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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 20:17
Karim Mahdjouba, patron de KMH productions à Papeete, est le réalisateur des "Enfants du corail".

Karim Mahdjouba, patron de KMH productions à Papeete, est le réalisateur des "Enfants du corail".

La culture du corail

Avec "Les enfants du Corail" (52', KMH Productions), présenté dans la sélection des écrans océaniens au 17e FIFO, Karim Mahdjouba fait un parallèle entre les marches pour le climat qui ont émaillée l'Europe l'année dernière, le phénomène Greta Thunberg, et les "coral gardiners" de Moorea qui luttent eux aussi contre le changement climatique, mais à leur façon. Le film développe l'aventure de cette-bande de jeunes dans l'île voisine de Tahiti, unie derrière Titouan qui a eu au départ une idée toute simple : "Puisque le corail meurt, nous allons en replanter." Titouan est un as des réseaux sociaux et a réussi à gagner 535000 abonnés. Il est suivi par des personnalités comme Lambert Wilson... La leçon de ce film, c'est que la transmission se fait aussi dès le plus jeune âge dans cette garderie où les jeunes apprennent à bouturer le corail.

FXG

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 17:30
Nina Barbier, réalisatrice

Nina Barbier, réalisatrice

Un film d'impact ou feel good, c'est selon

"Peut-on encore vivre aujourd'hui quelque part sur cette planète sans échange monétaire ?" C'est la question que pose la documentariste Nina Barbier dans, "Vanuatu, coutume, troc et dent de cochon" le film qu'elle a présenté hors compétition au 17e FIFO, à Papeete le 4 février. Au Vanuatu coexistent deux économies parallèles : une économie libérale et même off shore à Port-Vila et dans les îles touristiques, avec des banques, des paquebots et des duty free shop, et dans la plupart des 84 îles de cet archipel une économie traditionnelle où le fric n'existe pas. "Les gens ont tous un jardin puisqu'au Vanuatu, on naît avec de la terre. Ils vivent avec les cultures de leurs jardins", explique Nina Barbier qui a passé plusieurs semaines de tournage sur les îles de Pentecôte et Embrym, A l'indépendance du Vanuatu, ex-Nouvelles Hébrides, en 1980, le président Walter Lini a participé au mouvement socialiste mélanésien. Il prône alors le partage, la mutualisation et la valorisation des ressources dans les jardins, leur agriculture. Il prône une économie traditionnelle basée sur les échanges, les dons et contre-dons, en un mot, la coutume.

"L'argent existait bien avant l'arrivée des blancs dans toutes ces îles, explique la réalisatrice, c'étaient les monnaies coutumières que sont les dents de cochon, les nattes rouges et les coquillages. Le nouvel Etat s'est doté d'une monnaie, le Vatu, mais dans l'économie traditionnelle, la dent de cochon est un véritable système bancaire parallèle. Chaque cran de la courbe de la défense du cochon correspond à de l'argent, à un grade chez les chefs coutumiers. C'est en nombre de cochons qu'on va juger de sa richesse.

"Depuis Bretton Woods, poursuit Nina Barbier, nous vivons sous l'étalon dollar, il y a l'étalon or et il y a l'étalon cochon. "It's our money, it's our gold !", dit un chef arborant sa belle dent de cochon sur le torse.

Sur ces îles sans hôtel, ni chambre d'hôte, ni commerce, ni route, les anciens mettent en garde les jeunes qui veulent aller travailler à Port-Vila : "Allez-y, vous voulez gagner de l'argent, mais vous n'allez pas en gagner assez et vous allez vivre comme des esclaves..."

Les communications sont chères et compliquées entre les îles de l'archipel, ce qui ne favorise pas les échanges. "Les gens vivent en autarcie, raconte Nina Barbier, et ce sont les jeunes comme Bosco, un de ses personnages, qui a pris le ferry il y a cinq ans et qui revient pour la première fois avec des vêtement, du riz, du café, de l'essence, du savon et de la lessive... "L'économie coutumière, continue Nina Barbier, et la tradition non seulement subsistent, mais elles préservent les populations des affres que subissent aujourd'hui les sociétés capitalistes modernes."

"On est catégorisé comme un des pays les plus pauvres, mais on est classé depuis plusieurs années comme le pays où l'homme est le plus heureux", témoigne Ralph Regenvanu, ministre des affaires étrangères du Vanuatu, qui soutient le maintien d'une économie traditionnelle. La loi permet désormais de pouvoir régler une note d'hôpital ou des frais de scolarité avec un cochon par exemple.

Avec son film, Nina Barbier chatouille les consciences : "On est dans une bulle financière énorme. En France, on est endetté et on vit de façon totalement artificiel avec des taux d'intérêt négatifs. Ca n'a pas de sens ! La bulle va nous péter en plein la figure et les Vanuatais, ils vont bien rigoler !"

FXG, à Papeete

A voir sur Polynésie la 1ère et Ushuaia TV

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 16:15
Ophir, 97', Alexandre Berman et Olivier Pollet

Ophir, 97', Alexandre Berman et Olivier Pollet

"Ophir", l'histoire réparée de Bougainville

"Nombre des habitants de Bougainville, raconte Alexandre Berman, coréalisateur avec Olivier Pollet, ont cette croyance très ancrée que leur île est Ophir, cette terre où le roi Salomon est allé chercher ses trésors pour construire son temple."

Alexandre Berman et Olivier Pollet à la sortie du cocktail chez le haut-commissaire de la Polynésie française pendant le FIFO 2020

Avant qu'elle ne se nomme Bougainville, ses habitants appelaient leur île dans l'archipel des Salomons, la terre sacrée. Sur cette terre, la Bougainville Cooper limited a installé une énorme mine à ciel ouvert. La mine de Panguna a été le catalyseur d'une guerre qui a duré plus de dix ans, qui a tué 10 % de la population, une guerre nommée "la crise de Bougainville". Entre la découverte des minéraux dans les années 1960 et le début de leur exploitation dans les années 1970, il y a eu, comme l'énonce pudiquement Alexandre Berman, des "épisodes coloniaux" dont la mine reste le stigmate le plus visible, celui d'une terre violée. Des populations sont déplacées sur des terres qui ne sont pas les leurs alors qu'à Bougainville, les terres sont coutumières et appartiennent traditionnellement aux femmes. Ces gens assistent impuissant à l'ensevelissement de cette terre si chargée de sens, de leurs villages où ils ont vécu immuablement de génération en génération. "C'est quelque chose qui est de l'ordre de l'anormal, raconte Alexandre Berman... Certains personnages m'ont dit que c'était la fin de la "lifeline", de la ligne de vie, parce que dès lors qu'ils ne sont plus sur leur terre coutumière, ils ne sont plus rien."

La contestation qui monte explose en 1989, c'est la guerre. Les combats dureront jusqu'en 1997.

Il y a encore des armes à Panguna

En 2014 et 2015, Olivier Pollet et Alexandre Berman, ont passé plus de trois mois dans les communautés et villages avoisinants la mine de Panguna et dans la ville d'Arawa sur la côte Est de Bougainville. Un an auparavant, Olivier Pollet avait écouté à Canberra (Australie), à l'occasion d'une conférence sur l'avenir de Bougainville, le président John Monis afficher sa volonté de rouvrir la mine de Panguna pour financer l'indépendance future... Le référendum promis par les autorités de Papouasie Nouvelle-Guinée dans l'accord de paix de 2001 devait alors se tenir entre 2015 et 2020. "La mine n'est pas le choix des populations qui ont déjà eu à en souffrir, regrette Alexandre Berman, mais celui du gouvernement autonome de Bougainville conseillé par des Australiens."  Rouvrir cette mine, c'est rouvrir des blessures à peine cicatrisées.

Ce sont ces gens et cette terre que les deux réalisateurs ont pris pour héros collectif de leur documentaire. "C'est un film choral ou toutes les voix n'en portent qu'une, explique Alexandre Berman. On voulait explorer le souffle d'un lieu qui a vécu un drame, une histoire lourde mais qui en même temps contient la vie." Les réalisateurs se sont donnés pour mission de "réparer une histoire" à l'instar de l'ancien guerrier, Bruno qui, dans sa forêt, plante des arbres dans un acte de reconquête de la terre, ou encore Ruth, le personnage féminin du film... Mais la menace de la mine rend tenace celle de la guerre. Il y a encore des armes autour de Panguna. Le gouvernement de la République Mékamui formé des anciens chefs de la révolution contrôle toujours cette zone.

Le référendum consultatif qui a eu lieu en décembre 2019 a donné 98 %  de votes en faveur de l'indépendance de Bougainville. Ce désir de liberté remonte à l'origine, à l'indépendance de la Papouasie Nouvelle-Guinée, en 1975. "C'est un désir enraciné qui, du fait de la crise et de la guerre, s'est décuplé, conclut Alexandre Berman. Si des projets miniers très concrets surgissaient à nouveau sur le territoire, ça créerait des complications, mais je ne pense pas que la mine rouvrira." Difficile de dire si, pour être tendance, leur film est ou non un film d'impact, il est en tout cas un beau film d'espoir.

FXG, à Papeete

Ophir, 97', Alexandre Berman et Olivier Pollet

Alexandre Berman et Olivier Pollet ont reçu leur grand prix le vendredi 7 février 2020 à Papeete

 

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 18:18
Heremoana Maamaatuaiahutapu, ministre de la Culture de la Polynésie française et Xallès Kotra, directeur général de Nouvelle-Calédonie la 1ère, les deux fondateurs du FIFO, entourent le président du jury, le réalisateur Eric Barbier

Heremoana Maamaatuaiahutapu, ministre de la Culture de la Polynésie française et Xallès Kotra, directeur général de Nouvelle-Calédonie la 1ère, les deux fondateurs du FIFO, entourent le président du jury, le réalisateur Eric Barbier

Eric Barbier laisse sa trace à Tahiti

Le réalisateur du film "Petit pays" est le président du jury du festival international du film documentaire océanien (FIFO).

Eric Barbier a présenté lundi 3 février à Papeete, Tahiti, son film "Petit Pays", une chronique décentrée du génocide des Tutsis, adaptée du roman de Gaël Faye, et qui sort le 18 mars prochain dans l'Hexagone.

Eric Barbier et Miriama Bono présidente de l'AFIFO, association organisatrice du festival

Le réalisateur français préside actuellement le jury du 17e FIFO. Et c'est depuis Tahiti qu'il évoque son film sous un angle étonnamment documentaire : "Ce n'est pas un film sur le génocide rwandais. Cet écho vient du fait que la mère de l'enfant, dans le film, est une Rwandaise réfugiée au Burundi. Il était très difficile pour moi de trouver une trace documentaire sur cette période. Le seul documentaire dont je disposais, c'était une fiction, "Gito, l'ingrat", un film burundais réalisé par Léonce Ngabo et sorti en 1992. C'est le seul film burundais qui existe à cette époque. Il m'a servi de référence documentaire parce que je pouvais voir Bujumbura, les gens, leurs vêtement, C'est ça le paradoxe !"

Aujourd'hui et depuis la Polynésie qu'il découvre, Eric Barbier invoque le "Tabou" de Murnau tourné ici, en Polynésie en 1931. Il l'a revu avant de partir sur le "continent bleu", ainsi que l'appelle l'un des deux pères du FIFO, Heremoana Maamaatuaiahutapu. "Même si à l'origine de cette fiction, il y a Flaherty, poursuit Eric Barbier, c'est un documentaire ! Je suis sidéré de voir le jeu des Tahitiens. On ne leur a pas appris leur rôle !" C'est cette trace qui l'intéresse, trace d'une manière de vivre, d'aimer, souffrir, être heureux. "Changer le monde, ça me paraît très compliqué, avoue-t-il, par contre je pense que c'est très important pour les générations futures qu'il y ait des traces, partout dans monde entier, des gens... Ca fait partie de la responsabilité de ce genre de festival."

Eric Barbier fait du cinéma, il a fait de la pub, mais il n'a jamais tourné de documentaire. Aujourd'hui il a bien une envie, mais il craint que sa "thématique sociétale ne soit pas vraiment tendance, ce qui ne facilite guère le financement..." Son sujet est clivant puisque c'est l'histoire de Nimeno 2, le torero... Eric Barbier ne veut pas faire une apologie de la tauromachie mais, dit-il, "quand on aura oublié ce que c'est la tauromachie, ce rituel du sacrifice de la mort, nous pourrons regarder ses traces documentaires."

Le jury du FIFO décernera son grand prix vendredi 7 février. 13 films sont en compétition.

FXG, à Papeete

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 05:55
Presse d'Outre-mer en galère et en colère

Les voeux amers de la ministre des Outre-mer

La troisième cérémonie de voeux d'Annick Girardin depuis qu'elle est ministre des Outre-mer s'est déroulée rue Oudinot, à Paris, jeudi 30 janvier, jour noir qui a vu France Antilles trébucher, pardon, mourir... Ses mots sur ce sujet, à la fin de son intervention, m'ont échappé tant il était alors vain de dire quelque chose d'inutile aux 250 salariés qui iront pointer le 6 février 2020 à Pôle emploi... Oui, l'Etat a mis 3 millions sur la table, les collectivités territoriales de Guadeloupe et de Martinique, 1,5 millions et la société d'Aude Jacques Ruettard (AJR Participation) n'a pas trouvé les 1,3 millions manquant... Peur de perdre la majorité de l'actionnariat ? Peur d'être obligée d'ouvrir la clause de cession qui offre aux journalistes un pactole pour partir ? Tous ceux qui voulaient partir l'ont fait il y a trois ans lors de la reprise du groupe France-Antilles par AJR Participation. Et la plupart n'ont même pas touché la totalité de ce pactole...

Maintenant que la bête est morte, qu'elle ne s'agite que pour un ultime soubresaut ce 1er février, l'Etat et d'autres, localement, assurent que le phénix renaîtra de ses cendres... Après les municipales et avant la présidentielle. Car la ministre l'a dit dit, elle croit en "une presse quotidienne régionale d'Outre-mer de qualité, libre et indépendante". Elle a réaffirmé avec son collègue de la Culture "leur mobilisation pour qu’existe une presse locale aux Antilles et en Guyane" et dans tous les Outre-mer...

Presse d'Outre-mer ? A Tahiti, les Nouvelles sont mortes il y a longtemps déjà et la Dépêche survit. En Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Calédoniennes et leur rédaction, sont aux mains d'entrepreneurs locaux qui en ont fait leur jouet. A Mayotte où les routes sont en boue, il n'y a pas de presse papier. Ne restent plus qu'à la Réunion ses deux journaux, le Journal de l'Île (JIR) et le Quotidien, en grandes difficultés eux aussi. A tel point que le directeur de la rédaction du Quotidien, Patrick Planchenault qui a été rédacteur-en-chef de France-Antilles Martinique, directeur de France-Antilles Guadeloupe, puis en poste au JIR, et aujourd'hui directeur de la rédaction du Quotidien, parle dans son édito du 30 janvier de "périodicité" pour son journal qui s'appelle pourtant le Quotidien... A sa place je me poserai des questions sur mon parcours... Et mon rôle dans ces naufrages.

France-Antilles n'a pas su prendre le virage numérique ? Philippe Hersant avait hérité de feu Robert, son père, d'une machine à cash, une pompe à fric avec ses journaux antillais. Mais Philippe Hersant n'a que trop peu investi localement, tout en Suisse et dans l'Hexagone... Sa nièce, le repreneur de 2017, a investi 8 millions d'euros et a acheté des rotatives pour imprimer joli et attirer les annonceurs... Quand il aurait fallu investir sur le net... Mais il n'y a pas que les actionnaires qui sont fautifs.

Editorialement, avons-nous fait ce qu'il fallait ? La Guadeloupe et la Martinique ont fait énormément évoluer leurs journaux pour s'ouvrir à toutes les opinions, la mise en page a été aérée, les faits divers modérés... Que s'est-il passé ? Je dois avouer que quelque fois, l'édition de Martinique a passé certains de mes papiers à l'as, alors qu'une fois publiés sur mon blog (après une longue période d'attente de publication sur le journal), ils ramassaient jusqu'à 15, 20 000 lecteurs. Pas de place sur le papier ? Et le net, il servait à quoi ? Je pense par exemple à la guerre des vétérinaires en Martinique dont le récit que j'avais fait de l'audience disciplinaire à Paris n'était certes pas très confraternel pour la rédaction de Martinique La 1ère. Mais c'était un fait et il fallait le raconter parce que les gens, les lecteurs veulent et doivent savoir. Il ne faut pas ranger son courage au vestiaire quand on arrive au boulot le matin dans une rédaction. Il faut être on nonm' doubout, un homme debout en créole, pour se faire respecter, notamment des politiques parce que que nous sommes, en tant que journalistes, chargés de les sommer de s'expliquer sur leurs actions, bref les surveiller, et quelque fois, faut bien le dire, les emmerder. C'est aussi ça l'apport de la presse à la démocratie.

Ceci n'explique pourtant pas ce naufrage. Les aides à la presse que touchent les journaux de l'Hexagone (1,8 millions pour la Dépêche du Midi, 5 millions pour Libération, 1,3 millions pour Presse Océan) ne s'appliquent pas Outre-mer. Alors quand le ministre de la Culture Franck Riester et celle des Outre-mer, Annick Girardin, "regrettent que la mobilisation d’investisseurs privés, aux côtés d’un soutien exceptionnel de l’Etat, n’ait pas été suffisante pour permettre un projet de reprise", ça laisse à ces voeux un goût amer.

François-Xavier Guillerm, ex-correspondant permanent de France-Antilles à Paris

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 21:19
Mort d'un canard

Les voeux de la ministre des Outre-mer ont eu un goût amer

Ce papier est le dernier papier que j'ai publié dans France-Antilles Guadeloupe le 1er février 2020. Le voici en version intégrale, sans coupe !

La troisième cérémonie de voeux d'Annick Girardin depuis qu'elle est ministre des Outre-mer s'est déroulée rue Oudinot, à Paris, jeudi 30 janvier, jour noir qui a vu France Antilles trébucher, pardon, mourir... Ses mots sur ce sujet, à la fin de son intervention, m'ont échappé tant il était alors vain de dire quelque chose d'inutile aux 236 salariés qui iront pointer le 6 février 2020 à Pôle emploi...

Aude Jacques Ruettard et Arnaud de la Coussaye, derniers actionnaires de France-Antilles (photo France-Antilles Guadeloupe)

Oui, l'Etat a mis 3 millions sur la table, les collectivités territoriales de Guadeloupe et de Martinique, 1,5 millions et la société d'Aude Jacques Ruettard (AJR Participation) n'a pas trouvé les 1,3 millions manquant... Peur de perdre la majorité de l'actionnariat ? Peur d'être obligée d'ouvrir la clause de cession qui offre aux journalistes un pactole pour partir ? Tous ceux qui voulaient partir l'ont fait il y a trois ans lors de la reprise du groupe France-Antilles par AJR Participation. Et la plupart n'ont même pas touché la totalité de ce pactole... Peur de mettre en gage le foncier qui appartenait à France-Antilles et qu'elle a tranquillement mis à part pour elle ?

Maintenant que la bête est morte, qu'elle ne s'agite que pour un ultime soubresaut ce 1er février, l'Etat et d'autres, localement, assurent que le phénix renaîtra de ses cendres... Après les municipales et avant la présidentielle. Car la ministre l'a dit dit, elle "croit en une presse quotidienne régionale d'Outre-mer de qualité, libre et indépendante". Elle a réaffirmé avec son collègue de la Culture "leur mobilisation pour qu’existe une presse locale aux Antilles et en Guyane" et dans tous les Outre-mer...

Presse d'Outre-mer ? A Tahiti, les Nouvelles sont mortes il y a longtemps déjà et la Dépêche survit. En Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Calédoniennes et leur rédaction, sont aux mains d'entrepreneurs locaux qui en ont fait leur jouet. A Mayotte, il n'y a pas de presse papier. Ne restent plus qu'à la Réunion ses deux journaux, le Journal de l'Île et le Quotidien, en grandes difficultés eux aussi. A tel point que le directeur de la rédaction du Quotidien, Patrick Planchenault qui a été rédacteur-en-chef de France-Antilles Martinique, directeur de France-Antilles Guadeloupe, puis en poste au JIR, et aujourd'hui directeur de la rédaction du Quotidien, parle dans son édito du 30 janvier de "périodicité" pour son journal qui s'appelle pourtant le Quotidien... A sa place je me poserai des questions sur mon parcours... Et mon rôle dans ces naufrages.

France-Antilles n'a pas su prendre le virage numérique ? Philippe Hersant avait hérité de feu Robert son père, d'une machine à cash, une pompe à fric, avec ses journaux antillais. Mais Philippe Hersant n'a que trop peu investi localement, tout en Suisse et dans l'Hexagone... Sa nièce, le repreneur de 2017, a investi 8 millions d'euros et a acheté des rotatives pour imprimer joli et attirer les annonceurs... Quand il aurait fallu investir autrement et sur le net... Mais il n'y a pas que les actionnaires qui sont fautifs.

"Il ne faut pas poser ses couilles au vestiaire quand on arrive au boulot le matin dans une rédaction."

Editorialement, avons-nous fait ce qu'il fallait ? La Guadeloupe et la Martinique ont fait énormément évoluer leurs journaux pour s'ouvrir à toutes les opinions, la mise en page a été aérée, les faits divers modérés... Que s'est-il passé ? Je dois avouer que quelque fois, l'édition de Martinique a passé certains de mes papiers à l'as, alors qu'une fois publiés sur mon blog (après une longue période d'attente de publication sur le journal), ils ramassaient jusqu'à 15, 20 000 lecteurs. Pas de place sur le papier ? Et le net, il servait à quoi ? Je pense par exemple à la guerre des vétérinaires en Martinique dont le récit que j'avais fait de l'audience disciplinaire à Paris n'était certes pas très confraternel pour la rédaction de Martinique La 1ère. Mais les faits sont têtus et il fallait les raconter parce que les gens, les lecteurs veulent et doivent savoir. Il ne faut pas poser ses couilles au vestiaire quand on arrive au boulot le matin dans une rédaction. Il faut être on nonm' doubout, un homme debout, en créole, pour se faire respecter, notamment des politiques parce que que nous sommes, en tant que journalistes, chargés de les sommer de s'expliquer sur leurs actions, bref les surveiller, et quelque fois, faut bien le dire, les emmerder. C'est aussi ça l'apport de la presse à la démocratie.

Ceci n'explique pourtant pas ce naufrage. Les aides à la presse que touchent les journaux de l'Hexagone (1,8 millions pour la Dépêche du midi, 5 millions pour Libération, 1,3 millions pour Presse Océan) ne s'appliquent pas Outre-mer. Alors quand le ministre de la Culture Franck Riester et celle des Outre-mer "regrettent que la mobilisation d’investisseurs privés, aux côtés d’un soutien exceptionnel de l’Etat, n’ait pas été suffisante pour permettre un projet de reprise", ça laisse à ces voeux un goût amer.

François-Xavier Guillerm, ex-correspondant permanent de France-Antilles et France-Guyane à Paris

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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 07:20
Les services public en Outre-mer

Accès aux services publics Outre-mer : loin du compte !

Sur 1 383 Maisons de services au public en France, seulement 21 sont situées en Outre-mer. Ceci est une illustration saisissante des déficits d’accès aux services publics dans les territoires d’Outre-mer.

Au Conseil économique, sociale et environnemental, Michele Chay et Sarah Mouhoussoune ont présenté mercredi 29 janvier leur étude sur l'accès aux services publics dans les Outre-Mer. "Quand l’accès au service public est bouché, a déclaré lors du débat Jacques Toubon, le défenseur des droits, les droits ne sont pas effectifs." Ce constat partagé tient à l’insuffisance de moyens des administrations, des coûts de déplacement et de l’inadaptation des procédures. "Lorsque la géographie pose des difficultés, signale l'étude, c’est à l’État de s’organiser pour garantir l’accès au service public."

Le mouvement des gilets jaunes à La Réunion en novembre et décembre 2018 ont fait suite aux soulèvements des Antilles-Guyane et de La Réunion en 2006, 2008 et 2009, de Mayotte en 2011, de Guyane en 2017 et encore de Mayotte au début 2018. "Ces mobilisations populaires sont l’expression du mal-être et des injustices qui perdurent depuis de nombreuses années, a indiqué Michèle Chay, ce que demandent  les ultramarins, c’est l’égalité ni plus ni moins." Or, ces manifestations à répétition n’ont entraîné que des mesures correctives, souvent en urgence et insuffisantes. Pour le CESE, les Outre-mer ont besoin d’un plan de rattrapage global et d’un plan d’investissements qui permettent "une transition vers des modèles de développement humain, durable et soutenable, adaptés à chaque territoire". "Les carences en matière de santé, d’éducation et d'environnement, a souligné Sarah Mouhoussoune, sont des priorités à combler car elles conditionnent l'avenir de nos territoires."

L'étude propose 20 pistes de réflexion qu'il s'agisse d'une meilleure intégration des besoins des Outre-mer aux politiques publiques, de sortir d'une logique d'urgence et de réaction face aux crises, de mettre en place une véritable "clause d'impact Outre-mer" dans le processus législatif qui ne se limiterait pas à l'analyse juridique mais qui intègrerait aussi les impacts sociaux, économiques et environnementaux. Encore faudrait-il disposer d’indicateurs "fiables et exhaustifs" permettant des comparaisons dans le temps et dans l’espace...

Décrochage scolaire

Concrètement, le CESE appelle à adapter les effectifs de sécurité et de justice en complément des Maisons de services au public, à investir dans la couverture réseau numérique et dans l'accompagnement des usagers, à renforcer le vivier des cadres administratifs ultramarins par la création de filières post-bac préparant aux écoles d’administration et d'un Institut de préparation à l’administration générale (IPAG) dans chaque territoire. Dans cet esprit, il soutient le dispositif de formation des "cadres d’avenir pour Mayotte" dont il préconise la généralisation aux autres territoires.

Pêle-mêle, le CESE voudrait que la Protection maternelle et infantile comme le maillage territorial des centres hospitaliers, des centres de santé et dispensaires soient reforcés. Le CESE insiste enfin sur le décrochage scolaire. Si 10,1% des élèves quittent l'école avant 16 ans en France hexagonale, le chiffre s'élève à 12,8 % à la Guadeloupe, 15,8% à la Martinique, 26,9 % en Guyane. L'État devrait donc donner les moyens nécessaires pour atteindre un maximum de 24 élèves par classe tout en tenant compte des réalités bilinguales.

Toutes ces recommandations ressemblent pour beaucoup à l'esprit de la loi égalité réelle réelle Outre-mer adoptée en 2017. La signature des premiers Contrats de convergence en juillet dernier est déjà "une inflexion positive vers une meilleure prise en compte des besoins des territoires", à condition qu'ils soient évalués à mi-parcours à travers "une large participation des populations ultramarines concernées".

FXG, à Paris

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 09:44
Un joueur de foot fait la mule

18 mois de prison pour le joueur de la Gauloise

Le jeune Ruddy , incarcéré à Fresnes depuis dimanche, a été condamné mardi 28 janvier par le tribunal de Créteil à une peine de dix-huit mois de prison assortie du maintien en détention et d'une amende douanière de 7000 euros.

Interpellé vendredi matin à Orly, à sa descente d'avion, Ruddy a été trouvé en possession de 2,3 kilos de cocaïne dans sa valise. Hier, face à ses juges, le jeune homme a plaidé la gentillesse et la naïveté. Il a expliqué que dans sa section, en Guadeloupe, beaucoup savaient qu'il devait se rendre dans sa famille en région parisienne et c'est ainsi qu'une de ses connaissances lui a demandé de transporter un paquet. Le jour du départ, c'est une femme d'une cinquantaine d'années qui lui a remis ce qu'il dit avoir pris pour des biscuits. Après tout, a expliqué Me Sukeyna Elachguer, son avocate, sa valise contenait déjà du poisson, de la viande et du rhum pour sa famille... A l'arrivée à Orly, quelqu'un devait l'attendre et récupérer les "biscuits". Pas de chance, ce furent les douaniers.

Pour le procureur qui a requis dix huit mois ferme et les douanes qui ont demandé une amende 71500 euros, valeur estimée de la cocaïne, Ruddy a agi en toute connaissance de cause et la personne qui lui a confié la marchandise avait confiance en lui et que si aucune récompense financière n'était apparue dans le dossier, le prévenu devait attendre une compensation à un moment ou un autre.

Le tribunal a rappelé que Ruddy n'avait jamais été mêlé à aucune affaire de transport de stupéfiants, mais qu'il avait eu une fois affaire à la justice pour une affaire de moeurs et pris six mois de sursis. Par ailleurs, le jeune homme a des diplômés, un emploi, et est aussi pompier volontaire et footballeur — une tradition familiale.

Me Elachguer estime que son client a été très naïf avant de demander si une telle peine serait utile.... Avec Ruddy, c'était la 5e mule que le tribunal de Créteil jugeait mardi dont une Martiniquaise et deux autres en provenance de Cayenne... C'est sûr que le profil du jeune footballeur de la Gauloise était bien différent de ces dernières, mais cela n'a pas réussi à infléchir la décision du tribunal.

FXG, à Créteil

 

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 07:44
Jostte Manin et Olivier Serva (archives)

Jostte Manin et Olivier Serva (archives)

Les députés évaluent la loi qui a créé l'Université des Antilles au bord de l'explosion

Josette Manin (PS) et Danièle Hérin (LREM) ont présenté leur rapport d'évaluation de la loi créant l'université des Antilles devant la commission des affaires culturelles et éducation de l'Assemblée nationale et la délégation Outre-mer. En raison des pressions dont a été soumise leur mission (déplacement en Guadeloupe reporté deux fois), le député guadeloupéen (Modem) a été nommé rapporteur pour avis. Ce sont donc deux rapports qui ont été approuvés hier par les députés. Il a été préalablement décidé que ces députés n'auraient pas à se prononcer sur la répartition des moyens entre les deux pôles de l'UA.

La député Hérin a rappelé que l'UA était née en 2015 d'une loi, et non d'un décret comme les autres universités françaises. Aujourd'hui, elle serait au bord de la scission. Josette Manin a rapporté "un manque de dialogue, de considération", notamment par le pôle martiniquais qui reproche à l'administration basée en Guadeloupe de ne pas lui accorder de moyens pour ses nouvelles formations... Au tableau des personnalités et du jeu de ces acteurs, s'ajoute un contexte fortement marqué par l'affaire du CEREGMIA qui "a empoisonné durablement l'UAG, martèle Josette Manin, l'empoisonne encore et pour longtemps".

Mais c'est la répartition des moyens le vrai problème. En raison des démographies spécifiques de chaque île, en 2018, la dotation du pôle Guadeloupe a été élevé de 60 à 66 %. "Insuffisant !", ont râlé les Guadeloupéens. "Partialité, opacité, données biaisées", ont protesté les Martiniquais. Voilà pourquoi, l'université est au bord de l'explosion. Même le président actuel l'a déclaré : "S'il faut une scission, scission il y aura !" Pourtant, de part et d'autre, personne ne veut de la scission. Il est impératif de maintenir unie cette université dans la Caraïbe. Elle n'affiche déjà que 12 000 étudiants face aux 50 000 de Trinidad ou Barbade. La conclusion des deux rapporteurs est que l'UA est dans une impasse juridique, seule université crée par la loi, seule avec deux pôles... Il existe bien un ordonnance qui autorise aux universités pour expérimenter un nouveau type de gouvernance, mais l'UA en est exclue. Il faudrait tout de même régler ce problème avant les prochaines élections à l'UA.

Avant de présenter son rapport, Max Mathiasin a parlé des "diatribes", de sa collègue Josette Manin lorsqu'elle "accuse le pôle Guadeloupe de tous les maux". Mais il est d'accord avec elle pour pointer les dysfonctionnements, notamment pour les modalités d'élection du président et de sa liste. Quant à la répartition des moyens, il propose que ce soient les recteurs de Guadeloupe et de Martinique qui sont aussi chanceliers de l'université, qui effectuent ce contrôle. "L'Université des Antilles, a-t-il conclu avant la discussion et le vote, pour éviter la scission doit être basée sur l'unité, l'équité et la complémentarité."

FXG, à Paris

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 05:31
L'or rouge, d'Isabelle Richard

Un conte fantastique sur l’esclavage et l’amour

L’Or rouge est le premier opus d’une trilogie signée Isabelle Richard (photo) et publiée chez Maïa éditions. Ce roman, à cheval entre histoire et fantastique, nous transporte sur les traces d’Adam, fils d’esclave, né à Trinité en Martinique. Son enfance est rythmée des lentes agonies des martyrs de ceux que l’on traite comme des bêtes, mais aussi bercée par l’amour de sa mère et son amitié interdite avec Hélène, la fille du maître de l’habitation. Cet homme tourmenté porte en lui les prémices de l’abolitionnisme. Et alors que l’on s’attend à tomber dans la mièvrerie d’un amour que l’époque condamne, l’auteur nous emmène sur la piste d’un Nosferatu tropical… Adam est devenu un vampire en errance, de siècle en siècle, pour un long apprentissage de sa qualité nouvelle de monstre. Sa rencontre avec Guillaume, médecin, frappé du même mal, et qui a appris à dominer ses pulsions, va le pousser à retrouver sa condition humaine. Mais la quête du vampire n’est-elle pas toujours l’Amour ? « Le mythe du vampire, explique Isabelle Richard, n'est pas seulement une métaphore de l'amour, le vampire est un être monstrueux qui vide l'autre de sa substance vitale, le déshumanise, en fait sa proie, son jouet, sa chose avec cruauté et perversité, à l'image des esclavagistes et de la plupart des blancs d'alors. »

Le lecteur, comme l’auteur, pensent bien évidemment au zonbi qui a perdu toute forme d'humanité, comme une projection de l’esclavagiste. « Là où certains sont mués par l'amour et la bienveillance, poursuit Isabelle Richard, d'autres le sont par leurs propres intérêts, le mal. Que leur importe alors de détruire ceux qu'ils croisent, et ce qu'ils leur infligent, ils prennent jusqu'à la vie pour servir leurs vils instincts. »  Au fil des pages, ses vampires se révèlent pour la plupart des êtres bienveillants, et les vrais monstres sont les hommes. Isabelle Richard a vu « Racines » d'après le livre de Alex Haley, elle a souffert avec Kounta Kinté, le héros, et puis elle a eu un aïeul que l'on surnommait le « sauvage », et qui était probablement noir... « D'où venait-il ? Qui était-il ? Je n'en sais rien, avoue Isabelle Richard. J'ai imaginé plein de choses sur lui et ça m'a surtout donné la certitude que le racisme n'est pas quelque chose de rationnel car on est un mélange de plein de pays, d'histoires, de cultures. »

« L’Or rouge » n’est pourtant pas un roman contre l'esclavage, c'est un roman fantastique, une histoire d'amour qui défie l'Histoire et le temps, une histoire d'amour compliquée voire impossible pour dire que les sentiments ne meurent jamais vraiment lorsque l'on a aimé éperdument. Même la mort ne peut anéantir l'amour, c’est le message subliminal de ce premier roman.

FXG, à Paris

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