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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 22:31
Me Sarah Aristide du barreau de la Guadeloupe

Me Sarah Aristide du barreau de la Guadeloupe

Interview de Me Sarah Aristide, membre du collectif d’avocats représentant la famille de Clarissa Jean-Philippe au procès des attentats de Paris

Le procès des attentats de Paris des 7, 8 et 9 janvier 2015 est en cours au tribunal judiciaire des Batignolles. S’ils ne seront que quatre, Mes Charles Nicolas, Laurent Hatchi, Lorenza Bourjac et Sarah Aristide à plaider lundi prochain pour la famille de Clarissa Jean-Philippe, la policière municipale assassinée à Montrouge le 8 janvier 2015, c’est toute une équipe d’avocats qui, outre le bâtonnier Nicolas et les plaideurs, rassemble Mes Pascale Edwige, Johnson Mapang, Magali Chapelle et Catherine Vilovar. Tous se relaie dans le prétoire depuis le 2 septembre. Me Aristide nous fait un point à quelques jours de la fin de procès historique.

« Le quantum des peines va générer des frustrations »

Que représente ce procès pour vous ?

C'est un procès est décrit comme un procès historique. C'est vrai aussi bien sur sa durée, ses enjeux, le nombre d'accusés, le fait qu'il soit filmé — bien sûr on n'aura pas accès à tout ça avoir une cinquantaine d'années — et puis surtout à la gravité des événements qu'on juge aujourd'hui. Il s'agit des morts de Charlie Hebdo, de ces meurtres de policiers et de ceux de l'Hyper Casher. On touche aux libertés fondamentales, la liberté d'expression, celle qui consiste à faire le choix d'un métier, le choix de représenter les autorités françaises et donc, de ce fait, de se voir atteint dans son intégrité physique, et puis la liberté de confession puisque les personnes qui ont été ciblées dans l'hyper casher était de confession juive.

Aujourd'hui on sent bien que la France a peur, on sent cet état de tension et il s'agit de poser le principe des libertés fondamentales auxquelles nous sommes attachés et peut être que l'on puisse s'entendre les uns avec les autres et tout au moins cohabiter.

Est-ce que le cas de Clarissa Jean-Philippe n'est pas un peu noyé au milieu de tout ça ?

Oui parce que je crois que ça tient à la nature des deux grosses entités qui sont touchées Charlie Hebdo — le nombre de morts —, l'hyper casher mais également à la personnalité de Clarissa qui était une femme très jeune et d’une grande discrétion. Mais il est temps de lui rendre hommage, de lui faire la place qui est la sienne, c'est à dire qu'elle n'est pas une victime différente des autres, elle doit être considérée comme les autres et peut être rappeler que les ultramarins, ceux qui viennent de Martinique de Guadeloupe et d'ailleurs peuvent mourir encore aujourd'hui pour la France puisque j'ai tendance à penser que nous nous sommes dans une situation de guerre larvée. Tous ceux qui aujourd'hui vont se présenter dans des postures de défense de l'État français ou dans des expressions de la liberté vont se mettre en danger. Clarissa a une place particulière parce qu’elle représente nos îles, tout ce parcours d'une gamine qui a fait des efforts pour devenir ce qu'elle souhaitait le plus au monde à savoir policière, avec cette petite note particulière propre à chez nous, à ce qui se joue dans le secret de nos familles, sa volonté de devenir policier pour défendre sa maman qui était une femme battue. Clarissa est morte dans l'exercice de ses fonctions, en ayant accompli son rêve, à une semaine de sa titularisation. Elle devait aider les autres, les protéger et c'est à ce titre qu'elle est morte. C'est dans ce cadre que nous venons pour faire entendre la parole de Clarissa qui n'est plus, pour dire qui elle était et quel a été son parcours, quels ont été ses rêves, ses motivations. Enfin nous venons aussi faire entendre la douleur de cette famille. Sa maman a eu depuis deux cancers et elle ne se relèvera jamais de la mort de son enfant. Je pense à son frère à ses oncles à ses tantes, à ses cousins-cousines qui souffrent énormément de son absence.

Comment avez-vous été accueilli au sein du tribunal judiciaire de Paris ?

Nous avons été extrêmement bien accueillis par les confrères parisiens. Ils ont bien compris l'enjeu que pouvait être Clarissa au milieu de tout cela parce qu'elle est morte en protégeant et parce qu’à un moment il y a même eu cette idée qu'elle aurait pu sauver une école juive par sa présence. Nous avons tous notre place et nous sommes prêts même avec le peu de temps qui nous est imparti, c'est à dire quatre jours à partir de jeudi 29 octobre pour toutes les parties civiles, pour permettre que mardi soir prochain nous ayons tous plaidé même si en termes de timing ce n'est pas idéal.

Quelle est votre stratégie en tant que partie civile ?

Si on a pu oublier Clarissa pendant 5 ans et demi, même s'il y a eu des choses qui ont été faites et que nous nions pas, sa Légion d'honneur, les lieux qui lui ont été consacrés, il fallait la remettre au cœur des débats Il rappelé le rôle qu'elle a pu jouer dans cette terrible succession du 7 au 9 janvier, et de rappeler quelle personne elle était, rappeler aussi la place des ultramarins en France hexagonale parce qu'ils y travaillent, ils y paient des impôts et ils y meurent aussi parfois et ça c'est important.

Qu'attendez-vous de ce procès ? Les responsabilités sont-elles suffisamment établies Face aux gens qui sont sur le banc des accusés ?

C'est toute la difficulté d'un procès comme celui-là ou les principaux protagonistes sont morts. Je crois d'ailleurs que dans leur esprit il n'a jamais été question de rester en vie, il s'agissait de partir en martyr… Evidemment ceux qu'on retrouve dans le box sont ceux qui par de la logistique ont participé à une entreprise en lien avec le terrorisme. Il n'y en a qu'un qui est là pour complicité, le second étant en fuite, tout l'enjeu est d’essayer de déterminer leur part de responsabilité et de toute façon ça n’amènera pas un sentiment de justice rendue aux parties civiles. Nous sommes noyés sous les dénégations, sous les mensonges, sous les insertions les plus ubuesques parfois… En clair personne n'a rien à voir avec tout cela ! Au niveau du quantum de la peine, j'ai tendance à dire à mes clients et je voudrais qu'ils le comprennent que ce n'est pas notre débat. Nous, parties civiles, venons exprimer une douleur et demander que cette douleur soit reconnue puisqu’à ce stade, il n’est même pas question d’indemnisation, Il ne s'agit que de la reconnaissance de la partie civile et de fait je crains le quantum des peines ne satisfasse pas grand monde parce qu'elles sont en corrélation avec le rôle qu'on peut leur attribuer dans tout cela, donc le sentiment de justice rendue et de compréhension de ce que l'on peut reprocher aux frères Kouachi ou à Coulibaly va générer à mon sens des frustrations.

Propos recueillis par FXG

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 08:08
Le POSEI au Parlement européen

Le Parlement européen a voté le maintien du POSEI

Après le vote de l’Europarlement favorable aux agriculteurs des Outre-mer, les négociations se poursuivent auprès du Conseil européen.

Le Parlement européen a voté vendredi 23 octobre le maintien du budget du programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité. Ce POSEI est l’outil de mise à disposition d’aides européennes et nationales au secteur agricole pour toutes les Régions ultrapériphériques de l’Europe (RUP). Ce vote s’oppose à la Commission européenne qui souhaite baisser le budget POSEI de 3,9 %. Si une telle réduction budgétaire était avalisée, cela aboutirait à une baisse de 2,4 millions d’euros par an pour les agriculteurs Guadeloupéens, de 300 000 euros par an pour les agriculteurs de Guyane et de près de 4,5 millions d’euros par an pour les agriculteurs de Martinique. En votant le maintien du budget POSEI, les eurodéputés proposent près de 62 millions d’euros par an pour la Guadeloupe, 6 millions d’euros par an pour la Guyane et près de 115 millions d’euros par an pour la Martinique.

En ouverture de la session plénière du Parlement européen et avant le vote de la Politique agricole commune (PAC), le 20 octobre dernier, l’eurodéputé LFI Younous Omarjee a déclaré : “Nous devons veiller à la cohérence dans les politiques communautaires parce que le Parlement a fait de la cohésion et de l’écologie les maître-mots de la relance économique, du Green New Deal et du nouveau cadre budgétaire.” Forts d’une très large majorité (463 pour, 133 contre, 92 abstentions), les négociateurs du Parlement européen ont maintenant un mandat fort pour porter cette exigence auprès du Conseil et de la Commission européenne.

Vote des « contributions interprofessionnelles étendues »

En effet, si c’est la Commission qui propose, la décision doit être négociée entre le Parlement européen et le Conseil européen. De ce point de vue, la France, l’Espagne et le Portugal ont déjà fait savoir au commissaire européen en charge de l’agriculture leur point de vue.  Les ministres français de l’Agriculture, des Affaires européennes et des Outre-mer lui ont aussi écrit pour « rappeler la demande forte de la France en faveur du maintien de l’enveloppe POSEI », ainsi que l’a déclaré Sébastien Lecornu le 13 octobre dernier à Bruxelles lors du congrès des RUP.

Dans la foulée du vote du Parlement, les députés européens ont également adopté l’instauration des « contributions interprofessionnelles étendues », un dispositif qui permet aux organisations socioprofessionnelles des RUP de s’organiser et se structurer pour défendre au mieux la production locale. « Avec ce vote, a indiqué l’eurodéputé LREM Stéphane Bijoux, nous confirmons notre exigence de soutien aux efforts des agriculteurs et des éleveurs ultramarins. »

Les négociations pour boucler le budget de la PAC et du POSEI devraient s’achever avant la fin de l’automne.

FXG

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 08:09
Limites résiduelles de chlordécone

Les LMR de chlordécone dans les denrées alimentaires sont conformes dit le Conseil d’Etat

L’association En Vie Santé, faute d’avoir eu des réponses des ministères de la Santé, des Outre-mer, des l’Agriculture et de l’Economie et des Finances, a demandé au Conseil d’Etat d’abroger l’arrêté du 20 juin 2008 relatif aux limites maximales applicables aux résidus de chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d’origines animales et végétales pour être reconnues propres à la consommation humaine. Elle demandait encore d’enjoindre aux autorités de mettre en place des études épidémiologiques en Guadeloupe et en Martinique notamment sur le lien entre l’exposition au chlordécone et le cancer de la prostate, la prématurité des nourrissons et le développement des enfants. Enfin elle demandait qu’un nouvel arrêté fixant les limites maximales résiduelles (LMR) dans les poissons et autres produits issus de la mer ou de l’eau douce soit pris. L’arrêté contesté listait onze groupes de produits animaux et végétaux concernés par les LMR. Or, il a été remplacé d’abord par un arrêté du 25 janvier 2019, puis par un autre du 23 mai 2019. Dès lors il n’y avait plus lieu de demander son abrogation. Qui plus est cet arrêté de janvier 2019 a abaissé les LMR de 0,1 mg par kilo à 0,02 mg par kilo pour ce qui concerne tous les produits carnés. La requête d’En vie santé a donc été rejetée.

Dans le même temps, l’Association médicale pour la sauvegarde de l’environnement et de la santé Martinique a saisi elle aussi le Conseil d’Etat pour lui demander d’annuler l’arrêté du 23 mai 2019 relatif aux LMR de chlordécone au prétexte que ces LMR quoique 5 fois inférieures aux limites antérieurement applicables aux viandes bovines, porcines et ovines, et dix fois inférieures pour les viandes de volaille seraient encore trop élevées eu égard au règlement européen : 0,02 au lieu de 0 ,01 mg/k. Là encore, la requête a été rejetée.

FXG

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 04:27
Enfin des tests rapides à Orly

Les tests rapides seront disponibles à Orly le 26 octobre

« Ce sera donc bien Orly en priorité notamment pour la desserte outre-mer et le 26 octobre. » Après le cafouillage des annonces du secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, la société Aéroport de Paris et le ministère des Outre-mer ont confirmé à France-Antilles que c’est bien à l’aéroport d’Orly et à compter du 26 octobre que les tests rapides de dépistage de la Covid19 seront disponibles. Ces tests antigéniques de nouvelle génération permettront de connaître le résultat en 15 minutes au lieu de 72 heures dans le meilleur des cas. Jusqu’alors, le secrétaire d’Etat aux Transports avait annoncé de tels tests dans les seuls aéroports de Nice et Roissy, précisant même sur son compte twitter : « Dans un premier temps, ce sera réservé aux départs vers les Etats-Unis, l’Italie et les Outre-mer. » Or, tout le monde sait bien qu’aucun vol régulier à destination des Outre-mer ne part de Roissy Charles-de-Gaulle. Il est vrai que jusqu’alors, Jean-Baptiste Djebbari n’a jamais fait preuve de « réflexe outre-mer », notamment lors son audition par la délégation Outre-mer de l’Assemblée nationale, le 19 mai dernier, où la seule chose qu’il avait su dire à nos représentants était que « il n'avait pas encore de visibilité sur le monde d'après ».

Ces tests rapides seront mis à la disposition en priorité pour les voyageurs qui n’auront obtenu dans les temps les résultats de leur test PCR. Actuellement, le centre de dépistage au sous-sol d’Orly 4 réalise en moyenne 500 prélèvements chaque jour. Conformément à ce qu’avait annoncé le directeur d’Orly, Régis Lacote à nos confrères d’Outre-mer La 1ère, un deuxième centre de dépistage, « pour désengorger le premier, notamment pour les voyageurs se rendant outre-mer », ouvrira donc bien.

FXG

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 10:24
Jean Bernabé, le créoliste

Tracées de Jean Bernabé

Jean Bernabé (1942-2017) est le grammairien, le créoliste et le militant à qui la langue créole doit sa codification graphique. Il a aussi été un analyste littéraire, un romancier, bref un penseur dont l’ouvrage, Tracées, sorti le 23 septembre chez SCITEP éditions, révèle la dimension anthropologique et l’importance hors du champ linguistique. « Le parcours de Jean Bernabé, figure majeure de la créolistique martiniquaise et l’une des plus importantes de la créolistique mondiale, méritait cet ouvrage », avancent Gerry L'Étang, Corinne Mencé Caster et Raphaël Confiant qui l’ont dirigé, car « les passages qu’il a ouverts ont été fréquentés, féconds, et justifient sa place aux côtés d'Aimé Césaire, Frantz Fanon et Édouard Glissant au panthéon des personnalités marquantes de l’histoire des Antilles ». Ce livre constitue les actes du colloque international organisé en Martinique du 25 au 27 octobre 2017 à l’université des Antilles par le Centre de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Langues Arts et Sciences Humaines (CRILLASH). Le Crillash, fondé par Jean Bernabé, est issu du regroupement en 2006 de trois laboratoires de recherches dont le Groupe d'Études et de Recherches en Espaces Créolophone et Francophone, le fameux Gerec également fondé par Jean Bernabé. L’actuel directeur du Crillash est Gerry L'Étang qui a pris la suite de Corinne Mencé-Caster et Raphaël Confiant qui lui avaient eux-mêmes succédé à ce poste.

« Tracées, préviennent les trois chercheurs, renvoie précisément aux différentes empreintes de son cheminement. Toutes sillonnent ces terres au destin incertain que sont la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, au sein d’un monde où migrations et nouvelles technologies rapprochent les peuples mais exacerbent aussi les pulsions nombrilistes. »

FXG

SCITEP éditions, 410 pages, 39,50 euros

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 05:28
Adoption du budget des Outre-mer en commission des lois

Le débat budgétaire a débuté

La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté jeudi dernier le budget de la mission Outre-mer.

C’est en visio-conférence depuis la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu au lendemain du deuxième référendum sur l’avenir de ce territoire du Pacifique Sud que le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a défendu son budget. Pour faire bonne mesure, il a d’abord rappelé que l’ensemble des fonds d’Etat dévolus aux territoires dépendant de son ministère sont répartis en sus de la mission Outre-mer et de ses deux programmes (« Emploi » et « Conditions de vie ») sur 31 missions et 94 programmes pour un montant global de quelque 19 milliards. Ainsi le budget de la Cohésion des territoires va réévaluer de 17 millions d’euros le rattrapage de la dotation d’aménagement des communes et des circonscriptions territoriales d’outre-mer (Dacom), le ministère de l’Education nationale va prendre à sa charge pour la Guyane et Mayotte 42 millions pour son programme « Enseignants » et 37 pour son programme « Elèves ». A cela, il a ajouté les dispositions spécifiques aux Outre-mer du plan de relance : 50 millions pour l’eau et l’assainissement en Guadeloupe et à Mayotte, 50 millions pour le plan Séisme Antilles, 80 millions pour la relance agricole (notamment les abattoirs à la Réunion), 60 millions pour garantir les pertes de recettes fiscales des collectivités, sans oublier des fonds pour la route en Guyane et à la Réunion.

Pour le budget proprement dit de la mission Outre-mer, il est en hausse de 6 % en autorisation d’engagement à 2,79 milliards et de 2,5 % en crédit de paiement à 2,43 milliards. Le programme « Emploi » progresse de 107 millions avec la compensation des charges sociales patronales en hausse de 6,6 % et la hausse de la contribution au SMA qui ouvre un nouvel établissement à Bourail en Nouvelle-Calédonie.

Le programme « Conditions de vie » augmente de 55 millions d’euros pour financer la ligne budgétaire unique (logement social) de 8,7 % à 224 millions d’euros, les établissements publics fonciers de Mayotte et de Guyane (18 millions), la construction d’écoles à Mayotte et en Guyane (13,4 millions) ou le lycée de Wallis-et-Futuna (17 millions). Enfin pour le soutien aux investissements des collectivités, le fonds exceptionnel d’investissement est maintenu à 110 millions au moment où les contrats de plan Etat-Région vont être relayés par les contrats de convergence et de transformation.

200 millions de crédits de paiement non consommés

Rapporteure pour la commission des lois, l’ancienne ministre des Outre-mer et députée PS de Paris, George Pau-Langevin (GPL) a regretté la sous-consommation des crédits de paiement (200 millions d’euros), mais surtout la faiblesse de ce budget d’un point de vue culturel en baisse depuis 2020 (lire encadré). Le député app. PS de la Martinique Serge Létchimy a proposé une réflexion pour « reformater le périmètre d’action du ministère des Outre-mer » et surtout s’ériger en faux contre ceux qui font porter le poids de la sous-consommation des crédits de paiements aux responsables politiques des territoires : « Il y a un problème structurel d’adaptation locale. Il faut donner aux collectivités un pouvoir d’adaptation directe. » Puis il a martelé une série de questions laissées selon lui sans réponse  par le ministère : « Quel est votre projet pour lutter contre la crise démographique aux Antilles ? Quelle solution pour une diplomatie territoriale ? Que faites-vous pour le chlordécone ? Il faut une loi-cadre sur vingt ans pour sortir pour sortir de cet empoisonnement… Quelles sont vos propositions pour la réhabilitation des logements et cesser de détruire des terres agricoles ? » Il a « quand même » salué à la fin de son intervention « un budget qui progresse». « La réalité est moins joyeuse qu’on a l’impression de l’entendre dans les discours », a déclaré le député de la Réunion David Lorion au nom du groupe LR. En conclusion la rapporteure PS a déclaré : « C’est un budget en reconduction qui ne suscite pas l’enthousiasme, mais mon abstention négative. » Sans surprise, les groupes LREM, Modem, Agir ensemble, majoritaires ont permis son adoption. Le budget de la mission Outre-mer reviendra en séance plénière à partir du 4 novembre et se conclura par un vote solennel sur l'ensemble du texte le 17 novembre après les questions au Gouvernement.

FXG

Réforme statutaire et projet de loi 3D

Répondant à GPL sur le débat autour de la différenciation alors que « la réforme constitutionnelle est au point mort », Sébastien Lecornu a indiqué que « l’enjeu important pour la Réunion et la Guadeloupe est de clarification et de lisibilité de qui fait quoi entre Région et Département ». Ajoutant : « Je suis prêt à regarder ça dans le cadre du projet de loi 3D à la condition que ce soit les territoires concernés qui portent la question, au-delà du débat 73-74 et de la réforme constitutionnelle ».

Le projet de loi 3D, pour « décentralisation, différenciation et déconcentration », a pour ambition, selon le ministère de la cohésion des territoires, de transformer les relations entre l’État et les collectivités territoriales sans constituer pour autant un nouveau big bang territorial. Il devrait être présenté au Parlement dès cet automne.

Le retour d’une arlésienne : la Cité des Outre-mer

Mme Pau-Langevin a déploré l’abandon du projet de cité des Outre-mer et la fermeture de la chaîne France Ô « alors que la loi sur l’audiovisuel n’a pas été votée » et que « il n’est pas établi que les autres chaînes prennent le relais ». Elle s’est appuyée pour dire cela sur le dernier rapport du CSA qui montre un recul de la diversité depuis la fin de France Ô. Eludant la question de la télévision comme il le fait prudemment depuis son arrivée rue Oudinot, Sébastien Lecornu a indiqué être en contact avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, pour échanger avec elle sur la cité des Outre-mer et envisager le projet infrastructurel qui reviendrait à la ville de Paris et celui de son fonctionnement à son ministère. Resterait ensuite la capacité à créer le réseau et le dynamisme... « Soit on le fait, a affirmé le ministre, mais on le fait bien, sinon on a le courage de dire qu’on ne le fait pas et on arrête d’agiter l’arlésienne... Mais je suis plutôt volontaire pour faire quelque chose puisque le besoin est là. »

 

 

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 05:37
Sénateur de Saint-Barth de 2008 à 2020, Michel Magras présidait la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Sénateur de Saint-Barth de 2008 à 2020, Michel Magras présidait la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Un statut à la carte pour les pays d’Outre-mer

Quel socle constitutionnel commun pourrait favoriser l’épanouissement des collectivités d’Outre-mer ? L’ex-sénateur de Saint-Barthélemy y répond en proposant une réécriture des articles 73 et 74 de la Constitution.

« Art 74 – 1 : Dans chacun des pays d’Outre-mer, les compétences de l’Etat comprennent notamment la nationalité, les droits civiques, les garanties des droits fondamentaux et des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation et le contrôle de la justice, le droit pénal général, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes ainsi que le droit électoral. » Tout le reste serait du ressort du pouvoir local ! Ainsi serait libellé le nouvel article consacré aux territoires d’Outre-mer dans la Constitution si on laissait faire Michel Magras. Avant de raccrocher les crampons, l’ancien sénateur de Saint-Barthélemy (qui ne se représentait pas) s’est fendu d’un rapport sur l’évolution institutionnelle dans les Outre-mer dans le cadre d’un travail plus large du Sénat sur la décentralisation.

Michel Magras a auditionné tous les responsables d’exécutifs et d’assemblées locales sur la question statutaire. « Ceux qui sont sous le régime de l'article 74, raconte-t-il, estiment qu'ils ont fait le bon choix et veulent aller plus loin. Dans les collectivités dépendant de l’article 73, personne n’est satisfait et tout le monde pense qu'il faut aller vers quelque chose de nouveau. » Ary Chalus, président du conseil régional de la Guadeloupe, a pointé les transferts de compétences qui pourraient constituer un levier de développement : le sport, la culture, le développement des productions locales pour diminuer la dépendance aux importations ou encore l'aménagement. Il s'est placé en outre expressément dans une logique de subsidiarité, c’est-à-dire que chaque compétence doit être exercé à l'échelon le plus approprié. « En Martinique, témoigne Michel Magras, Alfred Marie-Jeanne est pour aller au 74, Claude Lise, président de l’Assemblée, pointe l'aménagement du territoire, l'environnement, le logement, le transport, la fiscalité locale et l'énergie, comme les compétences qui seraient mieux exercées par la collectivité. » Seul hic en Martinique où la question des deux conseils départemental et régional ne se pose plus : le bicéphalisme institutionnel, au lieu de créer de la synergie, est un élément de blocage... La proposition la plus aboutie est celle de la Guyane qui travaille pour décrocher un statut sui generis, de son genre ! »

Réforme constitutionnelle en attente

Une réforme constitutionnelle était dans les tuyaux mais le président Macron n’en parle plus… Le Sénat a donc déposé 3 propositions de loi dont une ordinaire, une organique (elle sera présenté le 20 octobre), et une constitutionnelle. « Il s'agirait d'introduire un amendement qui proposerait une réécriture complète des articles 72, 73 et 74 de la Constitution. » Le groupe de travail sénatorial a retenu à l’unanimité la version proposée par Stéphane Diemert. Ce magistrat administratif et ancien conseiller juridique au ministère des Outre-mer a rédigé la loi organique sur le statut de Saint-Barth en 2007. Il travaille aujourd’hui sur la future loi statutaire de la Guyane que Rodolphe Alexandre veut voir adopter d’ici cinq ans.

La nouvelle version de la Constitution consacrerait ainsi sous le nom unique de « pays français d’outre-mer », le principe d’un statut à la carte vanté par le président Macron lors du grand débat national avec les maires d’outre-mer. Le chef de l’Etat a alors parlé de différenciation. Les Guadeloupéens l’ont si bien compris que dès juin 2019, le XVIème congrès des élus départementaux et régionaux de la Guadeloupe a adopté une résolution prévoyant notamment « de demander au Gouvernement de réviser la Constitution afin de doter la Guadeloupe d'une loi organique… »

« Les articles 73 et 74 présentent actuellement une dichotomie », regrette Michel Magras. D'un côté, le 73, le paradis, la France ! De l’autre, le 74, l'enfer ! le larguage. En faisant disparaître cette dichotomie on arrive à mieux appréhender le statut sur l'idée de subsidiarité. » Rien n’interdit actuellement aux collectivités des Antilles et de Guyane de demander des habilitations, mais elles sont complexes et longues à décrocher. « Le problème de l'habilitation, résume M. Magras, c'est qu’elle te dit ce que tu vas pouvoir faire, mais pas comment tu vas le financer. Alors qu'avec le transfert de compétences tu sais comment tu le finances. » Rodolphe Alexandre a précisé qu'il souhaitait que le futur statut de la Guyane « s'inscrive dans l'article 73 d'un point de vue régalien mais s'oriente vers l'article 74, sans pour autant perdre notre substance financière ». « La réforme constitutionnelle serait bienvenue, continue M. Magras. Saint-Barth se prépare à l'acte 2 de son évolution institutionnelle et la Guyane frappe à la porte ! La subsidiarité est sans doute le seul moyen d'emmener les outre-mer vers un développement plus harmonieux plus efficace sinon on sera obligé d'admettre qu'on n'a pas réussi. » En attendant le Sénat ou l’Elysée, la réforme constitutionnelle de 2003 permet déjà aux Collectivité d’Outre-mer une évolution statutaire dans les standards des actuels articles 73 et 74.

FXG

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 06:44
Stéphanie Jacquet lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science

Une Saint-Martinoise en pointe sur les virus

Stéphanie Jacquet est une des 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les femmes et la science. Originaire d’Agrément à Saint-Martin, Stéphanie a quitté son île natale des Caraïbes en 2005 dans le but de poursuivre des études supérieures à Montpellier et devenir enseignante, mais la recherche l’a déviée de sa route. Portrait.

« Saint-Martin, confie-t-elle, j’y ai une bonne partie de ma famille, c’est mon île natale, mon histoire, mes débuts… la base de mon parcours. » Fascinée par la richesse des mécanismes employés par les parasites pour se répliquer et se transmettre d’un hôte à l’autre, elle a décidé de s’orienter vers la recherche scientifique. Depuis son master de sciences, la jeune femme s’intéresse aux mécanismes qui gouvernent la circulation de pathogènes dans différentes espèces. Sa thèse, soutenue à Montpellier, portait sur un moucheron qui transmet un virus aux bovins. Hôte, vecteur, parasite, tout ça dans un environnement donné, c’est sa règle de trois ! Aujourd’hui, Stéphanie étudie les chauves-souris. « Elles sont des espèces fascinantes, très importantes pour l’écosystème et sont les hôtes de virus dont certains sont transmissibles à d’autres espèces animales et à l’homme. » Les chauves-souris ne développent souvent pas les symptômes des maladies virales qu’elles hébergent quand ces maladies touchent pourtant d’autres espèces de mammifères. Ont-elles des particularités qui leur permettraient de se défendre ou de tolérer les infections virales en comparaison à d’autres espèces. C’est cela l’objet de ses recherches. Elle s’intéresse au système immunitaire inné, donc à des gènes dont la fonction est de bloquer la réplication virale. « J’essaie de voir s’il y a des adaptations, des caractéristiques génétiques qui leur permettraient de se défendre efficacement contre les virus. »

Une grande proportion des maladies infectieuses sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies transmises de l’animal à l’homme. « Les chauves-souris sont le réservoir de certains parasites. Comment se défendent-elles et comment ces parasites circulent dans les autres espèces ? Y répondre peut nous donner des pistes pour mieux comprendre ce qui se passe chez l’homme. Nous avons déjà mis en évidence dans notre projet que les chauves avaient effectivement des particularités génétiques qui pourraient contribuer à une réponse antivirale unique. »

Des interactions hôtes-virus

Stéphanie n’était pourtant pas prédisposée à cette carrière puisque quand elle est venue dans l’Hexagone, c’était pour être enseignante. « C’est un cours de parasitologie qui m’a vraiment fascinée. Je me suis rendu compte qu’il y avait une très grande diversité de parasites, de mécanismes mis en place pour qu’ils puissent se répliquer. C’est un sujet qui concerne directement notre société ! Voilà pourquoi je me suis orientée vers la recherche. »

Depuis, ses travaux de recherche s’articulent autour de l’émergence de maladies infectieuses et la transmission de pathogènes d’une espèce à l’autre. Elle poursuit ses travaux à Lyon au Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive et au Centre International de Recherche en Infectiologie. Quand on lui demande si elle a eu eu la sensation de découvrir des choses nouvelles, elle répond : « Tout le temps ! C’est pour ça que j’adore mon métier ! Même toutes petites, ces découvertes constituent de petites pièces au puzzle que représentent les interactions hôtes-virus et qui soulèvent d’autres questions… » Elle a travaillé sur le virus de l’hépatite B qui infecte aussi les chauves-souris. Actuellement, ses sujets d’étude sont les pox-virus, une famille de virus dont faisait partie la variole, aujourd’hui éradiquée.

Comme tous les chercheurs en post-doctorat, Stéphanie est en contrat à durée déterminée. Son avenir ? « C’est un concours pour avoir un poste de chercheur permanent. »

FXG

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 04:10
Aurélie Boisnoir, prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 pour les femmes et la science

Les microalgues responsables de la ciguatera dans son microscope

Aurélie Boisnoir est la seule martiniquaise parmi les 35 lauréates du prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2020 - Pour les Femmes et la Science. Cette chercheuse vit Ducos et est originaire du François. Elle réalise actuellement un post-doctorat à l’Ifremer de la Martinique sous la direction de Dr Nicolas Chomérat et Jean-Pierre Allenou. Ses recherches portent sur les dinoflagellés benthiques toxiques, des microalgues présentes en mer des Caraïbes et responsables de la ciguatera, une intoxication alimentaire connue aussi sous le nom de « gratte ».

« J’étais en première année de Master Océanographie et Environnements Marins à l’Université Pierre et Marie Curie. Je suivais un cours magistral, quand le Pr Lemée m’a demandé de passer le voir. Il m’a présenté un projet financé par la Fondation de France qui concernait les dinoflagellés benthiques présents aux Antilles françaises. » Banco ! Ce sera son stage de Master 2, celui qui va définitivement la lancer dans la biologie marine. « Après mon Master, j’ai décidé d’approfondir mes résultats et d’en faire mon sujet de thèse : « Les dinoflagellés benthiques toxiques de Guadeloupe et Martinique : Distribution et rôle trophique pour la méiofaune. » Elle obtient son doctorat en 2018 à l’Université des Antilles sous l’encadrement du Pr Lemée et du Dr Pascal. Elle part ensuite faire un premier post-doc aux Etats-Unis puis décide de revenir en Martinique. « Après une approche écologique et environnementale de la ciguatera, je voulais aborder la question en y intégrant de nouvelle approche et de nouveaux outils : la microscopie électronique à balayage, la phylogénétique et la chimie. » Actuellement, Aurélie travaille sur l’identification morphogénétique des dinoflagellés benthiques toxiques des Antilles françaises et la caractérisation chimique de leurs toxines. « Concrètement, je cherche à identifier toutes les espèces de dinoflagellés benthiques potentiellement toxiques dans les Antilles françaises et à caractériser la toxicité de chacune d’elles parce qu’on ne sait pas encore quelles sont les espèces les plus problématiques. » Les résultats de ses recherches permettront la mise en place d’outils pour une meilleure gestion du risque. Les toxines naturelles synthétisées par ces microalgues sont parmi les plus puissantes connues actuellement. Elles provoquent chez la population humaine qui consomme certaines espèces de poissons carnivores la ciguatera qui est une intoxication alimentaire d’origine non-bactérienne. « Cette intoxication est la plus fréquente au monde, précise Aurélie, et la région des Caraïbes est la deuxième zone la plus touchée après le Pacifique. Les toxines synthétisées par ces microalgues traversent les différents maillons de la chaîne alimentaire et s’accumulent chez certaines espèces tropicales carnivores comme les carangues, les barracudas, certains pagres, la murène verte… « Comme ces toxines sont thermostables, elles ne sont pas dégradées par la température et la population est ainsi exposée à un risque sanitaire potentiel. »

Quand elle a eu son bac scientifique option Sciences de la Vie et de la Terre, Aurélie a commencé par s’inscrire en médecine à Schoelcher. Après avoir redoublé sa première année, elle a choisi de se réorienter et de partir en Guadeloupe pour commencer une Licence en Biologie, Environnement des Sciences de la Terre. « Je visais déjà l’océanographie, mais il fallait attendre le Master pour se spécialiser en biologie marine… »

Et pourtant aujourd’hui, elle collabore avec Dr Résière et Dr Florentin qui travaillent au Service de Soins Critiques au CHUM. On sait traiter les symptômes de la ciguatera, mais elle est difficile à diagnostiquer. « Il peut y avoir jusqu’à 175 symptômes différents avec des intensités variant d’un patient à l’autre ! Il y aurait 50 000 intoxications à la ciguatera par an dans le monde, mais ces cas ne représenteraient que 20 % du nombre de cas réels ! »

Trois fois plus de cas de ciguatera en dix ans

« Avec les études qu’on a pu mener, on sait maintenant qu’on retrouve ces microalgues sur le littoral de la Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Barth et de Saint-Martin. Des dispositions réglementent la pêche et la vente de certaines espèces de poisson de ces îles sauf en Martinique où aucun arrêté préfectoral n’a été encore pris. Grâce à une étude en cours de soumission du Dr Résière, on sait que les cas de ciguatera ont augmenté. En l’espace de dix ans, trois fois plus d’intoxications ont été signalées en Martinique. Elle est aussi sujette à de nombreuses intoxications collectives. Elles surviennent suite à la consommation de captures de grandes tailles partagées entre plusieurs personnes. » Les amateurs de poisson savent généralement quelles espèces il faut éviter de manger, mais, alerte Aurélie, « il y a des espèces qu’on ne soupçonnait pas comme les bénitiers dans l’océan Pacifique. Cette intoxication peut donc aussi survenir suite à la consommation de certaines espèces d’invertébrés marins ! »

Pour trouver les microalgues toxiques, Aurélie plonge en palme, masque et tuba. Elle étudie ses prélèvements au microscope et les met en culture. « Dans les Caraibes, on a une phanérogame marine qui est invasive et nos études ont montré que cet herbier favorise le développement de certaines microalgues toxiques. » Elles ont besoin de substrats pour se développer, notamment les macroalgues qui se développent sur les récifs coralliens dégradés. L’augmentation des cas de ciguatera pourrait être liée à la dégradation du milieu. « Le littoral de la Martinique connaît des problèmes d’eutrophisation, des apports en nutriments en quantité qui ont tendance à dégrader les écosystèmes dont les récifs coralliens. Il pourrait y avoir un lien entre ces phénomènes d’eutrophisation et le développement de ces microalgues. » Depuis 2014, une nouvelle maladie corallienne a émergé en Floride et les premiers signes de cette maladie sont visibles depuis cette année en Guadeloupe et suspectées en Martinique. Cette maladie pourrait aussi malheureusement contribuer à l’augmentation du nombre de cas de ciguatera suite à la mortalité des communautés coralliennes.

Des tests et un CDI

« Certains récifs coralliens seront amenés à disparaître et les conditions semblent être favorables au développement des microalgues responsables de la ciguatera au niveau des Antilles françaises. » Aurélie s’est également intéressée à l’interaction avec les sargasses. « J’ai fait des prélèvements et j’ai observé des microalgues potentiellement toxiques mais en plus faible abondance que sur d’autres substrats. Les sargasses ne contribueraient pas à l’émergence de la ciguatera, contrairement aux phanérogames, en revanche elles permettraient de disperser ces microalgues jusqu’aux côtes africaines et d’homogénéiser leurs populations à l’échelle des Caraïbes. »

Le changement climatique pourrait-il affecter le développement de ces microalgues dans dix ou cinquante ans ? Les régions tempérées commencent à être touchées alors que cette intoxication alimentaire était historiquement circonscrite aux régions tropicales. « J’aimerais participer à la mise en place d’un test de routine qui permettrait de tester les poissons sur les marchés pour éviter à la population de s’intoxiquer. »

Mais d’ici là, Aurélie a besoin de consolider sa situation car quand on est en post-doctorat, on est en CDD. « J’espère pouvoir rester à l’IFREMER de la Martinique afin de poursuivre mes travaux de recherches sur la ciguatera et plus largement sur la préservation des écosystèmes côtiers des Antilles françaises ! »

FXG

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 11:01
Lorène et son directeur de recherche Damien Chevallier devant une tortue luth

Lorène et son directeur de recherche Damien Chevallier devant une tortue luth

Lorène, les tortues marines et l’intelligence artificielle

Lorène Jeantet est une des lauréates 2020 du Prix Jeunes Talents L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Si la jeune femme est actuellement en 3e année de doctorat au département écologie, phytologie et éthologie de l’institut pluridisciplinaire Hubert Curien à Strasbourg, elle étudie le comportement en mer des tortues marines en Guyane et en Martinique.

« Stratégie alimentaire et optimisation du comportement de plongée des tortues marines en lien avec les conditions océanographiques » est l’intitulé de la thèse qu’elle prépare grâce, entre autres, au financement de la Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement de la Guyane. Son directeur de recherche, Damien Chevallier, est chercheur au CNRS et spécialiste depuis 2004 des tortues marines (luth, verte, imbriquée et olivâtre) en Guyane et en Martinique où il réside.

Pour connaître le comportement des tortues, l’élève-chercheur et son boss utilisent des biologgers, c’est-à-dire de capteurs qu’on pose sur les tortues. « Nous utilisons l’intelligence artificielle pour essayer de déduire le comportement qu’elles expriment sous l’eau. » Lorène développe des algorithmes d’apprentissage supervisé qui lui permettent d’identifier le comportement des tortues à partir des données collectées par les biologgers. Ce dispositif leur a permis de confirmer que la tortue verte ne s’alimenterait pas en Guyane, mais ne viendrait que pour y pondre. « Généralement, raconte la jeune femme, sa zone d’alimentation est au Brésil et lorsqu’elle migre en Guyane, c’est pour une durée d’environ un mois durant laquelle elle ne s’alimente pas. » Ces tortues sont très fidèles à leur site de ponte. C’est en général là qu’elles sont nées, il y a vingt ans ou plus…  Et pourtant, il n’y a pas ou très peu de zone d’alimentation pour elles. « Ce sont des herbivores et il y a très peu d’herbiers marins en Guyane française. Elles vont être capable de favoriser des zones de repos pour garder de l’énergie pour la gestation, la ponte qui demande beaucoup d’énergie. » Alors que les tortues sont là depuis 110 millions d’années, en Guyane qui est un site de ponte majeur pour les tortues luth, on constate un déclin important de leur population. En cause la destruction de nids. 40 % sont dues à l’érosion et 20 % au braconnage. « Il y a aussi les chiens errants qui participent à cette destruction et puis, il y a beaucoup de dangers en mer pour les mères reproductrices, notamment la pêche accidentelle qui conduit les tortues à mourir dans les filets… »

Les missions d’observation des tortues ont lieu généralement sur la plage de Yalimapo. « Dès qu’on trouve un individu, on l’identifie, le mesure, voit si on le connaît car tous les individus ont une puce… » Pour l’instant, il n’y a pas de laboratoire à Yalimapo, mais il y a une base qui est en construction et qui pourra accueillir des équipes de chercheurs. Pour l’heure, ils ne sont que deux chercheurs, Lorène et son patron, mais ils sont aidés par l’association Kwata et travaillent avec Daniel, le chef coutumier. Ces campagnes existent depuis les années 1970 avec Green Peace et se déroulent tous les ans. « On observe deux à trois montées de tortues luth par nuit, relate Lorène, et au moins un nid est braconné... Les tortues vertes sont un peu plus nombreuses puisqu’on en compte en moyenne vingt par nuit pour trois à quatre nids qui sont braconnés… A Yalimapo, heureusement, c’est une réserve naturelle avec les gardes qui font un travail de comptage, de collecte d’informations, et quelque fois ils trouvent les braconniers et les interpellent.

Des pontes en Martinique

Les tortues vertes qui viennent pondre en Guyane, repartent en mer pour une dizaine de jours, avant de revenir pondre. « Elles peuvent faire ça trois à quatre fois. Moi, dit Lorène, je veux savoir tout ce qui se passe pendant cette phase dans l’eau, la nuit, le jour… Est-ce qu’elles dorment, s’alimentent ? Qu’est-ce qu’elles font ? Et on se pose ces questions aussi bien en Guyane qu’en Martinique. »

En Martinique, les deux chercheurs pensent qu’il y a beaucoup plus d’interactions que ce que l’on pensait jusqu’alors entre les individus. « On pensait les tortues assez solitaires et on découvre des comportements qui nous amènent à nous interroger sur la communication qu’elles peuvent avoir. Est-ce que les tortues communiquent entre elles via des vocalisations ? Ce n’est qu’un début de travail qui devrait faire l’objet d’une publication… »

Des analyses génétiques ont montré qu’une partie des tortues qui viennent pondre en Guyane viennent grandir et se développer en Martinique. La population est composée majoritairement de juvéniles, pas encore en âge de se reproduire. « Elles viennent en Martinique uniquement pour s’alimenter, grossier et se développer, ensuite, quand leur carapace fait environ 90 cm, certaine partent en migration pour se reproduire et pondre sur les plages de leur naissance en Guyane. »

Ils ont observé toutefois que certaines tortues, luth et vertes, restent pondre en Martinique. « Très peu de tortues vertes pondent en Martinique, mais celles qui le font sont peut-être des individus qui ont décidé de rester en Martinique non seulement pour pondre, mais également pour s’alimenter. C’est une hypothèse qu’il faut qu’on explore. On connaît encore très peu de choses des tortues marines… » Mieux connaître l’espèce c’est permettre de mieux la protéger du déclin qu’elle est en train de subir en ce moment. La tortue a une position élevée dans la chaîne trophique. Elles participent à un équilibre. « Si on fait disparaître un maillon de la chaîne, l’équilibre est perturbé… Leur étude nous permet aussi d’avoir un avis sur l’état de nos océans. » Actuellement, en Guyane, se pose un problème de ressources marines à cause de la surpêche et de la pêche illégale, et les individus en haut de la chaîne sont moins enclin à s’alimenter, ce qui participe au déclin de ces espèces. « Ces tortues sont une sentinelle de l’état de nos océans. » Grâce aux biologgers et à l’intelligence artificielle, Lorène Jeantet concourre à la préservation de la biodiversité, un enjeu du XXIe siècle.

FXG

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