traoré et d’autres sont morts entre les mains de policiers et que la justice n’a pas condamné les fautifs. Donc, ça m’a ramené à ma condition, je ne pensais pas au film.

Avez-vous souvent été contrôlé par la police ?

Oui, quand j’étais plus jeune, je me suis fait contrôler par la police, mais ça fait partie du quotidien des Noirs en France, dans les quartiers pauvres, on va dire. Et vu que je suis pauvre et que j’ai vécu dans les quartiers pauvres… Il ne suffit pas d’être un délinquant, ça fait partie du lot, comme si c’était toléré.

Dans quels quartiers avez-vous vécu ?

J’ai vécu près à Caen, à Ifs, près de Caen. J’ai dix frères et sœurs, ma mère était femme de ménage et mon père un entrepreneur raté… Et finalement, ma situation de pauvre Noir m’a conditionné. Quand j’étais jeune, je ne sortais jamais sans ma carte d’identité alors que mes amis blancs ne la prenaient pas, ils s’en foutaient. Pour moi, c’était obligé de l’avoir parce que sans cette carte d’identité, il n’y avait aucune garantie que je puisse finir ma journée tranquillement.

Comment êtes-vous devenu artiste ?

En suivant mon instinct ! Uniquement mon instinct… Et en essayant de choisir la vie que je voulais. Je voyais beaucoup de gens autour de moi qui subissaient la vie quand j’étais jeune. Je me suis toujours dit que je n’avais pas envie de subir ma vie quand je serai grand, mais que j’avais envie de la choisir. Alors, j’ai commencé par le rap comme tout Noir en France ! j’ai fait du foot d’abord, ça a été un échec cuisant, après j’ai du rap, ça a été un échec doublement cuisant… Mais grâce au rap, parce que j’avais monté un petit label, fabriqué des CD, payé le studio, essayé de vendre les CD, tout ça m’a montré la voie de l’entrepreneuriat et c’est grâce au fait d’avoir entrepris dans le rap, fait des T-shirts, que je me suis dit que je pouvais entreprendre. Et grâce au rap, je suis arrivé à l’image. Après avoir fait mon disque de rap qui a été un échec, j’ai fait un documentaire sur le rap, Des halls aux bacs, qui a aussi été un échec. Après, j’ai fait trois films autoproduits, African gangsters, Cramé et Sans pudeur ni moral, et c’est là que j’ai pris conscience que j’étais capable de choisir ma vie, grâce au rap.

Comment êtes-vous venu à la comédie ?

Comédien, acteur, tout ça, ce n’était pas du tout le chemin qui m’était proposé quand j’étais jeune Noir en France. Les seuls modèles que j’avais en face de moi, c’étaient les footballeurs et les rapeurs. Et finalement, je suis arrivé à la réalisation par le rap, et par la réalisation, je suis devenu acteur. Mais à aucun moment, je ne m’étais dit que j’allais devenir acteur. Je ne me voyais pas dans la télé en général. Je voyais les Américains, mais les Américains, c’est une autre planète ! Rapporté ça à ma condition de Noir français, je n’étais pas prêt.

Comment les Français blancs peuvent percevoir votre film ?

Franchement, c’est une autre question ! J’en n’ai aucune idée et ça ne me concerne pas du tout. Ce film, j’ai essayé de le faire le plus honnêtement possible, le plus sincèrement possible. J’ai voulu montrer qu’être noir c’est complexe, j’ai voulu montrer un œil extérieur sur le communautarisme, un œil intérieur sur le communautarisme pour dire que, finalement, nous sommes perçus comme des Noirs, mais on ne se vit pas en tant que tel. Nous avons nos différences, mais c’est dans l’œil des autres que nous devenons noirs. C’est cela que j’ai essayé de dire avec honnêteté et sincérité. Nous sommes des êtres humains comme tout le monde et nous avons nos différences, nos problèmes, comme les Blancs, comme les Arabes, comme tout le monde ! Alors maintenant, qu’est-ce que les Blancs vont penser de ça ? Je ne suis pas responsable de ça. J’ai essayé de poser les questions, les mettre sur la table… Après, je ne doute pas que des gens un peu malintentionnés vont se servir de ça pour faire leur propre soupe, mais ceux qui sont honnêtes intellectuellement verront que la manifestation dans le film a pour seul but de dire que nous sommes des êtres humains, nous ne sommes que des êtres humains.

Qui est votre corréalisateur, John Wax ?

C’est mon gars, mon pote ! Je le connais depuis dix ans. C’est un directeur technique de cinéma qui a aidé à la réalisation de films comme Les Kaïra, Pattaya, Coexister, Taxi 5. Quand il a été question de faire le film, comme j’étais devant et derrière la caméra, on m’a proposé de travailler avec lui et ça a été un plaisir pour moi de le mettre dans l’aventure. J’ai apprécié son regard extérieur parce que, en tant que Noir, parler de trucs noirs, tout ça, c’était bien d’avoir un autre œil, ça fait du bien au film.

Pensez-vous que ce film puisse nourrir le débat sociétal ?

C’est tout ce qu’on souhaite. Nous voudrions que ce film permette aux gens de se questionner sur le communautarisme, sur la condition de l’homme noir. Est-ce que la communauté noire existe vraiment ou pas ? Est-ce bien de nommer les gens ? Parce que, ici dans l’Hexagone, les gens n’ont pas l’habitude de dire les Noirs, les Blancs… C’est très tabou ! Les Blancs aiment dire les Noirs, mais on ne dit pas les Blancs ! Dans le film, je dis beaucoup « les Blancs, les Blancs » ! Si ça peut ouvrir le débat, la discussion pour que tout le monde puisse se remettre en cause sur ce qu’ils pensent des Noirs, sur ce que les Noirs pensent des Blancs, si ça peut au moins ouvrir la discussion, on sera content !

L’idée que le film soit distribué aux Antilles et en Guyane vous plaît ?

Je suis vraiment content parce que je me sens très proche de mes gars antillais. J’ai un ami Cédric Simoneau dit Lostyca qui habite en Guyane où je me suis souvent rendu et je sais très bien que les questions liées à l’identité noire dans ces zones sont très importantes, voire plus importantes que chez nous ici en métropole parce que là, il y a beaucoup de choses encore qui sont charriées par le passé. Je suis très fier que le film soit vu chez vous. C’est pour ça que je vous réponds, parce que sinon… Il y a des gens, je ne réponds même pas ! Là, c’est un devoir.

Propos recueillis par FXG

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 04:26
Jacques Galvani, Carline Lubin-Noël, Anne Hidalgo, Jacques Martial, Samia-badat-Karam et Audrey Pulvar

Jacques Galvani, Carline Lubin-Noël, Anne Hidalgo, Jacques Martial, Samia-badat-Karam et Audrey Pulvar

5 conseillers de Paris originaires d’Outre-mer

Après la comédienne guadeloupéenne Firmine Richard ou la Martiniquaise Nathalie Fanfant lors des précédentes mandatures, le nouveau conseil de Paris mis en place vendredi dernier rassemble cinq élus originaires d’Outre-mer dont deux adjoints antillais !

La Martiniquaise Audrey Pulvar, élue dans les arrondissements du centre de la capitale sur la liste d’Anne Hidalgo, a été nommée maire-adjointe en charge de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts. Concrètement, elle est l’élue responsable de de la coopérative agricole AgriParis qui gère l’approvisionnement « écolo » des cantines de la capitale.

Le comédien guadeloupéen Jacques Martial, ex-président du Mémorial ACTe en Guadeloupe et de l’établissement culturel du parc de La Villette à Paris, élu du 12ème arrondissement, a été nommé conseiller délégué chargé des Outre-mer, poste qu’ont occupé par le passé Jean-José Clément, Dominique Annichiarico, George Pau-Langevin et encore Jean-Claude Cadenet.

L’énarque guadeloupéen Jacques Galvani, élu du 18ème arrondissement, a été élu adjoint en charge du handicap et de l’accessibilité.

Côté opposition, figure la Guyanaise Carline Lubin-Noël, élue sur la liste de Rachida Dati, dans le 17e arrondissement, et la Réunionnaise Samia Badat-Karam, elle aussi, élue sur la liste de Rachida Dati au conseil de Paris pour le 16ème arrondissement. Lors de la précédente mandature, elle était maire-adjointe du 16e arrondissement.

FXG

 

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 04:19
Lecornu prend les rènes de la rue Oudinot

Sébastien Lecornu succède à Annick Girardin

C’est un tout jeune ministre qui succède à la Saint-Pierraise Girardin dans un ministère dont il rêvait depuis longtemps

Sébastien Lecornu a succédé lundi soir à Annick Girardin rue Oudinot. La sortante récupère un nouveau ministère de la Mer. Lors du précédent remaniement d’octobre 2018, le nom de Sébastien Lecornu avait déjà été évoqué pour être secrétaire d’Etat alors qu’Annick Girardin espérait un grand ministère de la mer et des Outre-mer. Celui qui n’était alors que secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire était finalement devenu ministre chargé des Collectivités territoriales, soit avec un œil sur les territoires d’Outre-mer.

Né en 1986 dans le Val d’Oise, il adhère à l’UMP à l’âge de 16 ans. A 19 ans, il est assistant parlementaire avant de rentrer, à l’âge de 22 ans, au cabinet de Bruno Le maire, alors secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dans le gouvernement Fillon. Lorsque Bruno Le Maire est nommé au ministère de l'Agriculture, il devient son conseiller aux affaires réservées, une façon de dire que le jeune homme s’occupe des relations du ministre avec sa circonscription législative de l’Eure. Le jeune Lecornu y devient dès 2010 secrétaire départemental adjoint de l’UMP. Il poursuit son ascension dans le premier cercle de Bruno Le Maire pour lequel il fait la campagne pour la présidence de l’UMP, puis pour la primaire de la droite en 2016.

En 2014, Sébastien Lecornu prend la ville de Vernon au PS à l’occasion d’une quadrangulaire. Un an plus tard, il rafle la présidence du Conseil départemental de l’Eure où il fait venir comme directeur de cabinet l’actuel préfet de la Guadeloupe, Philippe Gustin, qui était alors ambassadeur en Roumanie. Sa politique phare, souligne alors Mediapart, est la chasse aux fraudeurs au RSA. En 2016, Sébastien Lecornu devient le directeur de campagne adjoint de François Fillon. Pas longtemps puisqu’il démissionne lorsque le candidat des Républicains est convoqué pour être mis en examen.

Un tropisme outre-mer

Sitôt Emmanuel Macron élu à l’Elysée, il est nommé secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot. Il est aussitôt suspendu puis viré des Républicains tout comme Gérald Darmanin et Franck Riester. Peu après cela, le JDD raconte alors que « Nicolas Sarkozy, ne sachant visiblement pas trop qui était ce jeune élu de l'Eure, l'avait rebaptisé aimablement... le Cornichon. »

Le jeune ministre adhère à LREM et se rend très vite dans le Pacifique à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie. En mars 2018, il est avec Annick Girardin pour signer les contrats de progrès avec les collectivités concernées par la crise de l’eau en Guadeloupe. En juillet 2018, Sébastien Lecornu se rend en Guyane pour assister à la restitution des conclusions du débat public sur la mine de Montagne d’or. En septembre suivant, il accompagne le président de la République aux Antilles, un an après le passage d’Irma. En février 2019, lors du grand débat national avec les maires d’Outre-mer à l’Elysée, il est un des co-animateurs. Nous écrivions alors : « Sébastien Lecornu ne cache pas son tropisme pour les Outre-mer. » En juillet 2019, il est avec une dizaine de ministres dont le Premier au ministère des Outre-mer pour signer les contrats de convergence et de transformation. En septembre 2019, lors du deuxième conseil interministériel de l’Outre-mer, il récupère le lourd dossier des finances des collectivités locales d'Outre-mer. Cette fois, maintenant qu’il y a un ministère de la Mer, la voie est libre. Le voilà donc à 34 ans ministre des Outre-mer. C’est à la paix sociale des territoires que l’on mesurera sa capacité à assurer un job pas vraiment simple.

FXG

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