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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 05:02
François de Rugy à l'Assemblée nationale jeudi 7 février 2019

François de Rugy à l'Assemblée nationale jeudi 7 février 2019

Les deux députés guyanais s'opposent autour de la Montagne d'or

A l'initiative du groupe de Gabriel Serville (GDR), les députés ont débattu jeudi 7 février de la Montagne d'or devant le ministre de la Transition écologique, au grand dam de Lénaïck Adam (LREM) qui fustige un "militantisme de spectacle".

"La bonne voie n'est pas simple à trouver entre l'activité humaine et la protection de l'environnement, et je n'oppose pas les deux." Le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy a participé jeudi matin à l'Assemblée nationale au débat sur le projet de la Montagne d'or.

Ce débat sans vote aura permis à chaque député y participant (une poignée) et aux différents groupes politiques de marquer leur position vis-à-vis du projet minier du consortium russo-canadien.

Premier à ouvrir les prises de paroles, le député Gabriel Serville qui d'emblée critique "un projet mal encastré entre deux réserves naturelles" ! Plutôt que d'évoquer une montagne d'or, il préfère la métaphore du "trou gigantesque, grand comme 32 stades de France" avec 18 tonnes d'explosifs, 80 000 tonnes de déchets de roches, 7300 tonnes de cyanure par an, 54 millions de tonnes de minerais cyanurés pour en tirer 80 tonnes d'or, soit 12 milliards d'euros et seulement 5 millions par an pour la Collectivité de Guyane et 750 emplois promis... "Un mirage", assure-t-il avant de rappeler les 134 morts et 200 disparus avec la rupture du barrage minier du Brumadinho au Brésil la semaine dernière, celle de Bento Rodrigue au Brésil en 2015 ou encore celle d'Omai au Guyana en 1995 qui a conduit à l'empoisonnement de 25 000 personnes...."Tout ça est à des centaines d'années lumière de la trajectoire 5.0 promise par la ministre des Outre-mer (zéro déchets, zéro intrants chimiques, 0 carbone, zéro exclusion et zéro vulnérabilité, ndlr), lance le député de Cayenne qui rappelle les deux pétitions contre le projet Montagne d'or et la centaine d'organisations locales qui s'y opposent. C'est justement Gabriel Serville et son groupe, GDR, qui sont à l'origine de ce débat. Il a déjà déposé, avec 83 de ses collègues députés répartis dans tous les groupes politiques une demande de résolution pour obtenir l'interdiction du cyanure. Cette dernière doit encore passer devant la conférence des présidents avant d'être proposée dans le calendrier parlementaire... Il conclut son intervention tel Cassandre : "On veut faire du développement au péril de notre peuple et de notre environnement. Cette montagne d'or est vouée à devenir un vaste trou d'ordure !"

Le groupe Territoire et liberté par la voix de son orateur, l'écologiste Lambert reste mi figue mi raisin en se prononçant pour une COP aurifère et "un projet rehaussé sur ses engagements environnementaux, encadré par l'Etat et soutenu par les populations locales." C'est à peu près la même  position que celle que le président de la République a prise publiquement le 1er février devant les maires d'Outre-mer.

"Le droit des Guyanais à exploiter les richesses de leur pays"

S'exprimant au nom du groupe LREM, l'autre Guyanais de l'Assemblée, Lénaïck Adam se montre offensif en dénonçant les "instigateurs de ce débat" et leur "militantisme de spectacle". Il assure pourtant être d'accord pour légiférer sur l'encadrement de la filière aurifère. "Ce qui est bon pour la Nouvelle-Calédonie ne l'est-il pas pour la Guyane ?", demande-t-il. Aux 70 % de personnes qui sont prononcées contre le projet, il oppose les 70 % de la population de Saint-Laurent qui sont sans travail : "L'or ne va pas absorber toute la misère de Saint-Laurent, mais il va y contribuer !" Lénaïck Adam affirme toutefois ne pas être "le défenseur de la montagne d'or — pour autant qu'ils déposeront un dossier ! Mais je défends le droit pour chaque Guyanais de pouvoir exploiter les richesses minières de son pays." Alors il demande aux députés : "La France est-elle pour l'interdiction ou l'encadrement de l'exploitation aurifère en Guyane ?"

Après une intervention équivoque du LR François Marleix, le MODEM Bruno Milliène se joint au groupe GDR pour "alerter sur le risque sérieux de déversement de cyanure dans la nature". Même son de cloche chez le député socialiste Bouillon qui rappelle que le débat public a montré une opposition majoritaire et que le risque est bien celui de la diffusion des polluants dont 142 millions de tonnes de fuel et  46 500 de cyanure... Maïna Sage du groupe UDI  rappelle que "la Guyane a déjà été exploitée avec la base spatiale et le peu de retombées que l'on sait..." Puis elle cite : "460 000 litres d'eau brute utilisées chaque heure, 1500 hectares de forêts primaires arrachées"... "L'avis qui nous intéresse, poursuit-elle, est celui des Guyanais. Ils se sont exprimés et la grande majorité est insatisfaite du projet actuel. Il y a trop de risques pour qu'on se satisfasse de ce projet qui mérite d'être plus exigent, mais peut-il l'être ?" Mathilde Panot de la France insoumise vient enfoncer le clou en parlant d'un "projet d'un autre siècle qu'il faut abandonner"... L'ancienne ministre Delphine Batho, désormais non inscrite, demande au ministre de Rugy : "Que dira la France face au Brésil de Bolsonaro sur la destruction de la forêt amazonienne si on fait pareil ?"

FXG, à Paris

De Rugy plaide la réforme du code minier

"Nous protégeons plus la forêt amazonienne que le Brésil même du temps du président Lulla." Il est lissé M. de Rugy, mais il essaie de temps à autre de piquer. Le ministre d'Etat souhaite débattre et se refuse à toute attitude simpliste sur les différentes formes d'exploitation de l'or en Guyane. "Peut-on interdire le cyanure sans rien dire sur le mercure parce que ce dernier est utilisé à grande échelle par plus d'une centaine d'exploitants d'or ?" Le ministre insiste pour dire que le projet Montagne d'or n'a pas encore d'existence légale, que ce n'est qu'une intention. Il admet que le risque est "le drainage minier acide et la rupture de digue". Il en vient aux enjeux de l'emploi tout en rappelant que l'activité minière appartient au système économique local actuel : "Personne n'est pour l'interdiction totale de l'exploitation de l'or." Pour lui, la question est celle du code minier qu'il entend réformer. Car pour l'heure, le projet a eu pour singularité "la contestation et la tension qu'il a pu susciter", même si, tient-il à rappeler, une majorité d'élus et le président de la CTG sont favorables au projet... Alors, il place un cadre, celui proposé par le président de la République : "Exemplarité environnementale, acceptation démocratique et retombées économiques locales". Sa méthode c'est un dialogue avec les acteurs du territoire qu'il rencontrera ce semestre en Guyane, à commencer par les membres du grand conseil coutumier, avant de prendre une décision. Un référendum est-il possible ? "Une majorité serait-elle respectueuse des droits des peuples coutumiers ?" répond-il. Il répète les enjeux, les risques de drainage et de rupture de barrage et ce qu'il juge nécessaire le temps que le projet soit officiellement déposé : la réforme du code minier.

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