Chlordécone (appel du non-lieu)
En octobre 2024, pour une audience devant la même juridiction, la députée PS de Martinique Béatrice Bellay avait fait le déplacement afin de marquer son soutien aux parties civiles.
Le parquet requiert encore le non-lieu devant la chambre de l'instruction
Le ministère public a suscité un vif émoi chez les avocats des parties civiles en estimant qu'en l'état, il n'y a toujours pas lieu d'organiser un procès du chlordécone.
Dans le huis-clos de la chambre de l'instruction à la cour d'appel de Paris, chaque partie tient ferme ses positions malgré les décennies de procédure, la mobilisation populaire ou les révélations de la presse dans le scandale de l'empoisonnement au chlordécone. Lundi 22 septembre, le ministère public a ainsi estimé que l'appel des parties civiles contre le non-lieu général prononcé en janvier 2023 n'était pas fondé.
« Le représentant de l'État se contente de renvoyer nos protestations à des jérémiades de gens en colère, s'indigne le bâtonnier Georges-Emmanuel Germany, représentant d'associations environnementales et professionnelles martiniquaises. Nous avons dépassé depuis longtemps le stade de la colère, nous sommes ici en quête de justice ! On ne peut pas dire qu'il y a eu une instruction complète alors que les magistrats instructeurs ne sont même pas venus aux Antilles à la rencontre des vivants et des morts. On ne peut pas juger cette affaire depuis des bureaux parisiens ! »
Aucune mise en examen
Fidèles à leur ligne de conduite, les avocats des parties civiles attendent de la chambre de l'instruction qu'elle rouvre l'enquête pour empoisonnement par administration de substance nuisible.
« Il faut une impulsion pour un supplément d'information car des pistes n'ont pas été explorées, estime Me Harry Durimel, auteur de la première plainte en Guadeloupe en 2006. Nous demandons que la chambre de l'instruction mette en examen des personnes morales ou physiques contre lesquelles existent des indices graves et concordants sur leur participation à l'empoisonnement. Notre objectif est de faire condamner les responsables — qu'ils soient préposés de l'État ou businessman ayant fait leur richesse sur ces pollutions. »
Contrairement à la précédente audience devant la même juridiction, en octobre dernier, aucune manifestation ne se tient devant le Palais, aucun élu n'a fait le déplacement afin de soutenir les avocats des parties civiles dans leur combat pour obtenir de la justice que se tienne enfin un procès du chlordécone.
Malcom Ferdinand, lui-même partie civile et chercheur au CNRS, spécialiste de cette question, est le seul à avoir affiché sa présence dans les couloirs de la cour d'appel, quitte à rester devant des portes closes, tant il se dit ulcéré que vingt ans après la première plainte, aucun procès public n'ait encore eu lieu. « J'ai demandé à plusieurs reprises à être entendu, de même que le président Letchimy, sans aucun succès. Force est de constater que la justice passe à côté de ce rendez-vous et prolonge le rapport colonial qu'elle entretient avec la Guadeloupe et la Martinique. » Il faudra attendre la deuxième journée d'audience ce mardi avant de savoir quand la chambre rendra sa décision.
FA Paris
/image%2F1477392%2F20250922%2Fob_c3e4d7_audience-oct-24.jpg)