Chlordécone (jour deux de l'appel du non-lieu)
Trois militants du Collectif des ouvriers agricoles (COAADEP) ont tenu à marquer de leur présence à la cour d'appel de Paris, le dernier jour de l'audience de l'appel du non-lieu.
« On ne nous dit pas la vérité »
Le délibéré sur l'appel du non-lieu dans le scandale du chlordécone sera connu le 23 mars 2026.
« Ce non-lieu, c'est une grande injustice parce que cela revient à nier la souffrance des peuples guadeloupéens et martiniquais et la première conséquence, c'est le blocage des réparations. » Voix calme et ton posé, Xavier Dolmen résume très bien deux jours de plaidoiries des parties civiles devant la chambre de l'instruction. Le jeune homme ne fait pourtant pas partie de la grosse dizaine d'avocats venu réclamer la réouverture de l'enquête et des mises en examen pour empoisonnement, après l'épandage pendant plus de 30 ans du chlordécone. Avec deux camarades du Collectif des ouvriers agricoles (COAADEP), ils sont venus dans les couloirs du palais de la Cité « afin de soutenir les parties civiles ».
« Les jeux sont faits »
Pendant deux jours, se sont succédé à la barre, derrière les portes closes de la chambre de l'instruction, les avocats d'associations environnementales et professionnelles mais aussi de citoyens réunis en collectif de victimes.
Me Alex Ursulet, défenseur de la CTM, partie civile dans cette affaire, n'a pas de mots assez durs pour qualifier le travail de la justice depuis les premières plaintes en 2006. « Après 17 ans d'instruction, trois juges, deux parquetiers, quinze parties civiles, y compris les bananier et des milliers de victimes, l'avocat général a réglé la question en quatre minutes et demandé de confirmer la décision de non-lieu. Lorsque le 15 juin dernier, le président de la République a remis la plus haute décoration de la légion d'honneur au frère de celui qui a vendu ce poison, cela signifie que les jeux sont faits ! »
Jusqu'à l'ONU
Si tous les avocats des parties civiles ne sont pas aussi certains que le non-lieu sera confirmé, tous partagent l'exaspération de Me Ursulet. « Après une instruction aussi longue, on peut dire que les limites du raisonnable ont été franchies, déplore le bâtonnier Germany. On peut dire aussi que dans cette affaire-là, il y a eu une volonté des juges d'instruction de ne pas rechercher la vérité du terrain. Les ouvriers agricoles, dont certains sont morts par grappes, pourraient nous donner les dates d'épandage qui permettraient de répondre à l'une des questions, celle de la prescription. On sait que dix ans après l'interdiction, ces produits ont été utilisés. On ne nous dit pas la vérité parce qu'on a pas été chercher ce que tout le monde sait ! »
Collectivement, les avocats des parties civiles se disent prêts à porter l'affaire devant la cour de Cassation, la plus haute juridiction pénale de France avant de plaider s'il le faut jusque devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et les instances des Nations-Unies (ONU). La chambre de l'instruction a mis sa décision en délibéré au 23 mars 2026.
FA Paris
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