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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 09:49

ITW Serge Romana, président du CM98, et Dominique Sopo, président de SOS Racisme

La fete du 14 juillet

L’an passé il n’y avait pas eu de concert d’organisé sur le Champs de Mars, aussi en 2011 c’est l’association SOS Racisme qui a pris les choses en mains afin d’offrir aux Parisiens le traditionnel concert du Champs de Mars. Concertgratuit, bien entendu qui débutera à 17h30 avec une pléiade d’artistes. Ainsi, sont annoncés sur scène : Yannick Noah, Grégoire, Nolween Leroy, Pascal Obispo, Kassav, Abd Al Malik, Michel Delpech, Benabar, Raggasonic…. et d’autres. En marge du concert du Champs de Mars, un village associatif (ouvert à partir de 14h00) sera installé sur le Champ de Mars. Ce village rassemblera plus de 60 associations qui proposeront débats et animations.

Sopo.jpgPourquoi SOS Racisme a choisi d’investir, à cette date, cette place où l’Elysée avait fait claquer un pognon fou pour offrir un concert de Johnny Hallyday, naguère ?

Dominique Sopo : Il nous a semblé important de rendre toute son importance au valeurs de la République, et notamment à celle de l’égalité, mise à mal ces dernières années, et singulièrement ces derniers mois, par toute une série d’attaques : débat sur l’identité nationale, été 2010 où l’on a vu une forte stigmatisation des roms, diabolisation récurrente des musulmans, propos homophobes…  Pour nous, il est important d’envoyer un signal fort en disant à tous les prêcheurs de haine qu’ils ne représentent en aucun cas le peuple au nom duquel ils s’arrogent un droit à la parole agressif et facteur de division. Il est important de dire que, face à ces tentatives répétées visant à exclure de la citoyenneté des fractions entières de la population, nous sommes majoritaires en France à porter les valeurs de l’égalité et du vivre ensemble.

 Le 14 juillet a-t-il un sens aujourd’hui ?

Dominique Sopo : Le 14 juillet est la fête nationale mais a perdu en aspect populaire. Ce qui n’est pas étonnant dans une période où la Nation a du mal à se projeter avec confiance et optimisme dans un avenir angoissant. C’est justement pour cela qu’il faut rendre au 14 juillet son aspect de célébration des valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité. Il est notamment important que le 14 juillet soit l’occasion pour chacun de pouvoir dire « La France, c’est nous » et de refuser d’être mis de côté par la République.

serge-romana-RDG-.jpgSerge Romana : Nous avons décidé de nous investir dans le champ citoyen. La communauté antillaise ne peut plus se permettre de vivre en marge de la communauté nationale, en marge des combats que même les autres communautés pour faire leur place au sein de la République. Le 14 juillet est le symbole du combat contre les privilèges d'une minorité au détriment de la majorité. Il doit être un exemple pour que le triptyque républicain : Égalité, Fraternité, Égalité puisse être une réalité. Ce sont des idéaux qui ont guidé le peuple de France dans les combats menés depuis 1789 pour préserver et consolider la Liberté (je rappelle que le suffrage universel instauré en 1792 ne fut appliqué réellement pour la première fois que le 23 avril 1848, puis de façon stable qu'à l'avènement de la 3e République en 1872, soit un siècle après la révolution française). Investir le 14 juillet aujourd'hui, c'est s'appuyer sur cette histoire pour continuer à se battre pour une société plus égalitaire et plus fraternelle.  

Comment peut-on redonner du sens aux trois mots de notre devise nationale pour qu’ils ne soient pas que des éléments de décor ?

Dominique Sopo : Il faut bien être conscient que la devise républicaine n’est pas tant une réalité qu’une promesse à accomplir sans cesse. Proclamer des valeurs ne sert à rien si elles ne s’incarnent pas concrètement dans le quotidien des gens. Mais pour cela, il n’y a pas de mystère : c’est l’objet d’un combat qu’il nous faut tous mener. Notamment, si on prend la valeur de l’égalité, il faut être pleinement conscient que l’égalité ne se donne pas mais qu’elle se conquiert, tout comme la liberté. Sur le plan plus concret, ce concert a aussi pour but de pousser les responsables politiques à faire de l’égalité un des cadres essentiels de leurs analyses et de leurs propositions pour les élections présidentielles de 2012 qui, nous l’espérons, ne se tiendront pas autour de la stigmatisation de telle ou telle partie de la population.

Serge Romana : Par le combat contre les inégalités qui existent dans la société française. En tant que descendant d'esclaves, je sais combien la République peut être inégalitaire coloniale et non fraternelle. Si on a vu que République rimait avec Liberté (abolition de l'esclavage chaque fois que la République a été instaurée), les termes d'égalité et de fraternité ne restent que des idéaux. Dans les anciennes colonies françaises, la République est restée officiellement coloniale dans les DOM un siècle après l'abolition de l'esclavage. Les paysans de la canne à sucre des DOM l'ont expérimenté avec douleur. Elle l'est restée après en Algérie jusqu'en 1962. La 5e République a démontré, elle aussi, qu'elle n'avait pas éradiquée certains aspects du colonialisme. L'exemple le plus évident est l'impunité dont jouissent toujours les assassins des massacres de mai 1967 à Pointe-à-Pitre. Imaginer que plus de 40 ans après, il n'y a même pas eu une mission parlementaire pour faire la lumière sur ces crimes commis par l'armée de notre pays est indigne des idéaux de la République. En France hexagonale, l'un des chantiers dans lequel nous  nous investissons est celui pour que la République accepte et respecte les identités multiples qui la constitue. Pour résumer, si le terme Liberté est un acquis solide des luttes populaires qui ont mené à la République, le combat est plus que d'actualité pour les deux autres termes du triptyque. La République est une conquête perpétuelle à laquelle nous nous devons participer si nous voulons être respecté. 

Les grands rassemblements autour de la musique ont-ils du sens au-delà de l’aspect festif ?

Dominique Sopo : Oui, bien évidemment. Mais l’aspect festif est déjà en soi quelque chose de signifiant. Il permet de montrer que le discours que nous tenons n’est pas un discours de doux naïfs utopistes mais qu’il est un discours qui parle d’une réalité et d’une potentialité. Ainsi, à l’occasion des grands concerts, la diversité des foules ainsi que celle des artistes et de leurs styles musicaux visent à montrer qu’il est possible, dans nos sociétés, malgré des ambiances lourdes, de vivre ensemble. Au-delà, ces grands moments festifs sont aussi l’occasion de toucher un public qui ne serait pas venu à des formes d’engagement plus traditionnelles (manifs, colloques,…). En outre, dans une période où celles et ceux qui portent l’égalité et le vivre ensemble ont l’impression d’être isolés, atomisés dans la société, c’est aussi l’occasion de constater que nous sommes nombreux à porter ces valeurs et à repartir « gonflés », en cessant que se dire qu’ils seraient décalés par rapport au « peuple » auxquels les populistes se réfèrent volontiers. Enfin, ces grands rassemblements sont aussi une occasion d’interpellation des responsables politiques (et médiatiques…).

Une soixantaine d’associations sont invitées. Quel est le profil des associations retenues ?

Dominique Sopo : Nous avons souhaité mettre à l’honneur des associations qui militent pour l’égalité, aussi bien dans le domaine de l’égalité hommes-femmes, de la lutte contre l’homophobie, de l’antiracisme, de la défense des étrangers, de la pleine considération à porter aux citoyens ultra-marins ou encore de la lutte pour le respect des personnes handicapées. Cela était important pour nous de montrer qu’il existe dans notre pays des acteurs formidables en matière d’égalité, alors même que ces acteurs sont bien souvent négligés par les médias et insuffisamment écoutés dans leurs analyses et leurs propositions par les responsables politiques et les pouvoirs publics.

Vous avez demandé au CM98 d’y participer, pourquoi ? Qu’attendez-vous de cette association ?

Dominique Sopo : Le CM98 est un acteur majeur sur les enjeux d’histoire et de mémoire. Or, une des grandes problématiques qui se posent à notre pays est de porter un regard lucide sur son passé, afin de permettre à notre société de construire une mémoire commune et partagée. C’est faute d’une telle mémoire autour de l’esclavage mais également du colonialisme, mémoire volontiers occultée, que les représentations négatives continuent de prospérer envers plusieurs millions de citoyens. Construire l’égalité, c’est aussi faire en sorte de travailler sur ce terrain et, en la matière, le CM98 est un acteur incontournable.

Pourquoi le CM98 a-t-il accepté d’y participer ? quel est son message au sein de la société ? 

Serge Romana : Il y a entre 400.000 et 500.000 Antillais qui vivent en France hexagonale. Ces Antillais ne retournerons pas, pour la plus part d'entre eux, aux Antilles. Pendant très longtemps, la participation des Antillais à la vie citoyenne Française à été une vue de l'esprit, la France étant vécue comme puissance coloniale. C'est pourquoi les manifestations du 14 juillet aux Antilles n'ont guère d'écho. À titre de comparaison, elles font pâle figure avec celles qui commémorent  l'esclavage, celles-ci prenant aujourd'hui une ampleur insoupçonnée il y a une vingtaine d'années. Mais nous savons que l'avenir de la deuxième génération de l'émigration antillaise est en France hexagonale. C'est une réalité incontournable. Les Antillais n'ont pas d'autre choix que de s'insérer au sein de la République. En ne le faisant pas, ils regarderont les autres communautés le faire et ils resteront sur les trottoirs de la route de l'Histoire. Cependant, ils ne peuvent le faire que si la République accepte de respecter leur identité de descendants d'esclaves. Il y a donc deux aspects dans ce mouvement d'insertion : d'une part, le respect de l'identité spécifique des Antillais et d'autre part, le partage de valeurs communes à l'ensemble des citoyens.

Le CM98 travaille au renforcement de l'identité de descendants d'esclaves des Antillais et aux respect de cette identité. Tout notre travail a consisté à inverser le stigmate de l'esclavage pour permettre une affiliation possible à l'aïeul esclave et ainsi participer à apaiser « la blessure sacrée ». Ce travail, nous l'avons commencé le 23 mai 1998 et nous pensons  que le temps est venu d'appeler clairement nos compatriotes à participer à des manifestations communes à tous les Français. Nous pensons que la République est une conquête. Nous devons être les acteurs de notre insertion.Voilà le sens de notre participation à ce 14 juillet.

Pourquoi ne pas avoir accepté l'invitation qui vous était faite d'être à la tribune présidentielle ce 14 juillet ?

Serge Romana : Claudy Siar m'a fait l'honneur de m'inviter à la parade militaire du 14 juillet dans la tribune présidentielle. J'ai considéré cela comme une preuve de notre amitié et de respect pour le travail que le CM98 effectue au sein de la société française pour qu'elle respecte la mémoire de l'esclavage. Cependant, je ne pouvais pas accepter d’assister à une parade de l'armée dont un des corps a assassiné plus de 50 personnes en mai 67 en Guadeloupe avant que toute la lumière soit faite sur ces crimes. 

Propos recueillis par FXG


 

 

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commentaires

thierry 14/07/2011 13:42



Johnny, mais surtout (naguère) Jean-Michel Jarre suivi de feux d'artifices excellents.


"Ultramar ins" parce ce que dans cette société raciste, il faut bien s'identifier se positionner. Malheureusement on est (à Paris) représentés par des gugus qui faisaient les beaux jours des
débats de RFO....et qui sont ridiculisés par ceux qui les flattent. Si la majorité des ultramarins ou domiens voulait devenir des personnalités importantes qui "lèchent" du blanc et après font
mine de cracher dessus, qui se veulent au-dessus du lot et singent en plus petit ce qu'ls voient ailleurs, là, on serait dans l'embarras. heureusement on a des MICHAUX-CHEVRY,
Taubira, Lurel qui ne perdent pas la face.



Alex 14/07/2011 11:54



Vous avez aussi adopté la version 2011 de ultramarin ! Maintenant, c'est en deux mots : ultra-marin.


A t-on autant perdu le sens de nous mêmes pour en arriver là !


A moins que les élites qui assurent la promotion de ce terme jouent par son biais leur propre existence dans l'espace public !!!



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