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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 04:44

Grand entretien - Aimé Charles-Nicolas, professeur émérite de  psychiatrie, est avec Benjamin Bowser, professeur émérite de sociologie à la Cornell university, Ithaca de New York, co-directeur de l'ouvrage, Esclavage, quel impact sur les psychologies des populations, qui reprend les actes du colloque tenu à Fort-France en octobre 2016 et que publient les éditions Desnel Campus.

"La hiérarchisation raciale est directement l'héritière de l'esclavage"

Voilà un ouvrage qui pose explicitement une question que la science avait omise... Pourquoi ?

Cet ouvrage a ouvertement posé cette question parce que, le plus souvent jusqu'alors, cette question était intuitive, à peine formulée. Et brusquement, elle est clairement posée, comme une autorisation de penser l'existence des conséquences psychologiques de l'esclavage.

Quelle a été la méthode employée et quels auteurs avez-vous sollicité ?

Nous n'avons pas voulu donner aux historiens seuls, pas plus qu'aux seuls psychologues le soin de répondre à la question de l'impact psychologique de l'esclavage sur les populations, nous avons donc croisé les savoirs des historiens, des psychiatres, des psychologues, des politologues, des économistes, des sociologues et même un anthropologue... Il était important d'avoir l'ensemble de leurs réponses pour enrichir le sujet. Il était important aussi que les psychologues deviennent un peu historiens et vice et versa !

Avez-vous cherché aussi à croiser les savoirs selon que les chercheurs sont de telle ou telle société post-esclavagiste ?

Nous avons réuni des chercheurs de Colombie, du Brésil, des Etats-Unis, de la Jamaïque, de Trinidad, ou des Antilles françaises parce qu'il était important d'avoir un point de vue international car les conséquences sont très différentes d'un pays à l'autre. Ca nous a aussi permis de tenir compte de quelque chose qui est un peu tabou chez les historiens, la dureté et la cruauté des esclavages en fonction des esclavagistes et des pays, selon qu'il s'agisse d'Espagnols, de Français, d'Anglais, de Portugais, de Belges... Les Belges sont arrivés après, mais ils nous ont permis de souligner la continuité entre l'esclavage et le colonialisme. Les exactions sont les mêmes ! Il y a eu beaucoup de mains coupées chez les Belges notamment. La déshumanisation est un dénominateur commun de l'esclavage et du colonialisme.

Quels sont les traits communs de ces esclavages de nationalités différentes ?

Le trait commun majeur, c'est l'humiliation, le déni d'humanité. Il y a eu des séparations de familles à coups de fouet, beaucoup de vexations, de frustrations, mais aussi le plaisir d'humilier, du sadisme et du sadisme sans possibilité d'en sortir...

Quels sont les principaux impacts que cette réflexion a dégagés ?

L'une des premières conséquences psychologiques de l'esclavage à laquelle on pense, c'est le racisme avec ses victimes et ses persécuteurs. Et on pense en particulier à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, en Virginie ou au Mississipi jusqu'à aujourd'hui où rien n'a changé ! Le racisme et l'esclavage lui-même sont palpables dans ces Etats du Sud... Il est aussi clair que les conséquences ne sont pas les mêmes chez tous les descendants d'esclaves et que certains s'en sont beaucoup mieux sortis que d'autres. Mais cela dit, c'est sûr que les Noirs restent en bas de l'échelle sociale. La transmission génétique du traumatisme psychologique de génération en génération a brusquement créé un vrai doute sur soi, une véritable interrogation et a permis de relier un certain nombre de traits, de comportements actuels à l'hypothèse d'une cause ancienne et à la persistance de cette infériorité.

Peut-on dire que l'acculturation liée à l'assimilation est un des impacts en question ?

C'est une problématique cruciale qui oppose nombre de chercheurs. Mais il est clair que les politiques d'assimilation de la France, mais également du Portugal, contrairement à ce qu'ont fait les Anglais qui ont maintenu distance et mépris au nom du respect de la culture de l'autre, ont laissé des traces... C'est donc à double tranchant...

Sur ce point précis, deux figures guyanaises se sont opposées, l'une pour réclamer l'assimilation, Monnerville, l'autre pour plaider sa propre culture et sa négritude, Gontran-Damas. Mais les deux ont agi pour dépasser leur condition de fils ou petits-fils d'esclaves... Comment l'expliquez-vous ?

C'est effectivement d'une part une conséquence directe de l'esclavage puisque l'un s'est approprié la négritude — black is beautiful — comme une oriflamme, et l'autre a eu à coeur de mettre en place une vraie résilience par l'assimilation de la culture française, puisque de toute façon elle avait été imposée et qu'elle faisait désormais partie du squelette psychologique, de l'armature même de sa pensée... C'était difficile de s'en départir. Ce sont deux stratégies qui ne sont pas à opposer en vérité puisque l'une est  peut-être la première étape de l'autre.

Cette réflexion a-t-elle permis d'évacuer certains poncifs ou idées toutes faites comme le comportement de l'homme antillais par rapport à la famille et aux femmes ?

Il faut interroger tous ces sujets, même si certains sont devenus des poncifs voire des affirmations non prouvées. Il faut néanmoins les prendre au sérieux. Nous avons essayé d'y répondre avec des éléments factuels, mais nous restons prudents parce qu'il faut remonter à des causes lointaines et nous n'avons pas forcément toutes les pièces du puzzle...

Qu'avez-vous constaté d'un point de vue économique ?

L'enrichissement est une dimension centrale car le moteur de l'esclavage est d'abord économique. Mais il a des retombées psychologiques importantes, il procure des bénéfices secondaires en plus des bénéfices économiques et psychologiques pour les esclavagistes que sont le sentiment de supériorité, de hiérarchisation, de racialisation. Ils peuvent ainsi arborer leur couleur blanche comme un privilège. Et puis sur le plan économique, on sait que l'esclavage a permis un enrichissement sans précédent de la société occidentale qui a profité non seulement aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à quasiment tous les pays européens, mais également à des poches de capitalistes au Brésil et même dans des pays à majorité noire. Dans ces pays, la richesse est détenue par des Blancs !

Les rapports sociaux sont encore aujourd'hui marqués par les stigmates de l'esclavage...

C'est sûr que le paternalisme n'est pas exclusivement une création de la racialisation puisqu'il y a eu des paternalismes dans les sociétés occidentales, mais il est certain que la racialisation a favorisé ce paternalisme, ce sentiment de supériorité et cette position de bienfaiteur qui reste très ambiguë avec des aspects très destructeurs pour l'estime de soi. Dans le paternalisme, il y a aussi une infériorisation, donc des conséquences négatives sur l'estime de soi.

Nos sociétés sont-elles capables de soigner ces stigmates psychologiques de l'esclavage ?

L'intérêt de cet ouvrage est qu'il ouvre des pistes de résilience. On ne pouvait évidemment pas rester sur une macération dans la souffrance. D'ailleurs, on peut dire que la motivation première, initiale de cet ouvrage était d'en sortir, pas de se complaire ! Il n'y a aucun masochisme dans notre démarche ; nous sommes d'en la perspective d'en sortir...

Pouvez-vous affirmer que la société actuelle va mieux ?

Bien sûr ! La résilience a commencé depuis l'esclavage et la résistance des esclavisés ! Toutes ces personnes réduites en esclavage avaient en tête, pour objectif de leur vie, la liberté ! Ils voulaient s'en sortir et devenir libres, devenir indépendants de cette habitation, de cette plantation pour devenir libres, libre de soi-même, de son corps et de sa pensée. Et aujourd'hui, nous pouvons maintenant nous atteler à la décolonisation des esprits. L'enjeu est désormais psychique. Il est évidemment économique, je n'en disconviens pas puisque l'on parle de nécessaires réparations, mais l'enjeu est surtout psychologique...

Comment voyez-vous les choses ?

D'abord : black is beautiful ! Tout ce qui a été fait pour changer le logiciel, redorer l'image du Noir... Maintenant que nous arrivons à un équilibre, il faut utiliser les contre-arguments scientifiques parce que cette racialisation a été fabriquée et confirmée par la science et tous ceux qui ont travaillé au XIXe siècle sur l'anthropométrie raciale... Même la génétique de l'intelligence a été utilisée pour justifier la hiérarchisation raciale, mais également sexuelle... Les Noirs comme les femmes et d'autres populations ont alors été considérés comme inférieurs aux mâles blancs. Il a fallu restaurer la vérité scientifique. Il faut maintenant que l'intériorisation de cette vérité soit faite comme on a restauré la culture, l'histoire, la pensée des esclaves dans tous les pays post-esclavagistes... C'est maintenant que le travail de résilience se fait et, bien entendu, il faudra que cette résilience trouve aussi son support sur un plan institutionnel, qu'elle soit enfin actée.

Ces questions intéressent bien sûr les héritiers de l'esclavage colonial, mais n'intéressent-elles pas aussi les héritiers européens de cette histoire ?

Nous n'avons pas minimisé l'impact psychologique de l'esclavage sur les populations européennes puisque la hiérarchisation raciale est directement l'héritière de l'esclavage. Avant le XVe siècle, la notion de blanc et de noir était fort peu pertinente. On connaît d'ailleurs très mal la couleur de peau de certains empereurs romains... Et aujourd'hui, il est clair qu'il y a, aux deux extrémités du fouet, une racialisation de la pensée de sorte que, chez les Européens, il y a l'héritage d'une certaine assurance, d'une certaine arrogance et de la conviction de la hiérarchie qui perdure et qui s'est même largement étendue ailleurs.

De la même façon que perdure un sentiment de victimisation chez l'héritier de l'esclave ?

Moins parce que l'oubli et le déni ont joué leur rôle protecteur et ce n'est que maintenant que l'on exige la liberté d'accès à la véritable histoire. C'est vrai aussi qu'il y a une intériorisation de cette infériorité. Ce racisme intériorisé, contre soi-même, existe et peut même conduire à la haine de soi. En tout cas, il conduit souvent à la haine de l'autre Noir qui porte la faute d'être noir... L'autodénigrement est répandu au même titre que le dénigrement de l'autre Noir dans une projection psychologique facilement compréhensible. Ce qui est intéressant aussi à voir, c'est que le refus de savoir qui était partagé des deux côtés, s'atténue du côté des Noirs, des victimes qui ne veulent plus se considérer comme victimes, qui refusent pour beaucoup d'entre eux cette victimisation. Ils relèvent la tête et soulignent l'importance des révoltes d'esclaves, des insurrections qui ont permis l'abolition de l'esclavage.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 05:41
170 ans de l'abolition de l'esclavage

La CGT DOM Ville de Paris célèbre l'abolition

Le collectif des DOM CGT de la ville de Paris a choisi de célébrer les 170 ans de l'abolition de l'esclavage en organisant une journée de tables rondes et de débats le 25 mai à la Bourse du travail, salle Henaff (29 boulevard du Temple ou 85 rue Charlot). La journée débute à 9 heures avec la projection d'extraits de documentaires sur Martin Luther King, la Nouvelle-Calédonie, l'abolition de 1848 et Aimé Césaire. Aussitôt après la première table ronde réunira Guy Numa et Christiane Rémion-Granel pour parler de MLK et d'Aimé Césaire.

A 11 heures, Me Joannes Louis animera la deuxième table ronde sur l'histoire, présent et avenir de la Nouvelle-Calédonie.

A 14 heures, débutera la 3e table ronde consacrée aux 170 ans la deuxième abolition de l'esclavage, la loi Taubira et le préjugé de race. Pour en parler et débattre, Serge Wasersztrum (libraire), Theo Lubin (Comité d'organisation du 10 mai), Suzanne Dracius (écrivain) et Me Joannes Louis.

La journée sera clôturée par Jules Bilon et Alain Derrien (organisateurs pour la CGT DOM Ville de Paris) qui feront une synthèse.

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 05:07

Conconne soutient le circuit Elisée et fâche Lucien Jean-Baptiste

La sénatrice PPM Catherine Conconne a rencontré lundi  14 mai à Paris Laurence Tison Vuillaume, directrice de cabinet de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, pour évoquer "la relance de la production culturelle de nos pays, dont les talents et les ambitions sont trop peu valorisés".

Dans le contexte de la grève de la faim du trompettiste de jazz guadeloupéen Franck Nicolas et, alors que l'agence de diffusion et de promotion des cultures d'outre-mer n'existe plus, Catherine Conconne a "proposé au ministère de la Culture, en accord avec le ministère des Outre-mer, la création d’un « workshop B to B » entre les artistes professionnels et les diffuseurs et producteurs nationaux, qui pourrait se tenir à l’automne prochain". 

Mais, paradoxalement, alors qu'elle assure que nos artistes peuvent  difficilement "vivre localement de la diffusion de leur oeuvre", Catherine Conconne vient carrément contrecarrer le combat d'un de nos rares réalisateurs martiniquais, Lucien Jean-Baptiste. En effet, elle affirme que la taxe spéciale additionnelle (TSA), prélevée sur les recettes des salles de cinéma, dont l'application à taux équivalent de l’Hexagone est prévue d’ici 2022 "représente un réel danger pour la survie de nos salles de cinéma". Cette affirmation a fait aussitôt réagir le cinéaste martiniquais qui se bat depuis des années pour l'application de la TSA en outre-mer. Il a déclaré à France-Antilles : "C'est tellement dangereux que le groupe Elisée construit un multiplex en Guadeloupe !"

"Un réalisateur antillais ne rapportera jamais d'argent à un producteur hexagonal"

Le réalisateur de La Première étoile souligne d'autant mieux ce paradoxe que dans le même temps, la sénatrice soulève la question de la libre circulation des œuvres artistiques et des artistes des territoires d’outre-mer, entre les DOM et l’hexagone, comme entre les DOM entre eux, ajoutant même : "Considérés sur le plan douanier comme des territoires d’exportation au même titre que les pays tiers à l’Union européenne, les territoires sont soumis à un régime qui les expose à des taxes spécifiques pénalisant de manière rédhibitoire la circulation de nos produits culturels". En matière de cinéma justement, la TSA n'est pas une taxe spécifique et permet de sortir les outre-mer du régime de l'exportation, défavorable à l'artiste et à son producteur. "Tant pis, ajoute Lucien Jean-Baptiste, nous n'aurons jamais de grand cinéaste, car un réalisateur antillais ne rapportera jamais d'argent à un producteur hexagonal !" L'espoir n'est pas pour autant enterré puisque le seul engagement de Laurence Tison Vuillaume est d'organiser "un événement à la fois symbolique et très concret, qui pourrait être un déclencheur de nouvelles dynamiques, pour des artistes qui n’attendent que cela: partager leur art".

FXG, à Paris

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 04:45
Christian Prudhomme (directeur du Tour de France), Audrey Ktourza (chef de groupe marketing- UGPBan), Philippe Ruelle (directeur général de la Banane Française), Géraldine Mbarga Mboa (responsable des relations publiques) et Yann Le Moenner (directeur général d’A.S.O.)

Christian Prudhomme (directeur du Tour de France), Audrey Ktourza (chef de groupe marketing- UGPBan), Philippe Ruelle (directeur général de la Banane Française), Géraldine Mbarga Mboa (responsable des relations publiques) et Yann Le Moenner (directeur général d’A.S.O.)

La banane des Antilles s'offre le Tour de France

La banane de Guadeloupe et de Martinique désormais commercialisée sous l'appellation "la banane française" va s'offrir un regain de notoriété en devenant partenaire du Tour de France cycliste 2018. L'accord a été signé le 16 mai à Boulogne-Billancourt (92), siège d'Amaury sport organisation (ASO) qui gère le Tour de France. Le partenariat signé par Philippe Ruelle, directeur général de la banane française, et Yann Le Moenner, directeur général d’ASO, fait de "la banane française" non seulement le fournisseur officiel du Tour, mais surtout le parrain du Classement par équipes du Tour de France 2018.

Le Tour de France partira de Vendée le 7 juillet pour arriver le 29 juillet sur les Champs-Elysées à Paris.

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 05:04

Marine Le Pen fait des sargasses une affaire d'Etat

Dix jours après le lancement du plan PULSAR, la présidente du Front national demande dans un courrier à Nicolas Hulot que l'Etat prenne toutes ses responsabilités contre l'invasion des sargasses.

"La prolifération des algues brunes marines constitue une pollution au sens de l’article 1er de la Convention des Nations Unies de 1982 de Montego Bay sur le droit de la mer et relève de la responsabilité des États souverains." Dans un courrier adressé au ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, la députée et présidente du Front national s'invite dans le débat sur les sargasses aux Antilles. Marine Le Pen souligne ses responsabilités à Nicolas Hulot et lui écrit qu'il "appartient à l’État d’assumer ses responsabilités régaliennes pour lutter contre ce phénomène qui devient un fléau mortifère pour ces territoires". La députée frontiste rappelle que "contrairement à ce qui avait été dit auparavant, les sargasses représentent un danger sanitaire pour tous les êtres vivants, y compris l’homme, en raison de leurs composantes biologiques où des molécules de poison mortel, dont l’arsenic, ont été décelées". Dès lors, elle indique que "tous les projets de transformation qui avaient été élaborés en amont dans le but d’exploiter les sargasses comme matière première pour la production industrielle à des fins économiques, sont de facto caducs aujourd’hui".

Algues brunes ou vertes

Il n'en faut guère plus à la dirigeante frontiste pour condamner "la gestion déficiente de cette catastrophe naturelle par l’État" et "des carences fautives, analogues à celles pour lesquelles les juridictions administratives ont déjà condamné l’État dans la gestion de l’invasion du littoral métropolitain par les algues vertes en Normandie, notamment". Elle conclut en rappelant que "la gestion des algues qui prolifèrent de manière anormale et exceptionnelle sur le domaine public maritime de l’État ne relève pas seulement de la responsabilité ni de la compétence des collectivités locales, mais bien d’abord de celle de l’État". Prenant un ton plus polémique, Marine Le Pen ajoute : "Le Gouvernement ne saurait se défausser de sa responsabilité sur les collectivités territoriales, qui ne disposent que de moyens limités pour lutter contre un tel fléau naturel. (...) Il est indigne de renvoyer sur les maires la lourde charge de mener des actions que seul l’État est en mesure de promouvoir efficacement."

Ce courrier daté du 15 mai intervient onze jours après celui de Nicolas Hulot et Annick Girardin aux parlementaires et présidents des collectivités locales de Guadeloupe et Martinique dans lequel les deux ministres indiquent à nos élus le lancement du plan local de lutte contre les sargasses (PULSAR).

FXG, à Paris

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 07:48
Kwassa kwassa... C'est quoi ça ?

Le business des kwassa kwassa sur France Ô

Qui sait que "kwassa kwassa", le nom donné aux embarcations qui servent au trafic de clandestins entre l'île comorienne d'Anjouan et Mayotte, est en fait le nom d'une danse congolaise ? Et qui sait qu'un passage en kwassa kwassa coûte de 50 à 300 euros ou encore que le prix d'une coque de kwassa kwassa n'est que d'une centaine d'euros ? Alors que le 101e département français, Mayotte, vit une grave crise depuis le début de l'année, au point que le gouvernement y ait nommé un préfet, délégué du Gouvernement, la réalisatrice Pascale Poirier à qui on doit un sulfureux portrait de Calédonien Jacques Lafleur et encore un film sur la flamboyante parenthèse ministérielle de Victorin Lurel, signe un film instructif intitulé "le business des kwassa kwassa". L'ONU et le Vatican ne reconnaissent pas la partition de l'archipel des Comores décrétée unilatéralement par la France en 1975. Des deux côtés de la mer, la réalisatrice est allé à la rencontre des passeurs, des fabriquants de kwassa-kwassa, mais également des autorités de Domoni à Anjouan, des clandestins ou des travailleurs sociaux à Mayotte pour tenter d'expliquer les fondements de cette crise migratoire qui a déjà laissé 20 000 personnes au fond de l'eau... Le film de Pascale Poirier ouvre une réflexion nouvelle en apportant la démonstration que de tout temps, les gens de Grande-Comore, de Mohéli, d'Anjouan et de Mayotte ont toujours circulé d'une île à l'autre et que, l'instauration du visa dit Balladur instauré en 1995 et qui interdit de fait toute migration légale n'est pas étranger à la situation de crise actuelle. Alors, on allège ou on rétrocède ?

FXG, à Paris

Mercredi 16 mai à 21 h 50 à l'occasion de la soirée "Investigation" spéciale Mayotte sur France Ô

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 06:56
Bertrand Dicale est journaliste à France-Info et critique musical

Bertrand Dicale est journaliste à France-Info et critique musical

Bertrand Dicale, journaliste, auteur de "Ni noires, ni blanches, histoire des musiques créoles" (Éditions de la Philharmonie) s'exprime sur le jazz créole au moment où Franck Nicolas cesse sa grève de la faim.

"Nous sommes ce grand désordre identitaire, profitons-en !"

Pensez-vous que Franck Nicolas dénonce à juste titre le sort fait aux musiques antillaises sur les scènes et les antennes hexagonales ?

Il y a une part peut-être un peu exagérée, mais ce qui est sûr c'est qu'il y a une difficulté dans l'identification des musiques antillaises et de manière générale des cultures antillaises en France.

Comment l'expliquez-vous ?

Historiquement, il y a eu des moments où la culture antillaise a été extrêmement présente dans la culture métropolitaine. A l'époque de Stellio, dans les années 30, il y a des musiciens d'Amérique latine, des Etats-Unis même, qui se font passer pour des musiciens antillais parce que les Antilles sont alors à la mode avec Alexandre Stellio ou Léona Gabriel. On a encore vécu ça dans les années 80-90 avec Kassav et le zouk, et tout un ensemble de groupes comme Zouk machine et de personnages comme Joëlle Ursull dans le sillage de Kassav. Mais là, il faut se demander si ce qui s'est passé n'était pas plus lié au genre, la biguine, le zouk, qu'à l'antillanité... C'est vrai que tout ce qu'ont dit Césaire, Glissant, Chamoiseau et même David Martial, fait que pour les Français les Antilles sont difficiles à identifier. C'est proche et c'est lointain... Tout le monde a l'impression de connaître. Tout le monde se dit : "Ah oui, les Antilles, le soleil, les accras de morue, la banane..." On a deux ou trois cartes postales mais ça ne va pas beaucoup plus loin et je pense que ça tient principalement à une espèce d'ignorance. Mais, la réalité de ce qu'est cette culture, de ce que sont les cultures créoles en général, est tout à fait ignorée des Européens et tout à fait ignorée des Africains. Je l'ai beaucoup vécu, notamment en suivant les tournées de Kassav, souvent en Afrique, vous avez des chefs d'entreprises, des intellectuels, des ministres qui imaginent que les Antilles, c'est juste un petit bout d'Afrique qui est quelque part en train de flotter dans l'océan Atlantique. Or, non ! C'est une culture spécifique, un type de culture... Les cultures créoles sont des cultures spécifiques dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est pas de la culture africaine, ce n'est pas de la culture européenne... Et les Européens sont en ce sens comme les Africains, ils ont du mal à comprendre...

Il y a eu la biguine, puis le zouk... Aujourd'hui quelles sont les musiques antillaises qui traversent l'océan ?

Il y a des aventures individuelles, il y a de la littérature et puis tout le monde continue à jouer du zouk et à en danser ! Bob Marley est mort depuis plus de trente ans, mais tous les guitaristes, tous les batteurs et tous les bassistes en France, tous les musiciens de bal qui vont à la campagne, au fin fond du Limousin pour jouer de la musique de bal, ils savent tous vous faire un reggae ! Ces musiques ont été transmises et sont devenues des musiques européennes. J'ai connu une chanteuse qui avait sorti un premier album il y a quatre ou cinq ans. Je lui parlais de la jolie biguine qu'elle chantait et elle ne savait pas du tout que c'était une biguine, simplement que c'était de la musique de France... Effectivement la biguine avant la Seconde guerre mondiale, le zouk après... Des terres qui n'ont même pas un million d'habitants ne peuvent pas apporter une révolution musicale tous les cinq ans ! Ce qui vient des Antilles anglaises dans la culture britannique, hors Jamaïque et hors reggae, c'est l'arrivée du Calypso dans les années 50 ; mais les Anglais ne savent rien de Trinidad et Tobago.

Franck Nicolas qui a inventé le jazz ka regrette le manque de place fait en France au jazz créole. Qu'en pensez-vous ?

On fait un mauvais sort au jazz créole en France, mais comme à tous les sous-idiomes, comme à tous les genres à l'intérieur de cette immense machine qu'est le jazz américain, le jazz mondial. Le trompettiste Enrico Rava mêle de la musique traditionnelle italienne à son jazz, les jazzmen japonais utilisent un shamisen, un instrument traditionnel à trois cordes... Le fait de mêler une musique au jazz ne fait pas plus grande cette musique. Le jazz ka touche des gens qui sont touchés par la musique antillaise, mais pas nécessairement... Ce n'est pas parce que vous arrivez dans cet océan mondial du jazz en disant que vous avez un nouvel idiome, une nouvelle écriture, un nouveau style que ce style va s'imposer. Aujourd'hui, la plupart des Européens aiment le jazz américain, traditionnel, carré, conventionnel... Il en est du jazz créole comme de beaucoup d'expressions culturelles. Ceci étant Alain Jean-Marie, Mario Canonge en France, Jacques Schwartz-Bart aux Etats-Unis, ont des carrières. Ils sont présents ! Mais, ce n'est pas, encore une fois, parce que vous mettez votre part d'ombre sur cette musique que votre musique va être plus écoutée. Ce n'est pas pour ça qu'elle va l'être moins, mais ce n'est pas pour ça qu'elle va l'être plus ! Je me souviens d'avoir interviewé, il y a des années, Sony Rollins. Il avait mêlé beaucoup de calypso au jazz hard bop. Et si moi, comme Antillais, ça me séduisait énormément, il me disait que ça avait été une déception, que les gens à New York, ils préféraient un jazz plus urbain, plus dur, plus virtuose plutôt qu'une musique qui faisait danser et qui, par moment, leur rappelait la musique qu'ils avaient écouté à l'hôtel quand ils étaient allés passer des vacances aux îles Moustique !

L'apport des musiques traditionnelles dans le jazz pose-t-il toujours des problèmes ?

C'est la tragédie de la vie d'un autre trompettiste, un Breton qui s'appelle Eric Le Lann et qui a été considéré comme un des plus grands espoirs du jazz au début des années 1980. Et il n'est pas arrivé à faire entendre une fusion entre les musiques celtiques, son âme celtique, et le jazz. C'est le même problème pour le pianiste Didier Squiban qui, aujourd'hui, est plus connu pour son travail avec les musiciens et chanteurs traditionnels bretons comme Yann-Fanch Kemener que pour son travail dans le jazz !

Donc, faut-il conseiller à Franck Nicolas de laisser tomber sa conque de lambi ?

Non, pas du tout ! Je crois que le plus grand talent que nous avons collectivement, nous Antillais, c'est d'être polyglottes ! On n'a pas choisi. On est né à un carrefour. Nous sommes Européens, nous sommes Antillais, nous sommes Africains, nous sommes Américains, nous sommes tout à la fois ! Donc, nous pouvons par moment nous déguiser, nous maquiller, faire croire ou nous avouer que nous sommes dans une espèce de ressemblance avec la pureté. Le combat pour la spécificité est un combat personnel, mais on ne gagne pas toujours à ce que ce soit un combat public. Ce qui est intéressant aussi, c'est d'être l'autre, c'est d'être américain, d'être européen, d'être antillais, d'être tout ça à la fois. Mais vouloir dire : je ne suis que ça, c'est se mettre aussi dans une impasse. C'est ce que disait Edouard Glissant : on doit bien comprendre quelle est notre présence dans le monde ! Notre présence dans le tout-monde, elle est dans la relation, elle est dans le fait que nous sommes connectés avec notre conte du dorlis, avec la vraie vie mais aussi aux trompettes qu'il y avait à la cour de Louis XIV. Nous sommes à la fois et en même temps dans tous ces domaines là, donc profitons-en ! Et c'est vrai que c'est horriblement douloureux de ne pas réussir à faire comprendre quelle est notre spécificité, mais c'est au moins aussi enrichissant que de pouvoir naviguer, changer de masque, changer d'identité... Pouvoir dire : regardez-moi, je suis Français, je suis Américain, je suis l'Afrique, je suis tout ça ! C'est ça notre force ! Je pense que de toute façon et de toute manière et de tout endroit et, Glissant l'a dit encore mieux que moi, nous ne gagnerons jamais à essayer de faire croire que nous sommes purement quelque chose, que nous sommes uniquement quelque chose. Nous ne serons jamais purs, nous ne serons jamais uniques ! Nous sommes la relation, nous sommes ce grand désordre identitaire, donc profitons-en plutôt que d'en faire une douleur. Qu'on en fasse une richesse, qu'on en fasse un plaisir, qu'on en fasse une jubilation !

Propos recueillis par FXG, à Paris

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 04:49
Le 10 mai 2018 au jardin du Luxembourg

170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage à Paris

En l'absence d'Emmanuel Macron, parti à Aix-La -chapelle, recevoir le prix Charlemagne, la 12e journée nationale de commémoration de la traite, l'esclavage et leurs abolitions au jardin du Luxembourg, a été présidée pour la première fois par le Premier ministre Edouard Philippe.

"Il y a un flambeau de la liberté que chaque génération doit se transmettre avec un soin très particulier. Et ce flambeau, c’est d’abord la mémoire qui l’entretient et qui le ranime." Le Premier ministre Edouard Philippe, maître de cérémonie en remplacement du président appelé ailleurs, hier, dans les jardins du Luxembourg, à l'occasion de la 12e journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, s'est placé dans les pas de Gaston Monnerville qui célébrait au même endroit, il y a 70 ans le centenaire de l'abolition. La différence, c'est qu'à l'époque, ii n'était question que d'une date.

Aujourd'hui, on en compte neuf ! 25 mars (ONU), 27 avril (Mayotte), 10 mai (journée nationale de la mémoire des traites, de l'esclavage et de leurs abolitions), 22 mai (Martinique), 23 mai (journée nationale d'hommage aux victimes de l'esclavage), 27 mai (Guadeloupe), 10 juin (Guyane), 23 août (UNESCO) et 20 décembre (Réunion)... "Trop de dates ? s'interroge le Premier ministre. Non, mais un archipel de dates et de mémoires parce que l’esclavage fut un phénomène à la fois local et mondial." Et puis, il y a la dette laissée par l'esclavage qui fut "le moteur de la mondialisation marchande". Edouard Philippe a été maire du Havre, une ville portuaire qui doit aussi son essor au commerce avec les colonies, à la traite et à l’esclavage. "Cette dette, je la mesure", précise-t-il en rappelant comment en 1814, les armateurs de sa ville pétitionnèrent pour défendre la traite des Noirs, quand les ancêtres de Gaston Monnerville y sont peut-être passés, à fond de cale...

Peu de parlementaires d'outre-mer sont là (aucun des Antilles ou de la Guyane), peu de personnalités de la culture ou du monde associatif, et mis à part Christiane Taubira, Jacques Toubon, Jean-Marc Ayrault et les ministres en exercice, Jean-Michel Blanquers, Catherine Nyssen, Laura Flessel et Annick Girardin, seule une délégation de la Smith Union Institute qui a ouvert à Washington un grand musée de l'histoire afro-américaine donne le change dans le public.

Un mur pour 200 000 noms aux Tuileries

Dans son discours, le Premier ministre est venu confirmer ce qu'avait annoncé, après François Hollande en 2017, le président Macon au Panthéon le 27 avril dernier, c'est-à-dire la transformation du GIP en fondation pour la mémoire de l'esclavage, l'érection d'un mémorial des 200 000 noms d'esclaves aux Tuileries. Bref, ce que le Premier ministre a appelé en référence au MACTe (qui sera étatisé), "une mémoire en actes" : "Une mémoire consciente que l’abolition de l’esclavage n’a aboli ni les préventions sociales, ni les discriminations, ni le racisme."

Avant de remettre les prix de la flamme de l'égalité aux élèves du lycée François-Mauriac de Bordeaux pour leur réalisation audiovisuelle intitulée "Esclaves d'hier et migrants d'aujourd'hui", Edouard Philippe a lu ces lignes de Victor Hugo :

"Au moment où le gouverneur proclamait l’égalité de la race blanche, de la race mulâtre et de la race noire, il n’y avait sur l’estrade que trois hommes, représentant pour ainsi dire les trois races : un blanc, le gouverneur ; un mulâtre qui lui tenait le parasol ; et un nègre qui lui portait son chapeau. » Une manière pour lui de rappeler que "la devise de la République, liberté, égalité, fraternité, est, reste et sera toujours une création continue, perpétuellement recommencée, qu’il nous appartient de poursuivre sans relâche". Le thème du concours de la flamme de l'égalité l'année prochaine sera "devenir libre".

FXG, à Paris

Ils ont dit

George Pau-Langevin, députée PS, ancienne ministre des Outre-mer

"Je suis soulagée car je me demandais si la cérémonie aurait lieu... Nous savions que le président ne serait pas là, mais nous nous demandons si cette absence sera ponctuelle ou habituelle... Ceci dit, je pense que c'est une date qui s'installe et que petit à petit, la tragédie de l'esclavage rentre dans la mémoire collective des Français et c'est une bonne chose."

Serge Romana, président de la fondation Esclavage et réconciliation

"C'est la première fois que, officiellement, un Premier ministre, parle du 23 mai dans une cérémonie comme celle-là. Nous sommes d'autant plus contents que le mur des noms soit devenu un projet carrément gouvernemental. Ce n'était pas évident d'avoir les Tuileries, là où a siégé la Convention qui a voté la première abolition, à côté de l'ancien hôtel de la Marine où le décret de la deuxième abolition a été signé, à côté de la place de la Concorde et à côté du palais Bourbon, c'est-à-dire la République... Nous allons contribuer de façon très conséquente à l'édification de ce mémorial dont le budget est de 3 millions d'euros. Et peut-être, pourrons-nous inviter le président Macron le 23 mai 2019 pour son inauguration !"

Jean-Michel Martial, président du CREFOM

"Le message est en train d'être mieux perçu... Il est mieux digéré et mieux partagé. Le fait que l'enseignement, l'éducation soient aux premières loges nous engage à continuer parce que, année après année, nous nous retrouvons ici ,au jardin du Luxembourg, à Villers-Cotterêt, ou dans tous les lieux de mémoire où nous distribuons une information. Petit à petit, ça rentre dans les cerveaux ! Il nous revient à nous de faire en sorte que cette histoire de l'esclavage ne se reproduise plus."

Frédéric Régent, président du CNMHE

"Le 10 mai est une journée de transmission, d'éducation dans le système commémoratif que nous avons. Le 27 avril, en gros tous les dix ans et a fortiori quand on fêtera le bicentenaire, est le jour de commémoration des combattants de la liberté, que ce soient les combats des esclaves ou celui des abolitionnistes. Et enfin, le 23 mai cette année, dans sa partie officielle, est axé sur la recherche, et dans sa partie populaire, sur un hommage aux victimes anonymes. Voilà comment se structurent les commémorations. Le contemporain, le réel de l'esclavage nous a rattrapé et, du coup, la manière de l'aborder va changer parce qu'il y a des combats d'urgence à mener, aujourd'hui, maintenant, tout de suite !"

Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage

"Cette cérémonie du 10 mai a été voulue par Jacques Chirac et est issue de la loi Taubira. Il faut poursuivre ce grand chantier de la construction d'une mémoire partagée par tous les Français. Cette histoire est celle de la France, de l'Europe, mais c'est aussi une histoire mondiale. L'objectif de la Fondation, c'est de reprendre et de prolonger ce qui a déjà été entrepris pour que cette mémoire nous rende plus forts, plus libres, plus solidaires, plus fraternels pour affronter aussi les question contemporaines, les discriminations, le racisme et aussi les formes d'esclavage qui existent encore à travers le monde. Voilà ce qui est notre tâche, une tâche noble mais qui s'inscrit aussi dans le respect de nos valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité."

Laura Flessel, ministre des Sports

"Nous avons eu un très beau discours du Premier ministre et, effectivement, le mot qui revient, c'est "liberté", nourrir la liberté. Nous avons ce devoir de mémoire au niveau national et international, pour ne pas tomber dans les travers. Aujourd'hui, trop de millions de personnes se retrouvent dans l'esclavage, mais pour avancer, il faut aussi connaître son histoire, avancer sans déni et accepter de construire un futur ensemble. Et pour la jeunesse, c'est un élan d'espoir. On peut modifier les croyances, casser les paradigmes pour s'affranchir et prendre sa liberté."

Nassimah Dindar, sénatrice UDI

"C'est une date commémorative pour toute l'histoire de l'humanité et pour notre grand pays qui a mis un terme à l'esclavage. Derrière tout ça, il y a tous les débats que nous avons, ici même au Sénat, sur le devenir de la diversité française. Ce matin, je suis fière d'être française ! Nous aurions bien sûr voulu que le président de la République soit là, mais il est dignement représenté par son Premier ministre et tous les parlementaires, présidents d'association et tous les citoyens qui travaillent sur la question depuis de nombreuses années."

Pierre Kanuty, conseiller régional IdF PS

Après l'édition 2017 où il y avait deux présidents et comme d'habitude beaucoup de monde, cette année, je trouve bizarre l'absence du président de la République. Le 27 avril, le président Macron a eu raison de se rendre au Panthéon, mais en petit comité et devant une place vide... Là, on se retrouve dans un jardin du Luxembourg quasiment vide alors qu'on célèbre les 170 ans de l'abolition... C'est bizarre ! J'aimerai comprendre... C'est une question que je pose, sachant qu'il y aura une grande marche le 23 mai et que partout des communes commémorent. C'est une vague et beaucoup de Français non ultramarins sont demandeurs de s'associer à cet événement qu'ils jugent importants. Ca n'est plus un événement occulté ou oublié, la série d'Arte sur les routes de l'esclavage en témoigne. Il faut donc continuer !"

Jean-Hugues Ratenon, député FI

"J'ai hésité avant de venir...On a l'impression que c'est l'affaire de quelques personnes de la France d'en haut. On sent bien qu'il n'y a pas une prise de conscience dans le peuple français ! Il faut que dès la maternelle, dès la primaire, tous les Français aient la connaissance de ce qu'a été l'esclavage en France, dans le monde et en même temps qu'ils comprennent que l'esclavage est un combat de tous les jours parce que ce n'est pas fini ! Le 20 décembre dernier, j'ai pris a parole à l'Assemblée nationale pour dire : "Aujourd'hui, 20 décembre, jour férié." La grande majorité des députés étaient étonnés... Je me suis alors dit qu'il serait bon de faire une proposition de loi ! On est en train de la rédiger pour qu'on célèbre aussi l'abolition de l'esclavage à travers un jour férié partout en France et pas seulement dans les Outre-mer parce que la problématique de l'esclavage, c'est pas seulement dans les Outre-mer !"

Trois questions à Louis-Georges Tin, président du CRAN

"Les anciens esclavagistes doivent participer à l'effort de réparation"

Qu'attendez-vous d'une telle journée ?

Commémorer, c'est bien, réparer c'est mieux. Nous avons obtenu trois réparations l'an dernier : la mise en place de la fondation pour la mémoire de l'esclavage, le vote par le conseil de Paris d'un mémorial de l'esclavage et la promesse de la restitution des trésors coloniaux pillés pendant la colonisation. Cette année, il n'y a pas d'avancée. M. Macron a parlé de la Fondation, mais elle existait déjà... On n'a pas beaucoup avancé cette année...

Le président Macron n'a-t-il pas apporté de la confusion dans les dates en se rendant au Panthéon le 27 avril ?

Au départ, il y avait une date, puis deux, maintenant il y en a trois et demain, il y en aura quatre ! C'est compliqué même pour des enseignants ou des élèves qui ne savent pas ce qu'il faut faire et quand il faut le faire... L'important, c'est qu'est-ce qu'on fait quelle que soit la date ? La commémoration nous permet-elle d'avancer ou nous sert-elle uniquement à examiner le passé ? Il faut examiner le passé mais à condition de construire des instruments nouveaux pour la réparation comme la restitution de la dette au peuple haïtien ou la réforme agraire dans l'outre-mer...

Le CRAN vient encore d'assigner l'Etat, pourquoi ?

Nous avons décidé de mettre en cause l'article 5 du décret Schoelcher parce qu'il attribue de manière indue des réparations à l'envers aux anciens propriétaires d'esclaves. Ils se sont enrichis grâce à l'esclavage et, derechef, grâce à l'abolition ! Ces bénéficiaires ont reçu des biens très mal acquis et il faut que ceux-là soient restitués. Nous allons mettre en cause cet article devant le tribunal administratif et si on arrive à le faire casser, l'Etat aura l'obligation de restituer aux vraies victimes ces sommes. Les actions judiciaires permettent d'entretenir une pression pour que l'Etat comprenne qu'on ne peut cautionner les injustices. Schoelcher était un homme formidable, mais pour des raisons de real politik, il a du faire ces concessions qui, aujourd'hui, ne sont plus acceptables. Les anciens esclavagistes dans les Outre-mer doivent participer à l'effort de réparation commencé par l'Etat.

Propos recueillis par FXG, à Paris

ITW. Christiane Taubira, ancienne ministre

"Une histoire d'une violence indicible, mais aussi d'une extrême beauté"

Regrettez-vous l'absence du président Macron ?

Ce n'est pas tout à fait la première fois qu'un président ne vient pas parce que M. Sarkozy, une fois, avait délocalisé la cérémonie et c'est vrai que les codes protocolaires ne sont pas que des codes mondains, ils fournissent aussi les références symboliques et conceptuelles et on a lieu de s'interroger sur la présence du président de la République au Panthéon pour honorer à juste titre la mémoire des grands abolitionnistes français et la délégation au Premier ministre de cette cérémonie des mémoires de la traite de l'esclavage et de leurs abolitions...

Vous dénoncez ?

Je ne dénonce pas parce qu'en ces circonstances, j'évite les polémiques. Je pense qu'elles sont inutiles, stériles et malfaisantes. Je ne dénonce pas mais je considère qu'on a lieu de s'interroger. Il faut se demander s'il n'y a pas à nouveau ce regard qui rétrécit cette histoire de luttes d'une très grande violence, d'une très grande souffrance, qui la réduit à des décrets d'abolition en en faisant le point de fixation. Ces décrets sont importants ! Ils révèlent l'éthique, la probité, le courage de grands hommes tels que Schoelcher ou l'abbé Grégoire avant lui. Mais il ne suffit pas de montrer que la seule face lumineuse de cette histoire serait les décrets d'abolition, non, c'est une histoire de résistance, de combativité, de créativité et riche d'enseignement...

Une journée de commémoration quand l'ancienne ministre Pau-langevin évoque un mois des mémoires...

Il y a eu de nombreux débats stériles autour de ce combat pour instaurer une journée nationale... Mais la loi ne fait pas que ça ! La loi, dans son article 2, prévoit l'enseignement de cette histoire, l'encouragement de la recherche et de la coopération. C'est elle aussi qui crée le Comité national pour l'histoire et la mémoire de l'esclavage, c'est donc un texte de loi avec des dispositions normatives. Et à l'époque, il y a eu des débats sur les dates ! Là, c'est une date de célébration nationale au coeur des institutions et elle ne fait pas ombrage aux autres dates ! Mais je pense effectivement qu'il faut un mois de la mémoire plutôt que de se battre pour telle ou telle date... Le mois de mai s'y prête, mais ça n'est pas suffisant un mois pour mettre en lumière tout ce que cette histoire nous apporte, toutes les traces qu'elle a encore laissées aujourd'hui...

A quelles traces pensez-vous ?

Je pense aux langues créoles, aux religions syncrétiques qu'on trouve sur tout le continent américain et toute la Caraïbe... Je pense encore à toute cette cosmogonie et toutes ces histoires orales, l'oraliture, cette transmission de savoirs, de cultes, de cultures qui, après, a nourri la littérature écrite qui vient de la Caraïbe aussi bien francophone qu'anglophone... Il y a une créativité absolument phénoménale. Il y a une contribution au patrimoine culturel de l'humanité et je pense qu'un mois où l'on consacrerait des efforts à voir les traces dans la peinture d'aujourd'hui, les sculptures, la littérature, les contes, mais également dans les rapports à l'environnement, la pharmacopée... Cela montrerait que c'est effectivement une histoire d'une extrême violence, d'une violence indicible, mais c'est aussi une histoire d'une extrême beauté parce qu'il y a eu une créativité sans limite !

L'intitulé du prix des lycéens de la flamme de l'égalité, "Esclave d'hier, migrants d'aujourd'hui", vous a interpellé, pourquoi ?

On ne peut pas mettre une équivalence avec la situation des réfugiés, des migrants aujourd'hui, avec celle des esclaves, mais il y a un continuum dans la sensibilité, c'est-à-dire que comprendre la situation des esclaves nous aide à refuser la situation des migrants.

Propos recueillis par FXG, à Paris

En images

Arrivée du président du CNMHE, Frédéric Régent

Les "abolition's girls"

Daniele Obono, députée de Paris (FI)

Frédéric Lazorthes, ancien secrétaire général du CNMHE

Jean-Michel Martial et Jean-Marc Mormeck

Sourya Adèle

Wallès Kotra, directeur du pôle Outre-mer de France Télévisions​​​​​​​

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 04:46
Franck Nicolas, en grève de la faim, hospitalisé

Franck Nicolas est hospitalisé depuis mardi

Le jazzman guadeloupéen, Franck Nicolas, est hospitalisé dans un établissement de Montpellier, où il vit, depuis mardi 8 mai. Mardi, c'est le jour où il donne ses cours. Un de ses élèves de trompette est venu le chercher pour aller au JAM, le Jazz action de Montpellier, l'école de jazz ou il travaille. L'imposant escalier qui conduit à l'entrée du JAM a eu raison de ses forces. "Heureusement, confie-t-il à France-Antilles, j'ai bu de l'eau sucrée avant, parce qu'ensuite, une fois dans la salle, bien essoufflé, j'ai voulu souffler dans ma trompette et là." Son coeur a fait des bonds et Franck, saisi de vertige, défaille, dans les vaps. Son élève l'a directement conduit à l'hôpital où on lui a fait d'emblée subir un électrocardiogramme et une prise de sang...

Le médecin s'est montré rassurant. "En réalité, explique Franck, mon corps est bien et seul mon coeur m'a fait mal car la perte brutal de poids ne lui plaît pas... Je tiens bon car j'ai des réserves... J'avais grossi depuis décembre et je pesais 100 kg mon 1er jour de grève !". Franck continue le combat avec une perfusion... "Là je ne fais plus d'effort, je reponds aux textos, c'est tout et avec tous les messages que je reçois, je suis très occupé !" Ses soutiens viennent de sa famille, des amis, des fans. "Grâce aux journalistes de la presse écrite de la télé et de la radio, j'obtiendrai peut être des résultats", veut-il espérer.

Son affaire avec Pôle emploi qui lui réclame deux ans d'indemnités a-t-elle évolué ? Pense-t-il avoir réussi à sensibiliser ce monde aux musiques de la Caraïbe, à la place qu'elles ont dans nos festivals et maisons de disque ? Les artistes se sont-ils montrés solidaires ? "Je ne peux répondre à toutes ces questions maintenant, explique Franck, parce que je n'ai pas les réponses ! La seule chose que je peux dire, c'est qu'il semble y avoir des avancées sérieuses et si tout se confirme dans les jours qui viennent, j'arrêterai ma grève de la faim avec le plus grand plaisir !"

Franck Nicolas a commencé sa grève il y a 18 jours pour protester contre le sort et la place que la société occidentale française de l'Hexagone fait au jazz créole... Son corps est fatigué et son médecin lui a recommandé fermement de ne pas répondre au téléphone.

FXG, à Paris

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 09:42
Casting à la Réunion

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