Lecornu connu Outre-mer
Sébastien Lecornu, un visage familier dans les Outre-mer
Le nouveau locataire de Matignon, Sébastien Lecornu, a été ministre des Outre-mer entre 2020 et 2022. Alors que son passage rue Oudinot laisse un souvenir mitigé et marqué par la crise Covid aux Antilles, il est l'homme du « passage en force » et d'un troisième référendum raté en Nouvelle-Calédonie.
« Le ministre des colonies par excellence ». C'est par un communiqué au ton très offensif que le FLNKS (Front de libération national kanak et socialiste, indépendantiste) a pris acte de la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, mardi soir. Si son souvenir est particulièrement vif en Nouvelle-Calédonie, sa gestion de la crise sanitaire aussi laissé des traces dans les départements français d'Amérique alors qu'il était le locataire de la rue Oudinot, entre 2020 et 2022.
Couvre-feux et restrictions de liberté inédites en Guyane, ouverture du ciel guadeloupéen pour les touristes hexagonaux avant l'interdiction du carnaval quelques jours plus tard, passes sanitaires et obligation vaccinale pour les soignants, toutes les décisions du ministre des Outre-mer avaient conduit à des embrasements, notamment en Martinique : il n'était pas encore ministre des Armées mais Sébastien Lecornu avait déjà une approche martiale de sa relation avec les territoires ultramarins.
L'ancien président du conseil départemental de l'Eure s'en est toujours défendu. Il affirmait en 2020 éprouver « une passion de toujours pour les territoires d'Outre-mer ». Sa nomination constitua une rupture après la série de cinq ministres originaires d'Outre-mer. Son directeur de cabinet, l'ancien préfet de Guadeloupe et ex-délégué interministériel à reconstruction de Saint-Martin, Philippe Gustin, le suit à Matignon au même poste.
Médaille en chocolat
Se disant « ouvert » sur les questions institutionnelles, Sébastien Lecornu est aussi celui qui a suscité un regain d'attention et d'espoir en Guadeloupe, quelques mois avant l'appel de Fort-de-France. « D'après les élus, déclara-t-il en novembre 2021, la Guadeloupe pourrait mieux se gérer d'elle-même. Ils souhaitent moins d'égalité avec l'Hexagone, plus de liberté de décision par les décideurs locaux. Le gouvernement est prêt à en parler, il n'y a pas de mauvais débats du moment que ces débats servent à résoudre les vrais problèmes du quotidien des Guadeloupéens. »
C'est pourtant sur le sujet institutionnel, en Nouvelle-Calédonie, que Sébastien Lecornu a le bilan le plus controversé. Accusé à l'époque de « passage en force », alors que la crise sanitaire faisait rage, Sébastien Lecornu avait affirmé que « en démocratie, les élections se tiennent à l'heure » pour justifier son choix de ne pas surseoir au scrutin malgré l'appel au boycott des indépendantistes Kanak. Le résultat (97% de Non à l'indépendance) et la faible participation (47%) en ont fait un objet contesté jusqu'à aujourd'hui encore.
Quelques semaines avant de quitter la rue Oudinot pour le ministère des Armées, en 2022, Sébastien Lecornu a créé une nouvelle distinction républicaine, la « médaille d'honneur de l'engagement ultramarin ». Aujourd'hui encore, elle récompense des civils et des fonctionnaires qui se sont distingués au service de la chose publique dans l'Outre-mer. Cette décoration était selon ses mots « une marque de considération et de respect vis-à-vis des territoires d’Outre-mer ». En réalité, comme le raconte FXG dans son roman La veste jaune (Idem 2022), ce n'est qu'une "médaille en chocolat" imaginée par Lecornu pour compenser la réduction drastique du nombre de récipiendaires de la légion d'honneur dans tous les ministères y compris et surtout rue Oudinot.
FA Paris
Valls reconduit rue Oudinot ?
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Contrairement à l'usage et selon les termes du communiqué de l'Élysée, Sébastien Lecornu a bien été « chargé de former un gouvernement », mais seulement après s'être consacré à l'élaboration du budget. Cette formulation inhabituelle laisse penser que plusieurs membres du gouvernement démissionnaire pourraient bien rempiler, comme ce fut le cas après la chute de Michel Barnier. Manuel Valls, ministre d'État et ministre des Outre-mer, a d'ores-et-déjà et de plusieurs manières manifesté sa volonté de rester à son poste. Il communiquait encore, avec son collègue ministre de la Santé, la veille de leur chute sur leur nouveau site internet consacré aux conséquences sanitaires du chlordécone (chlordecone-info.fr).
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