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Publié par fxg

La présence de restes humains de La Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique dans les collections du musée de l'Homme a été confirmée par la direction des collections. Photo : Muséum national d’Histoire naturelle, EST VOY 3 (156)

La présence de restes humains de La Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique dans les collections du musée de l'Homme a été confirmée par la direction des collections. Photo : Muséum national d’Histoire naturelle, EST VOY 3 (156)

Ces restes humains que le musée de l'Homme ne peut légalement restituer

La Guyane devrait être rejointe par la Guadeloupe et la Martinique dans le combat pour la restitution de dépouilles mortelles. Des recherches récentes ont révélé la présence dans les réserves du musée de l'Homme de crânes et de bustes moulés en provenance de Guadeloupe, de Martinique et de La Réunion. Une proposition de loi pour la restitution de ces restes humains aux collectivités d'Outre-mer est en préparation.

Les collections de milliers de restes humains du musée de l'Homme à Paris ont tout de la boîte de Pandore. Hier, la Nouvelle-Calédonie, aujourd'hui la Guyane et La Réunion et demain la Guadeloupe, la Martinique  : tous les territoires et tous les peuples ultramarins sont concernés. « Au cours du XIXe siècle abolitionniste, au moment où l'ethnographie prenait son essor de part et d'autre de l'Atlantique, écrit l'historienne Klara Boyer-Rossol dans un numéro spécial de la revue scientifique Esclavages & Post-Esclavages, la médecine et la science des races ont systématisé l'exploitation scientifique de cadavres, de crânes et d'ossements, notamment de personnes désignées comme noires et/ou esclaves. » C'est ainsi que des milliers de dépouilles mortelles ont fait le voyage des colonies vers la métropole. Parmi celles-ci, plusieurs centaines proviennent de territoires ultramarins. Le musée de l'Homme a identifié « cinq restes humains et quatre bustes en plâtre pour la Guadeloupe et sept restes humains et un buste pour la Martinique (…) sous réserve des recherches en cours qui peuvent révéler des problèmes de classement dans une mauvaise catégorie géographique ».

La loi sur les restitutions exclut les Outre-mer

« À l'époque où ils nous ont pris nos ancêtres, explique le député GDR de La Réunion, Frédéric Maillot, nous étions des colonies. S'il est maintenant possible d'opérer des restitutions d'Etat à Etat, l'État ne peut pas se restituer à lui-même. Voilà pourquoi nous appelons urgemment à une loi-cadre, spécifique à l'Outre-mer. » En effet, la loi-cadre de décembre 2023 pour la restitution des restes humains aux pays étrangers ne prévoit pas d'étendre cette possibilité aux collectivités ultramarines selon le principe d’inaliénabilité des collections publiques. Ces restes ancestraux sont donc pour l'heure condamnés à rester dans les réserves du musée de l’Homme.

« Chaque jour compte », s'impatiente Corinne Toka Devilliers, de l'association guyanaise Moliko Alet+Po qui milite depuis de nombreuses années pour le retour des corps de six Indiens Kalinas exhibés au Jardin d'Acclimatation de Paris en 1892 avec une trentaine d'autres. Au mois de septembre dernier, des descendants de ces Kalinas et des responsables coutumiers ont fait une cérémonie chamanique au musée de l'Homme pour officialiser leur demande de restitution. « C'était très fort, poursuit Corinne Toka Devilliers, face à ces six squelettes dans leurs cartons. Cela a mis une forme de pression. »

Le député EPR Christophe Marion a déposé début janvier une proposition de loi pour les territoires d'Outre-mer., mais elle reste à inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. « On touche au but, espère Corinne Toka Devilliers. En 2026, nos ancêtres pourraient être de retour en Guyane ! » La militante a écrit aux députés de La Réunion, de la Martinique et de la Guadeloupe afin de constituer un bloc outre-mer pour que la proposition de loi soit examinée avant l'été.

FA Paris

Les revendications victimaires interdites

La proposition de loi du député Marion prévoit de combler le vide juridique pour autoriser la restitution des restes humains aux collectivités d'Outre-mer. Mais bien que transpartisan, ce texte ne fait pas consensus. « Ce qui nous gêne, détaille le député Maillot, c'est que ces restes ne peuvent faire l'objet de revendications victimaires. La formulation est au moins maladroite. C’est insupportable et désolant qu'on nous dise de ne pas nous victimiser avec ça. Faut-il rappeler que l'esclavage est un crime contre l'humanité ? » Cette absence de consensus est dommageable pour l'avenir de la proposition de loi, d'autant que les textes en attente d'examen à l'Assemblée sont innombrables.

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