Un manga sur Frantz Fanon
Olivier Mery est le scénariste du manga Fanon, les couleurs du combat
« Un exemple pour la jeunesse martiniquaise »
À l'occasion du centenaire de la naissance de Frantz Fanon, Caraïbéditions publie ce 20 juillet un manga qui retrace la vie et la carrière du psychiatre révolutionnaire martiniquais. Dessiné par Daniel Fernandes de la Almeida, Fanon, les couleurs du combat a été scénarisé par Olivier Mery. « Avec un manga, il s'agit d'intéresser les jeunes » à cette figure majeure de la décolonisation, explique Olivier Mery.
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D'innombrables biographies ont été publiées à propos de Frantz Fanon, ce penseur et acteur de la décolonisation a fait l'objet d'un biopic au cinéma encore très récemment. Pourquoi en avoir fait un manga ?
« Le manga est un format extrêmement populaire chez les jeunes. C'est un vecteur de communication incomparable : la maison d'édition souhaitait s'adresser à ce public pour mettre en avant une figure historique telle que Frantz Fanon. Il s'agit d'intéresser les jeunes à ce penseur et révolutionnaire très important, en parlant leur langage. Nous poursuivons l'objectif d'amener notre public jusqu'aux œuvres de Frantz Fanon lui-même, Peau noire, masques blancs et Les damnés de la terre par exemple. Utiliser un support de communication moderne à propos d'un personnage historique permet aussi de remettre ses idées au goût du jour et de vulgariser sa pensée, très complexe, il faut le reconnaître. »
Que nous est-il parvenu de la complexité de Frantz Fanon, des concepts qu'il a forgés ?
« Là où Fanon se distingue parmi les penseurs de la décolonisation c'est par son analyse clinique de la situation coloniale : il a réussi à prendre de la hauteur et identifié non seulement les colonisés mais aussi les colonisateurs comme « aliénés ». À Blida, en Algérie, où il a travaillé comme psychiatre, il a soigné des victimes de la violence coloniale mais aussi des gendarmes, des militaires, des personnes qui ont exercé des violences sur le peuple algérien. Sans jamais se tromper, sans oublier de nommer les choses, Frantz Fanon a mis en lumière les troubles profonds qu'ont généré les situations coloniales de tous les côtés. Il donne aussi des solutions pour se « désaliéner ». »
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Diriez-vous que Frantz Fanon constitue un exemple pour la jeunesse martiniquaise ?
« Frantz Fanon n'a jamais dévié de ses idéaux, de ses convictions. Il a fait preuve d'abnégation dans son combat et a réussi à mettre des mots sur des souffrances collectives. Il a quitté la Martinique à l'âge de 17 ans et écrit Peau noire masques blancs à 26 ans ! C'est une extrême jeunesse pour une œuvre d'une telle profondeur et d'une telle complexité. Il a toujours combattu pour la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Notre jeunesse doit s'inspirer de la force psychologique de Frantz Fanon. Il doit être un exemple pour la jeunesse martiniquaise, caribéenne et même africaine. »
Propos recueillis par FA Paris
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