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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 05:12
Jocelyne Béroard intime

ITW Jocelyne Béroard

"J'ai envie de jouer un rôle rigolo !"

Vous venez de donner deux concerts à l'Atrium en Martinique et un à Paris, à la Cigale. Ce sont des salles à taille humaine par rapport aux grandes scènes que vous foulez avec Kassav...

Ca me change beaucoup puisque j'ai l'habitude de grandes scènes ou je fais des allers et venues incessantes...   Là je suis obligé de rester un peu plus statique ! C'est un peu plus dans l'émotion, dans l'intime... Je propose des allées et venues dans la tendresse,  l'excitation,  l'énergie et la réflexion...

C'est plus du domaine du récital ?

Ca reste quand même du grand concert à la Kassav parce que j'ai des musiciens bien énergiques et il y a des morceaux incontournables que les gens ont envie de chanter avec moi ! C'est juste la taille de la scène qui m'empêche de bouger autant ! À l'Atrium, j'avais six danseurs et trois tanbouyés...

Depuis le début de votre carrière, vous avez toujours fait du solo.  Pourquoi ? Est-ce un besoin de ramener un peu la couverture à vous ?

Non, certainement pas la couverture à moi ! Parce qu'avec Kassav, on a appris à être derrière et devant quand il faut...  Je crois que c'est surtout donner aux gens la possibilité d'entendre des chansons qu'ils réclament.  Parce que quand on joue avec Kassav et qu'on ne choisit que 4 ou 5 chansons, on varie les plaisirs ! Quand on a joué pendant trois ans "Mové Jou", on passe à une autre pour la tournée d'après et il y a des gens qui réclament quand même "Mové Jou"...  Là ils ont tous les morceaux qu'ils aiment plus de morceaux à redécouvrir ou à découvrir... J'ai des chansons d'amour, des chansons sur l'enfance handicapée, sur l'Alzheimer, le devoir de mémoire... J'essaie de passer plusieurs choses en revue. Une chanson comme "Ti Tak Isi" qui dit dans son refrain qu'il faut donner un peu d'amour à ceux qui en ont besoin... Il faut s'occuper des gens ! On ne traverse pas sans regarder sur les côtés si quelqu'un n'a pas besoin d'un peu d'attention ! A l'époque où j'ai écrit ça, on commençait à voir pousser plein de buildings, on expropriait les gens pour construire des routes et on les mettait dans des HLM et ils n'avaient plus leur manguier ! C'était un regard sur la solitude des vieux. J'avais écrit ça lors de la mort de ma mère puisque mon père se retrouvait seul... Ce n'est pas l'histoire de mon père, mais celle d'un monde qui va trop vite pour un homme qui a perdu sa femme...

Vous avez dit que la musique avait volé votre vie et que Kassav avait achevé le hold-up. Vous le pensez vraiment ?

(Elle rit) C'est un peu une boutade ! Mais ça n'a pas commencé en boutade parce que vraiment la musique a volé ma vie. Je n'ai quasiment fait que ça, mais pas tout à fait j'ai fait du cinéma aussi. Mais la vie privée, c'est zéro pointé ! Mais ce sont des choix qu'on fait.  Quand on est artiste et qu'on est appelé à être parti tout le temps, faut pas rêver... Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'hommes qui resteraient à la maison à vous attendre et à gérer les enfants !

Tandis que le public vous attend à chaque fois ?

C'est exactement ça ! Un jour où j'étais déprimée, Jacob m'a dit de penser à la secrétaire devant sa machine qui ne va rien lui dire alors que toi ce soir tu chantes devant 10 000 personnes qui vont te dire je t'aime ! Et là,  je suis obligée d'en convenir. On ravale sa peine et on y va !

Le défaut de vie privée que vous ressentez parfois vous donne-t-il un regard particulier sur la détresse des gens ?

Oui, parce que je crois qu'on naît pour faire de belles choses, on ne naît pas pour souffrir. Je ne supporte pas la souffrance de l'autre. C'est impensable qu'on puisse regarder quelqu'un souffrir ne pas au moins donner un peu d'attention,  même si on ne peut pas sauver cette personne, au moins peut-on adoucir sa peine un peu...

Cette année vous avez encore du temps pour vous,  mais 2019 va sonner leur des 40 ans de Kassav. Que préparez-vous ?

Ce ne sera pas un stade de France ! Ce sera une grande salle, mais nous annoncerons tout ça au mois d'août.

On murmure que vous écrivez un livre, vous confirmez ?

C'est vrai... C'est un peu une bio au départ... C'est-à-dire d'où je viens, comment j'ai fait pour arriver dans Kassav et puis ma vie dans Kassav... Et puis, c'est aussi ce que Kassav m'a apporté, toutes les ouvertures que j'ai eues, où je suis allée...

Grâce à Kassav, cela a-t-il été plus facile de faire du cinéma ?

Plus facile, certainement pas parce qu'il n'y a jamais eu vraiment de rôle pour nous. Le premier rôle que j'ai eu au cinéma,  c'est avec Euzhan Palcy dans "Siméon". C'était l'histoire-fiction de Kassav...  Après les gens vous voient sur scène, ils voient votre façon de chanter et ils se disent que vous pouvez peut-être faire du cinéma... Après "Siméon", ça a été "Neg maron", puis "Rose et le soldat", "Le gang des Antillais" et "Le rêve français"... J'ai fait aussi des courts-métrages.

La chanson vous a-t-elle aidé à devenir comédienne ?

Oui, parce qu'en fait avec des chansons sur une scène, on raconte des histoires et et automatiquement les gens doivent y croire.  Le mot qu'on dit, si on a envie qu'ils l'entendent,  il faut trouver la façon juste de le dire et c'est à peu près la même chose cinéma.  La personne qui est en face doit recevoir l'émotion pure,  vraie.

Y'a-t-il un rôle dans vous rêvez ?

J'ai justement un scénario à lire... C'est vrai que notre cinéma est jeune, qu'il n'y a pas beaucoup de scénario qui ont la possibilité d'être tournés parce que financièrement ça coûte extrêmement cher et quand on monte en âge, les possibilités de rôle se réduisent : on est maman, marraine, tante, grand-mère... Souvent dans les films de chez nous, les auteurs veulent toujours raconter une histoire sur la situation du pays, sur le passé et je me suis souvent retrouvée à jouer celle qui fait la morale, celle qui se bat, qui ramène les gens à une réflexion... J'ai envie de jouer un rôle rigolo ! Je me verrais bien jouer une grand-mère déjantée qui fait des coups avec sa petite fille ou son petit-fils... Un truc plus marrant, plus frais, moins austère ! Sur scène, je suis pleine de fantaisie !

Où en est votre projet de 4e album solo ?

J'y pense toujours. J'ai des idées jetées à droite et à gauche mais ça peut complètement changer en fonction de ce qu'on me donnera mélodiquement.

Si vous deviez changer de vie, que choisiriez-vous ?

Reprendre mes pinceaux ! J'aimerai bien reprendre la peinture...  En fait, je suis entre deux feux puisqu'il y a d'un côté la peinture classique et de l'autre la peinture sur ordinateur. Je commence à m'y mettre je trouve ça assez rigolo ! Quand j'étais jeune, j'ai commencé à faire les beaux-arts et je faisais beaucoup de dessin, mais les vrai pinceaux, ça me donne vraiment envie. Je vais devoir attendre que les 40 ans de Kassav soient passés !

Propos recueillis par FXG, à Paris

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