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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 06:44
Stéphanie Jacquet lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science

Une Saint-Martinoise en pointe sur les virus

Stéphanie Jacquet est une des 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science. Originaire d’Agrément à Saint-Martin, Stéphanie a quitté son île natale des Caraïbes en 2005 dans le but de poursuivre des études supérieures à Montpellier et devenir enseignante, mais la recherche l’a déviée de sa route. Portrait.

« Saint-Martin, confie-t-elle, j’y ai une bonne partie de ma famille, c’est mon île natale, mon histoire, mes débuts… la base de mon parcours. » Fascinée par la richesse des mécanismes employés par les parasites pour se répliquer et se transmettre d’un hôte à l’autre, elle a décidé de s’orienter vers la recherche scientifique. Depuis son master de sciences, la jeune femme s’intéresse aux mécanismes qui gouvernent la circulation de pathogènes dans différentes espèces. Sa thèse, soutenue à Montpellier, portait sur un moucheron qui transmet un virus aux bovins. Hôte, vecteur, parasite, tout ça dans un environnement donné, c’est sa règle de trois ! Aujourd’hui, Stéphanie étudie les chauves-souris. « Elles sont des espèces fascinantes, très importantes pour l’écosystème et sont les hôtes de virus dont certains sont transmissibles à d’autres espèces animales et à l’homme. » Les chauves-souris ne développent souvent pas les symptômes des maladies virales qu’elles hébergent quand ces maladies touchent pourtant d’autres espèces de mammifères. Ont-elles des particularités qui leur permettraient de se défendre ou de tolérer les infections virales en comparaison à d’autres espèces. C’est cela l’objet de ses recherches. Elle s’intéresse au système immunitaire inné, donc à des gènes dont la fonction est de bloquer la réplication virale. « J’essaie de voir s’il y a des adaptations, des caractéristiques génétiques qui leur permettraient de se défendre efficacement contre les virus. »

Une grande proportion des maladies infectieuses sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies transmises de l’animal à l’homme. « Les chauves-souris sont le réservoir de certains parasites. Comment se défendent-elles et comment ces parasites circulent dans les autres espèces ? Y répondre peut nous donner des pistes pour mieux comprendre ce qui se passe chez l’homme. Nous avons déjà mis en évidence dans notre projet que les chauves avaient effectivement des particularités génétiques qui pourraient contribuer à une réponse antivirale unique. »

Des interactions hôtes-virus

Stéphanie n’était pourtant pas prédisposée à cette carrière puisque quand elle est venue dans l’Hexagone, c’était pour être enseignante. « C’est un cours de parasitologie qui m’a vraiment fascinée. Je me suis rendu compte qu’il y avait une très grande diversité de parasites, de mécanismes mis en place pour qu’ils puissent se répliquer. C’est un sujet qui concerne directement notre société ! Voilà pourquoi je me suis orientée vers la recherche. »

Depuis, ses travaux de recherche s’articulent autour de l’émergence de maladies infectieuses et la transmission de pathogènes d’une espèce à l’autre. Elle poursuit ses travaux à Lyon au Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive et au Centre International de Recherche en Infectiologie. Quand on lui demande si elle a eu eu la sensation de découvrir des choses nouvelles, elle répond : « Tout le temps ! C’est pour ça que j’adore mon métier ! Même toutes petites, ces découvertes constituent de petites pièces au puzzle que représentent les interactions hôtes-virus et qui soulèvent d’autres questions… » Elle a travaillé sur le virus de l’hépatite B qui infecte aussi les chauves-souris. Actuellement, ses sujets d’étude sont les pox-virus, une famille de virus dont faisait partie la variole, aujourd’hui éradiquée.

Comme tous les chercheurs en post-doctorat, Stéphanie est en contrat à durée déterminée. Son avenir ? « C’est un concours pour avoir un poste de chercheur permanent. »

FXG

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 04:10
Aurélie Boisnoir, prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 pour les femmes et la science

Les microalgues responsables de la ciguatera dans son microscope

Aurélie Boisnoir est la seule martiniquaise parmi les 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les Femmes et la Science. Cette chercheuse vit Ducos et est originaire du François. Elle réalise actuellement un post-doctorat à l’Ifremer de la Martinique sous la direction de Dr Nicolas Chomérat et Jean-Pierre Allenou. Ses recherches portent sur les dinoflagellés benthiques toxiques, des microalgues présentes en mer des Caraïbes et responsables de la ciguatera, une intoxication alimentaire connue aussi sous le nom de « gratte ».

« J’étais en première année de Master Océanographie et Environnements Marins à l’Université Pierre et Marie Curie. Je suivais un cours magistral, quand le Pr Lemée m’a demandé de passer le voir. Il m’a présenté un projet financé par la Fondation de France qui concernait les dinoflagellés benthiques présents aux Antilles françaises. » Banco ! Ce sera son stage de Master 2, celui qui va définitivement la lancer dans la biologie marine. « Après mon Master, j’ai décidé d’approfondir mes résultats et d’en faire mon sujet de thèse : « Les dinoflagellés benthiques toxiques de Guadeloupe et Martinique : Distribution et rôle trophique pour la méiofaune. » Elle obtient son doctorat en 2018 à l’Université des Antilles sous l’encadrement du Pr Lemée et du Dr Pascal. Elle part ensuite faire un premier post-doc aux Etats-Unis puis décide de revenir en Martinique. « Après une approche écologique et environnementale de la ciguatera, je voulais aborder la question en y intégrant de nouvelle approche et de nouveaux outils : la microscopie électronique à balayage, la phylogénétique et la chimie. » Actuellement, Aurélie travaille sur l’identification morphogénétique des dinoflagellés benthiques toxiques des Antilles françaises et la caractérisation chimique de leurs toxines. « Concrètement, je cherche à identifier toutes les espèces de dinoflagellés benthiques potentiellement toxiques dans les Antilles françaises et à caractériser la toxicité de chacune d’elles parce qu’on ne sait pas encore quelles sont les espèces les plus problématiques. » Les résultats de ses recherches permettront la mise en place d’outils pour une meilleure gestion du risque. Les toxines naturelles synthétisées par ces microalgues sont parmi les plus puissantes connues actuellement. Elles provoquent chez la population humaine qui consomme certaines espèces de poissons carnivores la ciguatera qui est une intoxication alimentaire d’origine non-bactérienne. « Cette intoxication est la plus fréquente au monde, précise Aurélie, et la région des Caraïbes est la deuxième zone la plus touchée après le Pacifique. Les toxines synthétisées par ces microalgues traversent les différents maillons de la chaîne alimentaire et s’accumulent chez certaines espèces tropicales carnivores comme les carangues, les barracudas, certains pagres, la murène verte… « Comme ces toxines sont thermostables, elles ne sont pas dégradées par la température et la population est ainsi exposée à un risque sanitaire potentiel. »

Quand elle a eu son bac scientifique option Sciences de la Vie et de la Terre, Aurélie a commencé par s’inscrire en médecine à Schoelcher. Après avoir redoublé sa première année, elle a choisi de se réorienter et de partir en Guadeloupe pour commencer une Licence en Biologie, Environnement des Sciences de la Terre. « Je visais déjà l’océanographie, mais il fallait attendre le Master pour se spécialiser en biologie marine… »

Et pourtant aujourd’hui, elle collabore avec Dr Résière et Dr Florentin qui travaillent au Service de Soins Critiques au CHUM. On sait traiter les symptômes de la ciguatera, mais elle est difficile à diagnostiquer. « Il peut y avoir jusqu’à 175 symptômes différents avec des intensités variant d’un patient à l’autre ! Il y aurait 50 000 intoxications à la ciguatera par an dans le monde, mais ces cas ne représenteraient que 20 % du nombre de cas réels ! »

Trois fois plus de cas de ciguatera en dix ans

« Avec les études qu’on a pu mener, on sait maintenant qu’on retrouve ces microalgues sur le littoral de la Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Barth et de Saint-Martin. Des dispositions réglementent la pêche et la vente de certaines espèces de poisson de ces îles sauf en Martinique où aucun arrêté préfectoral n’a été encore pris. Grâce à une étude en cours de soumission du Dr Résière, on sait que les cas de ciguatera ont augmenté. En l’espace de dix ans, trois fois plus d’intoxications ont été signalées en Martinique. Elle est aussi sujette à de nombreuses intoxications collectives. Elles surviennent suite à la consommation de captures de grandes tailles partagées entre plusieurs personnes. » Les amateurs de poisson savent généralement quelles espèces il faut éviter de manger, mais, alerte Aurélie, « il y a des espèces qu’on ne soupçonnait pas comme les bénitiers dans l’océan Pacifique. Cette intoxication peut donc aussi survenir suite à la consommation de certaines espèces d’invertébrés marins ! »

Pour trouver les microalgues toxiques, Aurélie plonge en palme, masque et tuba. Elle étudie ses prélèvements au microscope et les met en culture. « Dans les Caraibes, on a une phanérogame marine qui est invasive et nos études ont montré que cet herbier favorise le développement de certaines microalgues toxiques. » Elles ont besoin de substrats pour se développer, notamment les macroalgues qui se développent sur les récifs coralliens dégradés. L’augmentation des cas de ciguatera pourrait être liée à la dégradation du milieu. « Le littoral de la Martinique connaît des problèmes d’eutrophisation, des apports en nutriments en quantité qui ont tendance à dégrader les écosystèmes dont les récifs coralliens. Il pourrait y avoir un lien entre ces phénomènes d’eutrophisation et le développement de ces microalgues. » Depuis 2014, une nouvelle maladie corallienne a émergé en Floride et les premiers signes de cette maladie sont visibles depuis cette année en Guadeloupe et suspectées en Martinique. Cette maladie pourrait aussi malheureusement contribuer à l’augmentation du nombre de cas de ciguatera suite à la mortalité des communautés coralliennes.

Des tests et un CDI

« Certains récifs coralliens seront amenés à disparaître et les conditions semblent être favorables au développement des microalgues responsables de la ciguatera au niveau des Antilles françaises. » Aurélie s’est également intéressée à l’interaction avec les sargasses. « J’ai fait des prélèvements et j’ai observé des microalgues potentiellement toxiques mais en plus faible abondance que sur d’autres substrats. Les sargasses ne contribueraient pas à l’émergence de la ciguatera, contrairement aux phanérogames, en revanche elles permettraient de disperser ces microalgues jusqu’aux côtes africaines et d’homogénéiser leurs populations à l’échelle des Caraïbes. »

Le changement climatique pourrait-il affecter le développement de ces microalgues dans dix ou cinquante ans ? Les régions tempérées commencent à être touchées alors que cette intoxication alimentaire était historiquement circonscrite aux régions tropicales. « J’aimerais participer à la mise en place d’un test de routine qui permettrait de tester les poissons sur les marchés pour éviter à la population de s’intoxiquer. »

Mais d’ici là, Aurélie a besoin de consolider sa situation car quand on est en post-doctorat, on est en CDD. « J’espère pouvoir rester à l’IFREMER de la Martinique afin de poursuivre mes travaux de recherches sur la ciguatera et plus largement sur la préservation des écosystèmes côtiers des Antilles françaises ! »

FXG

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 11:01
Lorène et son directeur de recherche Damien Chevallier devant une tortue luth

Lorène et son directeur de recherche Damien Chevallier devant une tortue luth

Lorène, les tortues marines et l’intelligence artificielle

Lorène Jeantet est une des lauréates 2020 du Prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Si la jeune femme est actuellement en 3e année de doctorat au département écologie, phytologie et éthologie de l’institut pluridisciplinaire Hubert Curien à Strasbourg, elle étudie le comportement en mer des tortues marines en Guyane et en Martinique.

« Stratégie alimentaire et optimisation du comportement de plongée des tortues marines en lien avec les conditions océanographiques » est l’intitulé de la thèse qu’elle prépare grâce, entre autres, au financement de la Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement de la Guyane. Son directeur de recherche, Damien Chevallier, est chercheur au CNRS et spécialiste depuis 2004 des tortues marines (luth, verte, imbriquée et olivâtre) en Guyane et en Martinique où il réside.

Pour connaître le comportement des tortues, l’élève-chercheur et son boss utilisent des biologgers, c’est-à-dire de capteurs qu’on pose sur les tortues. « Nous utilisons l’intelligence artificielle pour essayer de déduire le comportement qu’elles expriment sous l’eau. » Lorène développe des algorithmes d’apprentissage supervisé qui lui permettent d’identifier le comportement des tortues à partir des données collectées par les biologgers. Ce dispositif leur a permis de confirmer que la tortue verte ne s’alimenterait pas en Guyane, mais ne viendrait que pour y pondre. « Généralement, raconte la jeune femme, sa zone d’alimentation est au Brésil et lorsqu’elle migre en Guyane, c’est pour une durée d’environ un mois durant laquelle elle ne s’alimente pas. » Ces tortues sont très fidèles à leur site de ponte. C’est en général là qu’elles sont nées, il y a vingt ans ou plus…  Et pourtant, il n’y a pas ou très peu de zone d’alimentation pour elles. « Ce sont des herbivores et il y a très peu d’herbiers marins en Guyane française. Elles vont être capable de favoriser des zones de repos pour garder de l’énergie pour la gestation, la ponte qui demande beaucoup d’énergie. » Alors que les tortues sont là depuis 110 millions d’années, en Guyane qui est un site de ponte majeur pour les tortues luth, on constate un déclin important de leur population. En cause la destruction de nids. 40 % sont dues à l’érosion et 20 % au braconnage. « Il y a aussi les chiens errants qui participent à cette destruction et puis, il y a beaucoup de dangers en mer pour les mères reproductrices, notamment la pêche accidentelle qui conduit les tortues à mourir dans les filets… »

Les missions d’observation des tortues ont lieu généralement sur la plage de Yalimapo. « Dès qu’on trouve un individu, on l’identifie, le mesure, voit si on le connaît car tous les individus ont une puce… » Pour l’instant, il n’y a pas de laboratoire à Yalimapo, mais il y a une base qui est en construction et qui pourra accueillir des équipes de chercheurs. Pour l’heure, ils ne sont que deux chercheurs, Lorène et son patron, mais ils sont aidés par l’association Kwata et travaillent avec Daniel, le chef coutumier. Ces campagnes existent depuis les années 1970 avec Green Peace et se déroulent tous les ans. « On observe deux à trois montées de tortues luth par nuit, relate Lorène, et au moins un nid est braconné... Les tortues vertes sont un peu plus nombreuses puisqu’on en compte en moyenne vingt par nuit pour trois à quatre nids qui sont braconnés… A Yalimapo, heureusement, c’est une réserve naturelle avec les gardes qui font un travail de comptage, de collecte d’informations, et quelque fois ils trouvent les braconniers et les interpellent.

Des pontes en Martinique

Les tortues vertes qui viennent pondre en Guyane, repartent en mer pour une dizaine de jours, avant de revenir pondre. « Elles peuvent faire ça trois à quatre fois. Moi, dit Lorène, je veux savoir tout ce qui se passe pendant cette phase dans l’eau, la nuit, le jour… Est-ce qu’elles dorment, s’alimentent ? Qu’est-ce qu’elles font ? Et on se pose ces questions aussi bien en Guyane qu’en Martinique. »

En Martinique, les deux chercheurs pensent qu’il y a beaucoup plus d’interactions que ce que l’on pensait jusqu’alors entre les individus. « On pensait les tortues assez solitaires et on découvre des comportements qui nous amènent à nous interroger sur la communication qu’elles peuvent avoir. Est-ce que les tortues communiquent entre elles via des vocalisations ? Ce n’est qu’un début de travail qui devrait faire l’objet d’une publication… »

Des analyses génétiques ont montré qu’une partie des tortues qui viennent pondre en Guyane viennent grandir et se développer en Martinique. La population est composée majoritairement de juvéniles, pas encore en âge de se reproduire. « Elles viennent en Martinique uniquement pour s’alimenter, grossier et se développer, ensuite, quand leur carapace fait environ 90 cm, certaine partent en migration pour se reproduire et pondre sur les plages de leur naissance en Guyane. »

Ils ont observé toutefois que certaines tortues, luth et vertes, restent pondre en Martinique. « Très peu de tortues vertes pondent en Martinique, mais celles qui le font sont peut-être des individus qui ont décidé de rester en Martinique non seulement pour pondre, mais également pour s’alimenter. C’est une hypothèse qu’il faut qu’on explore. On connaît encore très peu de choses des tortues marines… » Mieux connaître l’espèce c’est permettre de mieux la protéger du déclin qu’elle est en train de subir en ce moment. La tortue a une position élevée dans la chaîne trophique. Elles participent à un équilibre. « Si on fait disparaître un maillon de la chaîne, l’équilibre est perturbé… Leur étude nous permet aussi d’avoir un avis sur l’état de nos océans. » Actuellement, en Guyane, se pose un problème de ressources marines à cause de la surpêche et de la pêche illégale, et les individus en haut de la chaîne sont moins enclin à s’alimenter, ce qui participe au déclin de ces espèces. « Ces tortues sont une sentinelle de l’état de nos océans. » Grâce aux biologgers et à l’intelligence artificielle, Lorène Jeantet concourre à la préservation de la biodiversité, un enjeu du XXIe siècle.

FXG

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 10:49
Le budget 2021 des Outre-mer

Deux tiers du budget des Outre-mer dédiés aux exonérations de charge

Le projet de loi de finance pour l’année 2021 a été présenté lundi au conseil des ministres. D’un montant total de 490 milliards d’euros, il affiche un solde négatif de 152 milliards, soit un déficit de 6,7 % du PIB. Le budget de la mission Outre-mer est stable à 2,38 milliards tandis que les dépenses fiscales s’élèveront à 5,6 milliards.

Sur les 2,38 milliards du montant de la mission Outre-mer, 66 % soit 1,57 milliards financeront la compensation des exonérations de cotisations sociales patronales auprès de la Sécurité sociale. En 2021, ce dispositif fait l’objet d’une révision à la hausse de + 97 millions.

8 % de ce budget, soit 190 millions d’euros, abonderont l’enveloppe des contrats Etat-collectivités et, à hauteur de 110 millions, le fonds exceptionnel d’investissement. Des crédits sont par ailleurs prévus pour les interventions de l’Agence française de développement (AFD) et de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

7 %, soit 166 millions financeront la politique du logement. Mais le même document du ministère des Finances annonce par ailleurs une ligne budgétaire unique à 225 millions d’euros pour financer le logement neuf, notamment social, l’accession sociale à la propriété, la réhabilitation de logements existants ou encore la résorption de l’habitat insalubre. Sur ces 225 millions, 18 M€ supplémentaires sont débloqués en faveur des établissements publics fonciers d’aménagement de Guyane (EPFAG) et de Mayotte (EPFAM).

Les autorisations d’engagement augmentent globalement de 160 millions. Ainsi 120 millions seront consacrés en 2021 aux constructions scolaires, dont 14 M€ supplémentaires en faveur des écoles primaires à Mayotte et 17 millions pour le lycée de Wallis et Futuna. L’Etat poursuit également ses investissements en Guyane, tels que prévus dans le « Plan d’urgence Guyane » de 2017.

7 %, soit 166 millions d’euros financeront le Service militaire adapté qui va pouvoir opérer 35 nouveaux recrutements.

Le document du ministère annonce encore 5 % en soutien de l'Etat aux collectivités et à la reconversion de l'économie polynésienne et 6 % dits « autres ».

Plan de relance

Ce budget doit permettre aussi de déployer la relance dans les territoires d’Outre-mer. « Selon l’évolution de la situation macroéconomique », ce plan pourra atteindre les 1,5 milliards d’euros. Des projets sont déjà identifiés comme la prévention du risque sismique dans les Antilles (50 millions dont 15 en 2021) et une accélération du « plan eau DOM » avec le déploiement massif de 50 millions (dont 15 en 2021) pour « consolider le marché des travaux et de la gestion des réseaux ».

La troisième loi de finances rectificative pour 2020 a d’ores et déjà prévu de soutenir les recettes de fonctionnement des collectivités confrontées aux conséquences de la crise, et de concourir à leurs investissements. « En fonction de l’évolution économique, les collectivités ultramarines devraient bénéficier d’environ 200 millions au titre de la garantie de recettes fiscales, incluant les recettes spécifiques à l’outre-mer (octroi de mer et taxe spéciale de consommation). En complément, l’abondement exceptionnel de la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) permet à l’Etat d’orienter ses aides vers les projets mûrs, prêts à être lancés par les collectivités locales. »

Par ailleurs, le budget du ministère de la Culture prévoit un dispositif d’aide spécifique aux titres de presse ultramarins doté de 2 millions d’euros. Cette aide doit également permettre de soutenir la distribution de la presse nationale dans les Outre-mer.

Plus globalement les dépenses de l’Etat (tous ministères confondus) s’élèveront en 2021 à quelque 22 milliards d’euros.

La discussion de la première partie du projet de loi de finances pour 2021 aura lieu du 12 au 19 octobre et se conclura par un vote solennel le mardi 20 octobre après la séance des questions au Gouvernement. La discussion de la seconde partie débutera le lundi 26 octobre et se conclura par un vote solennel sur l'ensemble du texte le mardi 17 novembre après les questions au Gouvernement. L’adoption définitive du projet de loi de finances devra intervenir au plus tard le vendredi 18 décembre.

FXG

La couleur du budget des Outre-mer

Les principales dépenses rattachées à la mission Outre-mer ayant un impact négatif sur l’environnement sont des dépenses fiscales dont le montant global s’élève à 5,6 milliards d’euros. Il s’agit notamment de l’exonération dans les départements d’outre-mer de la taxe intérieure de consommation applicable aux carburants, estimée à 1,7 milliards pour 2021, quand bien même il existe des taxes locales sur les carburants, notamment la taxe spéciale de consommation. Certains produits, matières premières et produits pétroliers sont également exonérés en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, pour un montant de 200 millions d’euros. Les 35 millions de dépenses consacrés aux logements neuf sont considérés défavorables pour l’environnement (artificialisation des sols) contre 142 millions jugés neutres. Même bilan négatif pour le budget des aides au transport du programme 123 (LADOM) dont le montant n’est pas précisé mais qui mobilisait 3,85 millions d’euros en 2019. Enfin, les 3 millions d’euros affectés aux Agences des 50 pas géométriques de Martinique et de Guadeloupe ont toutes les deux été cotées comme favorables eu égard notamment à leurs missions de protection du littoral.

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 05:18
L'Ile de France en commun d'Audrey Pulvar

Audrey Pulvar se lance dans la bataille des régionales

« Nous appelons au rassemblement des forces de gauche pour les prochaines régionales, en Ile-de-France. » La Martiniquaise Audrey Pulvar, adjointe au maire de Paris, est la première signataire d’un appel intitulé « Ile-de-France en commun » et qui marque de ce côté-ci de l’échiquier politique le début de la campagne des Régionales à Paris et dans sa banlieue. Au côté de l’ancienne journaliste d’ATV, outre des personnalités comme Anne Hidalgo, maire de Paris, ou Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre de François Hollande, on retrouve nombre de compatriotes antillais. Ainsi Jacques Martial, ancien patron du MACTe et désormais conseiller de Paris, la chanteuse de Kassav, Jocelyne Béroard, le cinéaste Lucien Jean-Baptiste, le journaliste Michel Reinette, la productrice et actrice France Zobda, le comédien Greg Germain, le conseiller régional Pierre Kanuty, Valentin Narbonnais, adjoint au maire de Colombes, la députée de Paris George Pau-Langevin, la militante féministe Chantal Clem figurent parmi les 230 signataires de cet appel.

FXG

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 04:26
Le CREFOM manifeste malgré les menaces

Le CREFOM veut peser pour les élections à venir

« Armez-vous de votre droit de vote ! »  C’était le premier leitmotiv de la manifestation organisée par le Conseil représentatif des associations des Français d’Outre-mer (CREFOM) samedi place de la Nation à Paris. Le second était : « Ne pas céder aux intimidations », repris par les intervenants tout au long de l’après-midi. C’est que si le nombre des manifestants ne dépassait pas deux centaines, beaucoup ont témoigné avoir reçu des pressions du ministère des Outre-mer, d’un conseiller en particulier, issu lui-même des rangs du CREFOM, les menaçant même de couper toute subvention à quiconque, représentant d’une association, qui se rendrait à cette manifestation. « Nous avons reçu des pressions pour que cette manifestation n’ait pas lieu », a ainsi révélé Claudy Siar lors de son intervention. Etaient tout de même présents les associations Accolade, l’Union des étudiants réunionnais de l’Hexagone, Fanm, des personnalités telles que Jenny Hippocrate (APIPD), Dominique Sopo (SOS Racisme), Louis-Georges Tin (président d’honneur du CRAN), l’association Kanak pour l’indépendance et de nombreux membres du tissu associatif de la communauté antillaise de Paris. Des militants mahorais équipés de banderoles ont dénoncé l’inaction de l’Etat (misère, immigration, santé, Covid). Et même des gilets jaunes se sont arrêtés un bon quart d’heure pour écouter le discours d’ouverture de Claudy Siar.

Jonction des Gillets jaunes et de la manifestation du CREFOM samedi 26 septembre place de la Nation

Keyza Nubret, vice-présidente du CREFOM a déclaré : « Les Outre-mer et les Ultramarins en ont marre d’avoir moins que les autres ! Vous devez vous servir de votre pouvoir pour imposer le respect. Quand le gouvernement dit faire pour les Outre-mer, demandez-leur bien ce qu’ils font exactement ! » Steven, un jeune Antillais d’Aulnay-sous-Bois a appelé à ne pas se laisser intimider : « Il est l’heure de se lever et d’aller arracher ce qui nous revient de droit ! »

Dans son discours de clôture, le président du CREFOM, Daniel Dalin, a révélé qu’Annick Girardin, avant de partir, avait nommé un militant du Rassemblement national au Ministère des Outre-mer « pour s’occuper des affaires des outre-mer et de l’océanographie ». Un fonctionnaire missionné entre autres pour remettre ses recommandations sur la lutte contre le racisme à la Commission consultative nationale des droits de l’Homme. « Voilà comment le gouvernement nous méprise, a déclaré Daniel Dalin. Cet homme ne doit pas rester et nous allons lancer des actions pour qu’il parte ! » Mais Daniel Dalin a d’abord invité les manifestants à s’armer de leur droit de vote et terminé son discours en promettant pour bientôt une nouvelle organisation pour un CREFOM plus pugnace.

FXG

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 05:00
The Voice 2020 : Abi Bernadoth de Saint-Gratien (95), né à Mirogoâne (Haïti)

ITW Abi Bernadoth, vainqueur de « The Voice » 2020

« Derrière sa silhouette délicate et son sourire timide, se cache une grande puissance d’interprétation et de partage. Une pureté vocale qui donne le frisson… » Ainsi était décrit Abi Bernadoth avant même qu’il ne soit sacré gagnant de l’édition 2020 de « The Voice » sur le site de TF1. France-Antilles est allé à la rencontre de ce jeune homme de 22 ans natif de Miragoâne en Haïti et installé en région parisienne avec ses parents depuis ses 3 ans.

« Chanter, c’est se mettre à nu »

Comment avez-vous démarré l’aventure de The Voice ?

Je chantais sur la scène ouverte de la Barba Negra du côté d’Austerlitz à Paris et Aurélie Konaté qui est passée par la Star Ac avant de devenir comédienne, m’a entendu. Elle connaît le directeur de casting de The Voice, elle lui a envoyé des vidéos de moi… J’étais au bon endroit au bon moment ! De fil en aiguille, je me suis retrouvé sur le plateau.

La saison a démarré en septembre 2019 pour finir en juin avec le confinement au milieu, comment ça s’est passé ?

Il y a eu énormément d’étapes avec des séances de coaching, des répétitions et à chaque fois, ça écrémait ! J’ai gagné face à Gustine et sa harpe, Antoine Delie et Tom Rochet. C’était intense, tout en émotion… Musicalement, on a eu de bons challenges mais à chaque fois, je pensais que j’allais sortir… Il y a eu les auditions à l’aveugle, puis les battles, les KO et enfin les phases finales. Avec le confinement, ça a failli ne pas se faire, mais ils se sont débrouillés et j’ai gagné !

Qu’est-ce qui a fait la différence ?

La personnalité je pense, car techniquement tout le monde était bon. Je ne pense pas avoir une technique incroyable, mais la personnalité fait la différence quand on chante, qui fait qu’on habite ou pas une chanson. Le chant, c’est l’expression de choses qu’on garde d’ordinaire pour soi, qu’on a du mal à dire autrement… Chanter, c’est se mettre à nu.

Que faisiez-vous avant The Voice ?

Je faisais un master d’anglais à l’université Paris Diderot. J’ai laissé tomber pour devenir professeur remplaçant dans un collège et en même temps je travaillais comme éducateur spécialisé pour des adultes en situation de handicap dans un foyer. Je les accompagnais, pourvoyais à leurs besoins… Et pour me changer les idées, je chantais seul ou avec un groupe, « No Square ». Ce groupe était un peu rock et moi, je suis plutôt pop, R’n’B… On faisait des scènes ouvertes, des restaurants. On a même tenu un stand à la fête de l’Humanité !

Vous êtes chanteur, mais aussi musicien…

Quand je chantais en solo, je m’accompagnais avec des boucles que je préparais à la guitare, au piano, au saxophone. Mon répertoire, c’est la pop rock anglo-saxonne comme John Legend, Alicia Keys, Sam Smith ou Ed Sheeran.

Vous composiez déjà ?

Ma première composition était en anglais. Elle s’intitulait « I Need You”. J’avais 18 ans, j’étais au lycée Gustave-Moreau à Enghien-les-Bains… Depuis The Voice, je compose aussi en français. Aujourd’hui, je travaille avec celui qui a été mon coach pendant l’émission, Pascal Obispo. Il m’aide pour l’écriture et il m’apprend le métier en express !

Avez-vous gardé des influences antillaises ?

J’ai grandi avec le kompa, mais ce n’est pas facile de l’intégrer dans la musique française. Je fais en sorte de mettre un maximum de moi et de ce avec quoi j’ai grandi dans mes chansons.

Que représente Haïti aujourd’hui pour vous ?

Ça reste ma patrie, mon pays… On a gardé cette culture à la maison, on parle le créole et on retourne régulièrement à Miragoâne où vivent encore mes oncles, mes tantes et mes cousins.

Et que se passe-t-il depuis votre victoire à The Voice ?

The Voice, ce n’est pas la fin de quelque chose, juste le début ! Je prépare un single pour la fin de ce mois qui va sortir chez Mercury (Universal). Ça s’appelle « Viens ». C’est une histoire d’amour courte, éphémère. Je la vis come une version moderne de « C’est un beau roman » de Michel Fugain. En novembre, nous sortirons l’EP avec cinq titres dont une reprise de « Lovely » de Billy Eilish que j’avais chantée lors des auditions à l’aveugle. Le reste sera de l’inédit, mes compositions.

Avec des titres en créole ?

Il n’y aura pas de chanson en créole dans l’EP, mais sur l’album qui devrait sortir en janvier, il y aura quelques mots de créole. Je pense chanter un duo avec un ou une artiste haïtienne. Je pense à T-Vice, Alan Cavé ou quelqu’un de ma génération comme le chanteur et clavier Joey Dwetfilé.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

J’appréhende beaucoup la médiatisation et les retours du public même s’ils sont bons jusqu’à présent. J’ai bénéficié de beaucoup de bienveillance et d’indulgence mais j’appréhende car dans la création, on n’a pas d’autres avis que de ceux qui nous accompagnent, d’où mon attente de l’avis du public. Ça fait limite peur ! Mais j’ai toujours rêvé de faire ça. Je pensais que c’était un rêve chimérique et plus on avance, plus ça devient palpable. Je crois que qu’on peut y arriver si in ne s’écoute pas trop. Ton pire ennemi, c’est toi-même ! entre les phases de doute et de confiance, on peut dire que j’ai jonglé !

Envisagez-vous de venir chanter aux Antilles ou en Guyane ?

J’en serais très honoré ! En juillet dernier, la commune de Miragoâne a organisé un événement pour fêter ma victoire : « Ochan pou Abi ». C’était sur la place de l’hôtel de ville mais je n’ai pu m’y rendre en raison de la crise sanitaire… Sinon, les Antilles, la Guyane, je répète que ce serait un honneur de pouvoir y chanter et, qui sait, peut-être que ça arrivera.

Propos recueillis par FXG

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 04:45
Daniel Dalin est le président du CREFOM depuis 2019

Daniel Dalin est le président du CREFOM depuis 2019

Le CREFOM appelle à manifester contre le mépris et les inégalités de traitement

Ce samedi 26 septembre, place de la Nation à Paris, le Conseil représentatif des Français d’Outre-mer (CREDOM) appelle à une première grande manifestation du « refus du mépris envers les populations de l’Outre-mer et contre les inégalités de traitement ». Ce mot d’ordre, explique son président Daniel Dalin, vise à dénoncer « le chômage endémique en outre-mer, le manque d’originaires d’outre-mer à des postes à forte valeur ajouté dans leur région, une représentation parlementaire d’outre-mer ni écoutée, ni respecté, des populations qui vivent un abandon structurel institutionnel, des insultes racistes, négationnistes voire révisionnistes sans volonté politique réelle et assumée de la mise en place de l'arsenal juridique pour condamner, des répressions policières, des génocides en Martinique et en Guadeloupe (chlordécone, eaux polluées, sargasses, état sanitaire désastreux), des insuffisances structurelles graves en Guyane et une pollution au cyanure ou au mercure, la drépanocytose toujours négligée dans les politiques de santé publique, la fermeture de France Ô, un pacte de visibilité obscur sans aucune nomination forte pour s'assurer de la présence des outre- mer sur les chaînes de France Télévisions »…

Jusqu’à présent, le CREFOM était dans une démarche de construction avec les pouvoirs en place, ainsi qu’il l’a fait en étant l’inspirateur de la loi Egalité réelle Outre-mer en février 2017. Cette fois, l’association veut montrer sa force. Dans une interview accordée au site blacknews, Daniel Dalin évoque ainsi Sébastien Lecornu : « Le nouveau ministre vient d’être nommé et le CREFOM ne porte aucun jugement sur son action. Par contre, on a du mal comprendre que selon nos informations, il serait contre le fait que l’on manifeste. » Pourtant le nouveau ministre a choisi comme conseiller en charge de la culture, de l’éducation et de la mémoire un ancien membre du conseil d’administration du CREFOM, Claude Ribbe. « La jeunesse d’outre-mer est en colère, poursuit Daniel Dalin, elle convoque le passé pour comprendre les injustices du présent. » Reste à voir si la communauté des originaires d’Outre-mer sera au rendez-vous ce samedi.

FXG

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 04:30
Saïna Manotte retrouve la scène

Saïna, couleur créole

« Ki moun mo sa ? demande Saïna Manote. Je suis une Guyanaise, fière de l’être, une Créole qui veut représenter partout la couleur créole ! » Hormis cette réponse, « Ki Moun Mo Sa », c’est le titre phare du premier album que Saïna a sorti alors que la France entière était confinée en avril dernier. « Comme pour tout le monde, ça a été difficile parce qu’on était coupés de ceux qu’on aime, et quand on est artiste, on aime aller à la rencontre du public, donc on est coupés de cette partie-là de notre métier… Mais en effet, j’ai voulu sortir cet album et préparer mon concert de rentrée, le 2 octobre au New Morning parce que j’ai estimé que même si les temps étaient difficiles, même si on était dans une situation inhabituelle, je me devais de continuer de créer, de rêver et d’offrir ce que je propose à tous ceux qui me suivent depuis quatre ans maintenant. » Cet album comme ce titre ont démarré par une discussion avec sa grand-mère. Saïna lui a demandé qui elle était pour en savoir plus sur elle-même. Car la jeune femme a entrepris un travail généalogique pour exprimer toute la richesse qu’elle a en elle, toute cette culture créole qui en est née. « Il y a des branches qui étaient moins accessibles que d’autres, surtout du côté de mon père, mais je suis remontée quand même assez loin… » Il faut dire que le destin lui a donné un coup de pouce : Saïna avait déjà entamé ce travail de recherche lorsqu’elle a été invitée par le Comité de la marche du 23 mai 1998 (CM98) à venir chanter le 23 mai dernier sur le plateau de Limyè ba yo. Le CM98 lui a alors offert son arbre généalogique ! « Ils sont remontés encore plus loin que moi ! » Ne cherchez pas un titre spécifique qui retracerait cette généalogie, Saïna l’exprime dans tout l’album avec des petites phrases disséminées ça et là. Ainsi, dans le titre « Désolée », elle nomme sa grand-mère, Léhacaut, et cite aussi un petit lieu-dit en Guyane, JoJo : « C’est le nom du grand-père de ma grand-mère qui à la libération des esclaves a cherché un petit bout de terrain qu’il a trouvé là, à Jojo auquel il a laissé son nom. »

Depuis sa sortie, Ki Moun Mo Sa a trouvé un très bel accueil du public en Guyane comme aux Antilles. « J’étais récemment en Guyane, raconte Saïna, et j’ai pu faire deux petits show-case dans un restaurant et je me suis rendu compte que les gens connaissaient la chanson par chœur ! Je pense que les gens se sont reconnus dans cette démarche de vouloir affirmer son identité et la fierté de qui on est ! En tout cas, je défends l’idée qu’on n’ait pas à se travestir, mais juste rester qui on est, valoriser notre culture ! »

Car Saïna a des références et des modèles en terre guyanaise, à commencer par Tonton Jo, Joseph Mondésir dit Tonton Jo, chanteur et compositeur disparu en 2015. « J’ai été bercée, influencée par sa musique. J’avais chanté sur les réseaux sociaux certaines de ses chansons comme Domino… » Et puis, elle ne peut s’empêcher de citer Edith Lefel dont elle chante dès qu’elle est sur scène son merveilleux titre La Sirène. Car Saïna a quelque chose en elle de zouk. « Bien sûr qu’on peut le dire même si ma musique n’est pas zouk car j’ai de réelles influences zouk et plus globalement des influences de la musique caribéenne dans laquelle le zouk a une grosse part ! » Les amateurs sauront retrouver dans sa musique les croches pointées ! « Je prends au zouk ce que je trouve de plus beau et j’essaie de le mettre dans ma musique ! » Car avant tout, c’est la musique traditionnelle de Guyane et des Antilles qui motive Saïna. Avec elle, les tambours sont toujours présents qu’il s’agisse du Kasékò des Guyanes, du kaladja des Antilles et plus généralement des rythmes traditionnels des Caraïbes. « Dans Ki Moun Mo Sa, raconte-t-elle, on va retrouver de manière assez subtile, le nyahbinghi de la Jamaïque. » Sur scène, même si Saïna se fait accompagner d’un batteur, il y a toujours un percussionniste, qui peut être guadeloupéen, réunionnais… « Je leur demande d’amener les percussions de chez eux pour que scène, ils puissent aussi exprimer leur patte, leur île, leur culture ! » Le 2 octobre, sur la scène du New Morning à Paris, ils seront six musiciens autour de Saïna. La jauge sera réduite, le gel hydroalcoolique proposé à discrétion… Et comme en Guyane, l’état d’urgence sanitaire a été levé, Saïna qui avait dû annuler une date en octobre, s’annonce de retour en Guyane pour un vrai concert au mois de décembre, « un show avec énormément de musiciens, préparé, monté pour ça » !

FXG

 

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 18:12
Une footballeuse en or

Wendie Renard évolue au poste de défenseuse droite ou centre à l'Olympique lyonnais. Elle a remporté avec son club quatorze Championnats de France, neuf Coupes de France, un Trophée des championnes ainsi que la Ligue des champions en 2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020. Rencontre.

« Chaque fois que je mets mes crampons, c’est pour gagner ! »

Le foot professionnel, comment ça a commencé pour vous ?

J’ai commencé le foot à 7 ans, mais je suis arrivée en métropole à 16 ans, donc le foot professionnel, on va dire que ça fait quatorze ans que j’en fais. Vous savez, je frappais déjà des pieds dans le ventre de ma mère ! Après, quand j’ai vécu à la cité Conquête au Prêcheur, j’étais entourée de gars qui jouaient tout le temps au foot ! Naturellement, j’ai joué au foot. J’ai toujours été attirée par le ballon rond, les voitures télécommandées, tout ce qui était pour les garçons… J’étais un garçon manqué.

Vous imaginiez-vous enfant que vous seriez considérée comme la meilleure défenseure au monde et l'une des meilleures joueuses du monde ?

On ne s’imagine pas à ce point-là, mais on a forcément des rêves en étant petite… Moi, c’est sûr que je voulais vivre de ça. A l’école, quand on me demandait ce que je voudrais faire plus tard, j’écrivais « footballeuse professionnelle » alors que ça n’existait même pas. Même la maîtresse m’a dit un jour : « Non, Wendie, faut que tu changes, que tu choisisses un vrai métier ! » J’ai persisté : « Non, non, c’est ça que je veux faire ! » Et j’ai remis ce qu’elle avait barré ! Voilà, depuis mes 8 ans, j’ai dit à ma mère qu’un jour elle me verrait sous le maillot bleu. Ca pouvait sembler des paroles en l’air, mais j’ai toujours été assez déterminée. Je ne ratais pas un seul entraînement. Pareil quand j’ai intégré l’équipe des filles et même avant, au François…

Qu’est-ce que vous faisiez au François ?

Le François, c’était un peu comme le centre de formation de Clairefontaine. La semaine, je m’y entraînais avec les garçons. Jocelyn Germé qui était le CTR de la Martinique, s’est battu parce que c’était la première fois qu’ils acceptaient de faire entrer une fille ! J’y suis entrée avec une autre fille, une métropolitaine qu’ils avaient fait venir pour qu’on s’entraîne ensemble, mais après deux mois, elle n’est pas restée. Mais c’est la première fille qui a permis à d’autres filles de jouer avec les garçons.

Cette saison s’est encore achevée par la victoire de votre équipe au championnat, en coupe de France, au Tournoi de France par équipes féminines, au trophée Véolia féminin et à la ligue des champions. Qu’avez-vous ressenti ?

Beaucoup d’émotion ! C’est une année un peu particulière. Tous ces titres resteront gravés parce qu’on a été championnes alors même que le championnat n’était pas achevé ! Après on a eu la chance de gagner la coupe de France et la ligue des champions. On est parties la chercher collectivement dans des conditions difficiles. Il fallait qu’on soit présentes sachant qu’on était tenantes du titre et l’équipe à battre ! Ce n’était pas facile, mais on l’a fait ! Je retiendrai une belle année, même si elle a été particulière avec le COVID !

Comment expliquez-vous votre longue histoire avec Lyon ?

C’est une belle histoire parce que je n’ai pas été reprise à Clairefontaine et parce que Jocelyn Germé s’est battu pour moi. Il a appelé un jeune gardien martiniquais qui habitait Lyon et c’est comme ça que Lyon m’a permis d’avoir ma deuxième chance ! C’est marrant parce que quand je jouais en Martinique, je supportais deux équipes : Paris parce qu’il y avait Ronaldinho dans les rangs du PSG, et Lyon parce que dans les années 2000, ils ont tout raflé avec beaucoup d’Antillais dans leur équipe. C’est vrai que quand je suis arrivée à Lyon, j’ai senti quelque chose de différent, que c’était le moment ou jamais…

Ca fait quatorze ans que ça dure votre histoire avec l’OL… Pour rien au monde, vous ne partiriez ?

Non, mais je n’ai pas fermé la porte pour voir ce qu’il se passe notamment à l’étranger… En foot féminin, disons depuis cinq ans, il y a des clubs qui commencent à investir, à se structurer… Moi, j’ai eu cette chance d’avoir un président qui a cru en une section féminine et qui a investi chaque année de l’argent. Au début, c’était de sa poche, mais aujourd’hui, on a rapporté des titres, on a nos sponsors et la section se développe. Mais c’est compliqué de dire qu’on va aller voir ailleurs quand vous savez que professionnellement, c’est encore peu structuré même si aujourd’hui, il y a plus d’équipes… Donc pourquoi pas ? Mais en tout pour moi c’est sûr, ce sera à l’étranger ! En Italie, il y a la Juve, la Roma, et aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, beaucoup d’équipes se structurent.

Les femmes sont-elles aussi bien traitées que les hommes ?

Je pense qu’en France, on encore du chemin. Je suis arrivée très jeune donc je vois l’évolution. Quand on discute avec les footballeuses étrangères qui jouent à l’Olympique lyonnais, on s’aperçoit qu’on avait un peu d’avance, mais que cette avance commence à se réduire. Il y a même des pays qui passent devant nous ! Regardez l’Espagne : Toutes les équipes féminines, la D1 comme la ligue 2, vont passer professionnelles cette année ou l’année prochaine. Des filles sont battues pour ça !

Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?

Je veux marquer l’histoire de mon empreinte, je veux laisser mon nom, le nom de mon papa gravé, mais je veux aussi le faire de manière collective. J’ai fait 6000 km de trajet donc j’ai envie de laisser 6000 fois mon nom quelque part !

Qu’aimez-vous faire quand vous ne jouez pas au foot ?

J’aime bien me reposer ! Je suis casanière. Plus je suis chez moi et mieux je me porte. Après, j’ai des hobbies comme tout le monde, me faire un petit ciné de temps en temps, un petit restau, manger en famille… Je dis toujours que mon corps, c’est mon outil de travail donc quand j’ai du repos, ce n’est pas pour aller prendre l’avion, faire du shopping, c’est pour rester chez moi, me reposer et prendre soin de ma maison.

Quelle relation avez-vous gardé avec la Martinique ?

J’y vais souvent, minimum une fois par an, en décembre ou pour les grandes vacances… Ca dépend des programmes de compétition ! Je suis fière d’être Antillaise et Martiniquais et partout où je passe, mes origines sont avec moi ! Si vous saviez, quand j’ai marqué contre le PSG, le nombre de messages que j’ai reçus, famille, amis ou anonymes… Il y a une ferveur populaire et je sais que les Martiniquais sont derrière moi, que la plupart sont fiers de voir mon parcours. Je suis Française, mais je sais d’où je viens et le chemin a été difficile !

Avez-vous des projets pour le foot en Martinique ?

C’est dans mes projets ! On a énormément de qualités au pays, mais tout est question de moyens et de structures. J’aimerai faire des choses pour les jeunes parce qu’ils sont la base ! Si demain, on veut avoir de la qualité, il faut s’appuyer sur cette jeunesse. Je travaille déjà sur mes projets, mais je ne suis pas encore au pays pour mettre en place des choses…

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle saison ?

Tout gagner ! Ca fait quatorze ans qu’on gagne le championnat, neuf fois la Coupe de France, sept fois la ligue des champions…

On vous attend au tournant !

Vous pouvez dire tout le monde nous attend ! On connaît déjà le titre des journaux en cas de défaite ! Pour nous, c’est motivant, parce qu’on le sait. On sait qu’on est l’équipe à abattre, ça nous demande encore plus aux entraînements pour être au niveau ! Ça veut dire qu’on a toujours soif ! Chaque fois que je mets mes crampons, c’est pour gagner ! On n’oublie jamais que tout le monde est à 10 000 % contre nous et nous, on est obligées, on n’a pas le droit à l’erreur et chaque week-end, on essaie de se mettre au niveau et de tout faire pour gagner.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Martiniquaise ?

Tout simplement de croire en elles, en leur potentiel ! J’étais déterminée, assidue quand j’ai commencé le foot, je savais où je voulais aller. Mon message, c’est travailler et rester sérieuse. Il ne suffit pas d’être détectée par un club, mais dès le début, il faut savoir ce que le petit garçon ou la petite fille veut et lui donner les moyens d’y parvenir ! Même si on a de la qualité — à part Messi aujourd’hui qui peut rester un an sans jouer au foot et revenir et faire mal à tout le monde — il faut travailler, se donner les moyens d’atteindre ses objectifs, ses rêves… Parce tout est possible !

Propos recueillis par FXG

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