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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:54
De La Sakay à La Carapa, 52 minutes, Laterit productions avec France Télévisions

De La Sakay à La Carapa, 52 minutes, Laterit productions avec France Télévisions

Un film sur les Réunionnais de Guyane

Olivette Taombé, cinéaste réunionnaise d’origine malgache, vient de réaliser une documentaire sur une nouvelle tranche d'histoire ultramarine méconnue. Elle s'est intéressée à ces 200 familles réunionnaises parties avec le Bureau du développement agricole s'installer à La Sakay (Madagascar) dans les années 1950 et qui en ont été chassées lors des événements de 1975 qui consomment la rupture de la Grande île avec la France. Le gouvernement rapatrie ses ressortissants dans l'Hexagone. "je suis arrivé à La Sakay vers 6 ans et je suis parti quand j'avais la vingtaine", témoigne Henri-Charles Gabriel. Les Réunionnais de Madagascar quittent l'île une main devant, une main derrière pour trouver un accueil dans des camps de rapatriés dans l'Hexagone. "90 familles ont tout perdu, raconte Colin Lebeau. il y a eu aussi des suicides." L'Etat propose à 300 familles de partir s'installer en Guyane. En échange de leurs fermes perdues à Madagascar, on leur promet d'en retrouver une autre là-bas. La Guyane compte alors à peine 25 000 habitants et il y avait tout à faire. 5 familles seulement acceptent l'offre du gouvernement. Elles débarquent à la Carapa sur la commune de Macouria. Mais la désillusion est cruelle. Non seulement, ils doivent tout reconstruire en pleine forêt, loin de l'eau courante et de l'électricité. "C'était la grosse galère, témoignent Henri-Charles et Colin. En guise de la ferme clé en main promise, ils trouvent de la boue, de la mangrove, de la forêt... Et ce qui devait être un échange devient une obligation de prêt bancaire...

Aujourd'hui, la communauté réunionnaise de Guyane est estimée de 500 à 1000 personnes. "On s'est bien guyanisé, raconte Colin. Pour autant, ces familles continuent dans leurs cercles privés de parler et manger réunionnais.

Le film d'olivette Taombé a été présenté en exclusivité à l'Encre de Cayenne le 15 février dernier. En attendant une diffusion à la Réunion.

FXG, à Paris (avec France-Guyane)

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:29
Le projet d'implant connecté des Martiniquaises a obtenu la faveur du jury

Le projet d'implant connecté des Martiniquaises a obtenu la faveur du jury

Les Martiniquaises lauréates du challenge Innovatech

Les étudiantes et lycéennes martiniquaises, finalistes en février dernier des sélections régionales, ont remporté le challenge national "Innovatech", mardi au ministère de l'Economie et des Finances. Leur projet de médecine du futur, "Angelmedimetric", a obtenu les faveurs du jury qui avait le choix entre les projets des équipes de Bretagne, Guadeloupe, Ile de France, Languedoc Roussillon, Lorraine, Martinique, Normandie et Picardie. Marinette Torpille, conseillère exécutive de la CTM en charge du développement économique était là pour soutenir ses compatriotes.

Malou Mireur et Najade Canevy, étudiantes en prépa BPCST au lycée de Ducos, Stéphanie Pintor, étudiante en BTS TP 1 au lycée Bissol, Emeline Sagabiot et Héloïse Marie-Reine, élèves de terminale au lycée La Jetée du François, et Gilda Belrose, leur marraine ingénieur au CHU de Fort-de-France, ont développé un implant connecté (au niveau de la cuisse) qui permet une surveillance médicale en temps réel (glycémie, rythme cardiaque, gaz respiratoires...) et prodigue des conseils voire prévient lui-même les secours en cas d'urgence. Ce projet a été préféré au multi e-patch médical connecté de l'équipe montpelliéraine ou encore à l'appli "Green buterfly" de l'équipe guadeloupéenne pour développer l'écotourisme.

Le challenge Innovatech est organisé par l'association "Elles bougent". Il a pour but d'inciter les lycéennes et étudiantes à choisir la voie de l'ingéniorat où les femmes ne représentent que 21 % des effectifs. "Je vous enjoins de devenir les prix Nobel de demain", a lancé la présidente de l'association, Marie-Sophie Pawlak.

FXG, à Paris

Les Guadeloupéennes et leur appli "green butterfly"

Illana Piton et Williane Ségor, élèves de terminale, Alicia Babouram et Katrina Gavarin, étudiantes en BTS, toutes du lycée Faustin Fléret de Morne-à-l'Eau, et leurs marraines, Jessica Julan et Aline Rosolen, ont présenté une application pour smartphone "green butterfly", destinée à faciliter l'écotourisme. "La Guadeloupe, ça marche en vert", ont expliqué les filles avant de se livrer à une petite chorégraphie du plus bel effet. Ca n'a hélas pas suffi à convaincre les jurés qui ont préféré récompenser le projet des Martiniquaises.

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:26
Un prix américain pour un médecin chercheur réunionnais

Un american society of transplantation award pour le Dr. Alexandre Loupy

Le Réunionnais Alexandre Loupy, médecin néphrologue, maître de conférences des universités et praticien hospitalier au service de transplantation rénale de l'hôpital Necker à Paris, a obtenu le prix de la Société américaine de transplantation. Ce prix n’a jusqu'alors jamais été décerné à un non Américain depuis sa création il y a 14 ans.

Depuis 2013, Alexandre Loupy a publié une série d'articles dans les plus grandes revues scientifiques internationales (Lancet, New England journal of medicine, British medical journal, Journal of american society of nephrology) sur la decouverte de nouvelles formes de rejet des greffons par les anticorps ou encore l'amélioration du diagnostic du rejet rénal et cardiaque... La concrétisation de ses découvertes a été marquée par l’adoption dans la classification internationale du rejet de 2 nouvelles maladies (le rejet vasculaire médié par anticorps et le rejet humoral infra clinique) et de l’adoption par la communauté scientifique de l’analyse des gènes dans le greffon. "Ceci explique le jeune chercheur, a conduit à un changement des pratiques cliniques de greffe dans le monde et a conduit le National institutes of health et la Food and drug administration à me solliciter comme expert européen dans la transplantation d’organe."

Son prix lui sera remis à Chicago le mardi 2 mai prochain.

FXG, à Paris

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 13:41
Lisette Malidor, une vie

Lisette Malidor, 73 ans, est née à Saint-Joseph où la meneuse de revue et comédienne a vécu jusqu'à l'âge de 14 ans. Cette interview doublée d'un portrait a été publiée dans France-Antilles Martinique le 8 mars dernier à l'occasion de la journée de la femme. (photos Alfred Jocksan)

"J'étais un petit animal un peu sauvage"

Qui étaient vos parents ?

Ma mère était couturière et a eu huit enfants. Elle se métamorphosait à chaque instant, passait de la négritude à l'Indienne... Son sang était tel un fleuve qui changeait de couleur... La peau, les cheveux, les yeux, c'était extraordinaire chez ma mère ! Mon père a fait partie des premiers à transporter la banane en France. Il avait beaucoup de talent, mais c'était un Martiniquais (rires), un coq martiniquais ! On pouvait lui ôter le pain de la bouche, mais impossible de lui enlever sa pochette de sa chemise. C'était un élégant qui portait des vêtements kaki repassés par ma mère. Il ne disait mot, mais son regard disait tout...

Comment la toute jeune fille que vous étiez a pensé à quitter son île natale ?

J'avais une tante qui s'appelait Dalise et qui avait eu l'occasion de connaître la France dans sa jeunesse pour y travailler. Quand elle en est rentrée, elle était déjà âgée, elle nous racontait l'histoire de sa vie en France et nous disait que là-bas, il y avait un doigt qui montrait le chemin... Cette image m'est restée dans la tête et j'ai toujours eu envie d'aller en France parce que j'avais ce doigt devant moi.

Dans quelles avez-vous débarqué dans l'Hexagone au début des années 1960 ?

A cette époque, la grande mode c'étaient des Françaises qui cherchaient des bonnes, des gardes d'enfant... Elles payaient le voyage pour ça. J'ai trouvé une famille (c'étaient des notaires) qui m'a fait venir à Pontoise pour m'occuper de leurs deux enfants. J'ai travaillé pour eux et remboursé mon voyage comme ça. J'arrivais dans cette petite province en hiver, avec une petite robe de couleur, sans manche. Je n'ai pas ressenti le froid tout de suite. J'ai passé alors un moment très difficile parce que je prenais conscience de cette nouvelle découverte de la France, de la vie... J'éprouvais un peu d'angoisse à me retrouver seule pour la première fois, loin de chez moi. Je suis vite partie à Paris chez un oncle qui a signé des papiers de prise en charge parce que je n'étais pas majeure et je suis allée voir des religieuses qui m'ont trouvé un travail chez un médecin. J'ouvrais la porte aux patients, je faisais le ménage... J'ai trouvé cette nouvelle famille comme ça. C'était formidable parce que ces gens étaient généreux dans leur façon d'être et c'est grâce à eux, peut-être, que je suis parvenue à faire de la coiffure et arriver là où je suis.

Comment êtes-vous devenue coiffeuse ?

La dame était très coquette et me demandait de la coiffer, ce que je faisais souvent. Elle était toujours très heureuse des coiffures que je lui faisais et c'est alors qu'elle m'a dit : "Vous devriez apprendre la coiffure." Mais, c'était très difficile pour moi deles quitter, de partir comme ça... Je n'avais pas de logement, pas de travail, rien du tout. Mais j'ai trouvé des gens qui m'ont donné une chambre de bonne contre quelques heures de ménage et je pouvais aller à l'école de coiffure et d'esthétique. J'ai fait l'école du Dr. Latour qui se trouvait sur les Champs-Elysées et quand j'ai eu mon diplôme, le vrai problème s'est présenté. Tant que j'étais au service des autres comme domestique, ça se passait très bien, mais le jour où j'ai voulu faire de la coiffure, ça devenait difficile parce que ça voulait dire être en contact avec les autres...

Vous avez alors découvert le racisme ?

Pour trouver du travail, j'allais tous les jours, très tôt le matin, dans les bureaux de placement. Ca a duré très longtemps. Tous les matins, j'y allais pour rien. Au bout d'un certain temps, on m'a donné des adresses de salons où je me rendais pour m'entendre dire : "Ce n'est pas ce que nous attendions." Ils ne voulaient pas de blacks. Mais je crois que chacun de nous dans la vie a une porte, un destin, une chance... Nous pouvons aussi avoir le malheur total, dans toute sa vie... Mais moi, j'ai eu de la chance car dans ce bureau de placement où j'allais tous les matins, est arrivé un homme qui cherchait une fille pour faire des shampooings et manucures dans un salon de coiffure du 16e arrondissement. Je vois encore ce monsieur, petit, presque chauve, autoritaire, Jacques Vallez, devant l'agent du bureau qui lui disait en me regardant : "Je suis désespéré parce que cette fille vient tous les matins chercher du travail et elle ne trouve rien." Jacques Vallez est venu vers moi et m'a dit : "Vous savez faire des shampooings ?" Je lui dit : "Oui et non, je sors d'école, je n'ai jamais travaillé..." C'était un lundi, jour de fermeture des salons ; un des employés de M. Vallez était tombé malade. Il m'a emmené, en métro, et nous sommes arrivés dans ce tout petit salon où il recevait de vieilles bourgeoises. Il s'est installé dans le fauteuil, a posé sa tête et m'a dit : "Vous allez apprendre à faire un shampooing." Il n'avait pas de cheveux et j'ai dû lui faire trois shampooings ! "Ca va aller, m'a-t-il dit, mais surtout, ne mouillez pas la robe des dames." C'était ma hantise ! Il m'a conseillé d'acheter une petite blouse blanche et j'ai commencé le lendemain. Quand les bourgeoises m'ont vu, elles n'osèrent rien dire parce que ce monsieur avait une très forte personnalité. Il était comme un père. Le midi, personne ne sortait ; il faisait cuire du riz dans une petite pièce au-dessus du salon et nous mangions toutes avec lui.

Et pourtant vous n'êtes pas restée...

La fille que je remplaçais a prolongé son arrêt de un à six mois. Quand elle est revenue, j'ai dû partir. Un représentant de shampooings Loréal est passé et il connaissait tous les salons. Il a parlé de moi et j'ai atterri à l'hôtel Normandie à Deauville pour la saison d'été, puis dans un salon de la rue Milton. Il était tenu par un Juif pied-noir communiste qui vendait l'Humanité dans le salon et tout les cadres du siège du parti communiste, voisin, venaient s'y faire coiffer. J'ai ainsi rencontré Georges Marchais mais encore le directeur du théâtre du Palais royal, Jean-Michel Rosière. J'ai assisté à nombre de discussions politiques dans ce salon avec des rasoirs qui sifflaient sur la tête des gens ! Je suis restée deux ans dans ce monde de fourmillement de gens divers, avec des pensées diverses, qui discutaient de politique et étaient complètement à gauche !

C'est là que votre destin a basculé ?

Dans ce salon,  venait un M. Leblanc, responsable d'une société qui s'occupait de tous les programmes et toutes les glaces de tous les théâtres de Paris dont le Casino de Paris qui venait d'être repris par Roland Petit et sa femme Zizi Jeanmaire. Et M. Leblanc me demande si je connaissais des jeunes qui voulaient aller vendre des programmes au Casino. Je me propose ; il me dit qu'il ne sait pas, qu'il va demander... Il revenait toujours sans réponse... Comme j'insistais, il m'a emmené avec lui pour me présenter au directeur. Il était midi. Le directeur m'a à peine regardé et a dit : "Bon, ça va, ça va aller..." Et c'est comme ça que je suis entrée au Casino de Paris, pour vendre des programmes. Pendant peut-être un an, j'ai travaillé la journée au salon et j'allais vendre des programmes le soir, habillée par Yves Saint-Laurent - il s'occupait de tous les costumes au Casino. Et quand je vendais le programme, il se passait déjà quelque chose avec le public dans le hall... Des gens me demandaient si j'allais faire un numéro sur scène ; je ne comprenais pas.

Comment êtes-vous passée du hall d'entrée à la scène ?

Roland Petit cherchait une fille mannequin nue pour sa revue. La fille qui devait faire ça n'était jamais là pour faire le spectacle... Ca devenait urgent de trouver quelqu'un. Je crois que Roland Petit a dû me cerner dans le hall puisqu'un jour, il m'a demandé de passer une audition. Je ne savais pas danser, mais ce qu'il voulait voir, c'était mon corps, comment j'étais faite... J'ai commencé à paniquer ; j'ai pensé à ma mère, à l'éducation que j'avais reçue... Jamais je n'avais montré mon corps nulle part. Mais ce que j'avais vu sur scène - la revue avait déjà commencé - n'avait rien de vulgaire. Il y avait des costumes, même s'ils étaient minimes. Roland Petit a bien vu que je n'étais pas professionnelle. Je n'avais rien d'une fille qui faisait du cabaret ; j'étais un petit animal sur la scène, un peu sauvage. Il m'a simplement dit : "Il va falloir beaucoup travailler." Mais il n'avait pas dit oui ni non, il m'avait vue, c'est tout. Et puis un jour, on m'a appelée, j'étais engagée. D'abord mannequin, puis j'ai beaucoup travaillé la danse. Dans la précipitation... J'ai toujours dû apprendre très vite pour travailler rapidement. Je ne crois pas avoir eu en Roland Petit un maître. Il ne m'a jamais formée, je me suis formée toute seule. Mais mon destin a commencé comme ça.

On vous a vite comparée à Joséphine Baker...

Quand j'ai commencé au Casino, la presse a parlé de la nouvelle Joséphine Baker. Mais Joséphine Baker était toujours vivante ! Elle était à ce moment là en situation difficile et la princesse de Monaco lui avait donné un logement parce qu'elle était à la rue. Grâce à Jean-Claude Brialy, à l'occasion de l'anniversaire du prince, Joséphine a pu monter une revue. Elle est alors monté à Paris voir Roland Petit pour lui proposer sa revue, là où elle avait débuté, au Casino après le théâtre des Champs-Elysées. Mais Roland Petit venait de commencer avec moi... "Ecoutez, lui a-t-il dit, j'ai Lisette, c'est difficile pour moi..." Il me semble que Roland Petit a fini par lui dire qu'il voulait bien de sa revue à condition que, en cas de pépin, je puisse prendre la relève parce que le spectacle doit continuer... Elle a du dire non puisqu'elle est partie à Bobino. Je ne l'ai rencontrée que plus tard, au Cirque d'hiver, où je faisais un numéro de trapèze et elle, un numéro avec un poney. Je suis allée la voir dans sa loge pour lui présenter des excuses, lui dire que je n'étais pour rien dans la proposition de Roland Petit. "Je sais, m'a-t-elle répondu, on compare toujours deux Noires." Peu après, elle m'a envoyé une lettre : "Chère Lisette, vous êtes mon enfant. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir vers moi..." Joséphine Baker était une femme qui voulait être la mère de tous les enfants du monde, mais je crois que moi, jeune, je l'ai transportée quelque part... Notre confrontation l'a portée car c'est la loi du métier : tant qu'on est encore là, on existe ! C'était un dédoublement. Jeune, elle avait représenté une vie extraordinaire et tout à coup, j'étais là aussi... Mais c'est la vie, la roue tourne... Mais, ça a été pour moi très agréable de la rencontrer.

Ca vous est arrivé plus tard de ressentir la même chose ?

Non pas encore, parce que je n'ai vu personne encore. Et puis, le music hall tel qu'il était à cette époque a disparu. Il n'y a plus de music hall ! Le Casino de Paris existe mais c'est un garage, les Folies bergères sont fermées. A mon époque, toutes ces boites marchaient ! C'était plein tous les soirs...

Et vous avez rencontré beaucoup d'artistes alors...

Au Casino de Paris, j'ai rencontré Serge Gainsbourg quand il est venu faire les musiques de la dernière revue de Roland Petit... Il a écrit des chansons pour moi, mais c'est Roland Petit et Zizi qui choisissaient tout. Les chansons qu'il a écrites pour moi, peut-être deux, je ne les ai pas chantées. Mais, puisque c'était une continuation de revue, j'ai chanté toutes les chansons qu'il avait écrites pour Zizi Jeanmaire ! J'ai aussi fait un voyage aux Antilles avec Henri Salvador. Nous nous étions rencontrés à la Martinique, c'était une star !

Vous avez été meneuse de revue au Casino, aux Folies bergères et au Moulin rouge...

J'ai commencé en 1970 au Casino et j'ai donné ma dernière revue au Moulin rouge en 1990, au moment de la guerre du Golfe.

Comment est survenu l'appel du théâtre ?

Lorsque je suis arrivée au Moulin rouge, j'ai souhaité très vite faire du théâtre et j'ai été approchée par une femme très connue, Anne Delbé, qui a  écrit sur Camille Claudel. Elle m'a proposée de jouer "La ville" de Paul Claudel. Les conditions étaient difficiles parce qu'elle n'avait pas d'argent. Elle avait monté un chapiteau sur la place devant Beaubourg et je jouais juste avant d'aller au Moulin rouge.

Et comment êtes-vous arrivée à faire du cinéma ?

Je ne me suis jamais considérée comme une actrice de cinéma. J'ai eu l'occasion de tourner avec des gens très bien, comme Joseph Losey dans "La Truite", Jean-Claude Mission dans "Ronde de nuit", avec Eddy Mitchell et Gérard Lanvin... Un film policier qui a bien marché ! J'ai fait un dernier film, il y a trois ans avec Peter Greenaway ; il n'a pas très bien marché... Ces gens sont venus me chercher parce qu'ils pensaient que j'étais quelqu'un à part... Mais je n'ai pas eu de très bons agents et je n'ai pas eu tellement de propositions. Il y aurait plus à faire mais j'ai de la chance de pouvoir continuer encore !

Joseph Losey, ce géant d'Hollywood, vous a recruté sur simple casting ?

C'est une rencontre qui m'a laissé un souvenir étonnant. Il m'avait donné rendez-vous dans son appartement de la rue Jacob dans le 6ème arrondissement. Son chien avait bouffé tout le bas de mon pantalon pendant que je discutais avec lui ! Et je n'osais rien lui en dire... C'était un homme que j'admirais, très beau, âgé, marqué, et il me semble bien qu'il avait bu, mais j'avais envie de le prendre dans les bras tant il était beau et doux. Vraiment, ce fut une belle rencontre !

Est-ce que votre antillanité a pu être un atout dans votre carrière ?

Mon antillanité m'a sûrement portée... Mais dans ce métier, il y a des modes... On veut plus d'Africains, plus de métis... J'ai traversé tout ça et j'ai toujours, quoiqu'en pensent mes compatriotes, été portée par mon identité. Cette histoire d'identité, je l'ai toujours portée avec moi, c'est ma faiblesse et ma force.

Quand j'étais au music hall, je n'ai pas hésité à aller au Théâtre noir à Belleville pour jouer des auteurs négroafricains... Le Théâtre noir a été une aventure magnifique mise en place par Benjamin Rosette et ce théâtre a drainé des jeunes, des gens extraordinaires qui ont fait découvrir des auteurs négroafricains, caribéens... Moi-même j'ai joué une pièce qui s'appelait "Errance", un montage de textes de nombreux poètes caribéens et africains... Et c'est dans ce Théâtre noir que j'ai reçu une médaille de Jacques Chirac, alors maire de Paris. Ce théâtre, c'était un garage où il se passait plein de choses. Le musicien Vincent Oryéma a joué dans ce spectacle, "Errance", avant de devenir une star ! Il est passé par là alors qu'il vivait des moments difficiles, que son pays était en guerre...

Faut-il faire plus de place aux acteurs noirs ?

C'est sûr qu'il faut faire plus de places aux acteurs noirs, mais il faut une écriture, des auteurs ! On ne peut pas tout le temps jouer des classiques. Nous vivons dans une société moderne ; nous avons besoin d'auteurs modernes qui écrivent, pas forcément pour les Noirs, mais pour tout le monde, pour la société dans laquelle ils sont. J'ai peut-être eu de la chance de vivre une période où il y avait moins d'acteurs. Maintenant, il y en a beaucoup plus, donc il faut qu'il y ait une écriture, des réalisateurs et des metteurs en scène qui sont à la hauteur ! Si les gens n'ont pas de talent, on ne va pas les faire travailler, il faut du talent ! Quand on regarde les Américains, ils se sont battus et ils se battent encore, mais quand ils sont à l'écran, on les regarde, on n'a pas envie de tourner la tête ! Parmi tous ces immigrés qui arrivent, s'il y en a deux ou trois qui trouvent à s'épanouir, qui nous apportent aussi quelque chose, c'est merveilleux !

Avez-vous découvert cette relève d'auteurs modernes aux Antilles ?

Peut-être faudrait-il que je puisse vivre plus longtemps dans ces pays... Vous savez, je ne vais pas voir un spectacle parce qu'il y a un Noir dedans, je vais voir un spectacle parce que c'est un spectacle. C'est tout ! L'un des derniers films que je suis allée voir au cinéma, c'était "Chocolat". J'ai beaucoup aimé parce que ça montre vraiment le problème qui a existé à une époque... Et j'aime l'acteur ! Ce Black, il a un corps, une présence... Il a quelque chose ! Il faut reconnaître les gens quand ils ont du talent ! C'est le talent qui fait qu'on oublie quand on est Noir... Malheureusement, je répète cette phrase qui a été dite à une très belle mannequin, Cathy Rozier. On lui a dit : "Vous êtes tellement belle qu'on oublie que vous êtes noire." C'est possible d'entendre ça encore... Mais quand le talent est là, je vous assure, ça sublime tout ! Les préjugés, tout ça, ça tombe ! Il ne faut pas être médiocre devant les gens, il faut avoir un corps, un regard, une présence, il faut être là ! J'ai l'impression malheureusement qu'il y a beaucoup de comédiens qui n'ont pas de corps... On a l'impression qu'ils sont mal à l'aise dans leur costume ! C'est bien de vouloir jouer, mais il faut aussi être désiré et c'est bien d'être désiré par les autres. Quand j'ai débuté au music hall, on est venu me chercher et chaque fois, on est venu me chercher...

Quand avez-vous pu revenir la première fois dans votre île ?

Je crois que j'ai dû attendre dix-sept ans ! C'est un ami qui m'a suggéré de revenir dans mon pays. Nous sommes partis ensemble et j'ai redécouvert un pays. Il n'y avait plus de sentiers battus, mais des routes ; les gens avaient des toilettes chez eux... J'ai trouvé un beau pays, mais j'ai trouvé que ça allait trop vite pour les Antilles, le modernisme, les constructions, l'environnement... Si le pays ne fait pas attention, ça peut-être très grave ! Il faut préserver cette nature de végétation, de beauté, de couleur... Le béton n'est pas l'avenir du pays, n'est pas l'avenir du monde. Le pays est si petit... Il faut le protéger. Il est défiguré par ces supermarchés... Affreux !

Quel regard portez-vous sur la création aux Antilles ?

Je suis allée dernièrement en Guadeloupe pour dire un texte de Mme de Duras que je porte depuis 25 ans ; je l'ai joué au MACTe et j'ai découvert ce lieu. J'espère qu'il va s'y passer des choses intéressantes ! Pour l'heure, ça va à tâtons. Je trouve que les Antillais ont du mal à avancer; ça tourne en rond ! Il y a des gens qui ont envie de créer, de faire de belles choses et ça piétine. Quand on est capable de faire un tel lieu de mémoire, il faut être capable d'aller faire des choses à l'extérieur ! Je ne sais pas si c'est la chaleur qui fait ça, mais je trouve que tout ça manque de dynamisme... Ca manque de tout ! C'est un peu navrant, lorsque l'on a vécu autre chose et que l'on retourne dans son pays, que les gens ne soient pas culturellement reconnaissants quelque part...

Quel accueil avez-vous reçu ?

J'ai joué deux spectacles en Martinique parce que j'avais un metteur en scène qui avait ses entrées là-bas. Ma mère venait de mourir, mon père n'était plus là non plus... C'était très émouvant : la première fois que j'allais jouer là-bas, ils n'étaient plus là... Et puis je suis allée jouer un nouveau spectacle sur l'esclavage et, malheureusement, c'est passé comme un cheveu sur la soupe. A la Réunion, à Maurice, ça a eu un succès terrible, chez moi, non... C'était bien avant que Mme Taubira fasse reconnaître la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité. Nul n'est prophète en son pays...

Son coup de coeur : "Le MACTe est un endroit merveilleux, un temple de la mémoire, mais fait avec beaucoup de tact ! On ne sent pas de rancune, mais une histoire qui existe...""

Son rêve : "J'ai toujours des rêves impossibles, mais mes plus petits rêves peuvent m'apporter un grand bonheur."

Son coup de gueule : "Parce que le théâtre, c'est la gaité, la joie, la poésie, ce sont des auteurs, des créations, les Molière devraient s'ouvrir au théâtre de rue ! Je trouve ça un peu trop bourgeois, ça manque de couleurs, d'audace... Molière devrait être Molière !"

Portrait

Distinguée par un Molière

Lisette Malidor a fréquenté des gens extraordinaire, Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé, Roland Petit, Zizi Jeanmaire, Jean Genêt, Jacques Chazot... Elle a même défilé comme mannequin dans un film documentaire sur Rudolph Noureev... La chanteuse Barbara aussi... Lisette l'avait appelée quelques mois avant sa mort pour son spectacle, "L'Amour toujours". Lisette lui avait demandé de lui écrire une chanson et Barbara lui avait répondu : "Je ne peux pas, j'ai déjà tellement du mal à écrire pour moi..." C'est une femme qui l'a beaucoup touchée, comme Jean Genêt dont elle entend encore la voix...

Lisette a été très heureuse de participer au documentaire sur Moune de Rivel... "Je l'ai très bien connue à la fin de sa vie...." Moune de Rivel, alors journaliste pour Jeune Afrique, était venue la voir à ses débuts au Casino. "J'ai voulu faire un spectacle avec elle, mais Moune de Rivel faisait ses choses à elle. C'était difficile de la faire diriger par un metteur en scène. Moi, j'ai besoin d'être dirigée, mais elle, non, elle menait les choses seule."

Lisette Malidor fait partie des rares comédiens noirs distingués par un Molière. C'était en 2001 pour le spectacle "Lady's night", joué au Rive gauche.

Récemment, elle s'est rendue à Aix-en-Provence pour dire un texte qu'elle porte depuis quinze ans... "Je voulais parler du tabac par rapport à l'histoire du monde, l'histoire de notre identité par rapport à l'esclavage..." Cette idée, elle l'a ramenée d'un séjour en Afrique où elle était venue jouer. "J'ai vu des enfants qui vendaient des cigarettes dans la rue et j'ai été marquée par cette image. "Comment se fait-il que des enfants vendent des cigarettes dans la rue pour gagner de l'argent alors qu'ailleurs on dit que c'est un danger ?"

Lisette a d'abord effectué des recherches historiques à la BNF. "Le tabac est arrivé en Afrique pour servir de monnaie d'échange... Imaginez ce qu'il représente pour un fumeur, un délice, et ce qu'il représente par rapport à l'histoire... Depuis les chamanes qui l'employaient pour entrer en contact avec les Dieux... C'est le cheminement de cette histoire qui m'intéresse." Et puis elle a rencontré le psychanalyste Philippe Grimberg qui a écrit "Il n'y a pas de tabac sans Freud". L'approche identitaire du tabac par Lisette l'a touché. Maintenant, elle aimerait pouvoir rejouer ce spectacle. "J'aimerai, j'aimerai... Mais pour l'instant, c'est devenu tellement difficile d'apporter des rêves et des projets... Ca tourne en rond ! Moi, je vis à la campagne, je vis avec la nature et je me ressource là-bas. J'essaie d'éloigner de moi toutes les mauvaises ondes de la société, la violence ! Si on regarde la nature, je vous assure que ça pourrait épargner la vie de ceux qui sont dans la souffrance, dans la laideur..." Et dans sa campagne, elle songe à Glissant, à Gratiant,... "Si je devais faire quelque chose, ce serait du Gratiant pour la beauté de sa langue créole. C'est difficile à porter au théâtre !" Même pour quelqu'un comme elle qui a si bien su dire du Césaire sur les planches !

FXG

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 12:47
Une Martiniquaise en Suède

De la danse afro-antillaise à la Suède

Expatriée en Suède depuis 2013, cette danseuse martinico-iranienne, y promeut les danses antillaises tout en finançant la scolarisation de jeunes nigériennes.

Nathalie Dispagne est Martiniquaise par son père natif de Rivière-Pilote, et Iranienne par sa mère. Elle, elle vit en Suède (à Lund près de Malmö) et quand elle fait un colombo, c'est avec du riz persan ! Le papa, photographe, a rencontré la maman à Paris dans les années 1970 et c'est en banlieue parisienne que la petite Nathalie va découvrir la danse, précisément le bèlè, la mazurka et la biguine avec les associations de danses Antillaises d'île de France. "J'ai par la suite intégré le groupe du Diversity Dance workshop, raconte Nathalie, où j'ai pu apporter ces danses. Cette association promouvait l'unité dans la diversité." C'est ainsi qu'elle découvre les premières tournées en province, mais également en Roumanie et en Guadeloupe où elle découvre le ka. Après sa scolarité, elle apprend les arts plastiques à l'université Paris VIII tout en continuant à danser. Et c'est à l'occasion d'un voyage au Niger que lui vient son projet humanitaire. "J'ai été touchée de voir des enfants dans la rue, sans éducation..." Elle ne sait pas encore ce qu'elle peut faire et elle ne sait pas encore que la danse va devenir son métier. Pourtant, à Niamey, les Nigériens l'avaient baptisée "Gonorawa", ce qui, en haoussa, veut dire "expert en danse"... De retour en France, elle met un terme à ses études et décide de partir à New York. Elle est engagée au Broadway dance center où elle devient danseuse professionnelle. Elle va y rester cinq ans au contact de grands chorégraphes tels Brian Green, Spex Boogie ou Marjory Smarth.

Mamachee

Elle crée l'association "Mamachee", ce qui en langue jerma (du Niger) signifie "venez écouter". Elle veut financer la scolarisation d'enfants au Niger. Pour y parvenir, elle peint des tee-shirts qu'elle vend à ses camarades dans les classes de danse. La jeune fille attire ainsi l'attention de ses professeurs qui décident de l'aider à récolter des fonds à l'occasion de leurs spectacles. Dans le même temps avec un autre danseur martiniquais installé à New-York, Franck Muhel, elle enclenche une collaboration avec le comité martiniquais du tourisme pour mettre en valeur le bèlè, la biguine et la mazurka. Ainsi, crée-t-elle ses propres chorégraphies pour les spectacles du Off-Broadway. L'expérience dure de 2007 à 2011. En 2013, elle a réuni assez d'argent pour envoyer une petite nigérienne de 6 ans à l'école.

Des Suédoises en madras

Cette même année, Nathalie décide de rejoindre des camarades de danse suédois à Lund où ils ont ouvert une école. "Ils m'ont demandé de donner des cours de danse traditionnelles, antillaises, africaines et orientales. Personne ne connaissait la Martinique !", raconte-t-elle. Pourtant ses cours, ses spectacles, ses "workshops" ont un succès fou dans les théâtres et les festivals. "C'est magnifique de voir des Suédoises en madras danser la mazurka, s'exclame-t-elle. Je leur apprends aussi les aspects historiques et anthropologiques de ces danses... Je leur explique que certains mouvement sont ceux des coupeurs de cannes..."

Nathalie a été chargée de chorégraphier "Le roi lion" dans sa version scandinave et elle n'a pas manqué s'y introduire ces pas de danses qui lui sont chers... "Bien sûr, il y a des codes dans le bèlè, mais je le fais pour promouvoir l'unité dans la diversité." Nathalie veut participer à "construire la communauté mondiale" et, précise-t-elle, "ça commence dans son quartier". L'an dernier, grâce à ses spectacles qui promeuvent les danses antillaises, Nathalie a pu envoyer Safiatou et Aïssata, deux adolescentes, au collège Hampaté Bâ, un établissement de Niamey qui promeut l'égalité des filles et des garçons.

FXG, à Paris

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 07:48
Un roman d'aventure dans la Martinique du XVIIe siècle

Un roman de cape et d'épée en Martinique

Avec "Le baron de Belsolles", chez Albin Michel, Thibaut d'Anthonay plonge son lecteur dans la Martinique des années 1640 quand le gouverneur général, neveu de Pierre d'Esnambuc, s'appelait Jacques Dyel du Parquet et siégeait au fort Saint-Pierre. Fuyant la prison et la potence en métropole, le baron de Beausoleil vient se trouver en Martinique une nouvelle virginité sous une nouvelle identité. Derrière le roman d'aventure, l'auteur nous révèle la Martinique aux tous débuts de sa colonisation par la France quand il y avait encore des Indiens caraïbes t déjà des Noirs marons. Le baron aventurier est un philanthrope qui veut affranchir ses esclaves et qui se laisse séduire par la société égalitaire des frères de la côte. Entre les intrigues oscillant entre roman d'amour et d'aventure, le gentilhomme plein d'audace ne va pas hésiter à s'associer avec des Juifs hollandais chassés du Brésil par les Portugais et récemment implantés en Martinique. C'est avec eux que le baron de Bellesoles va acclimater la          canne à sucre à l'heure où les Martiniquais ne buvaient que du vin d'ananas et pas encore de rhum...

FXG, à Paris

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 09:29

Un très cher poste de secrétaire général

le gouvernement a été condamné pour détournement de pouvoir, le 19 janvier dernier pour avoir recasé un obligé au CNMHE. Le CNMHE, créé en 2005 pour piloter les politiques publiques mémorielles sur les crimes de l'esclavage et de la traite négrière, est composé d'historiens et d'entrepreneurs de mémoire. Ils sont tous bénévoles tandis que le secrétaire général est le seul rémunéré à hauteur de 6000 euros par mois. En janvier 2014, le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, met fin au CDD de Frédéric Lazorthes, secrétaire général du CNMHE nommé en 2009 par Yves Jégo, et installe à sa place Angèle Louviers, une avocate d'origine antillaise, militante PS qui a animé le réseau des soutiens ultramarins du candidat François Hollande.

Frédéric Lazorthes attaque en juin 2015 au tribunal administratif de Paris et obtient l'annulation de son licenciement et de la nomination de Mme Louviers. "La nouvelle orientation donnée au comité, se défend le gouvernement, supposait de renforcer les liens avec le monde culturel et médiatique ultramarin et donc de donner une nouvelle dimension au poste de secrétaire général (...) Mme Louviers est originaire d’outre-mer, contrairement à M. Lazorthes". "Cela ne saurait, selon le juge administratif, justifier le non renouvellement du contrat de M. Lazorthes et son remplacement par Mme Louviers." L'arrêt ordonne au ministre de l’Intérieur de "statuer à nouveau sur l’éventualité d’un renouvellement du contrat de M. Lazorthes dans un délai de trois mois." Avant même la fin de ce délai, le 18 septembre 2016, apprenant que M. Lazorthes fait appel pour obtenir des réparations financières, la nouvelle ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, nomme au poste de secrétaire général du CNMHE le préfet et directeur général de l'Outre-mer, Alain Rousseau, et crée un poste de chargé de mission qui échoit à Mme Louviers qui devient directrice de la programmation et de l’animation. Le ministère pense ainsi avoir évacué le problème Lazorthes. Mais celui-ci, têtu, attaque ces nouvelles nominations. Un nouveau jugement en date du 19 janvier 2017 annule la nomination du préfet Rousseau qu'il n'estime pas justifiée selon le compte-rendu d’une réunion de la DGOM du 18 août 2015 : « M. Lazorthes vient d'interjeter appel pour obtenir des réparations financières. Il faut proposer au DGOM un arrêté nommant ce dernier secrétaire général du CNMHE. »

La nomination du préfet Rousseau a donc bien pour objet de justifier le rejet de la demande de M. Lazorthes dont le tribunal administratif avait ordonné le réexamen". Le juge conclut : "L’arrêté du 18 septembre 2016 doit être annulé pour détournement de pouvoir." Ce qui signifie que le ministère a usé de ses pouvoirs pour un objet autre que celui à raison desquels ils lui étaient confiés. Une décision rarissime. Le ministère des Outre-mer a fait appel de ce jugement. Dans la foulée, le 15 février dernier, l'Elysée a évacué le préfet Rousseau en le nommant membre du Conseil supérieur de l’appui territorial et de l’évaluation, et nommé Corinne Orzechowski, jusque-là préfète de la Sarthe (!), nouvelle directrice générale des outre-mer.

FXG, à Paris

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 09:23
Fondation esclavage

Une fondation pour la mémoire de l‘esclavage, des traites et de leurs abolitions

L'économiste et ancien Premier ministre du Bénin, Lionel Zinzou, a remis au chef du gouvenrement, Bernard Cazeneuve, son rapport de mission sur la création d'une nouvelle institution : la fondation pour la mémoire de l‘esclavage, des traites et de leurs abolitions.

François Hollande avait confié cette mission à Lionel Zinzou, lors de la journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage au jardin du Luxembourg. Ce 10 mai 2016, le torchon brûlait entre celle qui était encore présidente du Comité nationale pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE), Myriam Cothias, et certains de ses membres. Le Comité de la marche du 23 mai 1998 (CM98) du professeur Serge Romana menaçait alors de créer sa propre fondation, Esclavage et réconciliation, avec des chefs d'entreprises antillais dont Bernard Hayot ou José Gaddarkhan.

Lionel Zinzou a donc associé, dans le cadre d’un comité de pilotage, les personnalités impliquées dans le processus d’activation de cette mémoire et les chefs d'entreprise.

L'hôtel de la marine

La fondation, indique le rapport Zinzou, devra établir « un pont entre l’Europe, l’Amérique, les Antilles et l’Afrique », diffusera la connaissance de l’esclavage, de la traite et du combat des abolitionnistes, et réfléchira à l’édification d’un mémorial aux esclaves (avec les noms des affranchis de 1848) et d’un lieu muséographique à Paris (l’ancien Musée national des arts et traditions populaires ou le Jardin d’agronomie tropicale sont suggérés).

Au terme de ses travaux, la mission préconise de constituer une fondation ou un groupement d’intérêt public (GIP), de lui donner une assise interministérielle élargie et susceptible d’avoir une surface financière plus étendue grâce à des financements privés. Elle propose qu'elle ait son siège à l'hôtel de la Marine, place de la Concorde, d'où elle animerait le réseau des organismes mémoriels dans l’Hexagone, en Outre-mer avec les institutions analogues à l’étranger,

La fondation devrait absorber le CNMHE, mais aussi jouer de synergie avec la Cité des Outre-mer et l'Agence de promotion des cultures des outre-mer et encore se conventionner avec le Memorial ACTe de Pointe-à-Pitre, transformé en établissement public de coopération culturelle.

FXG, à Paris

Les 7 recommandations du rapport

Recommandation n°1 : Proposer aux pays étrangers, principalement d’Afrique et d’Amérique latine, parties prenantes de la traite et de l’esclavage dans les océans Atlantique et Indien, de s’associer à la création de la Fondation, afin de coopérer aux recherches, aux créations culturelles, aux célébrations valorisant la mémoire et les cultures des Outre-mer.

Recommandation n°2 : Faire en sorte que la future Fondation, avec l’aide du ministère de la culture et de la communication (direction du service des musées), engage un programme de coordination des sites et musées dédiés à la mémoire de l’esclavage : finalisation de l’inventaire des collections en priorité, réalisation d’un guide national, création d’un portail numérique de l’ensemble des initiatives des institutions et « entreprises de mémoire », soutien à la création culturelle, signalétique nationale.

Recommandation n°3 : Établir le siège de la future Fondation dans l’Hôtel de la Marine de la place de la Concorde, symbole historique de la traite et de l‘abolition, et lieu de prestige faisant hommage aux populations qui ont l’esclavage en partage et en mémoire.

Recommandation n°4 : Commander à l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (OPPIC) de réaliser des études techniques sur l’implantation du dispositif de médiation sur l’esclavage sur l’ancien bâtiment du Musée des arts et traditions populaires (MNATP) ainsi que sur le projet de Mémorial des noms ; poursuivre avec la Ville de Paris la concertation sur la recherche de sites.

Recommandation n°5 : Organiser une réunion interministérielle pour fixer les contributions ministérielles, ainsi qu’une réunion de cadrage financier avec les établissements publics appelés à participer à la future institution mémorielle.

Recommandation n°6 : Prévoir dans la gouvernance de la Fondation, à côté des organes prévus par les statuts-types des fondations, un conseil d’orientation permettant d’assurer la participation des acteurs de la mémoire.

Recommandation n°7 : Élaborer un projet de création d’un groupement d’intérêt public préfigurateur d’un établissement public et de la Fondation nationale.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:55
Anne Hidalgo, Ericka Bareigts et François Hollande au lancement de la Cité des Outre-mer à la Villette

Anne Hidalgo, Ericka Bareigts et François Hollande au lancement de la Cité des Outre-mer à la Villette

Hollande lance la cité des Outre-mer

Promesse du candidat Hollande, la cité des Outre-mer a été officiellement lancée hier au parc de la Villette à Paris.

La Région Ile de France dénonce une improvisation et une absence de concertation pour pérenniser son financement.

Le chef de l'Etat, la maire de Paris et la ministre des Outre-mer ont participé vendredi matin au parc de la Villette à Paris à la cérémonie de signature de la "convention de lancement de la cité des Outre-mer". Face à la Cité des sciences et de l'industrie, l'ancien cinéma désaffecté, le "Cinaxe", a été racheté par le ministère des Outre-mer qui va le transférer au futur établissement public industriel et commercial de la cité des Outre-mer. Après deux ans de travaux, on nous promet une ouverture en 2019.

La future cité s'ouvrira sur 1600 m2 avec une salle de spectacle modulable, deux espaces d'exposition, l'un permanent, l'autre temporaire, une médiathèque connectée, des salles de réunion et de coworking ouvertes aux associations et entrepreneurs des Outre-mer, une serre tropicale, un restaurant  et un bar-glacier. "Nous sommes à l'heure au rendez-vous", a lâché la ministre des Outre-mer. "C'est un message de reconnaissance de la diversité et de volonté d'unité, a déclaré le président Hollande. Les Outre-mer nous donnent une force humaine au-delà des distances et des différences."

Annoncé depuis 2013 par Victorin Lurel, le projet semblait piétiner et c'est in extremis et de manière toute symbolique qu'Ericka Bareigts est parvenue à lancer juste avant la fin du quinquennat le 27e engagement du président sortant.

"Spectacles, expos, centre d'affaires et même un restaurant, c'est une approche diversifiée pour une valorisation des territoires la plus complète", s'est réjouie l'ancienne ministre George-Paul-Langevin. Son ancienne conseillère culturelle, Barbara Jean-Elie, a été nommée en charge de la mission de préfiguration de la cité il y a tout juste deux mois. Ce poste échu en 2012 au préfet Lacroix est resté longtemps vacant après le refus de Jean-Claude Cadenet qui souhaitait achever sa mission à la tête de Ladom.

Ericka Bareigts assure avoir verrouillé son affaire en ayant inscrit 10 millions d'euros au budget 2017 de sa mission et transmis le décret portant création de l'établissement public de la Cité des Outre-mer au conseil d'Etat en même temps que les partenaires signaient la convention.

La ministre ne veut pas croire que le gouvernement qui sera en place après le mois de mai ne vienne casser son lancement : "L'argent est là, il n'y a aucune raison ! Ce serait de la malveillance politique, mais personne n'est malveillant en politique pour les outre-mer."

FXG, à Paris

La Région Ile de France absente

En 2013, lors de la première annonce de ce chantier de la Hollandie, les partenaires étaient trois. En plus de la ville de Paris et de l'Etat, il y avait la Région Ile de France alors à gauche. Hier, la présidente LR Valérie Pécresse, brillait par son absence alors que la ministre assure que ses services lui ont demandé de venir. Son vice-président en charge de suivre le dossier de la Cité des Outre-mer, Patrick Karam, s'en explique en soulignant "le caractère totalement improvisé de l’annonce de la Cité des Outre-Mer, à une semaine de la période de réserve électorale" et en regrettant l'absence de "concertation nécessaire pour garantir le financement de ce projet et son avenir"

Patrick Karam s'étonne qu'aucun appel d'offres ne soit lancé auprès des cabinets d'architecture et affirme qu'il n'y a que 1,5 million d'euros au budget 2017 pour la Cité : "La ministre annonce 10 millions, mais il y aura des surcoûts et un déficit de fonctionnement." Il ironise sur "la pierre qu'a posée François hollande pour un projet mort-né". La Région Île-de-France ne ferme toutefois pas complètement la porte puisque selon son vice-président, Valérie Pécresse est "intéressée" par ce projet qu'elle veut "plus ambitieux et pérenne". Elle demande, avec Patrick Karam et Babette de Rozières, que toutes les parties prenantes soient réunies rapidement pour "construire un projet solide et boucler son financement, qui n'est pas assuré à ce stade".

Hollande fait son bilan outre-mer

Le discours du président de la République a été un véritable pladoyer pro domo pour le bilan de sa politique outre-mer. Il a cité la création d'un groupe d'intérêt publique pour la fondation mémoire de l'esclavage, la recherche deux lieux pour accueillir le mémorial des noms et un musée de l'esclavage, "pour répondre à la préconisation d'Edouard Glissant", la commission pour le transfert des enfants réunionnais dans l'Hexagone, la loi Lurel contre la vie chère, la loi Bareigts pour l'égalité réelle, la défense de la banane, du sucre et du rhum, de l'octroi de mer, l'extension et la revalorisation des crédits d'impôt outre-mer, un budget préservé, un effort pour les hôpitaux. Pour finir il a rappelé que pas un territoire d'outre-mer n'avait échappé à son agenda.

Ericka Bareigts : "On est dans le parc de la Villette, le parc européen le plus visité. Beaucoup de monde va venir et nous allons pouvoir diffuser toutes nos convictions sur les outre-mer, notre diversité océanique, montrer nos talents, changer les regards... Il y a la culture, la gastronomie, mais aussi nos savoir-faire économiques, environnementaux, la mémoire... Tout cela va être réuni ici."

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 06:48
Roger Raspail, tanbouyé

Roger Raspail sort "Dalva", le premier projet sous son nom

Free jazz ou morna capverdienne, swing caribéen ou rumba congolaise, ce Guadeloupéen de Capesterre-Belle-Eau, tambour majeur, maîtrise tous ces sujets, à commencer par le gwo ka.

Après des années passées à poser son doigté expert auprès des plus grands (Guy Konket, Eugène Mona, Chet Baker, Cesaria Evora, Kassav...), le voilà qui signe un premier disque sous son nom. Il y aborde la question de la créolité, en accostant sur les nombreux rivages qui l'ont accueilli, du calypso à la bossa, de la biguine à la cadence...

"J'ai été viré de la Poste"

Où avez-vous appris la musique ?

J'ai grandi à Marquisat, derrière l'usine. Elle était mon terrain de jeu. Il y avait des camions diesel qui stationnaient pour charger du sucre ou du rhum et j'écoutais... Les moteurs faisaient des rythmes assez bizarres, ternaires, binaires, c'était de la musique. J'écoutais comme ça aussi le son des rivières. La Guadeloupe est une salle de concert permanente. On écoute partout des sons extraordinaires, des sons urbains aussi... J'ai grandi dans cette ambiance.

Quand avez-vous tenu un gwo ka la première fois ?

Le gwoka, traditionnellement, on le prend vers 14 ou 15 ans. Mais comme à l'époque, pour écouter de la musique, on n'avait pas transistor portable, il fallait la faire soi-même, on utilisait tout, les seaux en plastique, les casseroles... J'ai participé à des groupes de carnaval et j'ai beaucoup joué de ka dans les fêtes  communales, les bals. Il n'y avait pas encore de lewoz organisés comme aujourd'hui, c'étaient des coups de tambours comme ça, surtout pendant les mouvements sociaux. C'est après mes 20 ans, quand j'ai quitté la Guadeloupe, qu'ils ont commencé à organiser ces réunions de tambours qu'on appelle les lewoz.

Comment êtes-vous devenu un professionnel ?

J'ai fait mon service militaire à la Jaille dans la fanfare et j'ai fait la connaissance de musiciens qui m'invitaient à les revoir quand je viendrai à Paris. Mon frère y était et je lui ai demandé de me payer mon billet. J'ai d'abord travaillé à la Poste et j'ai été viré. J'ai commencé à jouer dans les hôtels et j'ai rencontré d'autres musiciens. Je me suis vite aperçu qu'en faisant le ménage à 5 heures du matin, je gagnais beaucoup plus en une soirée qu'en deux semaines de travail ! Je me suis mis au travail, apprendre, écouter, être disponible...

Le déclic ?

Un jour où je donnais des cours au centre culturel universitaire de Saint-Germain-des-Près, un trompettiste de Duke Ellington me demande de l'accompagner au Dreyer, un club de jazz à Châtelet. J'ai retrouvé Mal Waldron, le pianiste de Billie Holliday, c'est comme ça que c'est parti. J'ai aussi croisé la route de Malavoy et des Vikings et je m'en suis inspiré. Ce sont des grands frères et ce sont eux qui ont commencé à porter cette flamme de la musique caribéenne et je suis fier de porter ma participation à cet édifice.

Dalva, c'est quoi ?

Quand j'achète un disque, j'attends qu'il m'amène de port en aéroport, de pays en îles et j'ai réalisé Dalva en fonction de mes voyages et de mes rencontres. Je propose au public qui m'a écouté en diverses formules l'idée qu'ils se sont faits de moi en live. Tous les amis qui m'accompagnent sur cet album et sur les concerts à venir sont tous des gens avec qui j'ai travaillé.

Propos recueillis par FXG, à Paris

- 24 Mars en Show Case à La Fnac de Montparnasse
- 31 Mars en 1 ère partie des Vikings de La Guadeloupe au New Morning

"Dalva", 12 titres

Roger Raspail percussions, Sylvain Padra voix, Dao Adelaïde voix, Nicole Wagner Di Reinhardt voix, Yvon Guillard trompette, Remi Sciuto saxophone, Pierre Chabrelle trombone, Patrick Marie- Magdelaine guitare, Anissa Altmayer violoncelle , Maryll Abbas accordéon, Florian Pellissier claviers, Mike Clinton basse, Alfred Rosanne percussions, Cyrille Domont percussions, Reda Samba batterie, Franck Curier arrangements et les guests : Anthony Joseph voix, Alain Jean-Marie piano, Patrice Caratini contrebasse.

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