Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : le blog fxgpariscaraibe
  • : Caraibes, Antilles, Réunion, Outre-mer, Paris... Le blog des infos du 6e DOM, des gens originaires d'outre-mer à Paris politique economie culture justice société
  • Contact

Recherche

8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 09:58
Tout simplement Noir - Interview de Jean-Pascal Zadi

Le film de Jean-Pascal Zadi, « Tout simplement noir », sort ce mercredi dans les salles. Rencontre avec un réalisateur qui pose avec humour la question : qu’est-ce qu’être Noir et Français aujourd’hui ?

« Nous ne sommes que des êtres humains »

Vous attendiez-vous à l’événement que provoque la simple annonce de la sortie de votre film ?

Pas du tout ! J’ai commencé à écrire ce film en 2015 parce que je voulais raconter ma condition de Noir et de Français. Il y a tellement peu de trucs qui décrivent cette condition… Je ne voulais pas faire un film politique et, avec les événements, c’est devenu politique.

L’humour est donc aussi un vecteur politique ?

Bien sûr ! L’humour est un très bon vecteur mais pas que pour la politique, pour tout ! L’humour permet de faire passer des messages à condition que ce soit fait de manière intelligente. C’est ce que nous avons essayé de faire avec « Tout simplement noir ». On avait un message à faire passer, une question à poser : qu’est-ce que c’est le communautarisme ? qu’est-ce que c’est d’être Noir et Français ? On avait tout ça à mettre sur la table et après, on a essayé de le dire de façon marrante.

La plupart des acteurs du film jouent leur propre rôle, comment avez-vous fait votre casting ?

Il y avait un axe narratif principal avec le héros qui veut organiser une marche et, à l’intérieur de cet axe, il y a des thématiques que l’on a voulu aborder, parmi celles-ci le fait d’être une artiste noire qui joue avec les clichés pour Claudia Gbagbo, le métissage pour Eric Judor… On a choisi les thématiques et après, on a inséré les comédiens, on n’a pas fait l’inverse. On les a choisis en fonction de ce qu’ils avaient à défendre. Dans la rivalité Afrique/Antilles, on a choisi Fabrice Eboué pour l’Africain et pour le mettre en face, on a pris Lucien Jean-Baptiste parce qu’il fallait quelqu’un qui ait du répondant !

Quand vous préparez votre film, c’est le moment où Aïssa Maïga initie cet ouvrage collectif, « Noir n’est pas mon métier ». Cette démarche vous a-t-elle interpellé ?

On sait très bien qu’existe dans le cinéma français une situation de monopole dans le sens où c’est toujours le même type de profil qui raconte les histoires. C’est difficile d’être en désaccord avec « Noir n’est pas mon métier » ! Quand il y a un livre qui sort et qui dit qu’il n’y a pas assez de Noirs dans le cinéma français, ben oui, ça me parle ! Après, ce sont des actrices qui l’ont fait à leur manière, mais c’est à peu près le même discours que le mien.

Est-ce qu’il vous a été facile de monter ce film ?

Ca a été très dur… Quand j’ai commencé à le proposer à des sociétés de production, certains m’ont dit : « Les Noirs, ça n’intéresse personne. » D’autres m’ont dit que je ne correspondais pas au profil de réalisateur, que je n’étais pas sérieux. Maintenant, faut qu’on m’explique ce que c’est qu’un prof de réalisateur sérieux ! Je me suis fait envoyer balader plein de fois, mais je n’ai pas lâché, j’ai continué…

Qu’est-ce qui a fait que ça a marché ?

C’est comme tout dans la vie, c’est la bonne rencontre au bon moment. J’ai rencontré Gaumont par l’intermédiaire de Fabrice Eboué et quand je suis arrivé dans leurs bureaux, eux, ça ne leur a pas semblé incongru de parler de cette identité noire française. Ils ont tout de suite compris et ils ont dit oui. Mais, c’est la bonne rencontre au bon moment, c’est le hasard.

Quand le vaste mouvement antiraciste a démarré après la mort de Georges Floyd, avez-vous pressenti l’accueil que le film pourrait recevoir ?

Pas du tout ! Quand j’ai vu la mort de Georges Floyd, j’étais pétrifié par les images. En fait, je n’ai même pas pensé une seconde au film. Ce sont les gens qui m’ont dit : tu te rends compte la concordance… Moi, je ne pensais pas au film. J’étais tellement dans l’émotion. Parce que la police, ici, pour un Noir dans la société occidentale, ça fait vraiment partie de mes vraies angoisses. La mort de Gorges Floyd m’a ramené à moi-même, à ma condition de Noir. Beaucoup de gens disent que les Etats-Unis, ce n’est pas la France, mais il se trouve qu’Adama Traoré et d’autres sont morts entre les mains de policiers et que la justice n’a pas condamné les fautifs. Donc, ça m’a ramené à ma condition, je ne pensais pas au film.

Avez-vous souvent été contrôlé par la police ?

Oui, quand j’étais plus jeune, je me suis fait contrôler par la police, mais ça fait partie du quotidien des Noirs en France, dans les quartiers pauvres, on va dire. Et vu que je suis pauvre et que j’ai vécu dans les quartiers pauvres… Il ne suffit pas d’être un délinquant, ça fait partie du lot, comme si c’était toléré.

Dans quels quartiers avez-vous vécu ?

J’ai vécu près à Caen, à Ifs, près de Caen. J’ai dix frères et sœurs, ma mère était femme de ménage et mon père un entrepreneur raté… Et finalement, ma situation de pauvre Noir m’a conditionné. Quand j’étais jeune, je ne sortais jamais sans ma carte d’identité alors que mes amis blancs ne la prenaient pas, ils s’en foutaient. Pour moi, c’était obligé de l’avoir parce que sans cette carte d’identité, il n’y avait aucune garantie que je puisse finir ma journée tranquillement.

Comment êtes-vous devenu artiste ?

En suivant mon instinct ! Uniquement mon instinct… Et en essayant de choisir la vie que je voulais. Je voyais beaucoup de gens autour de moi qui subissaient la vie quand j’étais jeune. Je me suis toujours dit que je n’avais pas envie de subir ma vie quand je serai grand, mais que j’avais envie de la choisir. Alors, j’ai commencé par le rap comme tout Noir en France ! j’ai fait du foot d’abord, ça a été un échec cuisant, après j’ai du rap, ça a été un échec doublement cuisant… Mais grâce au rap, parce que j’avais monté un petit label, fabriqué des CD, payé le studio, essayé de vendre les CD, tout ça m’a montré la voie de l’entrepreneuriat et c’est grâce au fait d’avoir entrepris dans le rap, fait des T-shirts, que je me suis dit que je pouvais entreprendre. Et grâce au rap, je suis arrivé à l’image. Après avoir fait mon disque de rap qui a été un échec, j’ai fait un documentaire sur le rap, Des halls aux bacs, qui a aussi été un échec. Après, j’ai fait trois films autoproduits, African gangsters, Cramé et Sans pudeur ni moral, et c’est là que j’ai pris conscience que j’étais capable de choisir ma vie, grâce au rap.

Comment êtes-vous venu à la comédie ?

Comédien, acteur, tout ça, ce n’était pas du tout le chemin qui m’était proposé quand j’étais jeune Noir en France. Les seuls modèles que j’avais en face de moi, c’étaient les footballeurs et les rapeurs. Et finalement, je suis arrivé à la réalisation par le rap, et par la réalisation, je suis devenu acteur. Mais à aucun moment, je ne m’étais dit que j’allais devenir acteur. Je ne me voyais pas dans la télé en général. Je voyais les Américains, mais les Américains, c’est une autre planète ! Rapporté ça à ma condition de Noir français, je n’étais pas prêt.

Comment les Français blancs peuvent percevoir votre film ?

Franchement, c’est une autre question ! J’en n’ai aucune idée et ça ne me concerne pas du tout. Ce film, j’ai essayé de le faire le plus honnêtement possible, le plus sincèrement possible. J’ai voulu montrer qu’être noir c’est complexe, j’ai voulu montrer un œil extérieur sur le communautarisme, un œil intérieur sur le communautarisme pour dire que, finalement, nous sommes perçus comme des Noirs, mais on ne se vit pas en tant que tel. Nous avons nos différences, mais c’est dans l’œil des autres que nous devenons noirs. C’est cela que j’ai essayé de dire avec honnêteté et sincérité. Nous sommes des êtres humains comme tout le monde et nous avons nos différences, nos problèmes, comme les Blancs, comme les Arabes, comme tout le monde ! Alors maintenant, qu’est-ce que les Blancs vont penser de ça ? Je ne suis pas responsable de ça. J’ai essayé de poser les questions, les mettre sur la table… Après, je ne doute pas que des gens un peu malintentionnés vont se servir de ça pour faire leur propre soupe, mais ceux qui sont honnêtes intellectuellement verront que la manifestation dans le film a pour seul but de dire que nous sommes des êtres humains, nous ne sommes que des êtres humains.

Qui est votre corréalisateur, John Wax ?

C’est mon gars, mon pote ! Je le connais depuis dix ans. C’est un directeur technique de cinéma qui a aidé à la réalisation de films comme Les Kaïra, Pattaya, Coexister, Taxi 5. Quand il a été question de faire le film, comme j’étais devant et derrière la caméra, on m’a proposé de travailler avec lui et ça a été un plaisir pour moi de le mettre dans l’aventure. J’ai apprécié son regard extérieur parce que, en tant que Noir, parler de trucs noirs, tout ça, c’était bien d’avoir un autre œil, ça fait du bien au film.

Pensez-vous que ce film puisse nourrir le débat sociétal ?

C’est tout ce qu’on souhaite. Nous voudrions que ce film permette aux gens de se questionner sur le communautarisme, sur la condition de l’homme noir. Est-ce que la communauté noire existe vraiment ou pas ? Est-ce bien de nommer les gens ? Parce que, ici dans l’Hexagone, les gens n’ont pas l’habitude de dire les Noirs, les Blancs… C’est très tabou ! Les Blancs aiment dire les Noirs, mais on ne dit pas les Blancs ! Dans le film, je dis beaucoup « les Blancs, les Blancs » ! Si ça peut ouvrir le débat, la discussion pour que tout le monde puisse se remettre en cause sur ce qu’ils pensent des Noirs, sur ce que les Noirs pensent des Blancs, si ça peut au moins ouvrir la discussion, on sera content !

L’idée que le film soit distribué aux Antilles et en Guyane vous plaît ?

Je suis vraiment content parce que je me sens très proche de mes gars antillais. J’ai un ami Cédric Simoneau dit Lostyca qui habite en Guyane où je me suis souvent rendu et je sais très bien que les questions liées à l’identité noire dans ces zones sont très importantes, voire plus importantes que chez nous ici en métropole parce que là, il y a beaucoup de choses encore qui sont charriées par le passé. Je suis très fier que le film soit vu chez vous. C’est pour ça que je vous réponds, parce que sinon… Il y a des gens, je ne réponds même pas ! Là, c’est un devoir.

Propos recueillis par FXG

Partager cet article

Repost0
7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 04:26
Jacques Galvani, Carline Lubin-Noël, Anne Hidalgo, Jacques Martial, Samia-badat-Karam et Audrey Pulvar

Jacques Galvani, Carline Lubin-Noël, Anne Hidalgo, Jacques Martial, Samia-badat-Karam et Audrey Pulvar

5 conseillers de Paris originaires d’Outre-mer

Après la comédienne guadeloupéenne Firmine Richard ou la Martiniquaise Nathalie Fanfant lors des précédentes mandatures, le nouveau conseil de Paris mis en place vendredi dernier rassemble cinq élus originaires d’Outre-mer dont deux adjoints antillais !

La Martiniquaise Audrey Pulvar, élue dans les arrondissements du centre de la capitale sur la liste d’Anne Hidalgo, a été nommée maire-adjointe en charge de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts. Concrètement, elle est l’élue responsable de de la coopérative agricole AgriParis qui gère l’approvisionnement « écolo » des cantines de la capitale.

Le comédien guadeloupéen Jacques Martial, ex-président du Mémorial ACTe en Guadeloupe et de l’établissement culturel du parc de La Villette à Paris, élu du 12ème arrondissement, a été nommé conseiller délégué chargé des Outre-mer, poste qu’ont occupé par le passé Jean-José Clément, Dominique Annichiarico, George Pau-Langevin et encore Jean-Claude Cadenet.

L’énarque guadeloupéen Jacques Galvani, élu du 18ème arrondissement, a été élu adjoint en charge du handicap et de l’accessibilité.

Côté opposition, figure la Guyanaise Carline Lubin-Noël, élue sur la liste de Rachida Dati, dans le 17e arrondissement, et la Réunionnaise Samia Badat-Karam, elle aussi, élue sur la liste de Rachida Dati au conseil de Paris pour le 16ème arrondissement. Lors de la précédente mandature, elle était maire-adjointe du 16e arrondissement.

FXG

 

Partager cet article

Repost0
7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 04:19
Lecornu prend les rènes de la rue Oudinot

Sébastien Lecornu succède à Annick Girardin

C’est un tout jeune ministre qui succède à la Saint-Pierraise Girardin dans un ministère dont il rêvait depuis longtemps

Sébastien Lecornu a succédé lundi soir à Annick Girardin rue Oudinot. La sortante récupère un nouveau ministère de la Mer. Lors du précédent remaniement d’octobre 2018, le nom de Sébastien Lecornu avait déjà été évoqué pour être secrétaire d’Etat alors qu’Annick Girardin espérait un grand ministère de la mer et des Outre-mer. Celui qui n’était alors que secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire était finalement devenu ministre chargé des Collectivités territoriales, soit avec un œil sur les territoires d’Outre-mer.

Né en 1986 dans le Val d’Oise, il adhère à l’UMP à l’âge de 16 ans. A 19 ans, il est assistant parlementaire avant de rentrer, à l’âge de 22 ans, au cabinet de Bruno Le maire, alors secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dans le gouvernement Fillon. Lorsque Bruno Le Maire est nommé au ministère de l'Agriculture, il devient son conseiller aux affaires réservées, une façon de dire que le jeune homme s’occupe des relations du ministre avec sa circonscription législative de l’Eure. Le jeune Lecornu y devient dès 2010 secrétaire départemental adjoint de l’UMP. Il poursuit son ascension dans le premier cercle de Bruno Le Maire pour lequel il fait la campagne pour la présidence de l’UMP, puis pour la primaire de la droite en 2016.

En 2014, Sébastien Lecornu prend la ville de Vernon au PS à l’occasion d’une quadrangulaire. Un an plus tard, il rafle la présidence du Conseil départemental de l’Eure où il fait venir comme directeur de cabinet l’actuel préfet de la Guadeloupe, Philippe Gustin, qui était alors ambassadeur en Roumanie. Sa politique phare, souligne alors Mediapart, est la chasse aux fraudeurs au RSA. En 2016, Sébastien Lecornu devient le directeur de campagne adjoint de François Fillon. Pas longtemps puisqu’il démissionne lorsque le candidat des Républicains est convoqué pour être mis en examen.

Un tropisme outre-mer

Sitôt Emmanuel Macron élu à l’Elysée, il est nommé secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot. Il est aussitôt suspendu puis viré des Républicains tout comme Gérald Darmanin et Franck Riester. Peu après cela, le JDD raconte alors que « Nicolas Sarkozy, ne sachant visiblement pas trop qui était ce jeune élu de l'Eure, l'avait rebaptisé aimablement... le Cornichon. »

Le jeune ministre adhère à LREM et se rend très vite dans le Pacifique à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie. En mars 2018, il est avec Annick Girardin pour signer les contrats de progrès avec les collectivités concernées par la crise de l’eau en Guadeloupe. En juillet 2018, Sébastien Lecornu se rend en Guyane pour assister à la restitution des conclusions du débat public sur la mine de Montagne d’or. En septembre suivant, il accompagne le président de la République aux Antilles, un an après le passage d’Irma. En février 2019, lors du grand débat national avec les maires d’Outre-mer à l’Elysée, il est un des co-animateurs. Nous écrivions alors : « Sébastien Lecornu ne cache pas son tropisme pour les Outre-mer. » En juillet 2019, il est avec une dizaine de ministres dont le Premier au ministère des Outre-mer pour signer les contrats de convergence et de transformation. En septembre 2019, lors du deuxième conseil interministériel de l’Outre-mer, il récupère le lourd dossier des finances des collectivités locales d'Outre-mer. Cette fois, maintenant qu’il y a un ministère de la Mer, la voie est libre. Le voilà donc à 34 ans ministre des Outre-mer. C’est à la paix sociale des territoires que l’on mesurera sa capacité à assurer un job pas vraiment simple.

FXG

Partager cet article

Repost0
6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 05:22
Congés bonfiés, clap de fin

Le gouvernement d’Edouard Philippe a signé la fin des congés bonifiés

Le décret du 2 juillet dernier portant réforme des congés bonifiés dans la fonction publique est un des derniers actes du gouvernement d’Edouard Philippe. Il a été publié au Journal officiel du 4 juillet et entre en vigueur dès lundi 5 juillet !

Ce décret concerne les magistrats, fonctionnaires des trois versants de la fonction publique et agents publics recrutés en contrat à durée indéterminée s’ils exercent dans l’Hexagone pourvu que leurs centres d’intérêts matériels et moraux soit dans un DOM ou qu’ils soient métropolitains exerçant dans un DOM. Son objet est la modification du dispositif d'attribution des congés bonifiés « afin d'en permettre un bénéfice plus fréquent en contrepartie d'une diminution de leur durée ». Ainsi son article 4 dispose pour les personnels concernés qu’ils puissent « bénéficier de la prise en charge par l'Etat des frais d'un voyage de congé, dit congé bonifié », ce voyage comportant un aller-retour entre la collectivité où l'intéressé exerce ses fonctions et, le cas échéant, la collectivité ou le territoire européen de la France où se situe le centre de ses intérêts moraux et matériels. Ces frais de transport sont pris en charge, et non plus remboursés, par l'Etat pour l'agent bénéficiaire et pour chaque enfant à charge, pour le conjoint, le concubin ou le partenaire d'un pacte civil de solidarité dont les revenus n'excèdent pas un certain plafond. Ce congé ne doit pas excéder 31 jours consécutifs au lieu des deux mois auparavant, mais au lieu de pouvoir y prétendre tous les 36 mois, le bénéficiaire peut le faire tous les 24 mois, en revanche toute référence à « la bonification » du traitement (soit l’équivalent de la sur-rémunération en vigueur Outre-mer) pour les fonctionnaires originaires d’Outre-mer et exerçant dans l’Hexagone est supprimée dans son article 6. Plus qu’une réforme des congés bonifiés, ce décret signe la fin des congés bonifiés mis en place par Raymond Barre en 1978.

FXG

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000042079848&categorieLien=id#JORFARTI000042079884

 

 

Partager cet article

Repost0
5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 05:03
Le maire Excellent de Villetaneuse a grandi en Guyane

Le nouveau maire de Villetaneuse est un enfant de Cayenne

Dieunor Excellent a ravi le 15 mars dernier la ville de Villetaneuse (93) à la maire communiste qui la dirigeait depuis 2008. Une élection qui vient couronner le parcours politique de cet homme né il y a 44 ans en Haïti et qui a grandi à Cayenne. Après le collège Paul-Kapel et le lycée Félix-Eboué où il décroche un bac compta et gestion, Dieunor est parti dans l’Hexagone étudier la musicologie à la fac, puis la sociologie et enfin les sciences politiques. Avec un master 2 en sciences politiques, il obtient un poste d’attaché territorial au Conseil général de la Seine-Saint-Denis. « J’ai connu le même parcours que beaucoup de mes concitoyens, déclarait-il au Parisien avant son élection. J’ai notamment dû travailler pour financer mes études. » Professeur d’éducation musicale au début, aujourd’hui, Dieunor est consultant en marketing.

Dieunor a posé ses valises à Villetaneuse en 1996. « Je suis attaché à Villetaneuse. Ma ville est jeune. » Il s’y implique rapidement. « J’ai monté ma première association interculturelle qui avait pour but le soutien scolaire. » Surviennent alors les émeutes de 2005 et l’état d’urgence promulgué dans les banlieues, Dieunor s’engage en politique, d’abord sous les couleurs du PRG, puis du PS, et va se confronter au suffrage populaire : les élections régionales de 2010, législatives en 2012 et 2017, départementales en 2015, municipales en 2014 et la victoire en 2020. « J’ai toujours eu envie de faire bouger les choses, racontait Dieunor Excellent à Outre-mer la 1ère au lendemain de son élection. Je me préparais en me formant et en occupant le terrain. » Elu d’opposition en 2014, il a su peu à peu s’imposer : « On incarnait le renouvellement, notamment auprès des jeunes. » Sans étiquette, mais soutenu par le LFI, le PS, Génération.s et le PRG, il arrache la ville au PCF qui tenait la ville depuis 1935. « À travers notre programme co-construit avec les Villetaneusiennes et les Villetaneusiens, écrivait-il dans sa profession de foi, je vous propose de rassembler, pour faire rayonner notre ville sur le plan économique, éducatif, sportif, environnemental, culturel et, bien sûr, démocratique, pour que Villetaneuse soit une ville attractive où l’on puisse vivre, investir, réussir, construire, s’épanouir et élever nos enfants en toute quiétude. » Installé au fauteuil de maire en avril dernier, en plein confinement, son élection est passée un peu inaperçue. Pourtant, elle installe Villetaneuse dans le sillage des anciens bastions communistes telles Bobigny et Saint-Ouen en 2014, puis Saint-Denis, passée elle aussi du PCF au PS le 28 juin dernier. « Nous n'avons rien promis, sinon de reconstruire la piscine, construire des aires de jeux, réaménager le parc régional de la Butte-Pinson. » C’est depuis Matoury où ils vivent toujours que les parents de Dieunor Excellent ont vécu l’irrésistible ascension de leur fils.

FXG

Partager cet article

Repost0
4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 06:15
les milans de la rue Oudinot
Fin de partie ou prolongation pour Annick Girardin ?
Les cartons pour le déménagement sont arrivés cette semaine rue Oudinot. Pourtant, au ministère des Outre-mer, on fait comme si de rien n'était. Le cabinet de la ministre a même prévu ce vendredi, jour de la démission d'Edouard Philippe, de fixer une réunion avec les  trois experts, Catherine Jean-Joseph, Ferdinand Melin-Soucramanien et Joëlle Monlouis, le 15 juillet prochain.
Un conseiller de la ministre expliquait encore vendredi à l'un de nos confrères que le travail se poursuivait. Pourtant, à plusieurs reprises, selon Le Canard enchaîné, Annick Girardin aurait fait savoir qu'elle était candidate au départ. Les mauvaises langues disent que c'est pour anticiper son éventuelle éviction. Aujourd'hui, c'est le nouveau Premier ministre, Jean Castex, qui est en charge de proposer les ministres. S'il veut être disruptif comme son patron, il pourrait choisir un ou une ministre qui ne serait pas ultramarin. Des noms ont circulé. Ainsi, Thierry Fundéré en Guadeloupe a sorti le nom de l'ancien préfet Jean-François Carenco. On a aussi parlé du socialiste Stéphane Le Foll... Il y en a aussi qui sont ouvertement candidat, tel le patron de la FEDOM, Jean-Pierre Philibert. La préoccupation principale du ou de la future locataire de la rue Oudinot sera, outre la crise économique attendue, "le risque de la dégradation de la situation sociale", pour reprendre les mots exacts du président de la République.
FXG

Partager cet article

Repost0
4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 06:10
La méthode Patrick Karam

L’homme qui aime murmurer à l’oreille des présidents

Patrick Karam avait saisi le président de la République pour l’alerter par une lettre ouverte et signée par 186 personnalités et associations de la sphère ultramarine sur la crise sanitaire dans les Outre-mer « révélatrice de carences structurelles et de la paupérisation de nos populations ». A cette lettre, il avait adjoint une note très détaillée faite de constat et de propositions dont la principale était d’avoir « une stratégie d’anticipation pour éviter l’engrenage de la crise. » Le 16 juin, Emmanuel Macron lui a répondu par une lettre de trois pages dans laquelle il reprend point par point à ses propositions. Mais surtout, Emmanuel Macron lui a ouvert une porte en le mettant en lien avec son directeur de cabinet, Patrick Strzoda. Ce dernier, écrit le président, « n’a pas manqué de me faire part de la teneur de vos échanges, notamment concernant le risque de dégradation de la situation sociale (…) mais aussi vos inquiétudes s’agissant de la filière du tourisme, de la pêche ou encore des télévisions privées… » Patrick Karam s’est démené pour que cette lettre ouverte arrive sans trop d’intermédiaire sur le bureau du président. Après l’entretien téléphonique avec son directeur de cabinet, la deuxième étape devait être un rendez-vous physique, mais la démission du gouvernement vendredi est intervenue avant. Pour autant, Patrick Karam nous a indiqué qu’il ne sollicitait rien, pas même le portefeuille de l’Outre-mer : « Je souhaite seulement établir la même relation de travail avec l'Elysée que j'avais à l'époque de François Hollande dans l'intérêt des outre-mer. » A quoi il ajoute qu’il ne voudrait être ministre des Outre-mer que si Valérie Pécresse était nommée à Matignon. Mais c’est Jean Castex qui a été nommé… Néanmoins, si le choix du ministre des Outre-mer appartient au Premier ministre, le président de la République sera très attentif à son encadrement et pourrait imposer un directeur de cabinet. Là encore l’intéressé décline. « Je serai plus efficace à l'extérieur car il faut un lobby qui dialogue au plus haut niveau de l'Etat avec le président lui-même ainsi que ses ministres. »

Le fondateur du Collectifdom, puis du CReFOM est en train de mettre sur pied une nouvelle association qui s'appelle UNIR composée à ce jour plus de 230 associations et regroupant les têtes de réseaux de toute la diversité et des outre-mer. Tout cela est prêt mais il attendait la fin de la crise sanitaire pour la mettre sur orbite. Finalement, son lancement devrait intervenir en septembre ou octobre. A temps pour la campagne présidentielle de Valérie Pécresse. C’est la méthode Karam, déjà bien aguerrie.

FXG

Partager cet article

Repost0
2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 09:35
Retraites agricoles outre-mer

Les retraites agricoles seront revalorisées le 1er janvier 2022

Le Sénat a définitivement adopté lundi soir la proposition de loi visant à assurer la revalorisation des pensions de retraite agricoles en France continentale et dans les outre-mer. Il aura fallu trois ans et demi pour que le Parlement vote cette petite loi qui va changer la vie des retraités de l’agriculture en Outre-mer puisque le groupe GDR (qui rassemble le plus de députés d’outre-mer) l’avait proposé en décembre 2016. Les députés de ce groupe s’appuyaient sur le fait que le montant de ces retraites était inférieur au seuil de pauvreté et au montant du minimum vieillesse. La moyenne des pensions de retraite agricole était alors de 730 euros dans l'Hexagone et de 330 euros en outre-mer. La nouvelle loi porte le niveau minimum des retraites à 85 % du SMIC (en créant une nouvelle contribution affectée au régime de retraite complémentaire obligatoire sur les revenus financiers des sociétés financières et des sociétés non financières liées au secteur agricole). Son titre II, spécifiques aux départements et régions d'outre-mer vise notamment à faciliter l'accès des chefs d'exploitation ou d'entreprise agricole ultra-marins à la garantie 75 % du SMIC, et à garantir la couverture des salariés agricoles par les régimes d'assurance vieillesse complémentaire sur l'ensemble du territoire national.

Cette revalorisation devrait concerner 256 000 retraités dont une trentaine de mille en outre-mer. Adopté par l'Assemblée nationale avant l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, le texte avait été rejeté en mai 2018 par une manœuvre du gouvernement qui avait imposé un « vote bloqué », soit un artifice qui permet au gouvernement, si son amendement n'est pas voté, de faire tomber tout le texte. Il a ensuite fallu deux ans pour que l’Assemblée nationale le réexamine et le vote le 18 juin dernier avant de céder la parole au Sénat qui l’a voté sans difficulté. « Je regrette le temps perdu comme l'exclusion des polypensionnés », a déclaré au nom de Catherine Conconne (Martinique, PS), la sénatrice Monique Lubin, tout en saluant « la suppression de la condition d'affiliation de 70 trimestres (qui) vient un peu réparer l'histoire et j'ai une pensée pour tous ces travailleurs besogneux qui ont trop longtemps vécu dans la misère ».

L’entrée en vigueur de la loi entrainera le 1er janvier 2022 une augmentation des pensions des agriculteurs non-salariés estimée par le député GDR de Guyane, Gabriel Serville, « à 150 euros en moyenne dans l’hexagone et de jusqu’à 550 euros par mois Outre-mer ». Par rapport à cette date du 1er janvier 2022, Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État chargé des retraites, a déclaré : « Je mettrai en oeuvre ce texte, en m'assurant que les conditions techniques seront réunies. Nous aurons l'occasion d'en reparler. »

FXG

Partager cet article

Repost0
30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 09:21
Taubira et 2022

Taubira candidate à la présidentielle ?

Y aller ou pas ? Christiane Taubira connaît le job, elle l’a fait en 2002 sous les couleurs du PRG. Aujourd’hui, le PRG, c’est quasiment le parti présidentiel En marche ! Etrange évolution pour ce petit parti satellite du PS tant Christiane Taubira est, de son côté, devenue l’égérie de la gauche et le repoussoir de la droite depuis la loi autorisant mariage pour tous. Refusant d’être ministre de Manuel Valls, elle a préféré quitter le gouvernement quand ce dernier, avant l’arrivée de Macron à l’Elysée, s’est attelé à détricoter le code du travail avec la fameuse loi El Komry qui aurait dû s’appeler loi Macron. Le 26 septembre dernier sur France Inter, Christiane Taubira affirme qu’elle n'a pas totalement exclu d'être candidate à l'élection présidentielle de 2022, « S'il se dégage que c'est à moi de tenir le gouvernail, de prendre les rênes, de me bander les muscles intellectuels, affectifs et de tenir pour qu'on avance ensemble... ». Elle « n'en rêve pas, mais, ajoute-t-elle, oui, je serai là s'il faut se battre, parce que je suis très inquiète de l'état de nos sociétés, du monde ».

Le Figaro, Ouest-France reviennent dans les jours qui suivent sur ses propos. Mais Christiane Taubira n'est pas pour autant candidate. « Je n'ai pas une vision messianique de la politique et je ne crois pas aux femmes, aux hommes providentiels, avait-elle expliqué, le combat politique est un combat collectif. »

L’Express du 17 janvier dernier consacre un dossier aux potentiels candidats de 2022. Il place l’ancienne garde des Sceaux dans la rubrique : « Ceux qui pourraient se réveiller ».

« Régulièrement courtisée à gauche ces dernières années, Taubira a toujours décliné les propositions de mener une liste. Pourtant la ministre de la Justice de François Hollande souvent sollicitée pour voler au secours de la gauche, fait des (petits) pas vers 2022. » A son tour l’Express revient sur l’entretien de France Inter.

Mille chemins devant elle

Le 14 avril sur RTBF, on lui demande : « Vous pensez déjà à cette question que l’on vous a posée sur 2022 et l'élection présidentielle en France ? » Sa réponse est limpide : « La forme la plus simple à imaginer, c’est d’être candidate en 2022. On m’y ramène constamment. Ce n’est certainement pas le plus simple pour moi mais je ne m’interdis pas de me dire qu’il y a peut-être des choses qui vont se dégager, qu’on n’imagine pas aujourd’hui et qui nous offriront l’opportunité de faire des choses ensemble et de bouleverser l’ordre actuel qui, pour moi, est un grand désordre. »

Dernière en date (18 mai), Elizabeth Quin l’interroge sur Arte sur son possible retour sur la scène politique, Christiane Taubira voit venir le piège : « J’ai mille chemins devant moi. Je serai là où je serai utile, mais dans une dynamique collective. »

Enfin, le 23 juin, c’est CNews qui évoque Christiane Taubira, mais Ô ! surprise, pas sur les candidats en 2022, non, sur les potentiels successeurs d’Edouard Philippe à Matignon après le second tour des municipales. Difficile à croire… En 2017, face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron avait assuré qu'il ne la choisirait pas. Mais Cnews veut croire que trois ans plus tard, le contexte a changé avec le mouvement mondial contre le racisme : « La personnalité et le parcours de Christiane Taubira pourraient constituer un message d'apaisement envers les quartiers populaires, en plus de constituer un signal fort envoyé à certains mouvements dits antiracistes. » CNews concède toutefois que sa personnalité et son parcours politique, commencé avec les indépendantistes guyanais, « clive et braque fortement à droite. » Il rappelle la dernière sortie médiatique de l’ancienne députée de Cayenne qui en a hérissé plus d’un à droite, lorsqu’elle a dit à Assa Traoré, nouvelle figure de proue de la lutte contre les violences policières : « Vous êtes une chance pour la France. » Cnews admet au final que cette nomination renforcerait le vote RN en 2022.

FXG

Partager cet article

Repost0
30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 08:24
Louis-Georges Tin, Macron, Colbert...

Au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron lors de laquelle il a affirmé que « la France ne déboulonnerait pas de statues », le Martiniquais Louis-Georges Tin, président d’honneur du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), annonce la tenue prochaine d’états généraux de la lutte contre le racisme et le colonialisme. Nous lui avons demandé son point de vue sur le débat sociétal qui s’est emparé de la France et du monde après l’assassinat de Georges Floyd.

"Colbert, c'est la théorie et la pratique"

Que retenez-vous du refus du président de déboulonner des statues ?

Sur le fond, l’histoire retiendra qu’il a apporté son soutien à une statue d’esclavagiste. Ce Colbert devant l’Assemblée nationale, c’est quelque chose de peu glorieux. Sur la forme, il faut rappeler à M. Macron qu’il n’est pas décisionnaire en la matière. Les noms des rues dépendent des maires, celui des lycées des proviseurs et des Régions, et la statue de Colbert  dépend de l’Assemblée nationale. Quand le président dit que la République ne déboulonnera pas, je lui réponds : la République, ce n’est pas vous. Vous en êtes membre, mais vous n’êtes pas la France entière.

Le président a parlé de « réécriture haineuse de l’histoire » et de « séparatisme ». Qu’en avez-vous pensé ?

J’ai eu vaguement l’impression d’être visé… Si c’est pour se séparer de Colbert et de l’esclavage, oui, si c’est ça le séparatisme, je suis séparatiste. Je pensais même que c’était la définition même de la République que de se séparer de l’esclavage, de la monarchie et de l’autoritarisme. Et quand il dit qu’il ne faut pas cacher des pans entiers de l’histoire, il me semble que c’était la République qui a essayé d’occulter. En 1998, le Premier ministre Lionel Jospin avait dit : « Tous nés en 1848 » Non, c’est une façon d’organiser l’oubli ! Si on veut vraiment parler de notre histoire, elle ne commence pas en 1848. Il a fallu beaucoup de travail et de militants pour arriver à la loi Taubira. C’est nous qui parlons de notre histoire et c’est la République qui cherche à l’effacer. L’Etat français a souvent occulté l’histoire de l’esclavage en se gaussant de l’avoir aboli. Ce sont plutôt les militants anticolonialistes qui ont rappelé que cette histoire existait et qu’il faut l’enseigner. C’est un mauvais procès à nous faire.

La société française a-t-elle évolué sur la question du racisme ?

Il y a trois ans, lorsque j’ai publié une tribune dans Libération et dans Le Monde (« Vos héros sont parfois nos bourreaux »)*, ça avait fait un peu de bruit, mais nous étions un peu seuls. Aujourd’hui, les gens comprennent qu’il y a là un vrai problème et le fait que le président réponde, même par la négative, démontre qu’il s’agit bien d’un débat national.

Ce débat a pris une ampleur internationale après l’assassinat de Georges Floyd, mais avant, le 22 mai dernier en Martinique, de jeunes Martiniquais à visage découvert ont abattu deux statues de Victor Schoelcher. Que pensez-vous de cet acte ?

La mort de Georges Floyd a catalysé les choses, mais oui, il s’est passé des choses en Martinique, sans parler de la statue de Joséphine qui a été décapitée bien avant que le CRAN intervienne sur ces questions. C’est une question très ancienne qui a pour nom la justice mémorielle. A qui rend-on hommage ? Pour revenir à Schoelcher, je dirais que ce qui a été critiqué, dénoncé à travers cet acte, ce n’est pas Schoelcher lui-même, c’est le schoelchérisme. Le schoelchérisme, c’est cette manière classique de faire comme si le grand Blanc était le sauveur des petits Noirs. C’est cette historiographie qui est constamment présenté depuis 1848. Or, Schoelcher n’était pas schoelchériste. Dans ces ouvrages, il évoque les premiers nègres marrons déjà en Afrique, mais il a été récupéré par l’Etat, c’est le mythe du white savior, le sauveur blanc qui invisibilise les combats locaux. Il y a eu en Martinique l’abolition avant même l’arrivée du décret Schoelcher ! L’esclavage est une guerre mondiale qui commence depuis la fin XVe siècle et qui se termine quatre siècles plus tard. C’est tout cela qu’il faut mettre en perspective, un processus dont Victor Schoelcher est un élément intéressant mais c’est lui seul qui a été mis en avant. C’est cela le schoelchérisme. Et comme pendant longtemps, même en Martinique, il n’y a pas eu de dialogue, on n’est pas tout à fait surpris qu’on soit resté sourd à ces revendications. Pourtant, nous déléguons tout crédit politique à Victor Schoelcher, un homme très bien mais qui n’a pas tout fait de A à Z. Je n’approuve pas forcément cet acte, mais je dis qu’il a le mérite de créer ce débat qui existe depuis longtemps mais qu’on ne voulait pas entendre, même en Martinique.

Concernant la statue de Colbert, qu’avez-vous à dire ?

Ce que nous visons en Colbert, c’est à la fois sa personne et le symbole. Sa personne parce que c’est vraiment lui qui a coordonné le code noir et qui a créé la Compagnie des Indes, un établissement colonial qui a organisé la traite, la déportation des esclaves et l’importation du sucre des Antilles. C’est la théorie et la pratique ! En ce sens, il représente tout un système dont il n’est pas le seul acteur, bien entendu. Il y a des planteurs aux Antilles, des négriers dans les ports européens, des décisionnaires à Paris… Mais Colbert en est le symbole. L’Assemblée nationale sur le fronton de laquelle est inscrit « liberté, égalité, fraternité », est le pire endroit où exposer sa statue. Je rappelle qu’en 1685, le parlement de Paris s’est opposé au code noir en disant qu’il était contraire au droit français, au droit divin et au droit naturel. Le parlement de Paris ayant refusé d’enregistrer la loi, c’est resté un code et pas une loi. Il ne faut pas détruire la statue de Colbert, il faut la mettre au bon endroit et le bon endroit, c’est le musée de l’esclavage qui reste à mettre en œuvre à Paris.

Que devrait mentionner la plaque sous la statue de Colbert au musée de l’esclavage ?

Pour résumer : « Ministre de Louis XIV, a coordonné le code noir et la mise en place de la Compagnie des Indes qui ont organisé l’esclavage dans le contexte français. »

Pourquoi un musée de l’esclavage ?

Le musée est un des éléments de la réparation à mettre en place, pas le seul puisqu’il y a les réparations éducatives, la réforme agraire, l’aide à ceux qui veulent retourner en Afrique… Le musée est important pour des raisons symboliques. Il y a 12 000 musées dans l’Hexagone, 12 du sabot et aucun musée de l’esclavage. Il y a des monuments comme le Mémorial de Nantes ou celui qui va être fait à Paris, mais pas de musée dans l’Hexagone. D’un point de vue pédagogique, ce doit être un des instruments d’enseignement. Il faut un lieu central à partir duquel le savoir sur l’esclavage va rayonner. 99,9 % ignorent que l’esclavage a connu trois abolitions : la première pendant la révolution française, la deuxième en 1848 qui est la plus connue, et puis on veut oublier que l’esclavage a été rétabli sous la troisième République sous la forme déguisée du travail forcé et qu’il n’a été aboli qu’en 1946 par la loi Houphouet Boigny. C’est Victor Schoelcher qui en a le mieux parlé à la fin de sa vie quand il était sénateur de Paris : « Nous sommes en train de rétablir l’esclavage que nous avions nous-même aboli… » Il y a eu plus d’esclaves en terres françaises après l’abolition de 1848 qu’avant.

Vous annoncez la tenue prochaine d’états généraux de la lutte contre le racisme et le colonialisme. Qu’en attendez-vous ?

Ils auront lieu d’abord à l’Assemblée nationale, mais aussi en Martinique pour que toutes ces questions, et pas seulement les questions de statues qui ne sont que le haut de l’iceberg, soient discutées. Cela traitera des questions de réparations. Il faut savoir qu’aujourd’hui, la Lloyds, entreprise anglaise, a décidé de mettre en place des réparations financières relatives à l’esclavage.

Propos recueillis par FXG

*https://www.liberation.fr/debats/2017/08/28/vos-heros-sont-parfois-nos-bourreaux_1592510

Partager cet article

Repost0

Articles Récents