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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 05:10
Récifs coralliens en péril

Pascale Chabanet, chercheur en biologie marine à l'IRD, était l'invitée les 16 et 19 décembre d'Universcience, dans le cadre de l'opération "un chercheur, une manip". Elle a pu présenter son travail sur les récifs coralliens en péril au grand public du Palais de la découverte à Paris. Interview.

"Je ne suis pas là pour faire le gendarme mais pour émerveiller"

C'est important pour vous d'échanger sur votre métier ?

Ce qui est important, c'est d'avoir ce lien avec la société de manière générale, avec le grand public. En tant que chercheur, ça me tient très à coeur de partager ma passion. Je fais un très beau métier, j'obtiens des résultats que je voudrais partager et je veux alerter aussi sur l'état des récifs coralliens. C'est une manière pour moi de sortir de mon bureau, de sortir de la mer pour aller vers le grand public et les enfants !

Considérez-vous que la vulgarisation fait pleinement partie de votre travail ?

Complètement ! En tant que chercheur, ça fait complètement partie de mon travail ! Et d'autant plus que dans les programmes de recherche, on a souvent des financements publics, Etat ou Région... Je pense que c'est important dans ce cadre là d'informer sur les résultats qu'on obtient. Mais c'est vrai que tous les chercheurs n'ont pas cette sensibilité !

Vous faîtes un travail de terrain, souvent au fond de l'eau pour compter les poissons et observer les coraux. Les nouvelles technologies vous sont-elles utiles et pensez-vous qu'à terme, elles pourraient vous remplacer ?

C'est vrai que les nouvelles technologies nous aident, notamment la vidéo qu'on utilise de plus en plus. Peut-être que dans l'avenir, ces technologies pourront nous remplacer, mais jusqu'à présent on n'a rien trouvé de mieux que l'oeil et le cerveau humain pour faire des comptages de poissons. Les poissons bougent et si la vidéo ou les photos permettent de figer les choses, c'est l'oeil qui détermine les espèces ! Jusqu'à présent, je crois que le comptage visuel est une méthode performante qui a pour avantage, quand on sort de l'eau, d'avoir fini de compter ! La vidéo, c'est bien, mais vous passez des heures à dérusher ! Par contre, la vidéo, c'est des archives et ça c'est intéressant.

Qu'est-ce que vous constatez depuis trente ans que vous faîtes ce métier ?

Les changements que j'ai constatés, avant de parler de changement climatique, c'est la pression humaine, la pression démographique qui est de plus en plus forte sur les zones littorales auxquelles sont associées les récifs coralliens. Les impacts sont de plus en plus visibles. A la Réunion, ce sont les coulées de boue qui n'existaient pas il y a trente ans, c'est la sédimentation, une biomasse de plus en plus faible avec des poissons de plus en plus petits... Ca on l'observe partout sauf quand il y a une gestion particulière comme dans les îles Eparses où il y a encore une biomasse intéressante... Ce que j'observe aussi, ce sont des phénomènes de blanchissement corallien plus fréquents. Ca, c'est vraiment un impact du réchauffement climatique avec des températures de surfaces associées au phénomène El Nino. Avant, on avait ça tous les cinq ou dix ans, maintenant, c'est pratiquement tous les deux ou trois ans ! Ces phénomènes récurrents, de plus en plus fréquents font que le récif n'a pas le temps de se restaurer.

Quel est l'état de santé du récif corallien réunionnais ?

Il y a de plus en plus d'algues... Le coraux ne sont pas en bonne santé, mais il y a quand même des signes de restauration puisqu'on a des espèces qu'on ne voyait plus et qui reviennent comme le poisson napoléon...

A quoi est-ce du ?

Je pense que c'est du à la réserve marine. On peut quand même agir. L'évolution n'est pas vraiment favorable, mais il y a quand même de l'espoir. Je vois notamment à Mayotte où il y a eu un blanchissement assez important l'an dernier que les récifs coralliens ont récupéré assez vite. On observe des phénomènes d'adaptation qui font que certaines espèces arrivent à résister, à avoir une résilience plus forte.

Vous ne parlez pas encore de désertification des océans ?

Pas encore... Il y a moins de poissons à la Réunion, mais on ne peut pas encore

parler de désertification, on ne peut pas encore user d'un terme aussi fort aujourd'hui...

Le dommage plastique est-il réel sur les coraux ?

Le plastique étouffe le corail dès lors qu'il s'y accroche. Il participe à le casser aussi. Et il y a encore un impact indirect parce que ces plastiques qui viennent des bassins versants, des ravines emportent avec eux des maladies coralliennes qui augmentent sur les récifs. Une publication vient de montrer ce phénomène tout récemment.

Quand vous parlez de tout ça aux jeunes notamment, comment faîtes-vous pour ne pas les angoisser ?

Moi, ce que je veux, c'est susciter de l'émerveillement ! Je leur dis que le corail est un animal qui pond des oeufs, qui est vivant ! Je leur montre la beauté des poissons... Je ne suis pas là pour faire le gendarme mais pour émerveiller et comme il y a de quoi être émerveillé malgré les menaces, j'essaie de garder un peu d'optimisme et une lueur d'espoir !

Propos recueillis par FXG, à Paris

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