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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 10:58
Crise chlordécone

L'Etat veut mettre le paquet sur la recherche

Annick Girardin et Agnès Buzyn ont reçu l'ensemble des parlementaires et élus de la Région pour aborder la question de la pollution des eaux et des sols au chlordécone.

Pour la deuxième fois cette semaine, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est venue au ministère des Outre-mer à l'écoute des parlementaires de la Guadeloupe et de la Martinique pour faire le point sur la pollution au chlordécone dans les deux îles. Il n'y a pas eu d'annonce sensationnelle sur ce sujet qui hante la chronique depuis une vingtaine d'années, si ce n'est celle d'une prochaine réunion en juin prochain avec les ministres de l'Agriculture et de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et celle d'un colloque scientifique en Martinique, du 16 au 19 octobre prochain. "La parole de l'Etat est tenue, s'est réjoui Olivier Serva, député LREM et président de la délégation outre-mer à l'Assemblée nationale, organe qui auditionnait encore récemment Agnès Buzyn et le directeur de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail sur le sujet. "La ministre et le gouvernement, a indiqué M. Serva, ont pris la mesure de la gravité de la situation."

Evidemment, la réunion a été l'occasion de regretter les retards pris dans l'établissement de la     cartographie des zones polluées et son manque de précision.

Reste que l'ensemble des élus étaient d'accord pour dire que s'il y a des contrôles, des classifications et le plan chlordécone 3 en marche, il y a encore des faiblesses. "La cartographie n'est pas assez précise en ce qui concerne les prélèvements, a expliqué le député Modem Max Mathiasin, les terres sont classées trop globalement." Tous se sont également retrouvés sur un besoin de traçabilité et de contrôles phytosanitaires des produits que l'on trouve sur le marché. Entre ceux qui viennent des jardins familiaux qui ne sont pas contrôlés et ceux qui viennent de l'étranger (Dominique, Costa Rica, Saint-Domingue...) et qui ne sont guère mieux traçables, personne ne sait quelle quantité de chlordécone il risque d'ingérer à chaque repas d'ignames !

La question des limites maximales de résidus a créé une petite polémique puisque ces taux, fixés en 2005, auraient été modifiés à la hausse en 2008. "A mon avis, a déclaré Max Mathiasin, la question des LMR n'est plus une polémique dans la mesure où le ministère de la Santé nous a donné des chiffres qui vont être analysés." L'Europe plaide aussi pour un retour au taux de 2005.

Appel à projets de recherche

L'autre constat, c'est l'insuffisance de la recherche sur la réhabilitation des sols, un sujet qui n'a pas été suffisamment pris en considération jusqu'alors. A ce titre l'intervention du ministre la Recherche, le colloque du mois d'octobre et l'appel à projets de recherche sont très attendus. "Il faut que ça aille plus vite sur le lien qu'on doit faire entre chlordécone et cancer de la prostate", a déclaré Olivier Serva. "Un chercheur est retourné en Floride sur le site de l'usine d'Hopewell où a eu lieu le premier incident en 1976, a raconté M. Mathiasin, et dans le cours d'eau, il s'est aperçu que les poissons avaient des taux de chlordécone quasiment nuls dans leur chair... Il faut retourner là-bas pour comprendre le phénomène."

La remédiation de sols est donc le grand enjeu et c'est lui qui coûte le plus cher.

En Guadeloupe comme en Martinique, les deux anciens présidents de Région ont insisté sur la nécessité d'appliquer véritablement les plans chlordécone 1, 2 et 3, mais aussi celle d'aller beaucoup plus loin avec un plan agriculture biologique sur les terres quo ne sont pas encore contaminées.

"Il y a une volonté politique, assure M. Serva, ce n'est pas une question de budget, ils nous l'ont dit !" L'Etat, les collectivités locales et les EPCI devraient mettre de l'argent en commun pour financer la recherche. Victorin Lurel a relancé l'idée de lancer une action de groupe contre Dupont de Nemours et Allied Chemicals...

On n'a pas appris vraiment davantage de choses que nous ne sachions déjà hier, mais gouvernement et élus ont affiché de la pugnacité et la volonté d'avancer ensemble...

FXG, à Paris

La polémique

Lorsque la ministre a rappelé qu'il y avait déjà eu trois plans chlordécone et que les crédits n'étaient jamais consommés, l'ancien président de Région, Victorin Lurel a bondi : "Laisser entendre que si, aujourd'hui, les choses ne sont pas ce que l'on espérait, serait une faute partagée, pour ne pas dire une faute des collectivités à cause de leur inertie, notamment pour le financement de la cartographie, je ne peux pas laisser dire ça !" Une sortie qui, à son tour, a fait bondir Ary Chalus qui ne s'est pas privé de rappeler que c'est le ministre des Outre-mer Victorin Lurel qui avait autorisé les épandages aériens !

Unanimité autour de l'indemnité des pêcheurs

Alfred Marie-jeanne s'est souvenu que l'Etat l'avait laissé seul payer les indemnités des pêcheurs lors des premières restrictions des zones de pêche. Même son de cloche chez M. Létchimy : "Les marins pêcheurs ne peuvent pas être des victimes et être pénalisés pour des choses qu'ils n'ont pas enclenchées. On ne peut pas empêcher les gens d'avoir une activité pendant des années ou des siècles en ignorant complètement deux causes : l'utilisation illégale d'un produit et une dérogation accordée par l'Etat." Jean-Philippe Nilor a enfoncé le clou : "Il n'est pas normal que ce soit des marins pêcheurs qui soient menacés parce que le produit de la pêche n'est pas conforme aux normes. Aujourd'hui encore, il y a des dérogations qui sont accordées pour des produits comme l'azulox, un produit particulièrement toxique dans le milieu aquatique. Encore une fois, c'est la pêche qui paie cash les décisions irrationnelles qui sont prises au plus haut niveau pour protéger une partie  des agriculteurs."

ITW - Jean-Philippe Nilor, député

"Nous avons face à nous le début d'une prise de conscience"

Que retenez-vous de cette réunion ?

La ministre a dit qu'elle était en phase avec l'objectif zéro chlordécone et elle propose même que ce soit généralisé à zéro pesticide. Ce sont des déclarations... Cela exige des plans de transformation de notre agriculture ; moi, je suggère que nous sortions de la logique de l'agriculture intensive pour passer à un autre mode de production.

Quel était son intérêt ?

Faire le point sur l'avancée d'un certain nombre de questions pour pouvoir rendre compte à la population. Nous devons partir à l'assaut de la communication pour que nos populations prennent bien conscience de la gravité de la situation et des marges de manoeuvre que nous pouvons donner à notre action pour nous faire entendre et que des décisions soient prises rapidement, aussi bien en ce qui concerne les contrôles, la recherche en dépollution, la recherche médicale puisqu'avec les cancers qui nous affectent, les enjeux sont énormes... Donc nous avons un travail de communication à faire auprès du peuple martiniquais.

En dehors des LMR, la ministre de la Santé est-elle sur la même longueur d'onde que vous ?

Nous allons attendre puisque les déclarations n'engagent que ceux qui les écoutent ! Nous allons attendre notamment l'octroi de moyens financiers concrets, mais encore les appels à candidature pour des recherches avec des financements joints... Tant que les décisions ne seront pas prises, que l'argent ne sera pas là pour financer les mesures annoncées, nous allons rester dans cette vigilance particulièrement attentive.

Qu'est-ce qui, depuis les premières dénonciations il y vingt ans, a changé ?

En réalité, pas grand-chose n'a été fait... Entre l'ancien ministre des Outre-mer Victorin Lurel et l'actuelle ministre, on se rejette un petit peu la responsabilité ! Au-delà des personnes, il faut que l'Etat français mesure sa pleine responsabilité dans cet empoisonnement de nos populations. Je crois que nous avons face à nous le début d'une prise de conscience.

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