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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 07:31

Dr Alexandre Loupy, le génie des greffes et des rejets

Alexandre Loupy 2« Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche… » Cette sentence attribuée au général de Gaulle s’est glissée, il y a bien longtemps, dans un coin de la tête d’Alexandre Loupy. A 36 ans, ce Réunionnais est aujourd’hui chercheur au centre de recherches médicales de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, et depuis 2011, chef de clinique à l’hôpital Necker, là même où le 24 decembre 1952, le professeur Hamburger a procédé à la première greffe rénale sur le patient Marius Renard. Et à l’occasion, il donne des cours à la Harvard Medical School.

La néphrologie a fait de ce praticien hospitalier un spécialiste mondialement reconnu que les universités et centres de recherches de Los Angeles, Pittsburgh, Buenos Aires, Boston, Edmonton, Seattle, Bilbao, Sao Paulo s’arrachent pour quelques heures de cours ou une conférence… Le Dr Loupy passe la moitié de son temps avec les patients de son service à Necker, des transplantés du rein, et l’autre moitié au laboratoire de recherche. Ce parcours, ses parents, issus d’une vieille famille de l’île (sa mère Françoise est pharmacienne et son père Jack, directeur d’agence de voyages), n’auraient sans doute pas parié un centime d’euro dessus, il y a une quinzaine d’années !

Un bac mention passableAlexandre-Loupy-3.jpg

Alexandre a fait toute sa scolarité dans l’enseignement privé catholique de Saint-Denis, jusqu'à la première. « Je ne travaillais pas. Je n’avais ni la motivation, ni la maturité. J’étais trop à la plage, avec les copains, pas assez à l’école… » Pour éviter le crash au baccalauréat, son père l’expédie manu militari en pension  à Sainte-Croix des Neiges, commune d’Abondance en Haute-Savoie. Il y décroche son bac S, mention passable. « J’avais beau ne rien faire, je savais depuis l’enfance que je voulais faire médecine, les longues matinées passées dans la pharmacie de ma mère y sont sûrement pour beaucoup » Il s’inscrit en première année à Bordeaux. « C’est la fac des Réunionnais et ma sœur y étudiait là-bas le commerce. » Le Dr Jean-Paul Dupuy l’avait recommandé et, quoique depuis bon nombre d’années, aucun Réunionnais n’avait réussi à intégrer la deuxième année de fac de médecine, faute de numerus clausus réservé, au bout de la deuxième tentative, il est admis. « J’avais les cheveux longs, je portais des tenues africaines… » Et perdu au milieu de 900 étudiants, Alexandre se sent bien seul… Il est logé dans un petit appartement à côté de la fac et sait tout juste se faire cuire un œuf… Après son admission, il va travailler avec acharnement jusqu'à la sixième année. Il s’en sort bien classé au concours d’internat et peut choisir et sa spécialité et le lieu où il veut l’acquérir. Ce sera Paris, à hôpital Bichat, à Pompidou, à Necker, au service des transplantations rénales, en cardiologie, en réanimation… Il devient néphrologue, spécialisé en transplantation rénale.  Il s’en pratique 3000 par an en France dont 180 a l’hôpital Necker, un des plus gros centres avec le CHU de Nantes. « Quand on est néphrologue, explique-t-il, c’est le chirurgien qui pratique les greffes ; nous, on procède à la sélection des candidats, on étudie la compatibilité, on assure le suivi du traitement, les biopsies… »

L’internat d’Alexandre s’achève par l’attribution de la médaille d’or de l’internat des hôpitaux de Paris, à l’issue d’un concours annuel qui, depuis 1831 a  nommé de grands noms de la médecine tels que F. Widal, R. Kuss et H. Mondor... Alexandre soutient ensuite sa thèse de médecine dont le sujet porte sur  « Les 3e transplantations rénales », et soutient son diplôme de spécialité sur la physiologie du tubule rénal. Il interrompt alors son cursus médical pour faire, en trois ans, une thèse de sciences en biologie cellulaire, au centre de recherche des Cordeliers, rue de l’école de médecine à Paris et également un doctorat en  épidémiologie et bio statistique. Il met alors en place un nouvel axe de recherche multidisciplinaire intégrant des nouveaux outils biologiques ainsi que des modèles mathématiques appliqués à la transplantation d’organes. Il étudie en particulier les mécanismes sous-tendant le rejet de greffe. Il est alors le premier signataire d’une quarantaine d’articles publiés pendant cinq ans.

Reconnaissance internationale

Alexandre-Loupy-1.jpgL’année 2012 signe un tournant important dans sa carrière. Deux articles, coup sur coup, sont acceptés par deux des plus prestigieuses revues scientifiques mondiales, Lancet et New England Journal of Medecine. Avec son équipe, il a identifié une nouvelle forme de rejet chez les greffés. Cette nouvelle entité  appelée «  rejet vasculaire médié par les anticorps » est reconnue seulement 6 mois plus tard par la communauté internationale et incorporée dans la classification internationale du rejet. La seconde publication porte sur la mise au point d’un test de diagnostic et de prédiction du risque de perte de greffon après transplantation. La publication de ces articles, début 2013, va faire du bruit dans le landerneau des mandarins de la médecine. « Nul n’est prophète ne son pays », ironise Alexandre Loupy. Toujours est-il que c’est le genre de publication qui vous met un nobélisable en orbite ! Alexandre Loupy n’y croit pas. Il n’empêche, la moindre publication dans de telles revues represente un investissement d’un million d’euro et n’autorise donc aucune erreur ! « J’ai dû faire un aller-retour à Dallas pour expliquer trois planches à un membre du comité de lecture… » Mais les retombées pour les patients peuvent être conséquentes, avec à la clé, une amélioration de la survie des greffons. La dynamique est bien lancée… « J’étais au bon endroit au bon moment sur une thématique bien particulière. Nous vivons une révolution sur les outils diagnostics, la méthodologie et les outils bio informatiques. » Désormais, Alexandre Loupy veut étendre ses concepts à la transplantation d’autres organes comme le cœur, les intestins, les poumons… Dans un deuxième temps, il veut étendre ces mêmes concepts à d’autres spécialités. « Nous avons découvert un modèle de vieillissement vasculaire accéléré suite à une transplantation. C’est adaptable à la problématique plus générale des infarctus du myocarde, des accidents vasculaires cérébraux, de l’artériosclérose… Nous disposons avec la transplantation d’organes un modèle unique chez l’homme pour étudier les interactions entre les anticorps et les vaisseaux. Grâce à cela, nous pouvons aborder de nouvelles voies thérapeutiques dans le traitement des maladies cardio-vasculaires. » Il explique ainsi que si pour soigner un infarctus, il faut en premier lieu déboucher l’artère coronaire, « l’utilisation de traitements immunosuppresseurs pourrait avoir un effet bénéfique sur le muscle cardiaque ». Il a déjà l’esprit projeté quinze ans dans l’avenir et les mains dans la recherche translationnelle appliquée.

Il souhaiterait établir des collaborations avec les Drs Nicole Lefrançois et Robert Génin du CHU de Saint-Denis. Ses deux collègues lui envoient quelques patients à Necker. « C’est en général moi qui suis les patients réunionnais pour des raisons évidentes. Ils ont besoin, à 9000 km de chez eux, d’avoir une accroche avec leur île et des discussions parfois en créole sur leur maladie ou bien sur la façon de cuisiner un bon massalé cabri… » Il sait toutefois que sa carrière le tiendra éloigné du pays.

Alors quelquefois, le dimanche, quand il rentre chez lui, après une journée de boulot au labo ou à l’hosto, il se sert un rhum arrangé et il écoute Radio Freedom en streaming.

FXG, à Paris

 


Bio express

1977 : naissance à Saint-Denis

2002 : internat à Paris

2008 : docteur en médecine, médaille d’or de l’internat des hôpitaux de Paris

2011 : docteur en sciences

2013 : publie dans les revues scientifiques Lancet et New England Journal of Medecine

2015 : nommé au comité d’experts internationaux de la classification du rejet à Vancouver

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