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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 10:58
Crise chlordécone

L'Etat veut mettre le paquet sur la recherche

Annick Girardin et Agnès Buzyn ont reçu l'ensemble des parlementaires et élus de la Région pour aborder la question de la pollution des eaux et des sols au chlordécone.

Pour la deuxième fois cette semaine, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est venue au ministère des Outre-mer à l'écoute des parlementaires de la Guadeloupe et de la Martinique pour faire le point sur la pollution au chlordécone dans les deux îles. Il n'y a pas eu d'annonce sensationnelle sur ce sujet qui hante la chronique depuis une vingtaine d'années, si ce n'est celle d'une prochaine réunion en juin prochain avec les ministres de l'Agriculture et de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et celle d'un colloque scientifique en Martinique, du 16 au 19 octobre prochain. "La parole de l'Etat est tenue, s'est réjoui Olivier Serva, député LREM et président de la délégation outre-mer à l'Assemblée nationale, organe qui auditionnait encore récemment Agnès Buzyn et le directeur de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail sur le sujet. "La ministre et le gouvernement, a indiqué M. Serva, ont pris la mesure de la gravité de la situation."

Evidemment, la réunion a été l'occasion de regretter les retards pris dans l'établissement de la     cartographie des zones polluées et son manque de précision.

Reste que l'ensemble des élus étaient d'accord pour dire que s'il y a des contrôles, des classifications et le plan chlordécone 3 en marche, il y a encore des faiblesses. "La cartographie n'est pas assez précise en ce qui concerne les prélèvements, a expliqué le député Modem Max Mathiasin, les terres sont classées trop globalement." Tous se sont également retrouvés sur un besoin de traçabilité et de contrôles phytosanitaires des produits que l'on trouve sur le marché. Entre ceux qui viennent des jardins familiaux qui ne sont pas contrôlés et ceux qui viennent de l'étranger (Dominique, Costa Rica, Saint-Domingue...) et qui ne sont guère mieux traçables, personne ne sait quelle quantité de chlordécone il risque d'ingérer à chaque repas d'ignames !

La question des limites maximales de résidus a créé une petite polémique puisque ces taux, fixés en 2005, auraient été modifiés à la hausse en 2008. "A mon avis, a déclaré Max Mathiasin, la question des LMR n'est plus une polémique dans la mesure où le ministère de la Santé nous a donné des chiffres qui vont être analysés." L'Europe plaide aussi pour un retour au taux de 2005.

Appel à projets de recherche

L'autre constat, c'est l'insuffisance de la recherche sur la réhabilitation des sols, un sujet qui n'a pas été suffisamment pris en considération jusqu'alors. A ce titre l'intervention du ministre la Recherche, le colloque du mois d'octobre et l'appel à projets de recherche sont très attendus. "Il faut que ça aille plus vite sur le lien qu'on doit faire entre chlordécone et cancer de la prostate", a déclaré Olivier Serva. "Un chercheur est retourné en Floride sur le site de l'usine d'Hopewell où a eu lieu le premier incident en 1976, a raconté M. Mathiasin, et dans le cours d'eau, il s'est aperçu que les poissons avaient des taux de chlordécone quasiment nuls dans leur chair... Il faut retourner là-bas pour comprendre le phénomène."

La remédiation de sols est donc le grand enjeu et c'est lui qui coûte le plus cher.

En Guadeloupe comme en Martinique, les deux anciens présidents de Région ont insisté sur la nécessité d'appliquer véritablement les plans chlordécone 1, 2 et 3, mais aussi celle d'aller beaucoup plus loin avec un plan agriculture biologique sur les terres quo ne sont pas encore contaminées.

"Il y a une volonté politique, assure M. Serva, ce n'est pas une question de budget, ils nous l'ont dit !" L'Etat, les collectivités locales et les EPCI devraient mettre de l'argent en commun pour financer la recherche. Victorin Lurel a relancé l'idée de lancer une action de groupe contre Dupont de Nemours et Allied Chemicals...

On n'a pas appris vraiment davantage de choses que nous ne sachions déjà hier, mais gouvernement et élus ont affiché de la pugnacité et la volonté d'avancer ensemble...

FXG, à Paris

La polémique

Lorsque la ministre a rappelé qu'il y avait déjà eu trois plans chlordécone et que les crédits n'étaient jamais consommés, l'ancien président de Région, Victorin Lurel a bondi : "Laisser entendre que si, aujourd'hui, les choses ne sont pas ce que l'on espérait, serait une faute partagée, pour ne pas dire une faute des collectivités à cause de leur inertie, notamment pour le financement de la cartographie, je ne peux pas laisser dire ça !" Une sortie qui, à son tour, a fait bondir Ary Chalus qui ne s'est pas privé de rappeler que c'est le ministre des Outre-mer Victorin Lurel qui avait autorisé les épandages aériens !

Unanimité autour de l'indemnité des pêcheurs

Alfred Marie-jeanne s'est souvenu que l'Etat l'avait laissé seul payer les indemnités des pêcheurs lors des premières restrictions des zones de pêche. Même son de cloche chez M. Létchimy : "Les marins pêcheurs ne peuvent pas être des victimes et être pénalisés pour des choses qu'ils n'ont pas enclenchées. On ne peut pas empêcher les gens d'avoir une activité pendant des années ou des siècles en ignorant complètement deux causes : l'utilisation illégale d'un produit et une dérogation accordée par l'Etat." Jean-Philippe Nilor a enfoncé le clou : "Il n'est pas normal que ce soit des marins pêcheurs qui soient menacés parce que le produit de la pêche n'est pas conforme aux normes. Aujourd'hui encore, il y a des dérogations qui sont accordées pour des produits comme l'azulox, un produit particulièrement toxique dans le milieu aquatique. Encore une fois, c'est la pêche qui paie cash les décisions irrationnelles qui sont prises au plus haut niveau pour protéger une partie  des agriculteurs."

ITW - Jean-Philippe Nilor, député

"Nous avons face à nous le début d'une prise de conscience"

Que retenez-vous de cette réunion ?

La ministre a dit qu'elle était en phase avec l'objectif zéro chlordécone et elle propose même que ce soit généralisé à zéro pesticide. Ce sont des déclarations... Cela exige des plans de transformation de notre agriculture ; moi, je suggère que nous sortions de la logique de l'agriculture intensive pour passer à un autre mode de production.

Quel était son intérêt ?

Faire le point sur l'avancée d'un certain nombre de questions pour pouvoir rendre compte à la population. Nous devons partir à l'assaut de la communication pour que nos populations prennent bien conscience de la gravité de la situation et des marges de manoeuvre que nous pouvons donner à notre action pour nous faire entendre et que des décisions soient prises rapidement, aussi bien en ce qui concerne les contrôles, la recherche en dépollution, la recherche médicale puisqu'avec les cancers qui nous affectent, les enjeux sont énormes... Donc nous avons un travail de communication à faire auprès du peuple martiniquais.

En dehors des LMR, la ministre de la Santé est-elle sur la même longueur d'onde que vous ?

Nous allons attendre puisque les déclarations n'engagent que ceux qui les écoutent ! Nous allons attendre notamment l'octroi de moyens financiers concrets, mais encore les appels à candidature pour des recherches avec des financements joints... Tant que les décisions ne seront pas prises, que l'argent ne sera pas là pour financer les mesures annoncées, nous allons rester dans cette vigilance particulièrement attentive.

Qu'est-ce qui, depuis les premières dénonciations il y vingt ans, a changé ?

En réalité, pas grand-chose n'a été fait... Entre l'ancien ministre des Outre-mer Victorin Lurel et l'actuelle ministre, on se rejette un petit peu la responsabilité ! Au-delà des personnes, il faut que l'Etat français mesure sa pleine responsabilité dans cet empoisonnement de nos populations. Je crois que nous avons face à nous le début d'une prise de conscience.

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 05:49
Les présidents Ary Chalus, Daniel Gibbs, Alfred Marie-Jeanne et Rodolphe Alexandre posent en compagnie de Yolaine Costes, vice-présidente de la région Réunion en charge de l'Europe, et du représentant administratif du président de la collectivité départementale de Mayotte, Soibahadine Ibrahim Ramadani, absent en raison de l'annulation de vol Mamoudzou Paris (Photo : FXG)

Les présidents Ary Chalus, Daniel Gibbs, Alfred Marie-Jeanne et Rodolphe Alexandre posent en compagnie de Yolaine Costes, vice-présidente de la région Réunion en charge de l'Europe, et du représentant administratif du président de la collectivité départementale de Mayotte, Soibahadine Ibrahim Ramadani, absent en raison de l'annulation de vol Mamoudzou Paris (Photo : FXG)

Gibbs succède à Alexandre

Lundi matin à Paris, se sont réunis, au siège de la maison de Saint-Martin, les présidents (ou leurs représentants) des collectivités de la Guyane, la Martinique, la Réunion, la Guadeloupe, Mayotte et Saint-Martin pour la réunion du conseil d'administration de l'association des régions ultrapériphériques françaises (ARUP). Présidée depuis 2016 par le Guyanais Rodolphe Alexandre, l'ARUP est désormais conduite par le Saint-Martinois Daniel Gibbs élu à l'unanimité. L'association a validé ses comptes (un budget annuel de 180 000 euros dont un loyer annuel de 43 000 euros) et son activité (notamment ses positions sur le règlement général d'exemptions par catégorie — RGEC — , le renouvellement de la flotte de pêche artisanale, la déclaration finale du sommet de Funchal, les rencontres avec la ministre des Outre-mer et la commissaire européenne à la Concurrence et encore sa participation à la French party OTAN et l'European institutionnal day).

La réunion d'hier matin était avant tout formelle et doit permettre la continuité de l'action de l'ARUP. "Nous avons besoin, a indiqué le nouveau président Gibbs, de plus en plus d'harmonisation dans les stratégies que nous devrons déployer pour défendre une position commune face au gouvernement et à l'Europe."

FXG, à Paris

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 04:46
CHU de Pointe-à-Pitre

Agnès Buzyn doit décider entre deux options

La ministre Agnès Buzyn a bien compris l'urgence de la décision que les élus de Guadeloupe attendent d'elles.  D'ici vendredi, a indiqué la présidente du Conseil départemental, Josette Borel-Lincertin, nous aurons sa décision finale que je présenterai au conseil de surveillance du 20 avril." Agnès Buzyn n'attendra certainement pas vendredi pour trancher puisque l'ensemble des personnes qui participaient à la grande réunion consacrée au CHU lundi soir au ministère des Outre-mer s'attendent à ce qu'elle informe dès jeudi la directrice de l'Agence régionale de santé, Valérie Dénus, de l'option qu'elle entend mettre en oeuvre. "Quelle que soit l'option retenue, indique le sénateur Théophile, nous avons insisté sur la sécurité et la continuité des soins, le dialogue social et le caractère universitaire de notre centre hospitalier." "Il faut donner des soins de qualité aux Guadeloupéens, a insisté le président de Région Ary Chalus, les rassurer et surtout que tous les élus soient solidaires de l'ARS, des médecins, des patients et de tous les usagers de l'hôpital." Les deux options présentées à la ministre présentent des inconvénients et la ministre de la Santé s'est d'ailleurs montrée préoccupée... . La première option, a résumé le député Max Mathiasin, consisterait à évacuer la tour Nord, la nettoyer, faire toutes les réparations possibles. Mais cela révèlera aussi toutes les fragilités dues à l'incendie et qu'on ne soupçonne pas..." L'option décontamination va apporter quelques éléments de satisfaction parce les soins critiques sont conservés sur place. L'option n° 2 propose une délocalisation sur Basse-Terre, Bouillante, Grande-Terre, Marie-Galante... "J'ai choisi de faire jouer la solidarité", explique la présidente Borel-Lincertin, qui a d'ores et déjà décidé de permettre à l'hôpital d'utiliser la moitié de Palais royal. "Nous continuerons aussi à mettre à profit la spontanéité du privé pour être à côté du CHU. Ce scénario 2 donne une autre vie à cette solidarité et donne aussi tout son sens au caractère archipélagique de la Guadeloupe. C'est une délocalisation qui permettrait une nouvelle organisation, c'est-à-dire un hôpital éclaté mais qui assurerait un système de soins performants à terme. "Ca prendra du temps", nuance la présidente du département.

Le U de CHU

Ary Chalus a rappelé que depuis l'incendie, l'Etat avait déjà mis la main à la poche à hauteur de 43 millions d'euros et que 50 autres millions seraient dévolus en fonction de l'option que Mme Buzyn choisira. "Quelle que soit l'hypothèse retenue, la ministre a garanti aux élus présents un examen sérieux. "Nous lui faisons confiance pour que la décision qui sera prise, a indiqué le député Mathiasin, aille dans le sens du meilleur système de soins, pour garder le caractère universitaire du CHU et pour favoriser le dialogue social afin que nous obtenions un consensus en attendant que le nouvel hôpital sorte de terre."

Il y a donc une perspective de quelques années difficiles sachant que le futur CHU est programmé pour 2022...  "Nous pensons, assure le président Chalus, que cette situation va perdurer maximum dix-huit mois, mais là où j'ai insisté, c'est pour que la construction du nouveau CHU continue sans entraves !" Quelques signes penchent en faveur de l'option 2 si l'on écoute le président Chalus : " La Région investit sur un campus santé, le cyclotron doit être opérationnel d'ici quelques jours et la ministre de la Santé doit venir l'inaugurer, et nous allons inaugurer ce week-end le scanner à Marie-Galante." Même son de cloche au département où l'on envisage le rôle de Marie-Galante comme un centre où les internes pourraient aller pratiquer, se former... Le Département demande par ailleurs à l'Etat de l'accompagner pour remettre à niveau le centre gérontologique qui était destiné à être évacué. "Je n'accepterai pas, assure Mme Borel-Lincertin, qu'il continue d'accueillir des personnes en fin de vie dans les conditions dans lesquelles on les héberge actuellement. Il faudra y aménager des conditions décentes de fin de vie. Ce sont mes exigences !"

Quelle que soient encore l'option qui sera retenue, personne ne s'attendait à ce que le CHU brûle... Mais, face à la catastrophe, il faut faire face comme la Guadeloupe a l'habitude de le faire quand passe un un cyclone !

FXG, à Paris

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15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 06:59

Les sargasses au Sénat et au secrétariat général de la mer

Une délégation du secrétariat général de la mer doit venir à la mi-mai pour évaluer les impacts de la crise des sargasses et les moyens de lutte en Guyane et aux Antilles tandis qu'Annick Girardin annonce avoir fait débloquer un fonds d'urgence de 1,5 millions.

Marie-Laure Phinéra-Horth, présidente de la communauté du Centre Littoral (Guyane), Liliane Piquion, vice-présidente de l'agglomération Cap Excellence (Guadeloupe), et Joseph Peraste, maire du Marigot (Martinique), devaient rencontrer mercredi matin à Paris Justine Roulot, la conseillère du ministre Nicolas Hulot, en charge de la biodiversité, de l'eau et de la mer, pour évoquer le problème des sargasses. Au dernier moment, le ministère de la Transition écologique et solidaire leur a fait savoir que le rendez-vous était reporté et comme les deux élus Antillais avaient fait exprès le déplacement, c'est finalement Eric Banel, le conseiller pour l'économie maritime et portuaire au secrétariat général de la mer, organisme qui dépend du Premier ministre, qui les a reçus mardi matin. Le secrétariat général a fait savoir qu'il allait examiner une méthode avec des bateaux capables d'anticiper l'arrivée des sargasses par des actions de prélèvement au large.

Si les Antilles sont très fortement impactées d'un point de vue touristique, la Guyane l'est davantage pour la pêche.

Vincent Bouvier, le secrétaire général de la mer, est venu saluer les élus à la fin de la réunion et leur a annoncé qu'une délégation de son organisme viendrait sur place à la mi-mai.

Faire payer le pollueur

Mardi après-midi au Sénat, la ministre des Outre-mer était interpellée par le sénateur de la Guadeloupe, Dominique Théophile (LREM) qui déplorait une catastrophe écologique, économique et sanitaire. "Quels moyens financiers et quelles actions supplémentaires, lui a-t-il demandé, comptez-vous mettre concrètement en oeuvre contre cette catastrophe naturelle ?"

Le sénateur lui a aussi demandé que la France fasse appliquer le principe du pollueur payeur en remontant à la source de la pollution. Sur cet aspect international du problème, Annick Girardin a été laconique en évoquant "la nécessité d'une coopération régionale internationale". "On va remettre une couche, a indiqué le sénateur, car la résolution de ce problème ne peut  être que de la coproduction à l'international et c'est le Brésil qui est pointé du doigt !"

Sanitairement, le danger des sargasses provient de leur pourrissement qui  dégage du gaz d'hydrogène sulfuré.

La ministre, évoquant un "désastre", a rappelé l'avis du haut conseil de la santé publique qui a recommandé dès 2012 "le ramassage systématique et régulier et le stockage des algues sargasses". Elle a encore rappelé que depuis 2014, une veille sanitaire était mise en place et que des appels à projets avaient été lancés par l'ADEME pour le ramassage et la transformation des sargasses. La ministre est revenue sur les efforts financiers du ministère de l'Ecologie et de l'ADEME depuis 2015 et de son ministère qui a mis en place un fonds d'urgence de 1,5 millions d'euros dont 700 000 pour la Guyane pour lutter contre les sargasses.

FXG, à Paris

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15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 05:01
Degos revient au MOM

Thomas Degos nouveau directeur de cabinet à l'Outre-mer

Le préfet Thomas Degos, directeur général des services de la métropole du grand Paris, vient d'être nommé directeur de cabinet de la ministre des Outre-mer Annick Girardin et succède ainsi au préfet Sorain, nommé délégué du gouvernement et préfet de Mayotte. Thomas Degos est un énarque de la promotion Cyrano de Bergerac (1997) et a débuté sa carrière outre-mer en étant le directeur du cabinet du préfet de Guadeloupe au début des années 2000. Préfet de Mayotte en 2011, il a ensuite rejoint la direction générale de l'Outre-mer en 2013 avant d'être nommé en 2015 préfet du Morbilhan, puis en 2016 à la métropole du grand Paris.

FXG, à Paris

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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 08:56

Alain Richardson démissionné d'office à Saint-Martin

Le conseil d'Etat proclame élu  à la collectivité territoriale de Saint-Martin Ramona Conor à la place d'Alain Richardson.

Le conseil d'Etat a fait droit mercredi 11 avril à la décision de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) de ne pas valider les comptes d'Alain Richardson, tête de la liste "En marche vers le progrès" et élu le 26 mars 2017 conseiller territorial de Saint-Martin. Il était reproché à l'homme politique saint-martinois, par ailleurs expert-comptable, d'avoir minoré ses frais d'impression de matériel électoral à hauteur de 3316 euros, soit plus de 15 % du montant total de ses dépenses de campagne. La réintégration de cette somme a ainsi révélé un dépassement du plafond autorisé de l'ordre de 625 euros. C'est à ce titre que la CNCCFP a rejeté en octobre dernier son compte de campagne. Le Conseil d'Etat a décidé de priver Alain Richardson de tout remboursement de ses frais de campagne, prononcé en outre son inéligibilité pour une durée d'un an, sa démission d'office de son mandat de conseiller territorial et enfin il a proclamé Ramona Conor élue en tant que conseillère territoriale.

Deux autres inéligibilités

Par ailleurs, le Conseil d'Etat a encore donné raison à la CNCCFP qui avait rejeté les comptes de deux candidats, Horace Whit, tête de la liste "Soualiga Mouvement" (2,10 % des suffrages au premier tour, le 19 mars 2017) et Jules Charville, tête de la liste Génération Hope (8,71 % des suffrages au premier tour). Horace Whit, lui aussi expert-comptable, n'a pas fait présenter ses comptes de campagne par un comptable agréé et a réglé lui-même ses dépenses (8878 euros). Jules Charville a omis de déclarer un avantage en nature évalué à 3 750 euros (mise à disposition de trois plates-formes appartenant à une société dont la gérante était sa colisitère). Le Conseil d'Etat a décidé d'interdire tout remboursement de frais de campagne à MM. Whit et Charville et les a déclaré inéligible pour un an.

FXG, à Paris

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 07:30

Le modèle de tourisme costaricien est adapté aux outre-mer

Dans un avis adopté mercredi dernier, le conseil économique, social et environnemental propose de promouvoir le tourisme durable dans les Outre-mer en s'inspirant du modèle touristique du Costa Rica.

Partant du fait que la Guadeloupe a été désignée par l'UNESCO, "réserve de biosphère", que la Martinique est un des 34 hot spots de la biodiversité, que la Guyane est connue pour son extraordinaire forêt amazonienne et ses nombreux fleuves et ses mangroves, que le lagon de Mayotte abrite 760 espèces de poissons différentes et 22 espèces de mammifères marins, soit 1/4 de la diversité mondiale des baleines à bosses, des dauphins et des dugongs, qu'une partie du lagon de Nouvelle-Calédonie a été inscrite au patrimoine de l’UNESCO ou encore que les pitons, cirques et remparts de La Réunion sont entrés au patrimoine mondial, le conseil économique, social et environnemental, dans l'avis qu'il a adopté mercredi 29 mars pour l’instauration d’un nouveau modèle de tourisme outre-mer préconise d'engager les outre-mer sur la voie du tourisme durable en mettant l’identité culturelle et la richesse de la biodiversité des territoires au coeur de leur stratégie, portée par une véritable politique de recherche. Il souhaite qu'au niveau national, une réunion interministérielle fixe les priorités d’élaboration des plans tourisme durable outre-mer qui déboucherait sur la signature des contrats d’objectifs entre l’État et les collectivités ultramarines. Le CESE propose encore que l'agence d'Etat Atout France se dote d’un pôle outre-mer pour faire le lien avec les collectivités ultramarines et appuyer les initiatives locales.

Compenser le coût carbone des voyages

Non content de vouloir doter les observatoires du tourisme d'outils statistiques, le CESE veut aussi mettre l'accent sur la formation et les offres d'apprentissage en lien avec LADOM. Il s'agit encore d'impliquer la population au développement durable par la découverte de la biodiversité. Ainsi France tourisme ingénierie, la CDC et la future Agence nationale des territoires pourraient accompagner les collectivités ultramarines dans l’élaboration et la mise en place de plans en faveur du tourisme durable.

Des taux bonifiés d’aide à l’investissement pourraient être proposés sur la base de critères de développement durable tout comme devraient être créés des dispositifs d’aide accompagnés d’un volet social (entre autres l’embauche, la formation continue, le maintien de l’emploi, l’accueil de jeunes en apprentissage) dans le secteur touristique.

Le CESE préconise encore que les entreprises de transport aérien et maritime qui assurent des liaisons vers les territoires d’outre-mer incitent leurs clients à compenser le coût carbone de leurs voyages par un don à une association locale oeuvrant pour la protection de l’environnement. Les compagnies s’engageraient à abonder ce don de façon équivalente.

Enfin, l’Etat et les collectivités poursuivent doivent amplifier leur politique de labellisation des initiatives touristiques durables présentes en outre-mer.

En conclusion, le CESE estime que Le tourisme durable dans les Outre-mer pourrait s’inspirer du modèle costaricien souvent cité pour son exemplarité. Celui-ci allie une offre touristique classique avec une offre durable basée sur une multitude de structures locales, souvent familiales, réparties sur tout le territoire, en lien avec des parcs naturels valorisant l’extraordinaire biodiversité de ce pays.

FXG, à Paris

La contribution du CESE aux assises

Jean-Etienne Antoinette et Joëlle Prévot-madère ont été les rapporteurs pour avis de la contribution aux assises des Outre-mer présentée par la délégation à l’Outre-mer.

L’accès à la santé et aux soins de qualité, l'accès à l’habitat et au droit au logement, l'accès pour la jeunesse aux parcours d'insertion et de formation, l'égalité femmes hommes, la transition numérique dans le sens de la performance sociale, économique et environnementale, la transition écologique, l'évaluation des dispositifs de soutien fiscal à l’investissement et d’aide sociale sont les huit axes développés dans cet avis, lui aussi adopté mercredi dernier.

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 05:05
Prosper Eve et Philippe Vitale de la commission, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, les anciennes ministres et toujours députées PS George Pau-Langevin, Ericka Bareigts, et la sénatrice UDI Nassimah Dindar

Prosper Eve et Philippe Vitale de la commission, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, les anciennes ministres et toujours députées PS George Pau-Langevin, Ericka Bareigts, et la sénatrice UDI Nassimah Dindar

Le rapport de la commission Vitale

On ne dit plus les Réunionnais de la Creuse, mais les ex-mineurs de la Réunion transplantés en France hexagonale de 1962 à 1984

Quatre ans après l'adoption d'une résolution mémorielle par l'Assemblée nationale, la commission nationale d'experts nommée il y a deux ans par le gouvernement a remis, mardi 10 avril, à la ministre des Outre-mer son rapport sur les 2000 enfants de la Réunion transplantés dans l'Hexagone entre 1962 et 1984. Philippe Vitale, sociologue et président de cette commission, les historiens Prosper Eve et Gilles Gauvin, et le géographe et ancien député Wilfrid Bertile, ont ainsi pu recenser précisément 2015 mineurs de la Réunion relevant de l'aide sociale à l'enfance (ASE) transférés en un peu plus de vingt ans en France hexagonale dans le cadre d'une politique migratoire mise en place par le bureau des migrations intéressant les départements d'outre-mer (BUMIDOM). Il s'agissait alors de répondre à la question du sous-développement, de la misère et de l'explosion démographique dont était victime la Réunion. 83 départements français ont accueilli ces mineurs. Et quoique le département de la Creuse n'en ait pas accueilli plus de 200, ces mineurs furent longtemps appelés "les Réunionnais de la Creuse" dès lors que leur histoire fut connue. Car il fallut attendre les années 2000 pour qu'à l'instar de Jean-Jacques Martial, ils dénoncent ces drames humains et demandent justice à l'Etat.

Le rapport estime qu'ils sont encore 1800 ex-mineurs vivants dont les trois-quarts vivent dans l'Hexagone et un cinquième à la Réunion.

Tous les adoptés de France

Ce n'est que le 18 février 2014 que l'Assemblée nationale vota à l'unanimité une résolution reconnaissant la responsabilité morale de l'Etat. Cette fois, le rapport de la commission Vitale préconise une série de mesures réparatrices (voir encadré). Mais la principale d'entre elles est le libre accès de chacun, et plus largement de tous les adoptés de France, à leur acte de naissance et leur dossier administratif à l'ASE. Tous les dossiers n'ont pas été numérisés et certains dossiers sont très incomplets, ont été égarés ou détruits. Cela provient du fait que jusqu'en 1978, il n'était pas prévu de communiquer les dossiers, ce qui explique l'absence de culture d'archive et la façon erratique dont ces dossiers ont parfois été traités.

Annick Giradin s'est refusée hier à tout effet d'annonce, préférant laisser les associations (Rasin anler, génération brisée, etc...) travailler au sein d'un groupe de suivi à la finalisation des mesures de réparation préconisée dans le rapport. Elle a simplement précisé que la convention signée avec les associations pour faciliter le retour au pays serait reconduite et que son ministère continuerait d'accompagner les ex-mineurs réunionnais transplantés.

FXG, à Paris

Mémoire réparatrice

"Une faute a été commise, a déclaré la ministre Annick Girardin, et cette faute impose des réparations morales."

C'est ce que préconise le rapport. Ainsi, outre la stèle posée par le Département en 2013 à l'aéroport Roland-Garros, une centre d'interprétation des mémoires dédiés aux migrations réunionnaises dans le monde pourrait avoir une composante dédiée aux mineurs transplantés et qui servirait de lieu de retrouvailles et d'échanges. Le département de la Réunion a donné son accord à la Commission pour que l'iconothèque de l'océan Indien abrite un musée virtuel relatif aux ex-mineurs transplantés. Dans l'Hexagone, il s'agirait d'une structure dédiée à cette histoire spécifiquement et dont le lieu serait à définir entre le ministère et les associations. On parle de Guéret ou du Tarn...

Une journée commémorative pourrait aussi être instaurée. La date pourrait être celle du 18 février, date à laquelle l'Assemblée a reconnu la responsabilité morale de l'Etat, à moins que ce ne soit celle du 20 novembre,  journée internationale des droits de l'enfant.

Une autre mesure vise à intégrer cet épisode dans l'histoire nationale, aussi bien son enseignement que la recherche. Le rectorat de la Réunion l'a intégrée dans son plan académique de formation des professeurs depuis cette année. Par ailleurs un prix de recherches en sciences sociales et humaines pourrait récompenser les travaux sur l'aide sociale à l'enfance.

Interview - Philippe Vitale, président de la Commission

"Aucun élément ne justifie la qualification de déportation, de rafle ou d'enlèvement"

Quel est le tableau démographique  et sociologique précis des populations concernées ?

Jusqu'alors les chiffres relayés par les médias faisaient état de 1615 ou 1630 ex-mineurs transplantés. L'an dernier, nous avions recensé 2150 personnes.  Au 1er novembre 2017, nous en sommes à 2015 transplantés dans 83 départements donc 10 % ont étaient accueillis en Creuse. Cette différence de chiffres s'explique par des problèmes statistiques sur les tableaux issus de diverses administrations et des doublons pour les mineurs adoptés dont le nom a été changé. Nous avons stoppé notre décompte en 1982, mais nous avons noté six adoptions en 1983, lesquelles se poursuivent d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui. C'est pourquoi nous proposons de clore cette épisode en 1984, date à laquelle la compétence de l'aide sociale à l'enfance (ASE) est passée de l'État au département. On peut avancer qu'un tiers des enfants a été envoyé en France avant l'âge de 7 ans. Ce sont surtout des enfants adoptés directement depuis la Réunion. Près d'un sur deux, âgés de 6 à 15 ans,  ont été placés en foyer ou en famille. Enfin un sur cinq avait plus de 15 ans. Ils étaient placés en apprentissage chez des particuliers ou dans des centres de formation.

D'où viennent les ex-mineurs ?

Ils ne sont pas tous originaire de la Réunion. Une très faible minorité est née hors de l'île, à Maurice, à Madagascar et même dans l'Hexagone. C'est une conséquence des échanges de populations qui ont eu lieu avec les îles de l'océan Indien de façon spontanée ou organisée avec Maurice et Madagascar ainsi que de façon interne au territoire national avec la France hexagonale. C'est pourquoi nous parlons des mineurs de la Réunion plutôt que les enfants réunionnais. Il n'en reste pas moins que 98 % des ex-mineurs transplantés ont vu le jour à la Réunion, notamment dans le nord urbain et les espaces sucriers, là où la misère endémique de la Réunion se double de rapports sociaux plus violents.

Comment s'est faite leur répartition dans l'Hexagone ?

D'une part dans les départements ruraux du fait de l'existence de places disponibles en institution, d'autre part par une répartition plus uniforme dans la France de l'Ouest en raison des adoptions. Cette répartition n'a obéi y'a aucune logique économique. Les relations entre les directeurs de DDASS a joué aussi un rôle important.  La transplantation des mineurs d'un département à un autre ne nécessitait pas un quelconque feu vert du ministère de tutelle.  C'est ce qui explique que leur répartition est très différente de celle des migrants du Bumidom qui elle est plus conforme aux réalités socio-économiques  du territoire français.

A-t-il été facile de rencontrer ces populations ?

La majorité des ex-mineurs transplantés ne peuvent ou ne veulent se faire connaître et il est impossible de les identifier sans leur concours. Sur les 1800 ex-mineurs vivants, nous n'en connaissons que 150... Pour les autres, nous ne savons rien et nous en ignorons les raisons. S'agit-il de méconnaissance, de gens qui veulent tourner la page ? Il y a une association à Guéret d'ex-mineurs transplantés qui ne souhaitent plus parler de transfert, de déportation et qui veulent tourner la page !

La migration des enfants était-elle isolée ?

Dans les années 60 et 70, l'État a organisé la migration près de 75 000 Réunionnais par l'intermédiaire du Bumidom. Cette politique et la concrétisation d'une conviction apparue dès les années 40, concernant la distorsion entre l'accroissement démographique et l'évolution économique que l'on croyait génératrice de sous-développement. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'épisode des dits enfants de la Creuse. Cette transportation des mineurs s'est faite dans le cadre réglementaire de l'ASE. Les problèmes et abus rencontrés étaient dus au regard porté sur l'enfant et aux lacunes fonctionnements de l'ASE à cette époque. Cette affaire témoigne de ce que fut l'histoire de l'ASE relevant de l'autorité de l'État jusqu'en 1984. Par ricochet,  cette affaire révèle les failles de la politique générale de l'ASE qui, des années 60 au début des années 80, n'avaient ni les mêmes fondements, ni la même organisation, ni le même regard sur l'enfance.

Vous contestez les termes de déportation, enlèvement, rafles, pourquoi ?

Il existe un hiatus entre histoire et mémoire. Expliquer n'est pas excuser. Il en est ainsi des vols, enlèvements,  rafles d'enfants dont se serait rendue coupable l'ASE. Au-delà de la réalité du ressenti, de la variété des cas, des carences et des manquements de l'ASE qui se retrouvent dans la qualité inégale des dossiers individuels, de la brutalité du fonctionnement de l'ASE, à la Réunion comme dans l'Hexagone, de la violence de la transplantation, aucun élément valant preuve n'a été trouvé, pouvant être retenu, justifiant la qualification de déportation, de rafle ou d'enlèvement souvent employée et relayée par les médias.

Vous révélez que certaines familles ont profité du système. C'est-à-dire ?

Certaines familles migrantes ont utilisé des placements  pour "faire sauter la mer" à des mineurs qu'elles allaient ensuite récupérer une fois dans l'Hexagone, économisant ainsi les frais de transports. Mais comment classifier par ailleurs les regroupements familiaux, les placements pour raisons sanitaires, les services militaires anticipés ou encore les adoptions qui se poursuivent au demeurant jusqu'à nos jours ? Cette diversité des situations, leur légalité formelle n'efface en rien les traumatismes.

On a parlé de trafic...

Les changements de nom et de commune de naissance ne témoignent en rien de trafic et de déportation. Aussi brutaux soient-ils, ces changements d'identités étaient demandés par la législation alors en vigueur pour les enfants nés sous X et les enfants trouvés.  Mais cela a été étendu sans distinction à tous les adoptés de la Réunion comme dans l'Hexagone.

Vous tordez le cou à la théorie du repeuplement des zones rurales...

Il est difficile de soutenir qu'environ 2000 mineurs partis en vingt ans sur 83 départements aient pu participer de façon significative à un repeuplement quelconque !

Michel Debré était-il responsable de la souffrance de ces enfants ?

L'ancien premier ministre et député de la Réunion a impulsé cette politique sans l'avoir initiée puisqu'elle a été pensée et mise en œuvre avant son élection en 1963. Les souffrances et les traumatismes subis par les mineurs transplantés ont été aggravés par le contexte post-colonial, par leur vulnérabilité et leur déracinement. Les milieux de départ et d'accueil étant très différents.

Quelle leçon tirez-vous de cela ?

Il faut remettre l'enfant au centre. La France est la patrie des droits de l'homme, il faut qu'elle le demeure et qu'elle renforce la patrie des droits de l'enfant.

Propos recueillis par FXG, à Paris

Ils ont dit

Jean-Jacques Martial, premier ex-mineur de la Réunion à avoir assigné l'Etat en justice

"Il s'agit d'un crime contre l'humanité, contre l'enfant ! J'ai été arraché aux miens quand j'avais 7 ans et je n'ai retrouvé ma maman qu'en 2002 ! J'ai alors pu dire "Maman" et entendre mes neveux m'appeler tonton ! Quelle jouissance après toutes ces années ! Aujourd'hui, le rapport, les positions de la ministre des Outre-mer, c'est grandiose, c'est beautyful ! Je suis l'ostrogoth qui a osé porter plainte contre l'Etat en demandant 1 milliard d'euros ! Qui aurait cru que je réussisse à faire éclater cette histoire !"

Marie-Thérèse Gast, ex-mineure de la Réunion transplantée en France hexagonale

"Le mot "transplantés" me gêne. Il va falloir que j'explique ça à ma mère, ma famille et quelques amis qui ne liront pas les 700 pages du rapport ! Il y a 20 ou 25 ans, nous étions parachutés, puis nous avons été déplacés, déportés, déracinés et maintenant nous voilà transplantés... Je ne sais plus qui je suis ! Je ne crois pas que nous serons nombreux à accepter ce terme."

Interview - Jean-Philippe Jean-Marie (association Rasin anler)

"Nous sommes toujours gazés dans notre tête !"

Que pensez-vous du rapport de la commission Vitale ?

C'est une montagne avec une petite souris à l'intérieur et il va falloir qu'on aille la déloger cette petite souris pour faire valoir nos droits ! Je pense qu'il y a des lacunes parce que les historiens qui ont produit ce rapport ne jugent pas. Ce sera à nous de voir quels droits ont manqué à notre histoire

Quels sont ces lacunes, ces droits manquants ?

Les personnes qui ont été prises comme esclaves dans les fermes n'ont pas eu leurs points de retraite. Ils ne les ont pas eus jusqu'à 21 ans parce qu'ils n'ont pas été déclarés. Certains d'entre nous vivent avec des pensions de 450 euros ! Et puis un billet d'avion tous les trois ans, c'est bien, mais ce n'est pas ça qui va compenser ce que nous avons subi. Tes ces manquements ont été organisés par l'aide sociale à l'enfance (ASE). L'Etat a profité de ces enfants qui ont été déracinés par force...

Le président de la commission réfute les termes de déportation ou de rafle...

C'est quelque chose qui a été caché ! On disait aux parents qu'on allait envoyer leurs enfants faire de grandes études alors qu'on les envoyait travailler dans des boulangeries ou des fermes ! Les membres de la commission voient ça d'une façon théorique, mais si on veut forcer quelqu'un, on déguise les faits ! Quand on dit que des familles ont abandonné leurs enfants, c'est faux ! L'Etat a pris la responsabilité de dire qu'il allait envoyer les enfants dans des écoles et c'est pour ça que les parents les ont laissés partir... C'étaient des rafles déguisées, mais des rafles quand même ! Quand on a des falsifications de documents concernant des adoptions plénières d'enfants tous nés à Sainte-Marie parce que c'est à côté de l'aéroport, quand la mère supérieure qui a aujourd'hui 102 ans nous dit qu'ils apportaient des bébés la nuit à 3 heures, je le demande si ce ne sont pas des rafles ! La déportation, ce sont des gens qui ont été internés et gazés aussitôt ; nous, nous sommes toujours gazés dans notre tête !

La commission préconise un jour de commémoration et un lieu de mémoire, qu'en pensez-vous ?

Nous avons déjà une stèle à l'aéroport. Moi j'entends travailler sur Saint-Paul, le berceau du peuplement de la Réunion... Ca pourrait être une plaque. Mais je voudrais que ça ne concerne pas seulement Sainte-Marie ou Saint-Denis, mais toute la Réunion ! Il faudrait que partout où nous sommes passés, il y ait des commémorations et que tout le monde sache. On ne veut pas que l'histoire de la Réunion soit enterrée ; et ça fait partie intégrante de l'histoire de la France et de la Réunion !

Interview - Valérie Andanson, présidente de l'association Rasin anler

"J'aimerai bien redevenir Marie-Germaine Périgogne, née à la Réunion"

Quelle est cette émotion que vous avez ressentie quand Philippe Vitale a présenté son rapport ?

Ce qui est remonté, c'est mon histoire personnelle parce que, aujourd'hui, je n'ai pas d'identité, je ne sais pas qui je suis... J'ai deux états-civils et je vois que nous allons avoir la possibilité de récupérer notre identité, c'est merveilleux ! Je m'appelle Valérie Andanson mais  parce que, aujourd'hui, je suis née dans la Creuse ! Non, je suis Réunionnaise et je veux redevenir Réunionnaise !

Qu'éprouvez-vous aujourd'hui ?

C'est un événement exceptionnel puisque après deux ans de travaux, les experts de la commission nationale nous livrent leur rapport final. Nous allons l'étudier ainsi que les propositions que la ministre a pu faire au sein du groupe de suivi puisque nous en faisons partie. Mais ce qui est primordial pour nous, c'est que notre histoire entre dans les manuels scolaires. C'est acté ! Qu'il y ait des lieux de mémoire, c'est exceptionnel ! Cette histoire va être encore plus connue et étudiée avec nos témoignages, nos photos... Nous sommes heureux de cette décision mais il reste encore des points à revoir.

Lesquels ?

Il est indispensable que la cellule de soutien psychologique soit mise en place et encadrée car nous avons des remontées d'expérience difficile à la Réunion avec des ex-mineurs qui se sont retrouvés dans une situation psychologique grave ! Il faut également une cellule psychologique en métropole car il y a eu de réels traumatismes.

Vous estimez qu'un vol pour la Réunion tous les trois ans, c'est insuffisant...

Il faut des billets tous les ans car nous vieillissons, nous sommes la plupart d'entre nous malades. Nous avons besoin de retourner sur notre île tous les ans et qu'on nous rallonge cette bourse de 500 euros car ce n'est pas suffisant eu égard au coût de la vie sur place. Nous souhaiterions également que cette aide (vol et bourse) soit élargie à nos enfants, nos descendants directs, car ils sont aussi témoins de nos histoires. Ils ont aussi besoin d'aller vers leurs origines parce que ce sont aussi leurs origines !

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 06:41
Karine Baste-Régis sur France info TV et France Ô

Karine Baste-Régis, de la matinale de France Info TV aux Témoins d'Outre-mer

Karine Baste-Régis n'est pas du matin et pourtant, depuis deux ans, c'est elle qui anime la matinale sur France Info TV. Et comme la journaliste a plus d'une corde à son arc, elle assure une quinzaine sur deux depuis janvier la présentation de l'émission quotidienne, Les témoins d'Outre-mer, sur France Ô.

Native de Foyal, Karine a fait presque toute sa scolarité à Saint-Joseph de Cluny,à l'exception de sa terminale qu'elle a faite au lycée Acajou au Lamentin. Une fois son bac L en poche, elle s'est envolée pour m'Hexagone et a atterri à Nice où, pendant trois ans, elle a suivi une formation aux métiers de l'audiovisuel à l'ESRA. Elle en sort journaliste reporter d'image et revient travailler au pays pour la chaîne qui s'appelle encore RFO. Au bout de deux ans, elle part en Guadeloupe où, pendant quatre ans, elle va couvrir l'actualité, notamment à Saint-Martin où elle réalise ses sujets toute seule. Quand elle revient régulièrement à Pointe-à-Pitre elle produit des sujets magazine pour une émission hebdomadaire présentée par Murielle Tauzia. Quand surviennent le mouvement social de février 2009, elle prend sa première claque, une vraie ! Un géviste lui renvoie violemment sa caméra au visage. Y a pas vraiment de bobo... Le gréviste s'excuse d'ailleurs, mais Karine est choquée.

En juillet 2009, Karine retourne chez elle, en Martinique. Elle continue de tourner des sujets pour le journal télévisé, mais elle découvre la présentation d'émission. On  la voit ainsi présenter en alternance avec Sonia Laventure l'émission Caraïbe. Elle montre encore sa bobine dans le magazine présenté par Jean-Philippe Pascal, Caméra direct. Un an plus tard, la voici présentatrice du JT du week-end qu'elle va ainsi animer pendant six ans tout en continuant son boulot sur Caraïbe et Caméra direct. Puis, le mardi soir, on la voit présenter une émission de débat, Résonnance. "Je recevais quatre invités, raconte Karine,  et on débattait sur un thème, dans filtre, sans tabou, comme j'aime !" Elle se souvient des doutes de son équipe quand elle avait proposé la sexualité des séniors... "En fait, se souvient-elle, les gens se bousculaient pour être invités ! Le débat avait été très animé et joyeux !"

"C'était excitant de tout bousculer"

En avril 2016, Karine est envoyée en mission à Malakoff, au siège de France Ô, pour présenter une émission spéciale zika alors que l'épidémie est à son paroxysme aux Antilles. C'est là, dans l'ascenseur, qu'elle croise Stéphane Dubin, le patron de France info TV. "Je te veux sur la chaîne, lui lance-t-il à brûle pourpoint, postule !" Karine élude. Elle n'a pas envie de venir vivre à Paris. "A ce moment-là, je pensais davantage à une mutation dans le Pacifique ou l'océan Indien..." Et pourtant, à peine deux semaine plus tard, elle se décide. Elle postule, coup de téléphone, entretien... Tout ça n'est que formel, on l'attend ! Quinze jours plus tard, le 14 juillet, elle est dans l'avion et le déménagement est en route. Son mari et leur fils de 4 ans arriveront une semaine plus tard. "C'était excitant de changer de vie, de tout bousculer ! Il fallait trouver un appartement, une école. La famille s'installe à Boulogne et Karine commence son nouveau job, la présentation de la matinale. "C'était un challenge pour moi qui ne suis pas du matin." Fini les reportages. "De toute façon, j'en faisais de mojns en moins", concède-t-elle. En septembre dernier, on lui demande de venir faire un remplacement pour une semaine au mois d'octobre sur France Ô. Sa compatriote Sabine Quindou a quitté le plateau des Témoins d'Outre-mer, l'émission d'accueil de la mi-journée de la chaîne de Malakoff. "J'ai retrouvé l'esprit de "Résonnance" et comme j'aime parler, rire et sourire, j'ai essayé, j'ai trouvé ça royal ! J'ai trouvé une équipe de jeunes journalistes qui voulaient faire différemment, inviter des gens qu'on n'invite habituellement pas..." Si Karine se plaît dans cette émission "fraîche, spontanée, au contact des gens", elle ne souhaite pas aller plus loin que ce remplacement. D'ailleurs Sonia Chironi qui présente l'émission en alternance est toujours là et assure. La production insiste néanmoins auprès de Karine. "Ils m'ont proposé de reprendre l'émission en solo à compter du mois de janvier et j'ai dit non." Karine ne veut pour rien au monde lâcher la matinale sur France Info TV, alors elle propose de poursuivre l'alternance avec Sonia. "Je termine ma matinale à 9 h 30, donc j'ai du temps pour Les témoins d'Outre-mer. Et c'est ainsi que depuis quatre mois, elle présente l'émission deux semaines par mois. "J'ai carte blanche pour les thèmes et les invités, raconte-t-elle. J'ai ma liberté de ton et de parole et j'ai le droit d'avoir un fou rire ! Je peux parler de thèmes sérieux sans gravité !" Les thèmes abordés ? Elle préfère des sujets comme la calvitie, l'infidélité, l'art de recevoir, les mamans du monde ou la virilité à d'autres plus classiques comme l'acupuncture ou le mal de dos ! Et si on lui demande ses projets, elle répond d'abord qu'elle aime aller au bout de ses engagements avant de dire : "Je suis 100 % carpe diem."

FXG, à Paris

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 17:52

Réouverture de l'instruction du dossier CEREGMIA au CNESER

Le Conseil national supérieur de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) était réuni lundi dans sa formation disciplinaire pour reprendre l'instruction de l'affaire du Centre d'Étude et de Recherche en Économie, Gestion, Modélisation et Informatique Appliquée (CEREGMIA) de l'université des Antilles. Le CNESER doit rejuger Fred Célimène, l'ancien directeur du CEREGMIA, son adjoint Kinvi Logossah et l'ancien doyen Eric Carpin pour leur gestion des fonds européens et l'accumulation d'un "trésor des templiers" selon les propres mots de M. Célimène, tels qu'ils sont repris dans les considérants.

En juin 2016, le CNESER avait déjà prononcé de lourdes sanctions à l'encontre des trois enseignants en ordonnant la radiation de Fred Célimène de l'enseignement supérieur et en suspendant pour une durée de deux et cinq ans ses collègues Logossah et Carpin. Mais une erreur de droit a conduit le Conseil d'Etat à casser le 8 novembre dernier cette décision et à renvoyer à nouveau l'affaire devant le CNESER. Lundi, Fred Célimène était donc entendu par les membres du CNESER. Rien n'a filtré et Fred Célimène n'a fait aucune déclaration. Pour autant, a indiqué le greffe du CNESER à France-Antilles, aucune date n'a encore été fixée pour réunir une formation de jugement. Il ne s'agissait formellement que la réouverture de l'instruction. Y aura rien de neuf avant juin !

FXG, à Paris

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