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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 04:29
Le seule et l'unique... Cleeveland alias Tania au théâtre de l'Atelier

Tania, alias Cleeveland, d'instagram à la scène parisienne

Dimanche 13 et lundi 14 octobre, Cleeveland Roumillac, enfant de Cayenne et instagramer fameux (il revendique 154 000 followers), se lancera seul et pour la première fois sur une scène de théâtre à Paris. Les deux dates affichent déjà complet.

Cleeveland (24 ans) a débuté, il y a trois ans, son aventure d'humoriste avec son smartphone sur snapchat. "Je racontais des story que je republiais sur instagram et facebook. Ma première vidéo, c'était en octobre 2016 pour dénoncer les talons tikitok, moches et tout petits..." Cleeveland ne se doutait pas que cette pochade allait changer le cours de sa vie. Après son bac au lycée Melkior-Garré de Cayenne, Cleeveland part à Kourou faire un BTS tourisme. Ca ne lui plaît pas et il s'inscrit en fac à Nanterre en licence de portugais tout en suivant parallèlement une formation de professeur des écoles.

Sa première vidéo a récolté 100 000 like alors il continue d'en réaliser. Il invente alors le personnage de Tania qui va le rendre célèbre avec ses super perruques. "Je l'avais créée pour une soirée et ça a tellement bien marché qu'en 2017 au carnaval de Montpellier, je l'ai ressortie et je l'ai gardée !" Il s'essaie à la scène à Toulouse lors d'un afterwork dédié au stand up, puis à Paris, au salon Vianney avec son compatriote M'Rick, une soirée intitulée "Cleeveland et ses amis". Viennent ensuite la Cigale en mars 2018 pour une scène partagée, le MadGwaya comedy show où son personnage de Tania conquiert le public. Même formule et même succès en Guyane et en Martinique...

En septembre de la même année, Cleeveland intègre l'Education nationale comme professeur des écoles contractuel. Il ne cesse pas pour autant de publier de nouvelles "story" sur son compte instagram et deux mois après la rentrée, l'humoriste martiniquais l'invite à faire sa première partie au  Casino de Paris. Carton ! "On m'a demandé alors de faire un spectacle solo, j'ai dit Ok", raconte-t-il.  En trois jours, les 500 places du théâtre de l'Atelier se sont vendues. Il rajoute une deuxième date, toute aussi vite vendue. "Les gens vont en apprendre un peu plus sur mon personnage de Tania", confie-t-il. Ceux qui ont assisté à la dernière cérémonie des Lind'or à Cayenne ont pu apprécier la force de persuasion de cette femme hystérique et capricieuse qui a obtenu des organisateurs qu'ils lui décernent un Lind'or...

"Il fallait que je fasse un choix par rapport à l'image de l'Education nationale..."

Cleeveland aime opposer son personnage féminin à son alter ego masculin : "Tania, c'est la plus folle des deux, la plus fêtarde tandis que Cleeveland est plus réservé, plus calme..." Le succès de Tania, c'est qu'elle agit comme une influenceuse qui donne des conseils aux femmes sur leur relation avec les hommes. Tania, c'est d'ailleurs un prénom qu'il est allé chercher dans une telenovela brésilienne. "Tania lance des coups de gueule et tout le monde s'y retrouve", commente Cleeveland. Tania, telle l'inspecteur Colombo qui parle toujours de sa femme sans qu'on ne la voie jamais, parle toujours de Jacques, son mari. C'est un homme volage et plein de défauts, mais Tania est incapable de le quitter... Bref Tania philosophe sur la vie de couple.

Il y a une semaine, des parents d'élèves de m'école où Cleeveland enseigne ont découvert ses vidéos sur les réseaux. Une inspectrice académique l'a convoqué. "Il fallait que je fasse un choix par rapport à l'image de l'Education nationale..." Il a choisi les réseaux sociaux ! C'est dire quelle importance revêtent désormais ces deux dates au théâtre de l'Atelier.

FXG, à Paris

"La seule et l'unique", au théâtre de l'Atelier, Paris 18. Les 13 et 14 octobre à partir de 19 heures.

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 05:42
Photo : R. Dijoux

Photo : R. Dijoux

"Mon terrain de jeu, c'est le monde !"

Noellie Gay vient de soutenir sa thèse en épidémiologie à l'école doctorale de la Réunion. Elle fait partie des vingt doctorantes et 15 post-doctorantes récompensées mardi 8 octobre à Paris, par le prix Jeunes Talents L'Oréal-Unesco pour les femmes et la science.

Outre une bourse de recherche d’un montant de 15 000 euros, Noëllie doit bénéficier d’un programme de formation au leadership, complémentaire à son parcours scientifique.

"Je m'intéresse aux bactéries qui résistent aux antibiotiques et à la manière dont elles se transmettent à l'homme, notamment au travers de l'environnement et son contact avec les animaux." Le modèle de Noëllie, c'est escherichia coli, une bactérie que nous avons tous dans le tube digestif. "Elles ne sont pas méchantes, mais certaines d'entre elles portent des gènes de résistance à une grande famille d'antiobiotiques, les bétalactamines comme l'amoxicilline ou la pénicilline." Avec sa bourse de doctorat, elle est partie dans l'océan Indien où elle est accueillie par le CIRAD de la Réunion.

Noëllie a grandi en Mauritanie et en Côte d'Ivoire et très rapidement, elle s'est intéressée à la faune sauvage, à la nature, au vivant. A l'âge de 10 ans, elle rentre en France, à Alès, mais comme on la juge pas assez forte en maths et en sciences, elle est orientée sur un bac économie suivie d'une prépa HEC. "J'en avais juste ras le bol ; je voulais étudier les sciences du vivant ! J'ai tout plaquer pour aller étudier la biologie à la fac." Elle commence ses premiers stages, au Québec, en Thaïlande et en Guyane. "En Guyane, j'étais à l'institut Pasteur, ça a été une révélation pour moi. Le fait de faire du terrain, d'être dans la forêt amazonienne, de travailler avec des chercheurs... Ca a été très stimulant pour moi." En travaillant sur la faune sauvage, elle découvre la manière dont les virus, les bactéries peuvent se transmettre à l'homme. Ce n'est que plus tard qu'elle va s'intéresser à la résistance bactérienne aux antibiotiques. Entretemps, elle s'implique dans la gestion concrète d'épidémies. "J'ai surveillé des maladies émergentes comme le zika, le chikungunya, dans le temps et l'espace pour les contrôler..." Elle travaille même sur l'épidémie de choléra en Haïti.

Les rats indicateurs de la circulation des bactéries antibio-résistantes

Photo : R. Dijoux

Comme Noëllie voulait continuer de travailler dans les îles, elle a proposé son projet de recherche pour sa thèse à l'agence régionale de santé de l'océan Indien. Tous les indices indiquaient une problématique sanitaire liée à la résistance bactérienne substantielle à Madagascar. "On ne peut pas étudier ce sujet, explique-t-elle, sans considérer l'environnement dans lequel évoluent les personnes. Tout n'est pas lié à la prise d'antibiotiques et l'hospitalisation. Dans les pays comme Madagascar, pays à faibles revenus, il y a d'autres enjeux ailleurs, notamment pour les communautés de fermiers, l'acquisition de bactéries résistantes est en lien avec les contacts aves les animaux d'élevage car on utilise pour eux de grandes quantités d'antibiotiques." Ses recherches ont permis d'identifier des leviers qui pourraient permettre de contrôler cette problématique d'antibio-résistance. "Si on arrive, poursuit-elle, à trouver les voies majeures de transmission, on peut les couper." Elle a donc étudié l'ADN de ces bactéries, les a comparées pour émettre des hypothèses sur ces voies de transmission. Ce travail, elle l'a fait à l'institut Pasteur d'Antananarivo.

L'ARS de l'océan Indien a aussi financé un de ses projets à Mayotte et à la Réunion. "J'ai travaillé sur les rats et les rongeurs comme indicateurs de la circulation des bactéries antibio-résistantes dans l'environnement." Maintenant qu'elle est docteur, Noëllie entend rester dans l'épidémiologie. Maintenant, comme elle dit : " Je souhaite continuer à développer mes projets de recherche sur la résistance bactérienne aux antibiotiques." Elle discute avec des équipes notamment à Maurice et en Asie. "Mon terrain de jeu, c'est le monde ! « Je vais continuer à travailler dur ! J'ai un parcours atypique et je vais continuer à prendre des chemins créatifs et innovants."

FXG, à Paris

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 05:33
Mormeck en catimini

Il n'y a plus de délégué à la délégation interministérielle à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer

Il  n'y a plus personne ou presque à la délégation interministérielle des Français d'Outre-mer. En tout cas, on ne trouve plus de trace de son titulaire, Jean-Marc Mormeck, et pour cause, on apprend dans une publication du site 94citoyens.com du 17 septembre que le septuple champion de boxe est désormais le "tout nouveau conseiller" de la présidente de la Région Ile-de-France, "en charge des quartiers prioritaires". Et Jean-Marc Mormeck était effectivement sur le terrain avec Valérie Pécresse, le 16 septembre à Bois-L'Abbé et à Champigny-sur-Marne. Il est vrai qu'une réflexion sur la fusion de la délégation avec LADOM est dans les tuyaux. Il est vrai encore que Jean-Marc Mormeck avait demandé en vain que soit ajoutée à ses prérogatives la banlieue... C'était sans compter l'activisme de la présidente de la Région Ile-de-France et surtout de son vice-président Patrick Karam, celui qui fut le premier délégué interministériel à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer et surtout l'ami de Jean-Marc Mormeck. Ce dernier a fini par signer un contrat qui fait de lui le conseiller de Mme Pécresse.

Le Premier ministre, proche de Valérie Pécresse, savait-il que Jean-Marc Mormeck était son conseiller banlieue lorsqu'il l'a reçu à Matignon, le 18 septembre, comme membre du comité interministériel de l'outre-mer, deux jours seulement après sa visite publique et médiatique aux côtés de Valérie Pécresse dans le Val de Marne ? Le 21 septembre, Jean-Marc Mormeck assurait encore son job de délégué interministériel au ministère des Outre-mer pour le Forum étudiants d'Outre-mer en présence des ministres Frédérique Vidal, Guillaume Attal et Annick Girardin... On aurait pu penser que le 26 septembre, Jean-Marc Mormeck, allait profiter de son rendez-vous avec la ministre des Outre-mer pour officialiser son départ ou à tout le moins faire monter les enchères. Mais non, rien. Qui plus est, celui qui était son directeur de cabinet, Nicolas Mazières, il a été nommé par arrêté du 30 septembre dernier conseiller chargé des relations avec le Parlement et les élus auprès du ministre du Logement, Julien Denormandie.

Officiellement, Mormeck est toujours délégué interministériel mais on ne l'a plus vu à la délégation depuis le 30 septembre. Sollicité par nos soins, il ne s'est pas donné la peine de répondre pour confirmer ou infirmer son départ de la délégation. C'est le site Acteurs publics qui nous a confirmé la nouvelle ! Jean-Marc Mormeck aura donc préféré quitter le "nouveau monde" quasi "en loucedé" pour rejoindre l'ancien monde, via la majorité LR du conseil régional d'Ile-de-France. Un comble pour la Macronie, un beau trophée pour Patrick Karam et Valérie Pécresse.

FXG, à Paris

Une nouvelle préfecture pour Sophie Elizéon

La Réunionnaise Sophie Elizéon a été, elle aussi, déléguée interministérielle à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer. Elle avait succédé à Claudy Siar a début du quinquennat de François Hollande, avant d'être nommée préfète déléguée à la cohésion sociale dans le Nord. Au dernier conseil des ministres, celle qui était depuis préfète du territoire de Belfort a été nommé préfète de l'Aude, un fort joli département quoiqu'un peu venteux sur son versant maritime.

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 13:50
Forum Mobil'Jeunes

La Région Ile-de-France accompagne les étudiants d'Outre-mer

Préparer les étudiants ultramarins avant leur départ pour l’Ile-de-France, les accompagner pendant leurs premières années d’études, c’est le programme du Forum Mobil‘ Jeunes lancé par le Conseil régional d’Ile-de-France, samedi 5 octobre, en présence de Didier Robert.

"Les taux d’échec à l’entrée dans les études supérieures en métropole sont très élevés pour les étudiants des Outre-mer." Pour justifier cette estimation, Patrick Karam, vice-président de la Région Ile-de-France, précise que 90 % des jeunes Mahorais décrocheraient dès la première année... Comment garantir aux jeunes ultramarins arrivés dans l’hexagone, la réussite de leurs études ? C'est une préoccupation dont s’est saisie la Région Ile-de-France.

Bien sûr, LADOM et le ministère des Outre-mer organisent avec succès depuis plusieurs années le Campus Outre-mer, puis le Forum des étudiants des Outre-mer. Mais le Conseil régional francilien a décidé d’aller plus loin dans l’accueil et l’accompagnement de ces jeunes "déracinés et sans réseaux" en lançant "Mobil’  Jeunes", samedi 5 octobre. Valérie Pécresse et Patrick Karam étaient aux cotés de Marie Richard présidente du Centre d’Information et de la Documentation pour la Jeunesse (CIDJ), de Didier Robert, président de la Région Réunion, et Mohamed Sidi, vice-président du département de Mayotte, pour ouvrir ce forum dédié à l’accueil des étudiants des Outre-mer. Des ateliers pratiques et des stands de la RATP, des juristes, des conseillers du CIDJ, des associations ultramarines sont venus présenter les outils à la disposition des jeunes pour faciliter leur vie d’étudiant.

C’est "un service d’accompagnement renforcé et à la carte qui leur est dédié", se réjouit Patrick Karam, architecte de ce dispositif. Le Conseil régional a voté en mai dernier une subvention de 150 000 euros pour garantir la pleine réussite des  parcours scolaires, universitaires et d’insertion des jeunes ultramarins. Avec cette dotation, le CIDJ assurera la préparation au départ des étudiants avec l’aide bienveillante des centres régionaux d’Information jeunesse (CRIJ) et centre d’information jeunesse (CIJ) d’Outre-mer. Ferroudja Kaci, responsable du développement des services au public au CIDJ, ajoute qu’en complémentarité des entretiens individualisés, des ateliers et un espace de coworking et post-coworking se tiendra une fois par  mois dans ses murs pour conseiller ce public fragilisé par l’éloignement familial et l’isolement social.

Mobil’Jeunes étendue à toutes les régions ?

Mouna originaire de la Réunion et étudiante en prépa d’école d’ingénieur, adhère à ce Forum Mobil’ Jeune : "Se retrouver entre jeunes avec la même culture pour faire connaissance, c’est une bonne chose. Depuis que je suis arrivée je n'ai pas rencontré de Réunionnais..." Lamianthy, étudiante venue de Mayotte en licence de chimie-biologie, vit dans l’Hexagone depuis deux ans. elle se sent un peu "seule".

Memona Hintermann grand reporter et ancienne membre du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), a lancé une exorde aux acteurs du Mobil’Jeunes : "Avec votre volonté politique, il faut l’étendre à d’autres régions comme les Hauts-de-France, Rhône Alpes... Ca nous permettrait de nous sentir Français !" Didier Robert a abondé : "Cette volonté de travailler ensemble en cohérence pour nos territoires est essentielle pour l’avenir de la jeunesse ultramarine." Le président de la Réunion est sans doute le mieux placé pour encourager le gouvernement à faire participer les collectivités de l’Hexagone dans ce vaste  programme lancé par Valérie Pécresse et Patrick Karam, puisque le chef de l’Etat sera  en visite sur ses terres dès le 23 octobre.

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 13:37
Photo: Philippe Hillion

Photo: Philippe Hillion

"Time is brain"

Aude Pavilla, chercheure en imagerie médicale, travaille à élaborer avec l'université de Rennes et le CHUM un outil très rapide de diagnostic des accidents vasculaires cérébraux. C'est ce travail qui lui a permis de décrocher le prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science.

"Je travaille sur l'imagerie des accidents vasculaires cérébraux ischémiques." Aude Pavilla, jeune martiniquaise de 32 ans, est post-doctorante au département de neuroradiologie au Centre Hospitalier Universitaire de Martinique à Fort-de-France (en collaboration avec le laboratoire LTSI de Rennes). Elle cherche à mettre au point une nouvelle méthode pour diagnostiquer les accidents vasculaires cérébraux et c'est à ce titre qu'elle a reçu le 8 octobre le prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science, une bourse de recherche d’un montant de 20 000 € à quoi s'ajoute un programme de formation au leadership, complémentaire à son parcours scientifique, à même de lui donner les moyens de briser plus facilement le fameux "plafond de verre".

Aude a fait toute sa scolarité en Martinique, le collège à Sainte-Luce, le lycée à Rivière-Salée avant de faire sa prépa au lycée de Bellevue.

Aude a alors eu le choix entre plusieurs écoles d'ingénieur, mais son attrait pour l'enseignement et la recherche la pousse à s'inscrire dans un magistère de physique fondamentale et appliquée à la fac d'Orsay.

"J'ai toujours été passionnée par les sciences mais j'ai gardé une appétence forte pour l'interface entre la biologie, la médecine et la physique." C'est ainsi qu'elle s'oriente sur l'imagerie médicale. De retour en Martinique, elle trouve un poste de prof pour les classes prépa au lycée Joseph-Gaillard. Forte de sa thèse de doctorat, elle se lance dans un post-doctorat, un travail de recherche avec le laboratoire de traitement du signal et de l'image de l'université de Rennes et le CHUM où se font les inclusions des patients, c'est-à-dire le diagnostic et la prise en charge des AVC. "L'AVC, explique-t-elle, est une vraie problématique de santé publique. Au niveau mondial, c'est la première cause de handicap, la première cause de décès chez la femme, la troisième chez l'homme et, en Martinique comme dans toutes les Antilles, cette pathologie est surreprésentée." C'est aussi une pathologie d'urgence qui exige une véritable course contre la montre et pour ça il faut recourir à l'imagerie par résonnance magnétique (IRM).

Un formidable accélérateur de diagnostic

C'est là qu'Aude intervient : "On s'appuie sur deux images, l'imagerie de diffusion qui permet de voir la lésion et son étendue dans le cerveau, et une imagerie de perfusion qui montre comment les tissus sont irrigués. C'est l'association de ces deux séquences distinctes d'imagerie qui permettent de déterminer la pénombre ischémique, c'est-à-dire quels tissus sont en souffrance." Comme la fenêtre thérapeutique n'est que de quatre heures et demi, l'outil que propose de développer Aude, est un formidable accélérateur de diagnostic. "Notre projet est de développer une  séquence rapide qui va permettre d'évaluer de façon simultanée à la fois l'image de diffusion et celle de perfusion." Pour cela, elle étudie la microvascularisation des tissus, les capillaires, pour en tirer un modèle mathématique qui permet une meilleure caractérisation de l'hétérogénéité de la lésion ischémique. Cela doit aboutir à un gain de temps significatif qui permettrait d'appuyer la décision d'intervention thérapeutique pour le neurologue qui prend la suite du neuroradiologue. Comme le dit Aude, "Time is brain", le temps, c'est du cerveau !

A l'issue de son post-doc, Aude voudrait poursuivre la recherche, mais la réalité insulaire fait qu'il n'y a pas de laboratoire en Martinique pour qu'elle puisse continuer. Elle espère néanmoins poursuivre son travail avec le labo de Rennes et pourquoi pas avec d'autres dans l'arc antillais. C'est là que son prix L'Oréal-UNESCO tombe bien. "Ca représente une bonne opportunité d'avoir des conditions logistiques et organisationnelles pour fonctionner..." Et comme la recherche, c'est ne pas faire ce qui a déjà été fait, ce prix va lui permettre aussi de rester au courant en participant à des congrès et de partager ses résultats au sein de la communauté scientifique.

Pendant son temps libre, Aude Pavilla est co-déléguée régionale de l’association « Elles Bougent », une association qui promeut auprès des jeunes filles les nombreux métiers du numérique et de l’industrie, par le biais de témoignages de marraines, afin de susciter des vocations dans ces secteurs qui manquent encore cruellement de talents féminins.

FXG, à Paris

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 07:24
Victorin Lurel, alors ministre des Outre-mer, a fait voter la loi de régulation économique qui permet à l'Autorité de la Concurrence d'intervenir dans des situations de monopoles

Victorin Lurel, alors ministre des Outre-mer, a fait voter la loi de régulation économique qui permet à l'Autorité de la Concurrence d'intervenir dans des situations de monopoles

Des accords d'exclusivité dans les parfums et cosmétiques sanctionnés

L'Autorité de la Concurrence a sanctionné hier à hauteur de 176 000 euros des accords d'importation et de distribution exclusives de parfums et cosmétiques aux Antilles-Guyane et à La Réunion

Saisie en novembre 2017 par les sociétés antillaises Sodex Ody Gombaud Saintonge SARL, Phoenicia SARL, Phoenicia Parfums SARL, l'Autorité de la Concurrence (AdC) a sanctionné ce 8 octobre les sociétés Procter & Gamble, Coty et Chanel ainsi que leurs grossistes-importateurs, Parfumerie d'Outre-mer aux Antilles-Guyane (groupe Roger-Albert) et Sodibel (Etablissements Frédéric Legros) à la Réunion, pour avoir mis en place des accords exclusifs d'importation dans les quatre DROM. Alors que la loi Lurel interdisait tout accord exclusif d'importation à compter de mars 2013, Les groupes Procter & Gamble, Coty et Chanel ainsi que leurs grossistes-importateurs ont maintenu ou mis en place, après l'entrée en vigueur de la loi Lurel, des exclusivités d'importation pour la distribution de parfums et produits cosmétiques en Guadeloupe, Martinique, Guyane et à La Réunion.

Pour le groupe Procter & Gamble et son grossiste importateur aux Antilles et en Guyane, Parfumerie d'Outremer, leur accord d'importation exclusive a perduré jusqu'au 25 février 2015 pour des gels douches, après-rasage, eau de toilette, déodorants des marques Puma, Gucci, Montblanc, Rochas et Dolce Gabbana.

Pour le Groupe Coty et son importateur Parfumerie d'Outremer, l'accord d'exclusivité a duré du 26 septembre 2016 au 1er février 2018 pour des gels douches, après-rasage, eau de toilette, déodorants des marques Calvin Klein, Marc Jacobs, Tiffany et Balenciaga.

Pour le groupe Chanel (puis le groupe Coty) et l'importateur grossiste réunionnais Sodibel, l'accord d'exclusivité a duré du 22 mars 2013 au
23 janvier 2014 sur des produits de maquillage de la marque Bourjois.

"Ces pratiques, estime l'AdC, ont entravé le développement de concurrents et pesé sur le pouvoir d'achat des ménages." Les sociétés mises en cause n'ont pas contesté les faits et ont souhaité bénéficier de la procédure de transaction. Ainsi l'AdC a condamné Procter & Gamble à payer une amende 40 000 euros, Coty 32 000 euros, Chanel et Coty (pour les produits Bourjois) 13 000 euros, Parfumerie d'Outremer 68 000 euros et Sodibel 23 000 euros. Total 176 000 euros.

FXG, à Paris

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 05:06
Philibert et le budget de la MOM

La FEDOM tenait son conseil d'orientation mercredi soir à Paris, avant de recevoir la ministre des Outre-mer. Entretien avec son président, Jean-Pierre Philibert.

"C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses"

On vous a entendu dire du bien du budget de la mission Outre-mer...

J'ai dit que c'était un budget dans lequel il n'y avait pas de surprise désagréable, mais vous savez comme moi que parfois les débats en réservent... Et surtout, il y a des choses que l'on peut améliorer dans ce budget. On  listé un certain nombre de points dans des secteurs comme le logement social pour les plus défavorisés. C'est vrai que le rétablissement de l'allocation accession est plutôt une bonne nouvelle, comme l'extension des périmètre du crédit d'impôt pour la réhabilitation des logements sociaux. Mais, j'ai appris à être prudent et comme disait un grand homme qui nous a quitté il y a peu de temps, c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses, donc c'est à la fin du budget qu'on verra les bonnes comme les mauvaises nouvelles.

Vous avez fait des propositions concernant les délais de paiement, qu'en est-il ?

Je ne sais pas encore puisque le rapport va être rendu très prochainement. C'est un sujet compliqué parce que c'est un ménage à trois : les entreprises, les collectivités locales et l'Etat. L'Etat a donné un certain nombre de signes forts comme la menace de révocation du maire de Pointe-à-Pitre, maintenant, il faudrait des dispositions qui peuvent être contraignantes pour éviter ces dérives que nous connaissons et ça doit se faire avec les collectivités. J'ai proposé que les entreprises, les collectivités et l'Etat, nous nous voyions dès qu'on aura le rapport commandé par la ministre.

La ministre s'est dite ouverte à faire évoluer les exonérations de façon qu'elles ne ciblent plus que les bas salaires. Qu'en est-il ?

Nous nous sommes vus en juillet et il y avait une clause de revoyure. Nous avons réglé des problèmes sur la presse, l'aérien et les entreprises. Presse et aérien, j'attends la prochaine réunion dans quinze jours pour qu'on me dise que c'est fait. Sur les entreprises, il faut maintenant impérativement que l'on détermine comment on bouge les fameux seuils. Le gouvernement y est prêt ; on n'est pas tout à fait d'accord sur le curseur... Le gouvernement veut peut être les augmenter, mais moins que nous. On a mis un simulateur en place qui donne des chiffres intéressants. Le gouvernement nous les a demandés et on va pouvoir les confronter avec les chiffres que j'espère l'ACOSS et la Sécurité sociale vont nous communiquer, et que du coup nous trouverons le bon chiffre pour le prochain budget de la Sécurité sociale.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 08:10
Marlène Bernard, Ary Chalus, Willy Rozier et Didier Coffre

Marlène Bernard, Ary Chalus, Willy Rozier et Didier Coffre

Ary Chalus et l'équipe du CTIG promeuvent la Guadeloupe à Top Résa

Avec plus de 2,5 millions de passagers à Pôle Caraïbes l'an dernier, soit une progression de + 5 % depuis 2015, le tourisme en Guadeloupe a encore de beaux jours devant lui ! L'objectif affiché par la Région et le Comité du tourisme (CTIG) est d'arriver 1 million de touristes de séjour. "C'est à portée de main", indiquait mercredi à Paris le président Chalus à l'occasion des 10e rencontres interprofessionnelles du CTIG. La Région ne ménage d'ailleurs pas ses efforts puisque le total des financement touristiques (fonds régionaux et fonds européens) avoisine les 80 millions d'euros. En 2018, la Guadeloupe a donc reçu 1,166 millions de visiteurs dont 735 000 touristes de séjour. Ils ont généré 813 millions de recettes, soit une progression de 7 % en un an et de 14 % en deux ans !

53 % des visiteurs sont des touristes d'agrément, 47 % ont moins de 40 ans, 42 % voyagent seuls et 39 % appartiennent à des catégories socioprofessionnelles supérieures. 69 % des touristes reviennent et le taux de satisfaction est de 98 %.

La durée moyenne du séjour est de 14 jours. Les touristes proviennent essentiellement de l'Hexagone (59 %), de la région (Martinique, Saint-Martin, Guyane), de l'Amérique du Nord (5 %) et de l'Europe (4 %). Des chiffres qui devraient progresser avec l'arrivée de Jet Blue (3 vols hebdo à partir du 1er février) et d'Air Belgium (2 vols hebdo à partir de décembre). Philippe Wilmart, le directeur commercial d'Air Belgium, indique que les ventes marchent bien et que sa compagnie envisage d'ores et déjà de ne pas cesser ses rotations en avril et de les prolonger durant la période d'été.

Globalement, l'offre de sièges d'avion sera renforcée pendant la prochaine saison de 38 000 unités.

Côté hébergement, le Club Med à la Caravelle sera inauguré le 15 novembre en présence de 200 journalistes : 140 nouvelles chambres et un espace "Oasis zen", réservé aux adultes (30 chambres, deux suites et piscine privée). La Toubana aura ses 5 étoiles le 12 octobre (150 clients, 33 bungalows, 12 suites et trois villas). "Chic et trendy !" L'hôtel Saint-Georges (40 chambres, deux suites) à Saint-Claude ouvre le 11 octobre. L'habitation La Manon ouvrira en novembre à Pointe-Noire comme la villa des arts à Saint-François...

Le nouvel axe marketing du CTIG qui lancera une nouvelle campagne de pub sur les écrans nationaux le 1er janvier vise à renforcer l'attractivité de la destination en misant sur l'expérientiel et l'émotionnel, mais également à augmenter la valeur du panier moyen que chaque touriste dépense lors de son séjour.

FXG, à Paris

"Trésors de Guadeloupe", une appli et un livre

Kina Chénard du Département a présenté un beau livre qui recense quelque 40 sites patrimoniaux du Conseil départemental avec des photographies magnifiques de la trace des crêtes, du parc des roches gravées, du fort Fleur d'épée ou de l'habitation Murat... Un itinéraire qui emprunte à la route de l'Esclavage labellisée UNESCO. Et tout ça se retrouve sur une appli dénommée "Les trésors de Guadeloupe".

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 06:01
Scandale sanitaire et environnemental du chlordécone

Commission d'enquête chlordécone

Après les premières auditions en juillet dernier de la commission d'enquête parlementaire sur le chlordécone, et celles qui sont déroulées aux Antilles en septembre, son président Serge Létchimy et sa rapporteure Justine Bénin en ont mené de nouvelles le 25 septembre dernier. Parmi les personnes entendues, le lanceur d'alerte Eric Godard, qui malgré sa qualité de chargé de mission interministériel chlordécone en Martinique, a eu toutes les eines du monde à se faire entendre, ou celle du chercheur au CNRS, Malcolm Ferdinand, qui a comparé la rapidité de réaction des Etats-Unis après la catastrophe d'Hopewell en 1975, avec la production d'ignorance et d'inaction de la France".

Dossier FXG, à Paris

Quand le lanceur d'alerte est appelé "l'ayatollah des pesticides"

Eric Godard est arrivé en Martinique en 1998 comme chef du service santé environnement à la DDASS (aujourd'hui l'ARS). Il y a alors un litige sur la qualité de l'eau qui oppose l'Etat à des associations. La direction régionale de l'environnement demande une mission à l'inspection  générale et à l'Agriculture. Sans parler encore de chlordécone, cete mission constate un "usage immodéré des pesticides" et un certain "laxisme des autorités". Le comité de bassin en Martinique est saisi et la DDASS essaie d'améliorer le contrôle des eaux d'alimentation. C'est en septembre 1999 que la molécule chlordécone est trouvée dans trois captages, la source Gradis à Basse-Pointe, la rivière Monsieur à Saint-Joseph et le rivière Capot. "Il y a eu un gros émoi dans la population, raconte Eric Godard, mais aussi une satisfaction car l'Etat reconnaissait la chose." Les découvertes s'enchaînent : après la pollution de l'eau de boisson, on découvre en mars 2002 que les légumes racines (dachines, patates douces et choux caraïbe) sont contaminés. "Il y a encore, poursuit Eric Godard, un gros émoi et j'ai du mener un parcours du combattant pour faire reconnaître la pollution et le danger pour la santé publique." le préfet Cadot consent tout de même à rendre public ces résultats le 1er juillet 2002. "Mais, ajoute M. Godard, sans dire que c'est un souci..." Ce ne sont donc pas les patates douces retrouvées dans un container à Dunkerque en septembre 2002 qui ont révélé le problème. La découverte du chlordécone en Guadeloupe intervient six mois après la Martinique. On découvre du chlordécone dans les sources de la Basse-Terre en 1999 (crise CAPES, des milligrammes et non des microgrammes dans l'estuaire du Grand Carbet, la pollution de la source Neufchâteau au CIRAD), puis dans les légumes racines. Les résultats tombent le 23 avril 2002 : 1/3 des légumes racines sont contaminés. Godard prêche dans le vide l'interdiction des cultures sur les sols contaminés. On ne s'y oriente que depuis peu...

"Le manque d'envie de considérer la population comme adulte"

A partir de là, Eric Godard va connaître toutes sortes de difficultés. Dans le milieu des services déconcentrés de l'Etat, on parle de lui comme d'un "ayatollah des pesticides". Il n'est pas invité aux réunions préfectorales sur le sujet. Eric Godard est tout bonnement, mais sans le dire, écarté... Il quittera la Martinique fin 2002 pour aller en Guyane s'occuper de pollution au mercure.

Eric Godard revient pourtant en Martinique en 2006. Un premier rapport d'information parlementaire est produit et Eric Godard se trouve propulsé chargé de mission interministériel chlordécone. Arrivent alors "Chronique d'un empoisonnement annoncé", le livre de Confiant et Boutrin, et le rapport du Pr Belpomme. Le scandale du chlordécone repart malgré les contrefeux des bananiers. Eric Godard s'attèle alors "un peu seul" au plan chlordécone 1 mais obtient dès 2007 de ramener les limites maximales résiduelles de 200 à 20 microgrammes dans les légumes consommés. Eric Godard indique tout de même qu'il n'a pu "amener l'information à la population" après son rapport 2011, que "le ministère a voulu saborder le programme" : "J'étais bloqué de partout, relate-t-il, sans soutien de l'administration centrale, j'avais peu de liberté pour faire avancer la cause de la santé publique." Pire encore, le ministère de l'Environnement ponctionne 2 millions d'euros sur les crédits du plan chlordécone pour faire des analyses dans les zones périurbaines en Martinique et en Guadeloupe "alors qu'on savait que dans le même temps, les agriculteurs n'avaient pas d'analyses financées..."

Pour autant, Eric Godard ne parle pas de volonté de cacher les choses, mais plutôt d'une volonté de lénifier : "On se heurte à une culture de partage de la connaissance pas très développée dans certains services, un frilosité générale, la peur d'affoler, le manque d'envie de considérer la population comme adulte..." Il ajoute : "La situation s'est dégradée entre 2006 et 2011 par le fait que j'étais écarté de certaines réunions. En Guadeloupe, après 2009, c'était porte fermée. le préfet de Guadeloupe, après 2009, ne souhaitait pas trop parler de chlordécone. Pour lui, ce n'était pas un sujet." En 2014, la préfète Marcelle Pierrot décide même de mettre un terme aux réunions du GREP et du GREFY... En 2016, Eric `Godard doit faire une note au ministre de la Santé pour faire part de ses difficultés et de son impossibilité de communiquer en dehors du programme des jardins familiaux...

Les difficultés reviendront encore en 2017 avec la questions de limites maximales résiduelles qui ont été réhaussées par rapport à la norme de 2007. Les médias s'emparent heureusement  de l'affaire et les LMR sont ramenées à une norme raisonnable. Quant à connaître la carte de la contamination des terres, face au refus des préfets, il a fallu l'obtenir après injonction de la commission d'accès aux documents administratifs.

Eric Godard a pris sa retraite en octobre 2018.

Les occasions manquées

Eric Godard  fait la liste des occasions manquées sur le dossier chlordécone. Au fur et à mesure de son récit, les larmes lui sont montées aux yeux notamment lorsqu'il a raconté quand le professeur René Seux, de l'université de Rennes a dit en 1998 à Luc Multigner, lors de l'inauguration de son labo, qu'il avait détecté la chlordécone dès 1991, mais que la DASS lui avait fait dire de rechercher les molécules demandées... En 1991 encore, le service des végétaux enquête sur la banane et il est déjà question de chlordécone à plusieurs reprises avec des signes  "très persistant" ; la DDASS Martinique fait rechercher la molécule par le laboratoire départemental. Pourtant mandaté, l'institut Pasteur ne fait pas les recherches. Il faut attendre 1999 pour qu'on change de laboratoire et qu'on cherche la chlordécone...

Trafic et usage après interdiction

En 2002, 9,4 tonnes de curlone sont découverts à la SICABAM et au GIPAM en Martinique (on en trouvera 4 tonnes en Guadeloupe). Les stocks sont en bon état et la DIREN et la DGCCRF parlent de fraude et de trafic organisé à partir d'Afrique par des planteurs qui ont des intérêts sur ce continent.

Car les ventes se sont poursuivies après l'interdiction de 1993 dans les magasins de bricolage de Joseph Cotrell. C'est alors une filiale des établissements de Lagarrigue, dirigée par Henri Arnould. Selon Yves Hayot, cité par Eric Godard après un entretien en 2009, "Cotrell avait une certaine indépendance vis-à-vis de Lagarrigue." Un ordinateur de Cotrell  est retrouvé ; il présente des fichiers client pour le curlone. Un technicien du CIRAD témoigne encore d'avoir vu des épandages au curlone en 2000 tandis que la DCCRF et la DSDS sont au courant d'épandage au curlone encore en 2002. "Tout ce faisceau de témoignages, explique Eric Godard, montre qu'on a poursuivi l'épandage après 1993." Le parquet a fait une demande d'information en 1997 en Guadeloupe. Il a classé sans suite pour prescription, comme l'a classée sans suite aussi le chef de la protection des végétaux, Alain Chidiac.

Une même catastrophe : deux façons de faire

Malcolm Ferdinand, chercheur au CNRS, a lui aussi été auditionné par la commission d'enquête parlementaire. Cet ingénieur environnement et docteur en philosophe politique a travaillé pendant huit ans sur la question du chlordécone.

Il a comparé les suites données à la catastrophe d'Hopewell en Virginie en 1975 à celles que la France a consacré à ce problème après son interdiction aux Antilles.

Deux jours après la pollution massive de la James River par le chlordécone après l'accident survenu à l'usine Allied Chemical d'Hopewell, le gouverneur de Virginie interdit la vente et l'utilisation du chlordécone, mais ordonne aussi la destruction des stocks. Il faudra 13 ans pour la France (sans parler de destruction des stocks).

Deux jours après, des mesures sont prises pour interdire la pêche.  31 ans pour la France.

Une semaine après, les premières recherches sur le risque cancérogène sont lancées. Il faudra attendre 22 ans pour la France.

Un mois après, sont lancées les recherches sur la contamination des aliments et des eaux. 30  ans pour la France.

Un mois et demi après l'accident commencent les recherches pour dépolluer le site. 20 ans pour la France.

Six mois après, une enquête du Sénat américain est ouverte, complétée six mois plus tard par une enquête de la la chambre des représentants. 27 ans pour la France.

"Les lobbys victorieux"

Dans les deux ans qui suivent la catastrophe, plusieurs actions en justice son menées contre l'usine et contre la mairie. Des pêcheurs et des ouvriers de l'usine sont parties prenantes. en deux ans, la justice est rendue. La mairie et l'usine sont condamnées chacune à payer 30 millions de dollars d'amende (123 millions d'euros actuels). Avec une partie de cette argent, l'Etat de Virginie crée une fondation pour l'environnement toujours active. En France, 42 ans après, la justice reste muette.

Malcolm Ferdinand conclut sa démonstration en dénonçant "la production d'ignorance et d'inaction" qui a fait des lobbys du chlordécone les seuls victorieux de ce drame. Il en tire la conclusion en cinq points : une crise environnementale et sanitaire, une crise étatique avec des failles répétées des services de l'Etat et une inaction malgré les alertes (dont la première est venue des ouvriers agricoles martiniquais dès 1974 par une grève et des revendications explicites d'arrêter l'usage du chlordécone), une crise démocratique  qui révèle que "un petit groupe a réussi à imposer une vie en pays contaminé", une crise de justice ("Le travail de votre commission d'enquête aurait du être fait il y a 47 ans") et enfin une crise sociétale qui révèle "un habité colonial avec une monoculture d'exportation dont les habitants n'ont profité que des violences".

Les prochaines auditions

Lundi 14 octobre, la commission d'enquête auditionnera Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, puis Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Mardi 15 octobre, viendra le tour d'Annick Girardin, ministre des Outre-mer et enfin jeudi 17 octobre, Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 06:50
Patrick Chamoiseau, président du festival du documentaire Amazonie Caraïbes

ITW Patrick Chamoiseau, président du jury du premier FIFAC

"Un documentariste est presqu'un philosophe du monde contemporain"

Comment prenez-vous ce rôle de président du jury ?

Je suis heureux qu'on me propose une aventure comme celle-là avec toute l'ambition que l'équipe du FIFAC y met. Les Outre-mer sont une énigme... Tous nos artistes, tous nos penseurs, tous nos écrivains ont été confrontés à une énigme. Cette énigme c'est une sorte de surgissement anthropologique absolument inédit dans l'histoire de l'humanité même si le processus des cultures et des civilisations toujours été fait de carrefours, de rencontres... Mais là, avec le choc de la colonisation, avec sa violence inouïe et tout ce que l'Occident apporte comme lumières, il y a eu des phénomènes qui n'ont pas encore jusqu'à maintenant été suffisamment élucidés. Tous les processus de décolonisation sont fais sur la base de l'Etat-Nation. Le monde colonial avait été divisé en empires par des Etats eux-mêmes verticaux, conflictuels et on a encore tendance à regarder le monde avec ce prisme alors que depuis les années 1950, Glissant le dit, le monde est devenu le tout-monde, une sorte de noeud relationnel. Ce sont des flux relationnels extrêmement puissants, extrêmement constants, qui ont défait les communautés archaïques. cette équation déterminante produit aujourd'hui une réalité mondiale qui est intéressante.

L'outre-mer reste une énigme ?

Quand je disais énigme, ce choc de la colonisation a permis à des cultures et des civilisations de se rencontrer. il y a eu des surgissements dans cette globalité, ces génocides, ces résistances... Quelque chose a surgi et nos pays relèvent de ça. Lorsqu'on dit — je n'aime pas ce pauvre terme — Outre-mer qui a tendance à effacer les réalités des peuples et des Nations qui n'ont pas d'Etat. Ce sont des berceaux de géographie, ce sont des histoires, ce sont des emmêlements, ce sont des réalités anthropologiques qui vont surgir tout au long de la colonisation, mais qui restent une énigme à la fois pour les anciens colonialistes puisqu'ils n'ont pas été décolonisés dans leur tête le plus souvent, et pour nous-mêmes. Si en Martinique et en Guadeloupe, nous avons raté le processus de décolonisation, c'est que pendant longtemps nous avons essayé de nous concevoir comme se concevaient les communautés anciennes, c'est-à-dire l'identité à racine unique, ma langue, mon Dieu, ma peau... Alors que là, on était confrontés à un mélange de langues, de peaux, de dieux... Une situation composite extrêmement changeant, extrêmement mouvant qui était déroutante. On n'avait pas la possibilité comme dans les civilisations classiques de chercher ce qu'il y avait les colonisateurs pour l'opposer aux colonisateurs. Nous étions nés dans la colonisation.

Comment doivent résonner les termes Caraïbes et Amazonie ?

Ce sont des réalités très énigmatiques d'abord pour nous-mêmes. Je me souviens qu'il y a à peu près quinze ans de ça, Avec Glissant, nous avions ce projet de création d'un musée des arts des Amériques. A partir des arts plastiques, Glissant voulait essayer de deviner quelles étaient les grandes structurations linguistiques, les hybridations, les survivances, les mélanges,  ce qu'il appelle le phénomène de créolisation : Qu'est-ce qui dans cette apparente diversité qui est chaotique, quelle est l'unité secrète ? Qu'est-ce qui s'était produit, qu'est-ce ça avait donné et comment on pouvait trouver dans cette diversité apparente chaotique cette espèce d'unité particulière qu'in ne peut expliquer et concevoir que par la diversité. Cette énigme a été explorée par Césaire, Glissant, toute la littérature des Amériques. C'est véritablement une confrontation à l'énigme anthropologique.

Quel est votre opinion sur le mode d'expression documentaire ?

Le documentaire est un art très particulier. Que se serait-il passé si Césaire au lieu d'écrire "Le cahier d'un retour au pays natal" avait fait un documentaire ?! Le documentaire est un outil de connaissance absolument précieux qui vient s'ajouter à tous les modes de connaissance artistique que nous connaissons... Bien sûr la littérature, la poésie, les arts plastiques nous dessinent l'architecture, non pas civilisationnelle, mais de ce surgissement anthropologique que sont les Amériques. Bien sûr, il y a le cinéma auquel nous avons encore du mal à accéder. Ce sont des industries très lourdes, très coûteuses et nous n'avons pas encore tous les dispositifs socio-culturels qui nous permettraient de stimuler une création populaire. Il nous manque cette vision de nous-mêmes, cet exercice de compréhension de nous-mêmes à partir d'un outil qui est tellement puissant aujourd'hui... L'image, l'audiovisuel, la salle obscure avec l'écran qui s'anime, la vision de grands réalisateurs, de grands documentaristes... C'est presqu'un philosophe du monde contemporain qui capte les choses et voit de l'indicible et devine des forces... Lorsqu'un documentaire est puissant, c'est pratiquement vingt ans de réflexion qui nous sont accordées. Tout ce que j'aimerais, c'est favoriser le développement de cet art et faire en sorte que nous ayons cette vision de nous-mêmes.

Ce n'est pas qu'une question de visibilité de l'Outre-mer dans l'Hexagone...

La question de la visibilité passe d'abord par une existence. Il n'y a pas d'existence souveraine, politique s'il n'y a pas de responsabilité politique : qu'est-ce qu'on montre ? On ne peut pas bâtir une visibilité sur des peuples que sont déresponsabilisés, qui n'ont même pas la possibilité d'explorer la totalité de leur bassin, de leur géographique. La visibilité, c'est véritablement se connaître soi-même, comprendre que lorsqu'on est dans la Caraïbe, on est un Créole américain. On fait partie du surgissement de type civilisationnel qui couvre toutes les Amériques et qu'il y a là une unité particulière qui est très moderne dans la mesure où elle mobilise plusieurs langues, plusieurs imaginaires. Nous ne sommes plus dans constructions des Etats-Nations qu'on essayait d'instaurer, on revient à une situation qui a précédé l'Etat-Nation et qui permet de concevoir des espaces humains sur la base de diversités actives qui se nourrissent, se développent, recomposent sans cesse du nouveau, qui libèrent les individus et qui expriment une conscience du monde très différente que ce qui a pu être porté par l'esprit impérial et l'esprit colonialiste. C'est pour toutes ces raisons que je suis très heureux de visionner, de regarder tous ces documentaires sur une réalité aussi complexe que toute la zone de l'Amazonie et de la Caraïbe. Et si ça peut donner envie à une jeune Guyanaise ou Antillaise d'avoir envie de produire, de prendre la caméra, de prendre son téléphone, de filmer, de s'accorder avec la puissance de l'image, apprendre à se connaître soi-même, à se définir soi-même et commencer à partir de là à concevoir son existence.

Propos recueillis par FXG, à Paris

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