Les amours de Viktor Lazslo
« Il y a autant d'amours possibles que d'êtres humains »
Viktor Lazlo publie « Mon cœur bruyant », un récit autobiographique puissant et intime. Chanson, show-business, amours passionnées et douloureuses mais aussi maternité et littérature, l'artiste caribéenne se livre sans fard et sans précaution.
À sa manière, intense et tumultueuse, Viktor Lazlo répond à nos questions.
Votre septième livre est écrit à la première personne, contrairement à vos ouvrages précédents. Est-ce votre livre le plus personnel ?
« Tous mes livres sont personnels ! Mais cette fois, il s'agit d'un récit autobiographique alors que dans les romans je me cache derrière des hommes et des femmes. Forcément, c'est très intime. J’ai décidé de raconter ma vie sous l'angle de la traversée amoureuse. Un itinéraire de femme dans lequel beaucoup d’entre elles peuvent se reconnaître. Et puis, l'histoire très romanesque de mes parents est le point de départ qui a donné une place fondamentale à l'amour dans ma vie. Elle n'a été qu'un mouvement perpétuel vers l'amour. J'ai réalisé treize albums, donné plus de mille concerts, mais ce qui me fait me réveiller le matin, c’est la perspective de vibrer. »
Vous définissez-vous comme une femme caribéenne ?
« Mon père est Martiniquais, ma mère Grenadienne. Mon grand-père est anglo-irlandais ma grand-mère a quelque chose des Indiens caraïbes. La Caraïbe est le creuset de la créolité avec tout ce qu’elle compte d'influences internationales. Les Français ont tout de suite couché avec tout le monde alors que les traces sont plus diluées chez les Anglais ! Je suis complètement caribéenne mais créole dans le sens glissantien du terme. »
En évoquant votre parcours amoureux, vous écrivez « c'est moi qui plaque ». Une manière de garder le contrôle ?
« J'ai été élevée en Belgique et écrire « c'est moi qui plaque » est probablement un « belgicisme ». C'est vrai qu'en général, c'est moi qui suis partie. Ce n'est pas une question de contrôle, je ne suis jamais restée dans une relation par principe ou pour des raisons bourgeoises. Il faut parfois du courage face au vide qui vous attend, mais le vide vaut mieux qu'une existence tiède. »
Que voulez-vous dire quand vous écrivez « les féministes vont hurler » ?
« Je suis féministe. La liberté avec laquelle j'ai mené ma vie est une prise en main féministe. Je n'ai pas de mari, pas de patron ! Mon point de départ est totalement féministe et j'écris « ni Dieu ni maître ! » Ça ne m’a pas empêché de rejouer la scène trop familière de la femme qui espère et de l’homme qui s’enfuit. »
Qui est cet « homme de Barbade » qui revient comme un leitmotiv dans votre livre ?
« J'ai commencé à écrire ce livre quand j'ai rencontré ce l'homme de Barbade. Il a rempli un vide qu'ensuite je n'ai plus eu besoin de remplir. Je sais ce que je vis et je ne me raconte pas d'histoires frelatées. Je suis capable de m'auto-critiquer. Et j'en ris ! »
Aimez-vous toujours les hommes ?
« Je suis comme une amibe qui repousse. Je n'ai jamais été dégoûtée de l'amour. Je ne me suis jamais dit plus jamais ! Il y a autant d'amours possibles que d'êtres humains. L'espoir est toujours permis. »
Vous racontez avoir choisi de vous appeler Viktor Lazlo, en référence à un personnage de Casablanca, le film de Michael Curtiz. Pensez-vous toujours que c'était le bon choix ?
« Lorsqu'on est élevé dans une famille antillaise avec un père autoritaire et une mère soumise, on ne peut envisager la même vie que sa mère. J’ai donc voulu quelque chose de masculin, être un homme. Par la suite, mon prénom m'a pesé. Une femme m'a même dit un jour que ce nom était un « empêchement ». Aujourd'hui, ce nom est habité d'une histoire, il me porte. Même si j'ai disparu du PAF [le paysage audiovisuel français], quand je regarde ma fiche wikipedia, j'ai l'impression d'avoir une vie à la fois très pleine et anonyme. C'est paradoxal mais pas mauvais ! »
Votre livre est-il un bilan ?
« Ai-je l'air morte, au seuil de l'Ehpad ? Ce n'est pas une mauvaise chose de faire le bilan, mais ce n’est pas mon objet. Ma vie sentimentale n'a pas été un chemin parsemé de roses ; choisir la création et la liberté a un coût. Pas de patron mais rien à voir avec la sérénité. Jamais, je n'ai pas fait le choix de la stabilité et c'est peut-être ce qui a rendu ma vie intéressante. »
Où en est votre actualité musicale ?
« Mon dernier album est sorti en 2022. Je ne donne plus que cinq à six concerts par an. Je m'apprête à sortir de nouvelles chansons sur les réseaux, comme les jeunes d'aujourd'hui. Ce sera un piano-voix et cordes. J'ai retrouvé dans mes cartons une chanson que j'ai trouvée formidable, qui m'a émue et dont on tourne le clip demain ! »
Propos recueillis par FA Paris
Une existence guidée par ce cœur bruyant qui ne cesse pas d’aimer
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De son premier béguin, un jeune italien rencontré dans la Belgique de son enfance, à celui qu’elle nomme « l’homme de sa vie » et qui le sera quatorze ans durant, Viktor Lazslo dresse les portraits successifs des relations qui l’ont marquée à jamais : son premier mari ; le père de son fils ; un célèbre chanteur auquel la passion l’attachera ; un acteur beau à crever soufflant le chaud et froid ; une femme dont elle aurait dû se méfier ; un mystérieux acteur américain… Allant d’homme en homme, Viktor Lazlo nous livre également la face A de sa vie : ses premiers concerts, ses tubes planétaires, les fêtes mais aussi les doutes, la solitude, les fragilités.
Mon cœur bruyant, Viktor Lazslo, Grasset, 331 p, 23 euros
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