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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 10:49
Le budget 2021 des Outre-mer

Deux tiers du budget des Outre-mer dédiés aux exonérations de charge

Le projet de loi de finance pour l’année 2021 a été présenté lundi au conseil des ministres. D’un montant total de 490 milliards d’euros, il affiche un solde négatif de 152 milliards, soit un déficit de 6,7 % du PIB. Le budget de la mission Outre-mer est stable à 2,38 milliards tandis que les dépenses fiscales s’élèveront à 5,6 milliards.

Sur les 2,38 milliards du montant de la mission Outre-mer, 66 % soit 1,57 milliards financeront la compensation des exonérations de cotisations sociales patronales auprès de la Sécurité sociale. En 2021, ce dispositif fait l’objet d’une révision à la hausse de + 97 millions.

8 % de ce budget, soit 190 millions d’euros, abonderont l’enveloppe des contrats Etat-collectivités et, à hauteur de 110 millions, le fonds exceptionnel d’investissement. Des crédits sont par ailleurs prévus pour les interventions de l’Agence française de développement (AFD) et de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

7 %, soit 166 millions financeront la politique du logement. Mais le même document du ministère des Finances annonce par ailleurs une ligne budgétaire unique à 225 millions d’euros pour financer le logement neuf, notamment social, l’accession sociale à la propriété, la réhabilitation de logements existants ou encore la résorption de l’habitat insalubre. Sur ces 225 millions, 18 M€ supplémentaires sont débloqués en faveur des établissements publics fonciers d’aménagement de Guyane (EPFAG) et de Mayotte (EPFAM).

Les autorisations d’engagement augmentent globalement de 160 millions. Ainsi 120 millions seront consacrés en 2021 aux constructions scolaires, dont 14 M€ supplémentaires en faveur des écoles primaires à Mayotte et 17 millions pour le lycée de Wallis et Futuna. L’Etat poursuit également ses investissements en Guyane, tels que prévus dans le « Plan d’urgence Guyane » de 2017.

7 %, soit 166 millions d’euros financeront le Service militaire adapté qui va pouvoir opérer 35 nouveaux recrutements.

Le document du ministère annonce encore 5 % en soutien de l'Etat aux collectivités et à la reconversion de l'économie polynésienne et 6 % dits « autres ».

Plan de relance

Ce budget doit permettre aussi de déployer la relance dans les territoires d’Outre-mer. « Selon l’évolution de la situation macroéconomique », ce plan pourra atteindre les 1,5 milliards d’euros. Des projets sont déjà identifiés comme la prévention du risque sismique dans les Antilles (50 millions dont 15 en 2021) et une accélération du « plan eau DOM » avec le déploiement massif de 50 millions (dont 15 en 2021) pour « consolider le marché des travaux et de la gestion des réseaux ».

La troisième loi de finances rectificative pour 2020 a d’ores et déjà prévu de soutenir les recettes de fonctionnement des collectivités confrontées aux conséquences de la crise, et de concourir à leurs investissements. « En fonction de l’évolution économique, les collectivités ultramarines devraient bénéficier d’environ 200 millions au titre de la garantie de recettes fiscales, incluant les recettes spécifiques à l’outre-mer (octroi de mer et taxe spéciale de consommation). En complément, l’abondement exceptionnel de la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) permet à l’Etat d’orienter ses aides vers les projets mûrs, prêts à être lancés par les collectivités locales. »

Par ailleurs, le budget du ministère de la Culture prévoit un dispositif d’aide spécifique aux titres de presse ultramarins doté de 2 millions d’euros. Cette aide doit également permettre de soutenir la distribution de la presse nationale dans les Outre-mer.

Plus globalement les dépenses de l’Etat (tous ministères confondus) s’élèveront en 2021 à quelque 22 milliards d’euros.

La discussion de la première partie du projet de loi de finances pour 2021 aura lieu du 12 au 19 octobre et se conclura par un vote solennel le mardi 20 octobre après la séance des questions au Gouvernement. La discussion de la seconde partie débutera le lundi 26 octobre et se conclura par un vote solennel sur l'ensemble du texte le mardi 17 novembre après les questions au Gouvernement. L’adoption définitive du projet de loi de finances devra intervenir au plus tard le vendredi 18 décembre.

FXG

La couleur du budget des Outre-mer

Les principales dépenses rattachées à la mission Outre-mer ayant un impact négatif sur l’environnement sont des dépenses fiscales dont le montant global s’élève à 5,6 milliards d’euros. Il s’agit notamment de l’exonération dans les départements d’outre-mer de la taxe intérieure de consommation applicable aux carburants, estimée à 1,7 milliards pour 2021, quand bien même il existe des taxes locales sur les carburants, notamment la taxe spéciale de consommation. Certains produits, matières premières et produits pétroliers sont également exonérés en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, pour un montant de 200 millions d’euros. Les 35 millions de dépenses consacrés aux logements neuf sont considérés défavorables pour l’environnement (artificialisation des sols) contre 142 millions jugés neutres. Même bilan négatif pour le budget des aides au transport du programme 123 (LADOM) dont le montant n’est pas précisé mais qui mobilisait 3,85 millions d’euros en 2019. Enfin, les 3 millions d’euros affectés aux Agences des 50 pas géométriques de Martinique et de Guadeloupe ont toutes les deux été cotées comme favorables eu égard notamment à leurs missions de protection du littoral.

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 05:18
L'Ile de France en commun d'Audrey Pulvar

Audrey Pulvar se lance dans la bataille des régionales

« Nous appelons au rassemblement des forces de gauche pour les prochaines régionales, en Ile-de-France. » La Martiniquaise Audrey Pulvar, adjointe au maire de Paris, est la première signataire d’un appel intitulé « Ile-de-France en commun » et qui marque de ce côté-ci de l’échiquier politique le début de la campagne des Régionales à Paris et dans sa banlieue. Au côté de l’ancienne journaliste d’ATV, outre des personnalités comme Anne Hidalgo, maire de Paris, ou Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre de François Hollande, on retrouve nombre de compatriotes antillais. Ainsi Jacques Martial, ancien patron du MACTe et désormais conseiller de Paris, la chanteuse de Kassav, Jocelyne Béroard, le cinéaste Lucien Jean-Baptiste, le journaliste Michel Reinette, la productrice et actrice France Zobda, le comédien Greg Germain, le conseiller régional Pierre Kanuty, Valentin Narbonnais, adjoint au maire de Colombes, la députée de Paris George Pau-Langevin, la militante féministe Chantal Clem figurent parmi les 230 signataires de cet appel.

FXG

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 04:26
Le CREFOM manifeste malgré les menaces

Le CREFOM veut peser pour les élections à venir

« Armez-vous de votre droit de vote ! »  C’était le premier leitmotiv de la manifestation organisée par le Conseil représentatif des associations des Français d’Outre-mer (CREFOM) samedi place de la Nation à Paris. Le second était : « Ne pas céder aux intimidations », repris par les intervenants tout au long de l’après-midi. C’est que si le nombre des manifestants ne dépassait pas deux centaines, beaucoup ont témoigné avoir reçu des pressions du ministère des Outre-mer, d’un conseiller en particulier, issu lui-même des rangs du CREFOM, les menaçant même de couper toute subvention à quiconque, représentant d’une association, qui se rendrait à cette manifestation. « Nous avons reçu des pressions pour que cette manifestation n’ait pas lieu », a ainsi révélé Claudy Siar lors de son intervention. Etaient tout de même présents les associations Accolade, l’Union des étudiants réunionnais de l’Hexagone, Fanm, des personnalités telles que Jenny Hippocrate (APIPD), Dominique Sopo (SOS Racisme), Louis-Georges Tin (président d’honneur du CRAN), l’association Kanak pour l’indépendance et de nombreux membres du tissu associatif de la communauté antillaise de Paris. Des militants mahorais équipés de banderoles ont dénoncé l’inaction de l’Etat (misère, immigration, santé, Covid). Et même des gilets jaunes se sont arrêtés un bon quart d’heure pour écouter le discours d’ouverture de Claudy Siar.

Jonction des Gillets jaunes et de la manifestation du CREFOM samedi 26 septembre place de la Nation

Keyza Nubret, vice-présidente du CREFOM a déclaré : « Les Outre-mer et les Ultramarins en ont marre d’avoir moins que les autres ! Vous devez vous servir de votre pouvoir pour imposer le respect. Quand le gouvernement dit faire pour les Outre-mer, demandez-leur bien ce qu’ils font exactement ! » Steven, un jeune Antillais d’Aulnay-sous-Bois a appelé à ne pas se laisser intimider : « Il est l’heure de se lever et d’aller arracher ce qui nous revient de droit ! »

Dans son discours de clôture, le président du CREFOM, Daniel Dalin, a révélé qu’Annick Girardin, avant de partir, avait nommé un militant du Rassemblement national au Ministère des Outre-mer « pour s’occuper des affaires des outre-mer et de l’océanographie ». Un fonctionnaire missionné entre autres pour remettre ses recommandations sur la lutte contre le racisme à la Commission consultative nationale des droits de l’Homme. « Voilà comment le gouvernement nous méprise, a déclaré Daniel Dalin. Cet homme ne doit pas rester et nous allons lancer des actions pour qu’il parte ! » Mais Daniel Dalin a d’abord invité les manifestants à s’armer de leur droit de vote et terminé son discours en promettant pour bientôt une nouvelle organisation pour un CREFOM plus pugnace.

FXG

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 05:00
The Voice 2020 : Abi Bernadoth de Saint-Gratien (95), né à Mirogoâne (Haïti)

ITW Abi Bernadoth, vainqueur de « The Voice » 2020

« Derrière sa silhouette délicate et son sourire timide, se cache une grande puissance d’interprétation et de partage. Une pureté vocale qui donne le frisson… » Ainsi était décrit Abi Bernadoth avant même qu’il ne soit sacré gagnant de l’édition 2020 de « The Voice » sur le site de TF1. France-Antilles est allé à la rencontre de ce jeune homme de 22 ans natif de Miragoâne en Haïti et installé en région parisienne avec ses parents depuis ses 3 ans.

« Chanter, c’est se mettre à nu »

Comment avez-vous démarré l’aventure de The Voice ?

Je chantais sur la scène ouverte de la Barba Negra du côté d’Austerlitz à Paris et Aurélie Konaté qui est passée par la Star Ac avant de devenir comédienne, m’a entendu. Elle connaît le directeur de casting de The Voice, elle lui a envoyé des vidéos de moi… J’étais au bon endroit au bon moment ! De fil en aiguille, je me suis retrouvé sur le plateau.

La saison a démarré en septembre 2019 pour finir en juin avec le confinement au milieu, comment ça s’est passé ?

Il y a eu énormément d’étapes avec des séances de coaching, des répétitions et à chaque fois, ça écrémait ! J’ai gagné face à Gustine et sa harpe, Antoine Delie et Tom Rochet. C’était intense, tout en émotion… Musicalement, on a eu de bons challenges mais à chaque fois, je pensais que j’allais sortir… Il y a eu les auditions à l’aveugle, puis les battles, les KO et enfin les phases finales. Avec le confinement, ça a failli ne pas se faire, mais ils se sont débrouillés et j’ai gagné !

Qu’est-ce qui a fait la différence ?

La personnalité je pense, car techniquement tout le monde était bon. Je ne pense pas avoir une technique incroyable, mais la personnalité fait la différence quand on chante, qui fait qu’on habite ou pas une chanson. Le chant, c’est l’expression de choses qu’on garde d’ordinaire pour soi, qu’on a du mal à dire autrement… Chanter, c’est se mettre à nu.

Que faisiez-vous avant The Voice ?

Je faisais un master d’anglais à l’université Paris Diderot. J’ai laissé tomber pour devenir professeur remplaçant dans un collège et en même temps je travaillais comme éducateur spécialisé pour des adultes en situation de handicap dans un foyer. Je les accompagnais, pourvoyais à leurs besoins… Et pour me changer les idées, je chantais seul ou avec un groupe, « No Square ». Ce groupe était un peu rock et moi, je suis plutôt pop, R’n’B… On faisait des scènes ouvertes, des restaurants. On a même tenu un stand à la fête de l’Humanité !

Vous êtes chanteur, mais aussi musicien…

Quand je chantais en solo, je m’accompagnais avec des boucles que je préparais à la guitare, au piano, au saxophone. Mon répertoire, c’est la pop rock anglo-saxonne comme John Legend, Alicia Keys, Sam Smith ou Ed Sheeran.

Vous composiez déjà ?

Ma première composition était en anglais. Elle s’intitulait « I Need You”. J’avais 18 ans, j’étais au lycée Gustave-Moreau à Enghien-les-Bains… Depuis The Voice, je compose aussi en français. Aujourd’hui, je travaille avec celui qui a été mon coach pendant l’émission, Pascal Obispo. Il m’aide pour l’écriture et il m’apprend le métier en express !

Avez-vous gardé des influences antillaises ?

J’ai grandi avec le kompa, mais ce n’est pas facile de l’intégrer dans la musique française. Je fais en sorte de mettre un maximum de moi et de ce avec quoi j’ai grandi dans mes chansons.

Que représente Haïti aujourd’hui pour vous ?

Ça reste ma patrie, mon pays… On a gardé cette culture à la maison, on parle le créole et on retourne régulièrement à Miragoâne où vivent encore mes oncles, mes tantes et mes cousins.

Et que se passe-t-il depuis votre victoire à The Voice ?

The Voice, ce n’est pas la fin de quelque chose, juste le début ! Je prépare un single pour la fin de ce mois qui va sortir chez Mercury (Universal). Ça s’appelle « Viens ». C’est une histoire d’amour courte, éphémère. Je la vis come une version moderne de « C’est un beau roman » de Michel Fugain. En novembre, nous sortirons l’EP avec cinq titres dont une reprise de « Lovely » de Billy Eilish que j’avais chantée lors des auditions à l’aveugle. Le reste sera de l’inédit, mes compositions.

Avec des titres en créole ?

Il n’y aura pas de chanson en créole dans l’EP, mais sur l’album qui devrait sortir en janvier, il y aura quelques mots de créole. Je pense chanter un duo avec un ou une artiste haïtienne. Je pense à T-Vice, Alan Cavé ou quelqu’un de ma génération comme le chanteur et clavier Joey Dwetfilé.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

J’appréhende beaucoup la médiatisation et les retours du public même s’ils sont bons jusqu’à présent. J’ai bénéficié de beaucoup de bienveillance et d’indulgence mais j’appréhende car dans la création, on n’a pas d’autres avis que de ceux qui nous accompagnent, d’où mon attente de l’avis du public. Ça fait limite peur ! Mais j’ai toujours rêvé de faire ça. Je pensais que c’était un rêve chimérique et plus on avance, plus ça devient palpable. Je crois que qu’on peut y arriver si in ne s’écoute pas trop. Ton pire ennemi, c’est toi-même ! entre les phases de doute et de confiance, on peut dire que j’ai jonglé !

Envisagez-vous de venir chanter aux Antilles ou en Guyane ?

J’en serais très honoré ! En juillet dernier, la commune de Miragoâne a organisé un événement pour fêter ma victoire : « Ochan pou Abi ». C’était sur la place de l’hôtel de ville mais je n’ai pu m’y rendre en raison de la crise sanitaire… Sinon, les Antilles, la Guyane, je répète que ce serait un honneur de pouvoir y chanter et, qui sait, peut-être que ça arrivera.

Propos recueillis par FXG

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 04:45
Daniel Dalin est le président du CREFOM depuis 2019

Daniel Dalin est le président du CREFOM depuis 2019

Le CREFOM appelle à manifester contre le mépris et les inégalités de traitement

Ce samedi 26 septembre, place de la Nation à Paris, le Conseil représentatif des Français d’Outre-mer (CREDOM) appelle à une première grande manifestation du « refus du mépris envers les populations de l’Outre-mer et contre les inégalités de traitement ». Ce mot d’ordre, explique son président Daniel Dalin, vise à dénoncer « le chômage endémique en outre-mer, le manque d’originaires d’outre-mer à des postes à forte valeur ajouté dans leur région, une représentation parlementaire d’outre-mer ni écoutée, ni respecté, des populations qui vivent un abandon structurel institutionnel, des insultes racistes, négationnistes voire révisionnistes sans volonté politique réelle et assumée de la mise en place de l'arsenal juridique pour condamner, des répressions policières, des génocides en Martinique et en Guadeloupe (chlordécone, eaux polluées, sargasses, état sanitaire désastreux), des insuffisances structurelles graves en Guyane et une pollution au cyanure ou au mercure, la drépanocytose toujours négligée dans les politiques de santé publique, la fermeture de France Ô, un pacte de visibilité obscur sans aucune nomination forte pour s'assurer de la présence des outre- mer sur les chaînes de France Télévisions »…

Jusqu’à présent, le CREFOM était dans une démarche de construction avec les pouvoirs en place, ainsi qu’il l’a fait en étant l’inspirateur de la loi Egalité réelle Outre-mer en février 2017. Cette fois, l’association veut montrer sa force. Dans une interview accordée au site blacknews, Daniel Dalin évoque ainsi Sébastien Lecornu : « Le nouveau ministre vient d’être nommé et le CREFOM ne porte aucun jugement sur son action. Par contre, on a du mal comprendre que selon nos informations, il serait contre le fait que l’on manifeste. » Pourtant le nouveau ministre a choisi comme conseiller en charge de la culture, de l’éducation et de la mémoire un ancien membre du conseil d’administration du CREFOM, Claude Ribbe. « La jeunesse d’outre-mer est en colère, poursuit Daniel Dalin, elle convoque le passé pour comprendre les injustices du présent. » Reste à voir si la communauté des originaires d’Outre-mer sera au rendez-vous ce samedi.

FXG

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 04:30
Saïna Manotte retrouve la scène

Saïna, couleur créole

« Ki moun mo sa ? demande Saïna Manote. Je suis une Guyanaise, fière de l’être, une Créole qui veut représenter partout la couleur créole ! » Hormis cette réponse, « Ki Moun Mo Sa », c’est le titre phare du premier album que Saïna a sorti alors que la France entière était confinée en avril dernier. « Comme pour tout le monde, ça a été difficile parce qu’on était coupés de ceux qu’on aime, et quand on est artiste, on aime aller à la rencontre du public, donc on est coupés de cette partie-là de notre métier… Mais en effet, j’ai voulu sortir cet album et préparer mon concert de rentrée, le 2 octobre au New Morning parce que j’ai estimé que même si les temps étaient difficiles, même si on était dans une situation inhabituelle, je me devais de continuer de créer, de rêver et d’offrir ce que je propose à tous ceux qui me suivent depuis quatre ans maintenant. » Cet album comme ce titre ont démarré par une discussion avec sa grand-mère. Saïna lui a demandé qui elle était pour en savoir plus sur elle-même. Car la jeune femme a entrepris un travail généalogique pour exprimer toute la richesse qu’elle a en elle, toute cette culture créole qui en est née. « Il y a des branches qui étaient moins accessibles que d’autres, surtout du côté de mon père, mais je suis remontée quand même assez loin… » Il faut dire que le destin lui a donné un coup de pouce : Saïna avait déjà entamé ce travail de recherche lorsqu’elle a été invitée par le Comité de la marche du 23 mai 1998 (CM98) à venir chanter le 23 mai dernier sur le plateau de Limyè ba yo. Le CM98 lui a alors offert son arbre généalogique ! « Ils sont remontés encore plus loin que moi ! » Ne cherchez pas un titre spécifique qui retracerait cette généalogie, Saïna l’exprime dans tout l’album avec des petites phrases disséminées ça et là. Ainsi, dans le titre « Désolée », elle nomme sa grand-mère, Léhacaut, et cite aussi un petit lieu-dit en Guyane, JoJo : « C’est le nom du grand-père de ma grand-mère qui à la libération des esclaves a cherché un petit bout de terrain qu’il a trouvé là, à Jojo auquel il a laissé son nom. »

Depuis sa sortie, Ki Moun Mo Sa a trouvé un très bel accueil du public en Guyane comme aux Antilles. « J’étais récemment en Guyane, raconte Saïna, et j’ai pu faire deux petits show-case dans un restaurant et je me suis rendu compte que les gens connaissaient la chanson par chœur ! Je pense que les gens se sont reconnus dans cette démarche de vouloir affirmer son identité et la fierté de qui on est ! En tout cas, je défends l’idée qu’on n’ait pas à se travestir, mais juste rester qui on est, valoriser notre culture ! »

Car Saïna a des références et des modèles en terre guyanaise, à commencer par Tonton Jo, Joseph Mondésir dit Tonton Jo, chanteur et compositeur disparu en 2015. « J’ai été bercée, influencée par sa musique. J’avais chanté sur les réseaux sociaux certaines de ses chansons comme Domino… » Et puis, elle ne peut s’empêcher de citer Edith Lefel dont elle chante dès qu’elle est sur scène son merveilleux titre La Sirène. Car Saïna a quelque chose en elle de zouk. « Bien sûr qu’on peut le dire même si ma musique n’est pas zouk car j’ai de réelles influences zouk et plus globalement des influences de la musique caribéenne dans laquelle le zouk a une grosse part ! » Les amateurs sauront retrouver dans sa musique les croches pointées ! « Je prends au zouk ce que je trouve de plus beau et j’essaie de le mettre dans ma musique ! » Car avant tout, c’est la musique traditionnelle de Guyane et des Antilles qui motive Saïna. Avec elle, les tambours sont toujours présents qu’il s’agisse du Kasékò des Guyanes, du kaladja des Antilles et plus généralement des rythmes traditionnels des Caraïbes. « Dans Ki Moun Mo Sa, raconte-t-elle, on va retrouver de manière assez subtile, le nyahbinghi de la Jamaïque. » Sur scène, même si Saïna se fait accompagner d’un batteur, il y a toujours un percussionniste, qui peut être guadeloupéen, réunionnais… « Je leur demande d’amener les percussions de chez eux pour que scène, ils puissent aussi exprimer leur patte, leur île, leur culture ! » Le 2 octobre, sur la scène du New Morning à Paris, ils seront six musiciens autour de Saïna. La jauge sera réduite, le gel hydroalcoolique proposé à discrétion… Et comme en Guyane, l’état d’urgence sanitaire a été levé, Saïna qui avait dû annuler une date en octobre, s’annonce de retour en Guyane pour un vrai concert au mois de décembre, « un show avec énormément de musiciens, préparé, monté pour ça » !

FXG

 

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 18:12
Une footballeuse en or

Wendie Renard évolue au poste de défenseuse droite ou centre à l'Olympique lyonnais. Elle a remporté avec son club quatorze Championnats de France, neuf Coupes de France, un Trophée des championnes ainsi que la Ligue des champions en 2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020. Rencontre.

« Chaque fois que je mets mes crampons, c’est pour gagner ! »

Le foot professionnel, comment ça a commencé pour vous ?

J’ai commencé le foot à 7 ans, mais je suis arrivée en métropole à 16 ans, donc le foot professionnel, on va dire que ça fait quatorze ans que j’en fais. Vous savez, je frappais déjà des pieds dans le ventre de ma mère ! Après, quand j’ai vécu à la cité Conquête au Prêcheur, j’étais entourée de gars qui jouaient tout le temps au foot ! Naturellement, j’ai joué au foot. J’ai toujours été attirée par le ballon rond, les voitures télécommandées, tout ce qui était pour les garçons… J’étais un garçon manqué.

Vous imaginiez-vous enfant que vous seriez considérée comme la meilleure défenseure au monde et l'une des meilleures joueuses du monde ?

On ne s’imagine pas à ce point-là, mais on a forcément des rêves en étant petite… Moi, c’est sûr que je voulais vivre de ça. A l’école, quand on me demandait ce que je voudrais faire plus tard, j’écrivais « footballeuse professionnelle » alors que ça n’existait même pas. Même la maîtresse m’a dit un jour : « Non, Wendie, faut que tu changes, que tu choisisses un vrai métier ! » J’ai persisté : « Non, non, c’est ça que je veux faire ! » Et j’ai remis ce qu’elle avait barré ! Voilà, depuis mes 8 ans, j’ai dit à ma mère qu’un jour elle me verrait sous le maillot bleu. Ca pouvait sembler des paroles en l’air, mais j’ai toujours été assez déterminée. Je ne ratais pas un seul entraînement. Pareil quand j’ai intégré l’équipe des filles et même avant, au François…

Qu’est-ce que vous faisiez au François ?

Le François, c’était un peu comme le centre de formation de Clairefontaine. La semaine, je m’y entraînais avec les garçons. Jocelyn Germé qui était le CTR de la Martinique, s’est battu parce que c’était la première fois qu’ils acceptaient de faire entrer une fille ! J’y suis entrée avec une autre fille, une métropolitaine qu’ils avaient fait venir pour qu’on s’entraîne ensemble, mais après deux mois, elle n’est pas restée. Mais c’est la première fille qui a permis à d’autres filles de jouer avec les garçons.

Cette saison s’est encore achevée par la victoire de votre équipe au championnat, en coupe de France, au Tournoi de France par équipes féminines, au trophée Véolia féminin et à la ligue des champions. Qu’avez-vous ressenti ?

Beaucoup d’émotion ! C’est une année un peu particulière. Tous ces titres resteront gravés parce qu’on a été championnes alors même que le championnat n’était pas achevé ! Après on a eu la chance de gagner la coupe de France et la ligue des champions. On est parties la chercher collectivement dans des conditions difficiles. Il fallait qu’on soit présentes sachant qu’on était tenantes du titre et l’équipe à battre ! Ce n’était pas facile, mais on l’a fait ! Je retiendrai une belle année, même si elle a été particulière avec le COVID !

Comment expliquez-vous votre longue histoire avec Lyon ?

C’est une belle histoire parce que je n’ai pas été reprise à Clairefontaine et parce que Jocelyn Germé s’est battu pour moi. Il a appelé un jeune gardien martiniquais qui habitait Lyon et c’est comme ça que Lyon m’a permis d’avoir ma deuxième chance ! C’est marrant parce que quand je jouais en Martinique, je supportais deux équipes : Paris parce qu’il y avait Ronaldinho dans les rangs du PSG, et Lyon parce que dans les années 2000, ils ont tout raflé avec beaucoup d’Antillais dans leur équipe. C’est vrai que quand je suis arrivée à Lyon, j’ai senti quelque chose de différent, que c’était le moment ou jamais…

Ca fait quatorze ans que ça dure votre histoire avec l’OL… Pour rien au monde, vous ne partiriez ?

Non, mais je n’ai pas fermé la porte pour voir ce qu’il se passe notamment à l’étranger… En foot féminin, disons depuis cinq ans, il y a des clubs qui commencent à investir, à se structurer… Moi, j’ai eu cette chance d’avoir un président qui a cru en une section féminine et qui a investi chaque année de l’argent. Au début, c’était de sa poche, mais aujourd’hui, on a rapporté des titres, on a nos sponsors et la section se développe. Mais c’est compliqué de dire qu’on va aller voir ailleurs quand vous savez que professionnellement, c’est encore peu structuré même si aujourd’hui, il y a plus d’équipes… Donc pourquoi pas ? Mais en tout pour moi c’est sûr, ce sera à l’étranger ! En Italie, il y a la Juve, la Roma, et aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, beaucoup d’équipes se structurent.

Les femmes sont-elles aussi bien traitées que les hommes ?

Je pense qu’en France, on encore du chemin. Je suis arrivée très jeune donc je vois l’évolution. Quand on discute avec les footballeuses étrangères qui jouent à l’Olympique lyonnais, on s’aperçoit qu’on avait un peu d’avance, mais que cette avance commence à se réduire. Il y a même des pays qui passent devant nous ! Regardez l’Espagne : Toutes les équipes féminines, la D1 comme la ligue 2, vont passer professionnelles cette année ou l’année prochaine. Des filles sont battues pour ça !

Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?

Je veux marquer l’histoire de mon empreinte, je veux laisser mon nom, le nom de mon papa gravé, mais je veux aussi le faire de manière collective. J’ai fait 6000 km de trajet donc j’ai envie de laisser 6000 fois mon nom quelque part !

Qu’aimez-vous faire quand vous ne jouez pas au foot ?

J’aime bien me reposer ! Je suis casanière. Plus je suis chez moi et mieux je me porte. Après, j’ai des hobbies comme tout le monde, me faire un petit ciné de temps en temps, un petit restau, manger en famille… Je dis toujours que mon corps, c’est mon outil de travail donc quand j’ai du repos, ce n’est pas pour aller prendre l’avion, faire du shopping, c’est pour rester chez moi, me reposer et prendre soin de ma maison.

Quelle relation avez-vous gardé avec la Martinique ?

J’y vais souvent, minimum une fois par an, en décembre ou pour les grandes vacances… Ca dépend des programmes de compétition ! Je suis fière d’être Antillaise et Martiniquais et partout où je passe, mes origines sont avec moi ! Si vous saviez, quand j’ai marqué contre le PSG, le nombre de messages que j’ai reçus, famille, amis ou anonymes… Il y a une ferveur populaire et je sais que les Martiniquais sont derrière moi, que la plupart sont fiers de voir mon parcours. Je suis Française, mais je sais d’où je viens et le chemin a été difficile !

Avez-vous des projets pour le foot en Martinique ?

C’est dans mes projets ! On a énormément de qualités au pays, mais tout est question de moyens et de structures. J’aimerai faire des choses pour les jeunes parce qu’ils sont la base ! Si demain, on veut avoir de la qualité, il faut s’appuyer sur cette jeunesse. Je travaille déjà sur mes projets, mais je ne suis pas encore au pays pour mettre en place des choses…

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle saison ?

Tout gagner ! Ca fait quatorze ans qu’on gagne le championnat, neuf fois la Coupe de France, sept fois la ligue des champions…

On vous attend au tournant !

Vous pouvez dire tout le monde nous attend ! On connaît déjà le titre des journaux en cas de défaite ! Pour nous, c’est motivant, parce qu’on le sait. On sait qu’on est l’équipe à abattre, ça nous demande encore plus aux entraînements pour être au niveau ! Ça veut dire qu’on a toujours soif ! Chaque fois que je mets mes crampons, c’est pour gagner ! On n’oublie jamais que tout le monde est à 10 000 % contre nous et nous, on est obligées, on n’a pas le droit à l’erreur et chaque week-end, on essaie de se mettre au niveau et de tout faire pour gagner.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Martiniquaise ?

Tout simplement de croire en elles, en leur potentiel ! J’étais déterminée, assidue quand j’ai commencé le foot, je savais où je voulais aller. Mon message, c’est travailler et rester sérieuse. Il ne suffit pas d’être détectée par un club, mais dès le début, il faut savoir ce que le petit garçon ou la petite fille veut et lui donner les moyens d’y parvenir ! Même si on a de la qualité — à part Messi aujourd’hui qui peut rester un an sans jouer au foot et revenir et faire mal à tout le monde — il faut travailler, se donner les moyens d’atteindre ses objectifs, ses rêves… Parce tout est possible !

Propos recueillis par FXG

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 07:25
Les signataires du nouveau PLOM 2020-2022

Les signataires du nouveau PLOM 2020-2022

La Cour des comptes plombe le plan logement Outre-mer

Ce n’est pas une surprise puisque dès avril 2019, la ministre des Outre-mer reconnaissait que le plan logement Outre-mer 2015-2020 (PLOM) était un échec. La Cour des comptes vient donc juste enfoncer le clou : « L’objectif visé de construction de 10 000 logements neufs par an n’a pas été atteint et les problèmes majeurs d’un habitat informel ou insalubre persistant, d’un habitat social ancien dégradé et de centres-villes en dépérissement aux Antilles n’ont pas été réglés. » C’est dire si le PLOM 2020-2022 devra redresser l’affaire ! Et là-dessus, le MOM compte très fort sur l’arrivée d’un nouvel acteur, CDC Habitat, qui a pris une participation dans les sociétés immobilières d’Outre-mer. Quel est l’état des lieux du logement social en Outre-mer ? Il y a 775 000 habitations dont 155 000 logements sociaux pour une population de 1 721 000 ayants droit potentiels, soit un taux d’éligibilité supérieur à celui de la métropole. Ce parc a bénéficié, de 2002 à 2017, de financements cumulés de l’État (en subventions de la ligne budgétaire unique — LBU — et en dépenses fiscales — défisc au logement social — supérieurs à 3,6 milliards d’€. Les financements publics se partagent jusqu’ici entre incitations fiscales (introduites en 2009) et subventions financées par la LBU, confiée au ministère des Outre-mer.

La direction du budget, répondant à la Cour à propos du niveau des financements alloués au logement par la LBU, a souligné la sous-consommation chronique de ces crédits – 65 M€ non consommés en 2018, soit 28 % des crédits de paiement (CP), et encore 74,30 M€ en autorisation d’engagement et 48M€ en CP non consommés en 2019 . Elle a rappelé l’accumulation de 758 M€ de restes à payer dont près du quart antérieurs à 2014, et de retraits d’engagement à hauteur de 18 %, ce qui lui fait conclure « qu’une quantité importante de projets est lancée de façon précipitée ».

L’absence de planification à l’échelle intercommunale freine l’intervention des établissements publics fonciers dont la stratégie dépend des plans d’urbanisme, d’aménagement et d’habitat et porte atteinte à la territorialisation de la politique locale du logement. En Martinique, la majorité des plans locaux d’urbanisme (PLU) ne sont que la simple transformation des plans d’occupation des sols et sont donc généralement anciens. Le recours excessif au zonage « habitat diffus », à la constructibilité limitée, les rend imprécis. Un seul des quatre établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de l’île dispose d’un plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). En Guadeloupe, sept communes seulement sur 32 disposent d’un PLU approuvé ou en cours de révision et aucun des six EPCI n’est doté d’un PLUi. Selon l’établissement public d’aménagement foncier de Guyane (EPFAG), « la majorité des PLU de Guyane n’est aujourd’hui plus en phase avec les projets d’aménagements, ni avec le SAR ». Aucun des quatre EPCI de Guyane n’a édicté de PLUi.

La défiscalisation a permis de financer 5 259 logements sociaux en 2018 tout en renchérissant le coût de construction de 20 % à 30 % en moyenne par rapport à la métropole. Ainsi, la Cour estime qu’avant 2010 un million d’euros de financement public, alors uniquement d’origine budgétaire, permettait de construire 38 logements outre-mer alors que depuis cette date, majoritairement appuyé sur des dépenses fiscales, il ne permet plus que de construire 16 logements.

L’année 2017 avait été marquée par la baisse du nombre de logements mis en chantier, du fait notamment de mouvements sociaux en Guyane et à Mayotte, de perturbations climatiques aux Antilles, de difficultés de programmation de certains bailleurs sociaux et des problèmes récurrents de mise à disposition de foncier. Or, malgré la priorité affichée du ministère des Outre-mer de promouvoir un habitat répondant aux besoins des populations d’outre-mer, les dépenses budgétaires en faveur du logement n’ont jamais été aussi faibles au cours de la décennie passée qu’en 2018 : 159,3 M€ en autorisations d’engagements et 162,9 M€ en crédits de paiement. Mais promis, tout ira bien pour la période 2020-2022.

FXG

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 07:13
Le préfet de Martinique poursuivi

Affiche des ananas : le parquet général demande le dépaysement à Paris

Le 3 août dernier, Kévin Zobal, Wilhem Antonin, Charles Moussard, Bruno Pelage, Axel Dédé, Lubert et Teddy Labonne, plus connus sous l’appellation collective des « sept d’Océanis », ont cité le préfet de la Martinique Stanislas Cazelles à comparaître ce 30 septembre devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France pour répondre du chef d’injures publiques à caractère racial. Cette citation directe se fonde sur l’émission d’une affiche le 22 mai dernier dans le cadre de la crise sanitaire, préconisant une distanciation sociale d’un mètre ou 5 ananas.

Le parquet général de Fort-de-France a déposé une requête en dépaysement à la chambre criminelle de la Cour de cassation. Dans sa requête datée du 26 août, Pierre-Yves Couilleau, le procureur général, écrit : « Selon les plaignants, cette affiche révèlerait une forme de mépris à l’égard des Martiniquais en ce qu’elle soulignerait leur incapacité à apprécier autrement la distanciation que par une représentation imagée ». Il est vrai que le soir même où cette affiche était posée, le préfet de la Martinique écrivait dans un twitt : « Nous venons de retirer l'illustration publiée hier concernant la distanciation physique. Nous présentons nos excuses si elle a pu heurter certains d'entre vous. L'unique objectif était de montrer l'importance de la distanciation face à l'épidémie. »

Pour autant, le parquet général indique dans sa requête que « deux arguments militent pour un dépaysement de cette affaire vers une juridiction n’appartenant pas aux juridictions d’Outre-mer », c’est-à-dire que non seulement, il conviendrait de dépayser mais surtout pas en Guadeloupe ou en Guyane. Il ne s’en explique pourtant pas au risque de laisser entendre l’existence de justices différentes selon que l’on se trouve en Outre-mer ou dans l’Hexagone… Cette précision exclusive aurait pourtant tendance à entériner le caractère délictueux de l'affiche... Le premier argument développé par le représentant de la société est de considérer que « les relations professionnelles étroites entre le ministère public de Fort-de-France, plus généralement les juridictions, avec l’autorité préfectorale martiniquaise rendraient soupçonnable, au nom de l’impartialité objective, toute décision juridictionnelle. » Le procureur général évoque ensuite « la situation très tendue que connaît la Martinique depuis environ une année » et les « débordements devant le tribunal judiciaire notamment le 13 janvier ». Il parle donc des sept d’Océanis, ceux-là même qui le 3 juin dernier avaient trouvé le palais de justice fermé avant d’apprendre que leur procès avait été renvoyé sine die… M. Couilleau estime que les « attaques incessantes dont singulièrement le ministère public fait l’objet en raison de son action, ne permet pas de penser qu’une telle affaire puisse, ne serait-ce même, que sur le terrain de la recevabilité, être examinée sereinement à Fort-de-France. » C’est pourquoi il sollicite de la Cour de cassation qu’elle désigne le tribunal de Paris. Consultée, la défense des plaignants n’a pas souhaité faire de commentaire. La dernière fois qu’une affaire a été dépaysée à Paris, c’était l’affaire Green Parrot qui s’est terminée en eau de boudin, renvoyant le parquet de Fort-de-France à ses responsabilités.

FXG

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 05:16
Antoine Karam, lors de la présentation du rapport au Sénat, le 15 septembre 2020

Antoine Karam, lors de la présentation du rapport au Sénat, le 15 septembre 2020

Le Sénat se penche sur le trafic de coke en Guyane

Le rapport de la mission sénatoriale sur le phénomène des mules entre Cayenne et Orly a été adopté mardi matin à l’unanimité. Il préconise que l’autorité régalienne prenne des mesures ambitieuses avant que les dérives maffieuses ne prennent le dessus.

C’est la première fois qu’un travail parlementaire fait un point précis sur le trafic de cocaïne entre la Guyane et l’Hexagone. Le flux représente tout de même 15 à 20 % du marché hexagonal dont on estime à 600 000 le nombre de consommateurs réguliers. La Guyane, à l’intersection stratégique des zones de production et de celles de consommation, connaît de tels déséquilibres économiques et sociaux, que le trafic de cocaïne est devenu une opportunité à laquelle ne résistent pas non seulement une jeunesse défavorisée socialement, mais également des adultes plus âgés et des mères de famille. C’est que la rémunération des mules se situe entre 2 000 et 10 000 euros. « On estime, indique le rapporteur Antoine Karam, qu’en temps normal, entre 20 et 30 passeurs de cocaïne souhaiteraient prendre chaque vol au départ de Cayenne en direction d’Orly et que 8 à 10 y parviendraient. » Ce ne sont pas les deux scanners installés à Félix-Eboué, ni les 25 douaniers sur l’ensemble du territoire qui dissuadent les passeurs, ni les investisseurs. Le trafic est rentable puisque le kilo de cocaïne se négocie à 3500 euros pour être revendu au moins dix fois plus. Certes, un protocole interministériel de lutte contre ce trafic a été signé en 2019, mais les trafiquants adoptent une stratégie de saturation en envoyant des mules en nombre !

Pour prévenir ce phénomène, fait-on tout ce qu’il faut ? Ce n’est pas l’avis des sénateurs qui regrettent l’absence d’un acteur institutionnel désigné, d’une communication adaptée et plus globalement d’une banalisation de ce trafic. Ils proposent donc une réponse articulée en trois axes. Le premier est répressif. Il consiste à traiter la masse des passeurs et à démanteler les réseaux avec des peines « exemplaires et dissuasives ». Pour autant, ils souhaitent une politique de réinsertion efficace. Ainsi, ils recommandent de donner au Service de probation et d’insertion pénitentiaire de la Guyane un rôle de maître d’œuvre, y compris dans l’Hexagone.

Mais surtout, les sénateurs plaident pour un « volet social ambitieux » dans une politique de prévention coordonnée par le préfet et la Collectivité territoriale. Il s’agirait de cibler es familles et leur entourage, les collèges et de l’environnement extra-scolaire et de recourir à la langue bushinengé. Mais encore d’augmenter les crédits de la prévention concernant la formation des jeunes et leur accompagnement socio-professionnel. « Il faut une réponse qui offre un avenir à la jeunesse », a lancé M. Karam.

Enfin, le rapport sénatorial estime que la coopération internationale doit être au cœur du combat en faisant adhérer la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane à la CARICOM et en renforçant la coopération bilatérale avec le Suriname et le Brésil. « Nous sommes à deux heures de vol de la Colombie, poursuit le sénateur Karam. C’est l’image de la France qui est jeu. La solution est entre les mains de ceux qui détiennent le pouvoir régalien ! »

FXG

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